ET SES CAUSES
Sommaire. — Natalité de la France comparée à celle des autres nations. — Abaissement général de la natalité depuis trente ans. — Tableau de l'excédent annuel moyen des naissances sur les décès par 10.000 habitants. — Tableau comparatif de la mortalité globale et de la natalité dans les différents pays d'Europe sur 1.000 habitants.
L'abaissement de la mortalité générale et de la mortalité infantile ne peut compenser les 450.000 existences qui manquent chaque année à la France.
Abaissement de la natalité à Paris de 1817 à 1905. — Diminution de la natalité en Allemagne; les excédents de naissance sont expliqués par l'abaissement de la mortalité générale.
Natalité plus faible dans la classe aisée. — La commission extra-parlementaire de la dépopulation en France; avortement de ses travaux. — Causes de la dépopulation; la doctrine de Malthus. — État politique et religieux de notre pays. — Propagande néomalthusienne. — Opinions des sociologues et des économistes.
Tableau de l'excédent annuel moyen des naissances sur les décès pour 1.000 habitants, suivant les populations urbaine ou rurale en France.
Mouvement de la population par département en 1907 et 1908. — Mariages, divorces, naissances, décès. — Excédents de naissances sur les décès en 1905, 1906 et 1907 dans les principaux pays d'Europe.
Avant d'étudier la mortalité infantile, il est nécessaire de jeter un coup d'œil d'ensemble sur la natalité : ces deux facteurs du mouvement de la population sont connexes.
L'excédent des naissances pour 10.000 habitants est plus faible en France que dans les autres contrées d'Europe.
TRAITÉ D'HYGIÈNB INFANTILE. 1
Pendant les vingt dernières années du dix-neuvième siècle, l'excédent annuel moyen des naissances n'a été que de 12,5 pour 10.000 habitants en France, alors qu'il varie de 51 à 147 pour 10.000 dans les autres pays, et qu'il est supérieur à 95 pour 10.000 dans presque tous. Ceux qui fournissent dans cette période les plus faibles excédents de naissances sont l'Irlande et l'Espagne, 51 pour 10.000 habitants; puis l' Alsace-Lorraine, 75 pour 10.000. Viennent ensuite dans l'ordre croissant : l'Autriche, 95 pour 10.000; la Bavière, la Belgique, 98; l'Italie, 106; la Hongrie, 111; la Suède, 115; l'empire allemand, la Grande-Bretagne, 125; le Danemark, 131; la Finlande, 132; la Prusse, 138; la Norvège, 140 et la Saxe 147 (1).
Ainsi, de 1886 à 1900, l'accroissement naturel de la population eu égard au chiffre de la population a été 10 fois plus faible en France que dans l'empire allemand : 12,5 au heu de 125 pour 10.000 habitants.
En comparant maintenant, pour chaque pays, les coefficients correspondant aux périodes 1861-1880 et 1881-1900, il y a augmentation de l'excédent annuel moyen des naissances rapporté à la population pour tous les pays observés, sauf quatre : France, Irlande, Angleterre et Galles, Suède.
Pour ce dernier pays, la diminution est, d'ailleurs, si faible qu'il est permis de dire sans erreur sensible que l'excès annuel moyen des naissances est resté le même : il était en moyenne de 117 pour 10.000 habitants de 1861 à 1880 et de 116 pour 10.000 de 1881 à 1900.
En France, le coefficient correspondant, déjà très faible pendant la première période (22 pour 10.000 habitants), a diminué de moitié environ pour la seconde (12,5 pour 10.000 de 1881 à 1900).
Il n'y a que l'Irlande qui, pendant le même laps de temps, présente une décroissance aussi rapide; durant l'année moyenne de la période 1861-1880 on a constaté, dans ce pays, un excédent de 89 naissances sur 10.000 habitants qui, de 1881 à 1900, s'est abaissé à 51 pour 10.000. Étant donné la situation politique et économique de l'Irlande, les causes de ce mouvement sont tout autres qu'en France. L'Irlande a une mortalité plus faible que la France : 181 décès pour 10.000 habitants au lieu de 218 pendant l'année moyenne 1881-1900; sa natalité est à peu près égale à celle de Ja France; on a compté res])ectivcment 232 à 230 naissances vivantes sur 10.000 habitants. Seulement, tandis que la nuptialité se maintient en France à un taux normal (149 nouveaux mariés chaque année pour 10.000 habitants de 1881 à 1900), en Irlande, la proportion des mariages est très inférieure à la moyenne relevée pour l'ensemble des pays voisins. Durant l'année moyenne de la période 1881-1900, on a compté sur 10.000 habitants, 92 nouveaux époux en Irlande, 157 en Angleterre, 132 en Ecosse.
