VI PRÉFACE
un préambule les préceptes essentiels de l'hygiène des bébés, surtout ceux concernant l'allaitement maternel et artificiel. Morgan Rotcli, de Boston, dans sou Traité des maladies des enfaTits, publié depuis une quinzaine d'années, a donné un développement exceptionnel à cette introduction à l'étude de la pédiatrie. On peut encore consulter avec fruit son travail contenant l'exposé des méthodes, nouvelles à cette époque, de l'alimentation infantile, la description des Milk laboratories, etc. Dans nos Compendiums de pédiatrie française, et spécialement dans le plus récent dû à la collaboration du professeur Hutinel et de ses élèves, une place importante est faite, en tête de l'ouvrage, à l'hygiène des nourrissons; il en est de même dans l'Encyclopédie américaine déjà ancienne de Keating.
Mais l'Hygiène infantile a pris un tel développement, elle a suscité des recherches et des travaux si nombreux, elle a réalisé des progrès si importants, surtout dans notre pays, qu'elle mérite, pour être approfondie, d'être distraite du bloc de la Médecine de l'Enfance.
Déjà, en France, des ouvrages spéciaux ont été consacrés à l'étude de l'élevage des nouveau-nés : je citerai surtout le beau livre de Pierre Budin, Le.Yo»/'- / risson, datant de dix ans environ, et le Traité de l'Allaitement de M. INIarfan.
Aujourd'hui les bornes de l'Hygiène infantile doivent être reculées bien au delà de l'étude spéciale de l'allailcinent.
Pour combattre efficacement la mortalité infajiiile, il faut en connaître les principaux facteurs, les variations dans les divers milieux sociaux, suivant les pays et les saisons, les rapports avec la natalité : ces données nouvelles et ces statistiques sont à la base même de l'Hygiène du premier âge, cependant elles n'ont pas encore été exposées dans les ouvrages français sur la puériculture qui ont précédé le nôtre. Je ferai la même remarque pour ce qui concerne la production du lait et son adduction dans les villes, sur les législations protectrices du lait, etc. J'ai cherché à combler toutes ces lacunes dans mon Traité et j'ai exposé, avec détails, l'origine et le fonctionnement des institutions françaises de protection du premier âge : des crèches, des consultations de nourrissons, des Gouttes de lait, des mutualités maternelles, des dames visiteuses, etc.
Enfin j'ai cru nécessaire de m'étendre sur la croissance et la pédiomçlric des noiirrissoris, à l'état physiologique et surtout à l'état pathologique, dans l'atrophie et V hijpotrophic. La question capitale de la vulga risaUonjJiLTJJLililién e ittfc.ntilc est traitée dans un dernier eiiapitre.
Mais, à part ces innovations dans l'exposé (li(lacli(|ue, je n'en ai |>as moins \(»iil(i coiuiensor avec clarté les notions accpiises aniérienrenient siii' l'allaitement maternel et atlidciel. .l'ai ('liidié, avec M. Lassal)li'"M'(\ la composition chimique /In hiil <lc jcnuiic ri des (t/iini(iiu\ ainsi (pie leur \ ;iJiUU' alibile. -le me suis étendu longuement sur les nourrices mercenaires et sur la prophylaxi(> de la sj/philis transmise par le muirrisson; sur l'élevage des enfants débiles et prématurés.
Des cliapitres spéciaux ont été consacrés à la /ùtrléri/do^ie du luit, a la /'////-
PIŒFACE VII
siologie de la digestion^ à la Coprologie, à la Thermogénèse et à la Calorimétrie du nourrisson.
Chemin faisant, dans la lecture de ce Traité, on trouvera le résumé ou la substance d'un bon nombre de mes recherches et de mes travaux antérieurs sur des sujets spéciaux de l'Hygiène infantile. Je citerai en particulier mes études sur la morphologie de la glande mammaire dans ses rapports avec la lactation, I mes observations nouvelles sur la ration alimentaire des nourrissons, sur la valeur nutritive des laits surchauffés, sur les inconvénients des farines de conserve, sur V hypoalimentation, sur les dyspepsies infantiles et sur l'action anti- , émétique du citrate de soude, sur l'histoire de la création et de la propagation • des « Gouttes de lait », mes mémoires sur la dissociation de la croissance, sur Vatrophie et Vhypotrophie infantiles, etc.
Si l'on veut bien envisager l'Hygiène infantile dans son ensemble, on reconnaîtra qu'elle a d'étroites connexions avec la médecinejiea. nourrissons. Son but essentiel est de prévenir les maladies qui, le plus souvent, atteignent le tube digestif et se rattachent à une alimentation défectueuse. Mais entre l'enfant sain et le malade, il y a des transitions insensibles dans le premier âge, et c'est une conception par trop artificielle, de vouloir limiter le champ de la consultation des nourrissons, au contrôle des bébés normaux, comme l'ont conseillé en 1 1 France des accoucheurs et des administrateurs incompétents.
