‹ Traité d'hygiène infantileChapitre 60 sur 288 · ALLAITEMENT AU SEIN · texte numérisé non relu

ALLAITEMENT AU SEIN

les soins de sa mère; V allaitement maternel est la meilleure sauvegarde de la vie dans le premier âge.

On ne saurait faire trop d'efforts pour imprimer cet axiome, fondamental en hygiène infantile, dans l'esprit des jeunes filles et des jeunes femmes. Mais, dirat-on peut être, c'est là un truisme, et toutes les mères savent bien que leur premier devoir est de nourrir leurs enfants. Cependant, un bon nombre de jeunes femmes de la campagne vont se placer comme nourrices sur lieu, dans les familles riches, abandonnant leur propre enfant à des soins étrangers; dans les villes, un bien plus grand nombre de mères, renonçant à allaiter elles-mêmes, font élever leurs enfants au biberon, ou même les confient à des éleveuses mercenaires. Chaque année, à Paris, sur 50.000 naissances, environ 16.000 nouveaunés sont expédiés dans les départements pour y être élevés, loin de leurs parents, et presque toujours au biberon, parce que ce mode d'élevage est le moins dispendieux.

Or, je ne crains pas de le dire, malgré toutes les mesures prises pour défendre la vie des enfants placés en nourrice, malgré la surveillance médicale édictée par la loi Roussel, le bébé privé du lait et des soins de sa mère court de grands risques, et l'on réduirait beaucoup la mortalité infantile si l'on parvenait à réformer les pratiques inhumaines entrées dans nos mœurs, qui aboutissent à séparer les mères de leurs bébés.

L'admirable plaidoyer de J.-J. Rousseau en faveur de l'allaitement maternel est toujours de circonstance : « Depuis que les mères, méprisant leur premier devoir, n'ont plus voulu nourrir leurs enfants, il a fallu les confier à des femmes mercenaires qui, se trouvant ainsi mères d'enfants étrangers, pour qui la nature ne leur disait rien, n'ont cherché qu'à s'épargner de la peine... Mais que les mères daignent nourrir leurs enfants, les mœurs vont se réformer d'elles-mêmes, les sentiments de la nature se réveiller dans tous les cœurs, l'état va se repeupler. L'attrait de la vie domestique est le meilleur contrepoison des mauvaises mœurs. Le tracas des enfants, qu'on croit importun, devient agréable, il rend le père et la mère plus nécessaires, plus (hors l'un à l'autre, il resserre entre eux le lien conjugal (1). »

La mère ne doit renoncer à nourrir que si elle est dans rJmi)ossibilité physique de le faire, et sur l'avis du médecin.

Le lait, qui est sécrété dans les glandes mammaires de la femme, est le seul aliment qui convienne parfaitement au bébé durant les premiers mois de hi vie. On vante, dans les réclames commerciales, des mixtures, des l'ariiies qui seraient des succédanés du lait de femme; une pr()|)agan(lo aussi trompeuse et aussi dangereuse devrait être prohibée. Le lait des animaux, et spécialement le lait de vache, est l'aliment qui se rapproche le plus du lait de femme, mais il ne le vaut pas. Les femelles de chaque^ espèce animale ont un lait dont la com[)osition s|)écial(! est adaptée au foiictionncMnent du luhi' diiin^stir (1(> leurs petits.

(1) /:';/u7'.' ou f/c /'/iV^(/'v/Oo/i, par J.-J. Kmissiïiiii. l'ussiiii.

ALLAITEMENT AU SEIN — ALLAITEMENT MIXTE U9

Nécessité de donner le sein pendant les premiers mois.

Il estune considération sur laquelle on ne saurait trop insister pour imposer l'allaitement maternel. C'est que l'élevage artificiel est d'autant plus difficile et a d'autant moins de chance de réussir que l'enfant est plus près de la naissance.

Le nouveau-né s'accommode beaucoup moins bien du lait de vache que le nourrisson âgé de trois ou quatre mois, dont les fonctions gastro-intestinales sont déjà établies en quelque sorte. C'est toujours une tâche délicate que d'élever dès la naissance un enfant artificiellement; nous indiquerons plus loin les causes les plus fréquentes des insuccès; tandis qu'après trois mois l'enfant qui a reçu le sein supporte bien le lait stérilisé, soit que Ton pratique l'allaitement mixte, soit que les circonstances obligent de prendre le biberon. A ce point de vue, toutes les institutions qui permettront aux mères de donner le sein pendant les deux ou trois premiers mois, contribueront largement à faire baisser la mortalité infantile. Les mutualités maternelles qui assurent quelques ressources aux femmes nécessiteuses un mois avant et un mois après l'accouchement rendront à ce point de vue des services inappréciables; d'ailleurs, lorsque la mère a commencé de donner le sein, elle ne se résigne qu'avec chagrin à le retirer à son enfant. C'est un attachement instinctif qui ne se rompt plus.

La ration du nourrisson au sein à l'état normal.

Il est de la plus haute importance de fixer aussi exactement que possible la ration physiologique qui convient à un nourrisson normal au sein, pour subvenir à ses combustions et assurer son accroissement régulier.

Cette étude doit fournir une base fondamentale pour le calcul rationnel de la ration dans l'allaitement artificiel; en maniant le lait des animaux on doit se rapprocher autant qu'il est possible des conditions de l'allaitement au sein, quantitativement et qualitativement.

Pour copier la nature, il faut l'observer rigoureusement. Il est aisé d'enregistrer avec la balance la quantité totale de lait ingéré à chaque tétée par un enfant dont l'accroissement est normal et les fonctions digestives régulières : pour obtenir la ration quotidienne, il suffit de totaliser le poids des tétées prises en vingtquatre heures.

Cette méthode d'observation très simple fournit des résultats d'une valeur inattaquable, puisqu'elle n'est que le constat de l'alimentation naturelle d'un bébé bien nourri par sa mère. C'est pour avoir méconnu cette méthode que certains médecins français sont tombés dans des erreurs tout à fait fâcheuses pour le calcul de la ration du nourrisson.

A la nourricerie Parrot, à l'Hospice dépositaire des Enfants- Assistés à Paris, il nous est facile de faire enregistrer le poids des tétées des nourrissons que nous y conservons plus ou moins longtemps.

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