I.AVEHAN, Ilyg. milil
(le ]’ûuate et avec vme capsule de caoutchouc; ou fait alors tourner rapidement entre les doigts le tube maintenu horizontalement sous un jet d’eau froide; la gélatine s’étale sur les |>arois du tube et s’y solidifie. Lorsque les colonies se sont dévelojtpées, on peut les examiner par transparence et môme les compter.
Ce procédé présente un inconvénient. Il suffit d’une colonie liquéfiant rapidement la gélatine pour détériorer toute la culture, la gélatine liquéfiée coule sur les parties voisines et les souille, au lieu de rester sur place, comme dans les cultures en plaques. On peut, il est vrai, au lieu d’enrouler la gélatine autour du tube, la laisser se déposer dans une des moitiés, en maintenant le tube fortement incliné, mais alors la couche de gélatine est trop épaisse, les colonies qui sont dans la profondeur se développent moins bien ([Lie celles qui sont superficielles et la numération est difficile.
Néanmoins ce [irocédé peut rendre des services, et à cause de sa grande sinijilicité, on peut le recommander, surtout aux médecins militaires qui sont en général si mal outillés pour ces recherches '.
M. Miquel, qui a fait de nombreux travau.x sur ce sujet, se servait primitivement, pour la numération des germes de l’eau, d’un procédé long et compliqué; il ensemençait 70 à 80 matras de Pasteur renfermant du bouillon de culture, avec de très petites quantités de l’eau à examiner; pour que les résultats fussent concluants, il fallait que la moitié au moins des matras restassent stériles. Une opération était donc nécessaire pour évaluer approximativement la richesse de l’eau en microbes, avant de procéder à la numération proprement dite. Pendant cette opération qui nécessitait plusieurs jours, le nombre des microbes variait dans l’eau à ex[)ertiser; malgré l’opération préliminaire l’expérience pouvait échouer; (Mifin il fallait admettre que chaque matras ayant donné une cul- (ure, avait été ensemencé avec un seul germe.
Depuis quelques années, M. Miquel fractionne l’eau, non plus dans du bouillon, mais dans des tubes renfermant de la gélatine de culture. Chaque tube peut, sans conijiromettre la numération, présenter une ou plusieurs colonies, après une durée de (juinze à vingt jours d’incubation, tandis qu’avec les cultures dans le bouillon, quand tous les matras donnaient des cultures, l’opération était à recommencer; il était en elïet très [irohable, dans ce cas, que chaque matras avait reçu jilusieurs germes {Revue d'hyf/iène, 1888, p. 391).
I. Esmaiicii, Zeitschr. /'. Ihjf/iene, 188(5. I, 2° p.. p. 233. — Flüggk. Trad. fr., p. CIG.
EXPERTISE DE l’eAU POTABLE
M. .Miquel a fini on somme j)ar a(lo|)ter les cullures sur milieux solides qu’il condamnait autrefois.
La bactériologie a moniré de la façon la plus nette que les eaux de source, qui depuis longtemps sont regardées comme les meilleures, sont celles (|ui l'enferment le moins do microbes.
|jes eaux de rivière contiennent beaucouj) plus de germes <|ue les eaux de source, et la (juantité de ces germes est en rapport direct avec le degré de jiollution des rivières.
Voici quelques cbilTres empruntés à M. Miquel :
Eau de pluie 35 bactéries par C'*.
— de la Vanne (12 —
— de la Seine à Bercy 1 400 —
— — à Asnières 3 200 —
— d’égout prise à Clichy 20 000 —
Il existe souvent un écart considérable entre les cbilbres de microbes indiqués pour une même eau, par dilïérents observateurs.
Pour avoir des résultats comparables il faut toujours procéder à l’examen bactériologique de la même manière.
Le nombre des germes d’une môme eau est d’ailleurs assez variable; il est en général plus considérable en été qu’en biver, sauf pour l’eau des lleuves qui d’ordinaire est plus pure en été, les crues ([ui se produisent en biver et au printemps ayant pour effet de cbarger l’eau de matières terreuses et par suite de microbes.
Il est facile de recueillir les microbes contenus dans l’eau en se servant des fdtres Chamberland ; on fait filtrer l’eau à ex})erliser sur un de ces filtres stérilisé et, au bout de quelques jours de fonctionnement du filtre, les déj)ôts qui se sont formés à la surface des bougies sont recueillis, ensemencés dans des milieux de culture ou inoculés à des animaux.
Ce procédé a été employé pai' Lortet et Despeignes (Recb. sur les microbes [)a(bogènes des eaux potables de Lyon, Revue d’hygiène, I8f)0, [). 398) pour l’examen des eaux fournies jiar les galeries filtrantes creusées à Lyon parallèlement au Rbône. Les dé|)ôls de ces eaux sur les bougies Chamberland inoculés à des cobayes ont produit souvent des accidents graves et même mortels. L’existence d’ulcérations intestinales a été constatée ])lusieurs fois chez les cobayes soumis à ces inoculalions.