Depuis 1H81, d'ailleurs, l'Angleterre et le pays de Galles ont enregisiré Miif iliiiiiiiiilion (1(( l'excès de naissances; la proportion annuelle moyenne calculée pr)ur 10.000 habitants a passé de 134 (1881-1900) à 117 (1891-1900). Ge résultat est dû à l'abaissement de la natalité, qui depuis 1871 a été dans ce pay.s beaucouj) |)lns ra|)i(le (|U(^ l'abaissement correspondant de la mortalité.
Dan.s tous les pays où l'on a étndii' hs \ariations (1(> l'i^xcédiMit des nais-
(I) l,:i |.lii|);irl lie ces (Wicumi'iiLs sdiil. cîinpniiilc's aux rrconles publications sur ce sujrl. ilo M. Jiic<|U(!.s Kf-rlillon, clin'ct<!ur «le la slalisliquu municipale «le Paris.
sances, la natalité a baissé plus ou moins fortement pendant les vingt dernières années du siècle qui vient de finir.
La diminution plus ou moins accentuée de la natalité est générale pour tous ces pays; il est vrai que dans aucun la proportion des naissances n'est aussi faible qu'en France, où Ton compte, année moyenne, de 1891 à 1900, à peine 222 naissances par 10.000 habitants. Les proportions les plus faibles pour la même période sont ensuite enregistrées dans les pays suivants : Suède, 271; Suisse, 281 ; Belgique, 290; l'Angleterre, 299. On voit que ces nombres sont pourtant notablement supérieurs à celui de la France, dont la très faible natalité ne peut être comparée en Europe qu'à celle de l'Irlande, 230 pour 10.000 habitants, en moyenne, pendant la période 1891-1900.
Les pays où la natalité est le plus élevée sont : la Hongrie où on constate en moyenne 406 naissances annuelles pour 10.000 habitants; la Roumanie 407, la Serbie 417, la Bulgarie 394, la Saxe 395, l'Autriche 371, la Prusse 367, la Bavière 365, l'Empire allemand dans son ensemble 361, l'Espagne 353, l'Italie, 349, les Pays-Bas 325, la Finlande 322, la Norvège 303, le Danemark 302.
En France, en 1906, on a enregistré la naissance de 806.847 enfants vivants au moment de la déclaration; il y a eu, en outre, 37.326 mort-nés ou enfants morts avant la déclaration de naissance, soit au total 844.173 naissances.
Les 806.847 enfants déclarés vivants comprennent 411.311 garçons et 395,536 filles, soit 1.044 garçons pour 1.000 filles, proportion toujours à peu près invariable.
Parmi les 806.847 enfants déclarés vivants, 735.981 sont légitimes et 70.866 illégitimes.
On a enregistré en 1906, 780.196 décès. Ce nombre dépasse de 10.025 unités celui de 1905 : 770.171.
Sur les 780.196 décès, 406.274 étaient du sexe masculin, 373.922 du sexe féminin.
L'excédent des naissances est descendu, en 1906, à un taux inférieur à celui de l'année précédente.
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IHAISSANCES
FiG. 1. — Graphicjue de la natalité en France. (Messimy.)
Pour l'année 1907,1e mouvement de la dépopulation, en France, s'est accentué au point de constituer une calamité publique.
Le chiffre des décès l'emporte de près de 20.000 sur celui des naissances.
i LA NATALITÉ
— On a cependant noté pom l'année 1908 un excédent notable des naissances sur les décès.
Voici des tableaux statistiques empruntés à M. Bertillon et qui nous renseignent sur le taux de la natalité parmi les diverses nations :
Excédent annuel moyen des naissances sur les décès par 10.000 habitants.
PÉRIODES
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Années.
Population moyenne.
Natalité. Mortalité.
Allemagne (territoire actuel).
A utriche-H ongrie.
France [sans Alsace- Lorraine).
184M8.'iO 33.552.800 27,2 23,2
Iles Britanniques.
Italie [province de Rome non comprise avant
Excès
de natalité.
Excédent
miiyen nnnuc
en nombre
absolu.
D'après le tableau ci-dessous, on reconnaîtra que, bien que la natalité en France soit la plus faible de l'Europe, la mortalité globale est relativement élevée.
Mortalité globale et natalité des différents pays de l'Europe
sur 1.000 habitants (1)
(dans l'ordre de la mortalité croissante). [Période 1896-1900.]