soumis au sein, ont donné 5 décès, soit
24, soumis à l'allaitement mixte, ont donné 2 décès, soit 8,75 %. 79, soumis au biberon, ont donné 11 décès, soit 12,65 %.
Budin s'appuyait presque exclusivement sur les résultats statistiques pour montrer les bons effets du contrôle qu'il avait organisé, sans remarquer d'ailleurs que l'allaitement maternel, à lui seul, est une sauvegarde suffisante de la vie des nouveau-nés, indépendamment de toute intervention médicale. Mais les élèves et les imitateurs de ce maître poussèrent à l'extrême l'abus de la méthode statistique pour imposer, en France, ces institutions dans toutes les localités, petites et grandes. On est allé jusqu'à prétendre que la mortalité infantile au sein était réduite à 1,85 % dans certains villages du département de l'Yonne, et la mortalité au biberon à 3,61 % ainsi que nous le verrons au chapitre des consultations de nourrissons.
Il est fort difficile dans nos Gouttes de lait des faubourgs de Paris de donner des statistiques rigoureuses, car la population est extrêmement mouvante : mais le fait que nous élevons au biberon avec du bon lait stérilisé un grand nombre de nourrissons apportés dans un état d'atrophie avancée suffit amplement à démontrer la gronde utilité des distributions de lait contrôlées médicalement pour l'allaitement artificiel.
Dans les villes de province, on peut plus aisément établir des statistiques rigoureuses. Généralement même, dans les Gouttes de lait où l'élevage au biberon est très prédominant le taux de la mortalité infantile est toujours au-dessous de
58 LA MORTALITE INFANTILE
10 %, aussi bien en France qu'à l'étranger. Dans quelques Gouttes de lait la mortalité infantile ne dépasse pas 6 %.
En 1905, dans son rapport sur la santé publique de Liverpool, le D^ Hope a établi que, d'accord avec le D^ Caton, il a organisé des Milk dépots pour la distribution du lait à plus de 4.453 enfants de la classe populaire surveillés à domicile par des dames visiteuses. La mortalité infantile parmi les enfants qui ont fréquenté ces Milk dépots n'a pas excédé 78 p. 1.000, au lieu de 159 p. 1.000 pour la ville entière. Dans les meilleurs quartiers, la mortalité est de 88 à 118, mais dans les plus pauvres elle s'élève à 212 et 215 p. 1,000. Le D^" Hope ajoute que, si l'on fait abstraction des enfants qui reçoivent le sein et que l'on ne mette en parallèle que ceux qui reçoivent la bouteille, soit dans les Milk dépots, soit au dehors, la différence dans le taux de la mortalité serait énorme au détriment de ceux qui ne reçoivent pas le lait stérilisé des dépôts.
La mortalité dans les crèches et les pouponnières hospitalières est fort élevée dans tous les pays; en accumulant des nourrissons dans des locaux restreints, on crée des conditions d'insalubrité générale contre lesquelles on ne peut lutter que par l'allaitement au sein. — Les nourrissons au biberon périssent en grand nombre.
On fait en quelque sorte monter à volonté la mortalité dans un hôpital d'enfants en y admettant un nombre plus ou moins grand d'enfants du premier âge. C'est ce qu'il est facile de constater en lisant la statistique communiquée par M. Weill sur les variations de la mortalité des enfants à Lyon.
Hôpital des enfants de Lyon (Weill).
Statistique générale (2.185 entrées).
Années. Survies. Morts.
Totaux 2.423 392
Dans la statistique de M. Weill on relève que la mortalité, qui n'était que do 10 % en 1899, s'est élevée à 21 % en 1901. — L'explication de cette énorme diflércnce est dans ce fait que, pendant l'année 1899, la crèche où l'on hospitalise les nourrissons a été fermée pour réparations; or, les enfants du premier âge sont ceux qui fournissent le plus fort contingent de mortalité.
Ce cas particulier nous montre bien qu'il est extrêmement difficile de comparer les statistiques hospitalières les unes aux autres, dans différentes villes et dans différents pays, II faut avant tout tenir compte de l'âge des enfants qui sont admis dans les hôpitaux; au-dessous de 4 ans la mortalité est beaucoup plus élevée qu'au-dessus. — A Londres, par exemple, le pourcentage le plus élevé de la mortalité est fourni par Evélina Jlospital, 16 à 18 %; mais on y admet un grand nombre d'enfants très jeunes. — Il est probable qu'il en est de
Pourcentage
même à Vienne dans l'hôpital du Professeur Monti. — La mortalité hospitalière ne doit donc pas être considérée d'une manière globale, mais en corrélation avec l'âge des enfants qui sont admis et aussi avec la gravité des maladies pour lesquelles ils sont soignés. — A l'hôpital des Enfants-Malades, rue de Sèvres, à Paris, alors même que tous les services de contagieux ou de chirurgie fonctionneraient normalement, avec une mortalité aussi réduite que possible, les services de la crèche qui fournissent près de 400 décès par an relèveraient notablement le taux/de la mortalité globale pour la totalité des malades hospitalisés (1). Nous ne pouvons constater qu'avec tristesse, malgré nos réclamations réitérées depuis plus de dix ans, que la mortalité dans nos crèches hospitalières de Paris est beaucoup plus élevée qu'elle ne devrait être, à cause de l'insalubrité des locaux, et surtout à cause de l'insuffisance numérique du personnel qui ne peut donner les soins à un aussi grand nombre de nourrissons au biberon : là, où il faudrait une berceuse pour deux enfants, il n'y en a qu'une pour cinq ou six. La conséquence de cette organisation défectueuse est une mortalité globale oscillant suivant les années de 45 à 50 % parmi les malheureux bébés hospitalisés.
(1) Rapport à la Commission de la dépopulation sur la mortalité hospitalière. Voir aussi VHospitalisation des enfants à Londres. (Rapport présenté à M. le Ministre de l'Intérieur par M. G. Variot, in Gazette médicale de Paris, 1890.)