‹ Traité d'hygiène infantileChapitre 3 sur 288 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

triste nécessité en rapport avec les infirmités physiques, avec l'illégitimité, le paupérisme, etc., les Gouttes de lait seront les centres où l'on vulgarisera, pour le plus grand profit des mères et des enfants, les progrès admirables que nous devons surtout à la stérilisation et à la surchauffe du lait de vache.

Pour le contrôle de l'allaitement au sein, soit dans les villes, soit dans les campagnes, les sages-femmes et les dames visiteuses, instruites en puériculture, pourront se rendre au domicile des enfants en conseillant les mères inexpérimentées. Mais la surveillance de l'élevage artificiel, avec toutes ses difficultés et tous ses risques, incombe au médecin, qui, seul, a la compétence pour bien régler la ration alimentaire qualitative et quantitative, non seulement à l'état normal, mais aussi à l'état pathologique, par exemple dans les gastro-entérites avec atrophie, rachitisme, etc.

Dans ces circonstances, les frontières de l'Hygiène infantile et de la pédiatrie sont difficiles, pour ne pas dire impossibles^ à tracer.

Mais peu importe : l'essentiel est que l'intervention médicale soit efficace et elle l'est dans l'immense majorité des cas, lorsqu'on sait bien manier les laits modifiés par la méthode française, c'est-à-dire par la surchauffe Al 08°. J'ai vu nombre d'enfants au biberon, arrivés à un état d'atrophie marastique, ranimés par l'emploi méthodique des laits surchauffés; je ne parle que pour mémoire des enfants légèrement atrophiques, qui sont apportés en foule à la Goutte de lait de Belleville et que nous parvenons à élever heureusement, parce qu'ils reçoivent, en même temps que du bon lait, les soins de leur mère.

Je comparerai volontiers les progrès que nous devons à la stérilisation du lait, pour l'élevage artificiel et le traitement de l'atrophie infantile, à ceux qui ont été réalisés dans la thérapeutique de la diphtérie par l'introduction du sérum antitoxique.

Pendant les deux années 1895^1896, j'ai dirigé le service des diphtériques à l'hôpital Trousseau, et j'ai pu me convaincre, par l'observation de plus de trois mille enfants, que la belle découverte de Behring avait absolument révolutionné le traitement de la diphtérie, au point que, dans les mêmes pavillons où je voyais les enfants atteints de croup périr en foule quelques années auparavant, la plupart guérissaient après avoir reçu des injections de sérum (1).

Les laits stérilisés et spécialement les laits surchauffés à 108o ou homogénéisés, nous donnent maintenant des succès analogues dans le traitement de l'atrophie infantile. Il y a vingt ans, lorsque j'avais l'honneur d'être chef adjoint > ^ de clinique de l'illustre Parrot, aux Enfants-Assistés, nous considérions tous les atrophiques comme condamnés à mort, si on ne pouvait leur procurer du lait de femme : aussi étions-nous plutôt orientés à cette époque vers les études anatomiques et histologiques que vers les investigations cliniques. Aujourd'hui, au j)avillon Pasteur, dans ce même hôpital, grâce au lait stérilisé, manié par un personnel d'infirmières instruit et dévoué, je compte les insuccès lorsque

(1) La Diphtérie et la Sérumthérapie, par G. Variot, in-8 de 562 pages, chez Maloine, 1898.

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