M. le médecin insjiecteur Vallin, (|ui a répété ces expériences à Lyon, avec des dé|)ôts fournis également par l’eau des galeries filtrantes du Rbonc, n’a [)as observé chez les animaux inoculés
les accidents graves déciTts par MM. Lortet et Despeignes [Revue d'hygiène, 1890, p. 289).
Recherche des microbes pathogènes dans l'eau; gt^ndanl combien de temps ces microbes peuvent-ils vivre dans l'eau? — Il est intére.ssant de savoir combien une eau renferme de microbes par cenlimètre cube, il est évident <|u’il serait bien plus intéressant encore de savoir quels sont ces microbes et surtout si, parmi eux, il en est de palbogônes.
De nombreuses recherches ont été faites pour isoler dans les eaux les microbes des maladies dont l’origine hydrique ne paraît pas douteuse, mais il faut bien avouer qu’on n’a j)as obtenu des l'ésultats bien satisfaisants jusqu’ici.
La recherche du bacille d’Eberth dans l’eau présente des difficultés qui, avec les pi'océdés dont nous disposons, sont insurmontables dans la plupart des cas.
Les épidémies de fièvre typhoïde dans lesquelles on a cru avoir réussi à trouver le bacille d’Ebertb dans l’eau sont très rares; encore des faits nouveaux ont-ils infirmé les résultats de ces expertises bactériologiques. 11 est très diflicile de différencier le bacille d’Eberth du B. coli conimunis-, or, à l’époque où l’on a signnlé la présence du hacille d’Ebertb dans l’eau de certaines localités infectées, on ne connaissait jias encore les principaux caractères diflérentiels de ces deux microbes si voi.sins. On comprend d’ailleurs que le bacille d’Eberth soit difficile à trouver dans l’eau ; les eaux souillées contiennent presque toujours le D. coli comniunis et nous savons aujourd’hui que le bacille d’Eberth disparaît rapidement dans l’eau et dans les milieux de culture ordinaires lorsqu’il se trouve en concurrence vitale avec ce bacille.
La meilleure preuve des difficultés ([u’on rencontre à isoler le bacille d’Eberth est qu’on échoue presque toujours, quand on essaie de l’obtenir en faisant des cultures en plaques, avec les selles des typhoïdiques dans lesquelles cependant sa présence n’est j)as douteuse. Le bacille d’Ebertb est mélangé dans les selles à un grand nombre de bacilles d’Eseberieb qui s’opposent à son développement *.
La présence du coli bacille dans une eau a élé considérée par certains hygiénistes comme devant entraîner la condamnation de cette eau. Ce jugement semble un peu sévère; le coli bacille ue ,se
1. CiiA.vrKMESsE, L’eau de source el la lièvre lyplioïde à Paris, Semaine médicale, 1894, |i. 2U), el Congrès de Buda-Pesl, 1894. — Giujuieut, Soc. de i)iol., 12 mai 1894. — Watiiiîleï, Hecli. l)aclériologiques sur les déjections dans la lièvre lyplioïde, Ann. de l’inslüiU Pasleur, lS9ÿ, p. 2o2.
EXPERTISE DE l’eAU POTABLE
rpnconlre pas seulement dans l'intestin de l’homme, il est exlrômement répandu dans la nature; on le trouve dans les voies digestives de la plupart des animaux; sa présence dans une eau n'indique donc jias nécessairement ipie cette eau a été souillée [lar les matières fécales de riiomme. D’ailleui's ([uand on songe au nombre énorme de coli bacilles qui existent à la surface de la muqueuse intestinale des individus sains, on se demande en quoi les bacilles introduits avec l’eau peuvent modifier cet état de choses. Il est vrai que la virulence des bacilles est variable, mais le séjour des microbes dans l’eau diminue en général leur virulence, plutôt qu’il ne l’exalte. Des agglomérations de jeunes gens ont pu boire impunément pendant des mois de l’eau renfermant des coli bacilles (Chaxtemesse, Congrès d’hygiène de Buda-Pest, 1894).
On a réussi souvent à trouver les bacilles vireules dans l’eau des localités où régnaient îles épidémies cholériques, mais ces mômes bacilles ou des bacilles qui ne s’en distinguent par aucun caractère connu ont été trouvés également dans des localités indemnes *.
Les bactéries de la septicémie existent souvent dans l’eau, ce qui permet de comprendre pourquoi l’injeclion à des animaux des dépôts recueillis à la surface des bougies Cbamberland peut entraîner la mort de ces animaux.
