DOSAGE DES ÉLÉMENTS DU LAIT DE FEMME
Contrairement à l'opinion de Lajoux, il est nécessaire d'effectuer le dosage séparé de chacun des principaux éléments du lait, y compris la caséine, et la quantité de ce dernier élément ne saurait être évaluée en retranchant du poids de l'extrait sec la somme des autres éléments dosés. On risquerait ainsi d'accumuler sur ce produit, si important à évaluer, toutes les erreurs que l'on aurait pu faire dans le dosage des autres corps; en outre, les matières dites extractives et non dosées généralement pourraient être comptées comme caséine.
DOSAGE DE l'eXTRAIT SEC ET DES CENDRES
Dans une capsule de platine, onverselOcontimètres cubes de lait exactement mesurés : on place la capsule sur un bain-marie, puis à l'étuve à 100° où on la laisse environ cinq heures : la pesée de la capsule sera considérée comme définitive quand on aura obtenu plusieurs fois un poids constant.
(1) Les détails dans lesquels nous allons outrer pour l'analyse (îliimiquo du lait de foinine sont justifiés d'une part par l'importance cajiitale de ce sujet en hygiène infantile et, d'autre part, parce que ces procédés d'analyse sont ai)plical)lcs, la plupail du moins, à l'élude du lait des animaux qui se trouve ainsi partielhïinent coniprisc dans ce chapitre.
On a recommandé de mélanger avec le lait des corps inertes, tels que du sable, verre pilé, ou bien de faire usage de corps poreux, tels que des rondelles d'épongé dans le but de favoriser l'évaporation; on a conseillé aussi, dans le même but, de coaguler la caséine par addition de quelques gouttes d'acide acétique.
Pour avoir les cendres du lait, on calcine avec précaution l'extrait sec, précédemment obtenu et on le pèse. Il faut se rappeler que les chlorures sont volatils au rouge, et c'est pourquoi la calcination doit être très ménagée, sous peine d'avoir des pertes importantes.
Notons, en passant, que les cendres ne sont pas synonymes de sels du lait; les cendres renferment les sels minéraux qui existaient dans le lait, mais aussi des corps qui y étaient engagés sous forme de combinaisons organiques, tels que le phosphore, le fer, etc.
Détermination de la densité du lait.
-îfr
FiG. 28.
Lacto-
FiG. 29.
Échelle du
densimètre. lacto-densiraètre-
La valeur de la densité du lait n'a pas une grande signification, car il s'agit d'un liquide, ayant parmi ses composants des produits plus lourds que l'eau, et un produit plus léger. Si un lait s'appauvrit en beurre, il peut aussi s'appauvrir d'une façon compensatrice en d'autres éléments, par le mouillage, sans que la densité ait varié.
Toutefois, ce chiffre peut avoir sa valeur, comme élément d'appréciation associé à d'autres. Mais encore faut-il que sa détermination soit rapide.
Or, Duclaux a démontré que l'usage des lactodensimètres peut être une cause importante d'erreur : ces instruments, en effet, sont gradués avec des solutions aqueuses salines, dont la tension superficielle s'écarte de celle que présentent les laits dont on veut
déterminer la densité. Il est vrai qu'on pourrait remédier à ce défaut en graduant les lacto-densimètres à l'aide de laits de densité connue.
Pratiquement, l'emploi du lacto-densimètre présente, en ce qui concerne le lait de femme, un autre inconvénient sérieux : c'est qu'il faut une assez grande quantité de ce lait pour l'essai.
Aussi est-on réduit, dans quelques cas, à employer la méthode du flacon, qui n'exige que très peu de lait et dont la rigueur est absolue.
On remplit de lait un petit flaconàcol étiré, jusqu'au trait marqué, en ayant bien soin d'observer soigneusement la température (15° ou 17^ environ); on pèse : on remplit le même flacon, bien nettoyé, avec de l'eau distillée, rigoureusement à la même température, et on pèse : le rapport des deux poids donne la densité cherchée.
C'est une opération de laboratoire assez minutieuse et dont on ne voit pas bien la nécessité en clinique, étant donné le peu d'intérêt qu'offre le chiffre de densité du lait de femme.
