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V. — La mortalité comparée des enfants élevés au sein

et au biberon.

C'est là une question capitale sur laquelle nous ne sommes pas encore aussi documentés qu'il conviendrait.

Nous avons bien de sérieuses données à Paris sur le chiffre comparé de la mortalité par gastro-entérite des enfants au sein ou au biberon; d'après la statistique municipale dressée par M. Bertillon, cette proportion serait telle que l'on perdrait par diarrhée environ quatre fois plus d'enfants au biberon qu'au sein.

Mais nous ne savons presque rien sur les vivants. Pour les 40.000 nourrissons conservés dans l'enceinte parisienne (chaque année 18.000 environ étant envoyés à la campagne tout de suite après leur naissance), on ignore complètement la proportion relative des nourrissons élevés au sein d'une part, au biberon d'autre part; de ceux soignés par une nourrice mercenaire, ou parleur mère, etc. ; ce serait un énorme travail que de faire un pareil recensement et nous ne croyons pas qu'il ait même été tenté.

De plus, l'allaitement mixte étant très répandu, il est impossible de calculer à Paris avec quelque exactitude le pourcentage de la mortalité des enfants qui reçoivent ou le sein ou le biberon, puisqu'on ne connaît pas exactement le nombre relatif des enfants vivants dans l'une ou l'autre de ces catégories.

D'ailleurs, rien de difficile comme l'interprétation des statistiques sur ce sujet. N'a-t-on pas prétendu qu'à Paris, dans les arrondissements excentriques, la mortalité dos nourrissons élevés au sein était plus forte que celle des enfants nourris artificiellement dans les quartiers riches?

En 1895,1e D'" Léon Petit rechercha le sort des enfants issus de 1.000 femmes multipares qui étaient venues accoucher à la clinique Baudelocque.

Les résultats constatés sont consignés dans sa thèse inaugurale intitulée: Le Droit de l'enfant à sa mère.

En voici le résumé :

« 1.000 femmes, ayant eu leur dernier-né à la clinique Baudelocque, avaient eu précédemment 1.896 enfants.

« De ces 1.896 enfants, 667 moururent dans la première année, soit une mortalité générale de 35 %.

« De ces 1.896 enfants :

« 1'^ 1.084 furent élevés au sein par la mère; 165 seulement sont morts, soit une mortahté de 15 %;

« 2" .'>08 furent élevés, au biberon ou au verre, dans la faniillo; 99 sont morts, soit une mortalité de 32 %;

« 3" ^12 furent mis en nourrice, au sein, loin de la l'aniiM(>;71 sont morts, soit une mortalité de 50 %;

« 40 362 furent élevés, au biberon ou au verre, en nourrice, loin de la famille; 238 sont morts, soit une mortalité de 63 %.

« Si tous ces enfants avaient été élevés par leurs mères, 287 seulenient S(!rai(!nt morts au lieu de 667, soit sur 1 .896 une économie de 380 vies humaines.

« Mais surtout retenons ceci, à savoir que : élevés loin de la mère, par n'importe quel allaitement, la mortalité est de 59 %.

« Allaités au sein par la mère, 15 %. »

Un autre des élèves de M. Pinard, le D^" Luling, consacra deux années (1899 et 1900) à ces mêmes recherches qui portèrent sur le chiffre considérable de 13.952 enfants de multipares venues accoucher à la clinique Baudelocque.

Voici le résumé de ces recherches, sur ces 13.952 enfants :

« 1° 10.193 étaient encore vivants à l'âge d'un an; 3.799 étaient morts dans le courant de la première année, soit une mortalité de 27 % ;

« 2° 6.409 ont été allaités par leurs mères; 5.496 vivaient encore à l'âge d'un an; 913 étaient morts avant cet âge, soit une mortalité de 14 %;

« 3*^ La mortalité des enfants nourris au sein d'une nourrice mercenaire fut de 31,29 %;

« 4° La mortalité des enfants nourris au biberon, par une nourrice dite sèche, fut de 50,24 % (1) ».