Nous renvoyons le lecteur aux ouvrages de bactériologie pour l’étude des procédés mis en usage pour rechercher dans l’eau les bacilles de la fièvre typhoïde et du choléra.
Il est important de savoir [lendant combien de temps les bactéries pathogènes |)euvent vivre dans l’eau. La question n’est ]>as aussi simple à résoudre qu’elle en a l’air, jiarce que la composition des eaux est très varialile et qu’il est difficile d’expérimenter sur des eaux ipii renferment, comme les eaux naturelles, un grand nombre d’espèces microbiennes.
MM. St raus et Dubarry ont fait des recherches très intéi’e.ssantes sur la durée de résistance dans l’eau des piancipaux germes pathogènes {Arch. de méd. expérim., 1889, t. I, p. 5). Des tubes renfermant de l’eau stérilisée étaient ensemencés avec de très petites ([uantités des microbes jiatbogènes (en transportant dans l’eau du bouillon de culture, on rendrait l’eau beaucoup plus apte
1. Kocii el Gai'fky, Ila|)poiT (kijâ cilé (mission en Egypte cl aux Imlcs). -- Kocii, Diagnostic l)actériologi(|iic du cdioléra, Zcitschr. /'. Ilm/iane, t. XIV, p. 319. — Sana- RKLi.i, Les vibrions cholériiiues trouvés dans les eaux, Ann. de l’iiist. Pasteur, 1893. — Dundaii, -Même sujet, Arbeiten d. K. (lesundheilsamles, 1893, t. l.X, |i. 379. — Metciiaikofi', Ilecli. sur le choléra et les vibrions, Aim. de l’inst. Pasteur, 1893-91, et Communie, au Congrès internat, d’hygiène de Buda-Pest, 1891.
à nourrir les niicrolics); à des intervalles réi^Tiliers, on inlroduisail dans un des luhes de (diaquo culture d à Kf'* de houillon stérilisé; les tubes étaient alors portés à l’étuve et il était facile de voir si la culture restait ou non stérile. Le tableau suivant donne quelquesuns des résultats obtenus.
Durée de survie.
Bacillus anlliracis 131 jours.
Bacille de la fièvre typhoïde 81 —
Spii'ille du choléra 39 —
Bacille de la tuberculose Mo —
Bacille de la morve 57 —
Streptococcus pyogenes 13 —
Staphylococcus pyogenes aureus 21 —
Bacille du pus vert 73 —
Pueumobactérie de Friedlander 8 —
Les chilTres indiqués poiii’ les microbes dont la survie est courte pem^ent être considérés comme les chilTres vrais; en ce qui concerne les microbes qui vivent long-temps dans l’eau (charbon, f. typhoïde, choléra), MM. Straus et Dubarry ont été obligés d’arrêter leurs expériences faute de cultures en nombre suffisant; les chiffres donnés n’indiquent donc pas la durée maxima de la résistance des microbes.
Le bacille du charbon placé dans l’eau distillée }>ure peut donner naissance à des spores.
La composition chimique des eaux n’a [las d’influence appréciable sur la durée de la vie des microbes pathogènes (Straus el Dubarry, cü.).
Meade Bolton a constaté que, à la température de 20", le bacille d’Eberlh pouvait vivre de trois à quatre semaines dans les diverses eaux ])otables et dans l’eau distillée {Zeitschr. f. Htfgiene, 1880,
D’après Wolflliügel et Biedel ce bacille |)oiiiTait vivre pendant vingt-cinq à trente jours et se multiplier à 10" et au-dessus, dans de l’eau stérilisée et riche en matière organique; dans l’eau distilléi' il ne résisterait ]ias plus de vingt jours (Arbeit. des kaiserl. Gesiindheitsamtes, 1880, I, p. 455).
Percv Fi'ankland a retrouvé le bacille d’Ebeidb dans l’eau de Tamise non lilti’ée au bout de vingt-ciu(| jours, et dans l’eau de [)uits non stérilisée an bout de ti-ente-trois jours.
Dans l’eau de Tamise stérilisée ce bacille a été retrouvé au bout de soixante-([uinze joni's, alors que, dans de l’eau de jmils stérilisée, il n’existail ]dus dès le vingtième jour.
EXPERTISE DE L’EAU POTABLE
IjO liacillo lyphiqiic vil donc [)lus loiii^li'inps dans l’ean non stcrilisced’un [inits, (pic dans l’eau de Tamise, el, pour Teau stérilisée, les résultats sont inverses, ce ipii se conn»i-end t'acilement : dans l’eau de puits non stérilisée, la concurrence vitale est moins grande ([lie dans l’eau de Tamise, et dans l’eau de Tamise stérilisée, le Itacille trouve un milieu nutritif plus riche que dans l’eau de puits ( Percy Fraxklaxd, Zeitschr. f. Iluriiene und Infectionskr., 1893, et Revue d'hugiène, 1895, ]). 540).