Dosage du beurre.
Procédés rapides. — On a imaginé un certain nombre de procédés destinés à donner rapidement des renseignements sur la richesse en beurre du lait.
Les indications qu'on tire de ces instruments sont grossières.
Le lactoscope de Donné se compose essentiellement d'une cuve munie de deux glaces parallèles, dont l'écartement peut être modifié; l'appareil est fixé sur une poignée; on examine la flamme d'une bougie et on écarte les deux glaces jusqu'à ce que cette flamme devienne invisible. On lit alors le degré donné par l'appareil.
D'après Damourette :
Un lait de femme riche et substantiel marque de 20^ à 25". Un lait de femme moyen marque de 30° à 35°.
Un lait de femme faible marque de 40° à 45°.
Le crémomètre de Quévenne consiste en une éprouvette graduée d'une façon spéciale, qu'on remplit de lait jusqu'au trait de jauge et qu'on abandonne vingtquatre heures à une température moyenne de 15° à 20°.
Au bout de ce temps, on lit la hauteur de la couche de crème qui surnage.
Procédés chimiques. — Signalons d'abord les procédés classiques. Chevalier et Henry épuisent par l'éther le coagulum obtenu par l'action de l'acide acétique, à chaud, sur le lait. Becquerel et Vernois reprennent par l'éther le résidu de l'évaporation de 30 grammes de lait.
Filhol et Joly traitent par l'éther un triple filtre sur lequel on a filtré 10 gr. de lait.
Brunner emploie le marbre blanc pour diviser le lait; après évaporation de ce dernier, il traite par l'éther.
J. Lehmann emploie une plaque d'argile qui absorbe le sérum, gratte le résidu et l'épuisé à l'éther.
Gerber précipite la caséine par l'acide acétique qui englobe le beurre et extrait ce dernier du mélange au moyen de l'éther.
Tous ces auteurs évaporent l'éther qui a servi à l'épuisement, et la pesée du résidu donne le poids du beurre. 3 Duclaux a proposé l'emploi du sulfure de carbone pour épuiser
l'extrait sec du lait évaporé sur des morceaux d'éj^onge.
yLicbermann et Szekely traitent le lait par de la lessive de potasse et de l'éther de pétrole.
Fie. 30. Arrivons maintenant aux procédés plus ra[)idos.
Lactobuiy- En 1854, Marchand fit connaître son laclobutyro mètre (fig. 30)
Marcharidl ^^^'^ ap[)areil se compose d'un tube de verre fermé à un(^ extré-
mité et portant trois traits uiarqués L, E et A : un cur.sour mobile, gradué, pouvant so déplacer hî long du tube, permet de mesurer la couche butyreuse qui se forme au cours du dosage et il donne même directement, par une simple lecture, la teneur en beurre.
Enfin, une éprouvette en fer-blanc munie à sa partie inférieure d'une assiette complète l'appareil.
On verse du lait jusqu'au trait marqué L; on y ajoute trois gouttes d'une solution de potasse : on agite; on verse jusqu'au deuxième trait E de l'éther absolu; on agite et on verse jusqu'au troisième trait A de l'alcool à 86°; on bouche bien et on agite.
On remplit l'éprouvette de fer-blanc avec de l'eau; on verse dans l'assiette qui est au pied de l'alcool à brûler qu'on enflamme; on place le lactobutyromètre dans l'éprouvette renfermant l'eau tiède, dont la température doit être de 43° on laisse dix minutes et on lit directement, au moyen du curseur, l'épaisseur de la solution éthérée de beurre du lait essayé.
En 1888, Denigès (1) a proposé une modification au procédé Marchand, basée sur l'emploi de l'appareil d'Esbach, en guise de lactobutyromètre.
Il introduit dans cet appareil lOcc. de lait et 20 ce. d'un liquide éthéro-alcoolique ammoniacal dont la composition est la suivante :
Alcool à 90° 125 ce.
Éther sulfurique à 65° 100 ce.
Ammoniaque 10 ce.