Ces chiffres extrêmement élevés de la mortalité des enfants nés dans le service de M. Pinard, présentent un caractère plus exceptionnel qu'il ne parait le croire.

Il y a là des séries bien malheureuses qui donnent 14 % de morts pour les nourrissons au sein et jusqu'à 50 % et plus pour ceux au biberon.

Nous pouvons opposer aux statistiques dressées par M. Pinard d'autres statistiques moins décourageantes de l'allaitement au biberon, ce sont celles communiquées à la Société protectrice de l'Enfance de Paris, en 1906 par le D"" Frémicourt (de Jaulgonne, Aisne) et portant sur plus de 500 enfants du premier âge, élevés à la campagne au biberon, et soumis à une inspection médicale régulière, la mortalité moyenne n'a pas excédé 10 %. — Ces chiffres sont corroborés par ceux du D^" Roger Mesnil dans le département de l'Eureet duD^ Houssaye dans le département du Loiret. Nousavons eu entre les mains les documents statistiques de ces médecins-inspecteurs des enfants du premier âge, et nous pouvons nous porter garants de la valeur de leurs observations (2).

ENQUÊTE SUR LA MORTALITÉ COMPARATIVE DES ENFANTS AU SEIN ET AU BIBERON DANS LE CANTON DE PAIMPOL (cÔTES-DU-NORD)

Il paraît bien établi que l'étude comparée de la mortalité infantile suivant les divers modes d'allaitement, se présente sous un aspect trop complexe dans les grandes villes pour être abordée immédiatement; et il est vraiment plus rigoureux et plus scientifique de commencer les enquêtes de ce genre par les villages où l'on peut réunir des renseignements très précis sur chaque enfant, d'après les témoignages des mères, des sages-femmes et des médecins.

C'est ce que nous avons fait pendant les mois d'août et septembre 1904, avec le D"" Thierry (de Paimpol) et avec raidê~ïïelM. Manïïs^BâMrand, dans quelques villages du canton de Paimpol. — La difficulté de ces monogra-

(1) Bulletin de la Société de r Allaitement maternel, avril 1903, discours de M. Pinard.

(2) Voir Bulletins de la Société protectrice de V Enfance de Paris, 1906. Rapport sur les prix décernés aux médecins inspecteurs.

phies locales est telle que nous avons dû nous borner à les entreprendre dans trois communes sur neuf, bien que l'un de nous exerce la médecine à Paimpol même, et que l'autre passe une partie de l'été dans l'île de Bréhat. Voici pour un des villages le résultat de notre enquête rigoureuse : A Plouezec, gros bourg au voisinage de Paimpol, nous avons relevé pour les deux années 1902 et 1903 réunies 264 naissances et 22 morts, soit une mortalité totale de 0 à 1 an de 8,33 %.

Sur ces 264 nouveau-nés :

Au soin.

Au biberon.

Mixte.

Inconnu.

Sur les 22 morts de 0 à 1 an ; Au sein, 6, soit une mortalité de 3,65 % ; Au biberon, 11, soit une mortalité de 16,4 %; Mixte, 5, soit une mortalité de 25 %.

Nous avons longuement interrogé Mlle Michel, sage-femme diplômée à Plouezec, qui a contrôlé elle-même tous les chiffres que nous avons rapportés.

Elle nous a appris que presque toutes les mères qui donnent le sein, à partir de 3 ou 4 mois s'aident avec du bouillon ou du café au lait.

On se sert encore du biberon à tube pour l'allaitement artificiel; on coupe habituellement le lait de moitié d'eau. Le lait dans le pays est bon et à bas prix : trois sous le litre. On ne voit que peu d'enfants rachitiques, bien plus souvent des scrofuleux.

Voici le pourcentage de la mortalité infantile dans les communes du canton de Paimpol. 11 est bien certain d'après les renseignements que nous avons obtenus, que les villages où la mortalité est plus élevée sont ceux où l'allaitement au sein est délaissé.

Mortalité deOàian

dans les diverses communes du canton de Paimpol (1).

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