ALLAITEMENT AU SEIN
ALLAITEMENT AL SEIN — ALLAITEMENT MIXTE 151
Pour les débiles et les bébés non contagieux, nous avons en permanence quinze nourrices au sein, sédentaires. Le contrôle des tétées, aussi bien le jour que la nuit, est très rigoureux.
En présence de la surveillante ou de la veilleuse, à chaque tétée, la nourrice place l'enfant qu'elle doit allaiter sur le plateau de la balance, et par diiïérence avant et après la tétée, on note le poids du lait ingéré. Tous ces poids sont inscrits sur les fiches et nous pouvons ainsi recueillir des observations extrêmement précises, pendant des mois s'il y a lieu, dresser des courbes graphiques, etc.
Il est impossible de mettre en doute l'exactitude de ces pesées cependant si nombreuses; depuis bien des années le personnel du service est entraîné à ce mode de contrôle des tétées, qui est d'ailleurs nécessaire, avec des nourrices mercenaires appelées souvent à donner le sein à des bébés débiles, pesant 1.200 ou 1.500 grammes et que nous parvenons à élever en couveuse.
Toutes les nourrices, aussi bien la nuit que le jour, après avoir pris dans leur berceau les enfants qu'elles allaitent, viennent donner le sein dans une salle commune où se trouve le pèse-bébé; en général, nous ne fixons pas de ration et onlaissel'enfant boire librement au sein. Le poids total des tétées ainsi obtenu correspond donc à celui du lait qu'un enfantprendrait habituellement au sein de sa mère.
Avec ce modiis faciendi très simple nous n'avons que bien rarement à compter avec des troubles de suralimentation; lorsque les bébés ont pris un peu trop, ils régurgitent une gorgée de lait, lors du spasme gastrique initial qui suit la tétée, et la digestion n'est pas entravée pour cela.
Telles sont les conditions dans lesquelles ont été enregistrées les observations dont on trouvera ci-dessous tous les détails.
Ces observations sont à peu près conformes à celles de nos devanciers : elles confirment en particulier celles de Heubner qui admet que l'enfant au sein doit consommer journellement, pendant les trois premiers mois, une quantité de lait égale environ à la sixième partie de son poids, et pendant le second trimestre à peu près à la septième. Vers la trentième semaine, l'enfant ne consomme plus guère, en lait de femme, que la huitième partie du poids de son corps. Telle est la ration quantitative dans les conditions naturelles de l'allaitement. Tous ceux qui, à l'exemple de M. Maurel (de Toulouse), ont voulu calculer théoriquement la ration du nourrisson en s'écartant de l'observation directe, ont fait fausse route.
Nous reviendrons sur la fixation de la ration alimentaire du nourrisson à plusieurs reprises, et lors de l'étude des troubles produits par l'inanition, nous montrerons combien il est dangereux de réduire un bébé à ne prendre que 100 grammes de lait par kilogramme, c'est-à-dire seulement le dixième de son poids, alors qu'il doit en absorber le sixième normalement. Cette formule fausse, pour régler l'alimentation infantile, propagée par certains accoucheurs, correspond à une véritable ration de famine, qu'on me passe l'expression.
Sur cette question capitale et cependant encore pendante de la ration alimentaire du nourrisson au sein, nous croyons devoir reproduire in extenso, à
LA RATION ALIMENTAIRE
titre de document les deux observations qui suivent. Toutes les tétées, nuit et jour, ont été pesées (1).
Observ. I. — L. Louis né le 23 janvier 1908. Entré à la nourricerie des Enfants- Assistés le 18 mars 1908, en mauvais état, légèrement atrophique. Élevé exclusivement au sein d'une de nos nourrices.
Ag e.
Poids.
Taille.
dienne.
des 7 jour
gr.
gf.
Mars 1908.
mois 24 jours. . . 3.450
Aoril 1908.
mois 1 jour. . . 3.700
Ration quotidienne Ration rapportée
Ration quotidienne, au poids du corps, quoti- moyenne moyenne
des 7 jo«rs.
Gain ou perte
quotidienne
en poids,
moyenne
des 7 jours.
gr.
(1) Documents pour servir à fixer la ration alimentaire des nourrissons au sein. Utilité de la toise, par G. Variot et P. Lassablière. (Clinique Infantile, novembre 1908 et 15 avril 1909.)