On bouche, on agite; on porte à la température de 40° à 42°, pendant un quart d'heure, puis on lit le nombre de divisions occupées par la couche butyreuse. Si x représente le nombre de divisions, la quantité Q de beurre en grammes, par litre de lait, est représentée par :
F. Guiraud a essayé ce procédé concurremment avec celui d'Adam, il a ainsi obtenu des chiffres suffisamment concordants, en pratique, avec du lait normal; il cite à l'appui vingt dosages; avec des échantillons de colostrum au contraire, il a obtenu des chiffres complètement discordants; il s'agit ici de colostrums très riches en matières albuminoïdes et d'où la séparation du beurre se fait mal, sinon pas du tout; avec des colostrums riches en beurre, les dosages ont donné des chiffres normaux.
Adam emploie un appareil spécial, ayant la forme d'un entonnoir à brome, à robinet, et présentant deux traits correspondant à des capacités de 10 ce. et de 32 ce.
On introduit par aspiration 10 centimètres cubes de lait, puis on verse dans cet appareil jusqu'au trait de 32 ce. de la liqueur d'Adam, dont la composition est la suivante. On prépare la solution appelée alcool ammoniacal :
Ammoniaque pure 30 ce.
Alcool à 90° 833 ce.
Eau distillée Q. S. pour 1000 ce.
FiG. 31.
— Galactotimètres d'Adam.
(1) G. Denigès, Sur le dosage du beurre dans le lait. (Bull. Soc. pharm. Bordeaux, mai 1888.)
On ajoute au mélange précédent :
Éther à 65° 1100 ce.
On a ainsi la liqueur d'Adam.
L'appareil étant bouché, on le retourne plusieurs fois pour bien mélanger; on place l'appareil sur un support, le robinet en bas, et on le laisse un quart d'heure.
Il se fait deux couches; la supérieure renferme le beurre, l'mférieure, les autres composants du lait; on décante, au moyen du robinet, le liquide inférieur; on introduit de l'eau distillée, on laisse reposer, on soutire le liquide et on le joint à la portion qui a déjà été décantée; ces liquides pourront servir ultérieurement au dosage du lactose.
Quant au liquide éthéré renfermant le beurre, on le recueille dans une capsule qu'on abandonne à l'air pour chasser la majeure partie de l'éther, puis qu'on place dans l'étuve pour achever l'évaporation; le résidu représente le beurre renfermé dans 100 ce. de lait.
Citons enfin le procédé Gerber, qui consiste à mélanger 10 ce. de lait à 10 ce. d'acide sulfurique concentré de densité 1,82 et 1 ce. d'alcool amyUque; on agite, le mélange s'échauiïe fortement, puis on soumet le tube contenant le mélange à l'action de la force centrifuge; la matière grasse se sépare et on lit directement sur la graduation du tube la teneur en beurre. Ce procédé, quoique plus rapide, n'a pas la même précision que les précédents.
Dosage de la caséine.
Les procédés classiques employés d'ordinaire pour le lait de vache sont inapplicables ici à cause de la précipitation imparfaite de la caséine de ce dernier lait.
Le dosage de la caséine dans le lait de femme peut être fait au moyen du procédé Mercier.
Il consiste à verser dans 100 ce. d'alcool à 96», acidulé avec 2 gouttes d'acide acétique, 10 ce. de lait; au bout de quelques heures on filtre, sur un filtre taré; on lave avec un mélange à parties égales d'éther et d'alcool à 96°, puis avec de l'éther jusqu'à ce que l'éther de lavage ne donne plus de résidu parévaporation; on place le filtre dans l'étuve à 100° et, quand il est sec, on le pèse. On a ainsi la quantité de caséine renfermée dans les 10 ce. de lait.
Ce procédé donne des résultats excellents. Le suivant, dû à Denigès (1896), nous paraît devoir être aussi recommandé :
C'est une méthode d'analyse volumétrique qui nécessite la préparation de liqueurs titrées :
I. — La liqueur décinormale de nitrate d'argent s'obtient en faisant dissoudre 1 7 grammes de ce sel cristallisé chimiquement pur et bien desséché dans un demi litre d'eau distillée, puis, en ajoutant 1 ce. d'acide nitrique et complétant le volume à 1 litre.