Dans un ballon rem[)li d’eau et renfeianant une légère couche de sable, les germes de la fièvre typhoïde se conservent plus longtem[ts ([lie dans un ballon qui ne contient que de l’eau. Nous avons signalé déjà à plusieurs re[»rises l’action destructive de la lumière sur les microbes; on s’ex[)lique donc facilement que les bacilles de la fièvre tvqdioïde résistent [dus longtemps dans le sable ou dans les dépôts vaseux ([ue dans de l’eau pure ([ui n’est [tas soustraite à l’action de la lumière. Cela permet de com[)rendre pour([uoi le curage d’un [tuits peut être l’occasion d’une épidémie de fièvre typhoïde, de môme que la réfection d’un plancher; les microbes ([ui existaient dans la boue amassée au fond du [tuits ou dans les [toussières accumulées sous les planchers sont remis en circulation.
MM. Chantemesse et Widal ont constaté (|ue les bacilles de la tuberculose se conservaient [tendant cin([uante jours à la température de 8 à 12° dans l’eau de Seine stérilisée et soixante-dix jours dans la môme eau maintenue à la température de 15 à 18°. Les bacilles, cultivables dans le bouillon glycériné, avaient perdu beaucoiqt de leur virulence; les cobayes inoculés dans le [téritoine avec ces bacilles ne présentaient pas trace de tuberculose ([uand ils furent sacrifiés au bout de deux mois et demi (Congrès de la tuberculose, 1888, [t. 311).
Galtier et Cadéac, en [tlongeant des fragments de malière tuberculeuse dans l’eau stagnante, ont vu ([ue la vii'ulence persistait un mois et demi a[)rès l’immersion dans le [iremier cas, et cent vingt jours dans le second ; les inoculations faites à partir du cent vingttroisième joui' furent négalives (Congrès de la tuberculose, 1888, p. 305).
D’a[)rès les i-echerches de Percy Frankland et de Marshall Wai‘d, les s[)ores de la bactéiddie cbarbonneuse se conservent mieux dans les eaux stérilisées ([lu* dans les (ïaux non stérilisées, néanmoins au bout de se|»t mois on [xnivait encore donner le charbon à des animaux en leur inoculant de l’eau de la Tamise ensemencée avecla bactéridie charbonneuse {Revue d'hugiène, 1894, [). 549).
Résumé des caractères d’une eau potarle. — Nous croyons pouvoir résumer ainsi ([u’il suit ce (|ui a été dit dans ce chapitre sur les caractères d’une eau potable :
1° La provenance des eaux est d’une importance capitale. Les meilleures eaux de boisson sont les eaux de source, il faut donc toujours s’efforcer d’approvisionner les casernes et les autres établissements militaires en eau de source.
2“ L’expertise de l’eau ne doit pas se borner à l’analyse chimique, non plus qu’à l’analyse bactérioloi>i(|ue. Elle comporte : l’examen des caractères physiques et organoleptiques, l’analyse chimique, l’analyse bactériologique et, dans certains cas, l’examen histologique.
3° Une bonne eau potable est parfaitement limpide, incolore et transparente (examen optique), sans odeur; elle donne, lorsqu’on la boit, une impression agréable de fraîcheur, elle n’est ni fade, ni dure (eaux séléniteuses).
4° La température de l’eau doit être de 9 à 11“ G. à sa sortie des robinets de distribution.
5“ L’ean doit cnire les légumes et dissoudre le savon; le degré bydrotimétrique ne doit pas dépasser 21“.
6“ L’eau de bonne qualité est aérée et absorbe, quand on la traite par le permanganate de potasse, moins de 3 milligrammes d’oxygène par litre.
7“ Le nombre des colonies de bactéries par centimètre cube doit être peu considérable et se rapprocher des chiffres qu’on observe à l’analyse bactériologique des eaux de source.
On a eberebé à déterminer exactement le nombre de bactéries ([ue pouvait renfermer une eau potable de bonne qualité; on a tixé par exemple à 100 le nombre de ces geianes.
En principe une eau ne peut être considérée comme pure, que si elle ne renferme aucun germe, mais dans la pratique il n’est pas possible d’appliquer cette formule; on ne peut pas songer à n’admettre comme bonnes que les eaux qui sont complètement stériles. Les eaux de source peuvent renfermer beaucoup plus de 100 germes par centimètre cube sans devenir pour cela dangereuses; on voit encore ici combien est importante la connaissance de la provenance de l’eau. 11 ne nous jiaraît pas jiossible de lixer exactement le nombre de germes que peuvent contenir tes eaux do bonne qualité, d’assez bonne qualité ou de ([ualité médiocre, les indications de l’analyse bactériologique n’en sont pas moins très utiles, les eaux do mauvaise qualité étant toujours très riches en germes.