L'Hygiène infantile n'a pas seulement des rapports intimes avec la pédiatrie; elle est en quelque sorte la résultante pratique d'une foule de données scientifiques empruntées à la c?émograp/u'e (statistiques de la mortalité infantile), à la zootechnie (étude de la production du lait par les animaux), à hi.chimie et à la physiologie {composition et valeur alibile du lait pour la ration ahmentaire), et même à la sociologie et à la philanthropie (institutions de bienfaisance. Gouttes de lait, mutualités maternelles, etc.), enfin à la pédagogie (vulgarisation des principes de la puériculture).
Mais, dira-t-on peut-être, il y a encore beaucoup d'incertitudes dans cette branche nouvelle de l'hygiène et les hommes les plus qualifiés sont en désaccord sur bien des points, pour qu'on veuille d'ores et déjà systématiser des connaissances qui semblent instables.
Chose à peine croyable, par exemple, la ration ahmentaire du nourrisson n'est pas encore fixée, malgré le grand nombre de travaux sur ce sujet émanant des observateurs de tous pays. On discute aussi sur la valeur nutritive du lait des divers animaux. Certains médecins s'obstinent à vanter le lait de chèvre, bien que la plupart des puériculteurs français, avec Tarnier, le déconseillent dans l'allaitement artificiel.
Le lai t cru a encore ses défenseurs et le lait stérilisé par la chaleur, surtout le lajt surchauffé, ne manque pas de détracteurs.
En s'appuyant sur des considérations théoriques, on dit que la surchauffe du lait à 108°, détruit les ferments vivants, diminue la quantité de lécithine et de phosphates, en un mot, nuit à sa valeur nutritive.
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Or d'autres observateurs plus expérimentés, parmi lesquels nous sommes, considèrent au contraire la stérilisation du lait par la chaleur comme le plus admirable progrès qui ait été réalisé dans l'allaitement artificiel, et, bien loin d'être effrayés par la surchauffe à JOSo, ils pensent que cette modification physique du lait, outre qu'elle permet sa conservation prolongée, le rend plus digestible et plus facilement assimilable par les nourrissons.
Mais là ne s'arrêtent pas les désaccords sur l'alimentation infantile. Tandis qu'en France, avec Parrot, Budin, etc., nous conseillons d'employer le lait pur autant que possible, en Allemagne et ailleurs, on redoute l'excès de caséine dans le lait de vache, et on le fait couper de moitié ou même de deux tiers d'eau en y ajoutant du sucre.
Enfin, même pour les institutions nouvelles de protection des bébés, des opinions contradictoires ont surgi dans notre pays. Nos Gouttes de lait, nos distributions de lait contrôlées médicalement pour l'allaitement artificiel, ont été attaquées avec violence par certains accoucheurs hypnotisés sur l'allaitement maternel. On a soutenu que les Gouttes de lait où l'on recueille les enfants au biberon, encourageaient l'élevage artificiel au détriment de l'allaitement maternel, et que la mortalité y était beaucoup plus élevée que dans les Consultations de nourrissons annexées aux Maternités, fréquentées surtout par des nourrissons au sein. Ces^rejgroches faits aux Gouttes de lait, où l'on reçoit surtout des enfants antérieurement privés du sein de leur mère, pour une cause quelconque, ces reproches, dis-je, sont beaucoup^moins justifiés que ceux adressés aux Consultations de nourrissons au sein que l'on a voulu implanter jusque dans les campagnes les plus reculées. Le transport à plusieurs kilomètres de nouveaunés, pour être pesés et examinés par le médecin, dans une salle plus ou moins bien chauffée, peut être périlleux, surtout lorsque les habitationssontclairsemées et les hameaux éloignés du bourg.
P'aut-il conclure de tous ces dissentiments entre hommes plus ou moins compétents que les bases de l'Hygiène infantile sont encore bien fragiles et que l'heure n'est pas encore venue d'en vulgariser les notions essentielles?
Assurément non. Il est bien rare qu'une évolution progressive se produise sans des discussions vives et parfois même passionnées. L'entente ne se fait que lentement sur la solution de problèmes compliqués, qu'il s'agisse de l'Hygiène infantile ou de toute autre branche de la médecine. Mais il faut bien qu'on finisse i)ar s'incliner devant la vérité, lorsque les hommes les plus expérimentés l'imposent, en s'appuyant sur des observations patientes et démonstratives.
L'jiccord est définitif sur ce fait que la meilleure^ sauvegarde de la vie des iiouvoau-nés est l'allaitement maternel. Il faut donc que l'hygiéniste ne se borne pas à ronsoiller aux mères aisées de donner le sein à leurs enfants, il devra s'effon-cr «le fournir au.x mères |)auvr('s le moyen de remplir ce devoir naturel; c'est a ce |i()iiit (le vue surtout (pic les iustilutions phijanlliropiques ressortissent à l;i [Hicriciill lire.
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