DE L’EAU ET DE SON EXPERTISE
I. Imporlance de la question de l’eau potable en liygiène militaire. Malatlies d’origine hydrique : fièvre typhoïde, choléra, diarrhée et dysenterie, maladies parasitaires, etc... — 11. Approvisionnement en eau potable nécessaire dans les casernes. — III. Des eau.x considérées au point do vue de leur provenance. — Eau des nappes souterraines, eau de source. — Eau de puits. — Eau.v superficielles. — Eau de citerne. — Des réservoirs et des récipients de toute sorte comme cause de pollution des eau.v. • — IV. E.vpertise de l’eau. — Caractères ])hysiques et organoleptiques. — E.vamen optique. — Analyse chimique, llydrotimétrie. Dosage rapide de la matière organique. — Examen histologique. — Analyse bactériologique. Numération des germes en suspension dans l’eau. Recherche des microbes pathogènes. — Résistance des microbes pathogènes dans l’eau. — Résumé des caractères d’une eau potable.
L’eau e.sl la Itoissoi ordinaire du soldai, et les agents pathogènes an.\(|uels elle peut servir de véhicule sont nombreux et redontahles, il est donc très important de lonrnir an soldat une eau de hoime (pialité. Avant d’examinei- quels sont les caractères d’une eau potable, nous devons jeter un coup d’odl sur les mala- •lies qui ])euvent être occasionnées par l’eau, il est en ellet indi.spensahle de savoir sous (piel état les agents pathogènes se rencontrent le plus souvent dans l’ean.
I. Maladies d’oiugink hydrique. — En tète des maladies qui sonl souvent d’origine hydri(pie, il faut citer la fièvre typho’ideet le choléra. La fièvre ly[iho’ide, ipii donne lieu si fréiptemment à des épidémies dans les armées, méidle tout particulièrement notre attenlion '.
Des causes innlIiphLs iiderviennent dans l’étiologi(‘ des é[ddé-
I. Budd, Typlioïd fcvcr, ils nalurc..., London, 18"3. — Mchciuson,L;i lièvre lyplioïde, Triid. fr., l’nris, 1878. — Gukneau de Mcssy, llecdi. sur l’éliologic de la lièvre typhoïde. — .Iaccocd, Disons, sur l’éliologie de la f. lypli., Acad, de nicd., 1877. —
mies (le fièvre typlioïde : foyers locaux (riufection, encomliremeiit, contagion, jirédisposilion n^sullant du surmenage, etc.., mais ])armi ces causes, celle ([ui reparaît le [dus souvent dans les relations des épidémies typhoïdi([ues, c’est la mauvaise ([ualité de l’eau [(otalde; on comprend facilement l’importance de cetle cause, il suffit en elVet qu’un cours d’eau, une source soient infectés pour qu’une épidémie se dé^'eloppe parmi les personnes (jui boivent l’eau de ce cours d’eau ou de cette source.
Hudd et Murchison avaient déjà signalé le rôle que peuvent jouer les eaux souillées dans les épidémies typhoïdiques, mais en admettant que l’air était l’agent de propagation le plus ordinaire; de plus, ces illustres observateurs étaient en désaccord sur un point important : 13udd soutenant ([ue le germe sjiécifique devait exister dans l’eau pour qu’elle fût capable de produire la fièvre tvphoïde, tandis que d’ajU'ès Murchison toutes les eaux souillées, chargées de matières organiques, pouvaient occasionner la fièvre tyqdioïde.
A. Hirsch, Guéneau de Mussy, Jaccoud ont cité des faits nomhreux d’épidémies typhoïdiques occasionnées [>ar des eaux souillées par la présence des matières Fécales.
En 1877, à l’xVcadémie de médecine, M. le professeur Jaccoud relevait 74 observations dans lesquelles la fièvre typhoïde paraissait avoir pour cause la souillure de l’eau de boisson par les matières fécales sans préciser si les matières fécales capables de pimvoquer la fièvre typhoïde devaient nécessairement provenir de typhoïdiques.
Malgré la découverte du bacille d’Eberlh et les nombreuses
recherches dont cette découverte a été le [loint de départ, il s’en Faut de beaucoup que toutes les questions relatives à l’épidémicité de la fièvre typhoïde soient résolues; on peut dire que le débat qui existait entre Budd et Murchison s’est reproduit sur un autre terrain, ])uisque un certain nombre de bactériologistes contestent la
L. Colin, Trailé des malad. épid., Paris, 1879. — H. Guicneau de Mussv, De la pari des eaux potables dans l’cliolof,de de la lièvre tyiihoïde, Paris, 188L — J. Aunoui.d. art. F. hjphoide in Dicl. encyclop. des sc. méd. — Buouaudel. Des modes de propai;. de la f. typli.. Congrès d’iiyg. de Yienne, 1887. — Du mè.me. Les maladies évilables. Paris, 1890, et Communie, à l’Acad. de médecine, 17 avril 189i. — Ciiaxtejiesse. arl. Fiivre lijphdide in Traité de méd. de Charcot et Bouchard. — Du même. La question des eaux potables. Congrès de Buda-Pest, 1894. — Gasseii. Les causes de la lièvr. typli. in Bibliotli. Chareot-Debove. — Kelscii, Traité des malad. épid.. Paris, 1891, 1. I, p. 1181. — Duuhuu.e, La lièvre typhoïde dans la garnison de Bourg. Arc/i. de méd. milil., 189ü, t. XXV. — Biiouaiidei. et Thoinot, La lièvre lyplioïde. Paris, 1895.
EAU POTABLE
spécificité (lu l)acillo d’Elioi-th (l()iit ils font, uik' simple variété du //. coli communis, mais un fait s’est déparé de plus en plus clairement de])uis quel([ues années, fait (]ui nous intéresse tout [)articulièrement, c’est la fré(|uence de l’origine liydri(|ue de la fièvre typhoïde.
« Les germes de la lièvre typhoïde, ditM. le professeur Brouaiahd, ont pour véhicules l’eau, l’air, les linges des malades, et les mains de leurs gardes. Mais au point de vue du tribut (jue les pO[)ulations paient à cette maladie, l’eau est le distrihuteur (|ui la porte 90 fois sur 100. Quand une source ou une fontaine est polluée par des hacilles tyjdiiques^ elle empoisonne une famille s’il s’agit d’un puits, un grou])e de maisons quand il s’agit d’une source, une ville tout entière quand c’est la rivière ou une des sources canalisées (|ui a été infectée. » (Congrès d’hygiène de Vienne, 1887.)
Parmi les faits les mieux établis d’épidémies de fièvre typhoïde dues à l’eau potable souillée par des matières fécales typhoïdiques, il faut citer : l’épidémie d’Auxerre (1882-1883) relatée par Dionis et celle de Villerville observée par Brouardel et Thoinot.
^lalheureusement, il n’est [)as facile de constater que des eaux ont été souillées par des matières typhoïdiques. Nous verrons plus loin (ju’on ne peut pas déceler la ])résence du bacille d’Eherthdans l’eau quand il s’y trouve en même temps que le B. coli communis.
Tl faut donc s’ajqmyer sur d’autres preuves poui‘ affirmer l’origine hydrique de la fièvre typhoïde.
TjCS meilleurs arguments en faveur de cette opinion sont fournis par les heureux ré.sultals obtenus dans les villes et dans les caséines qui ont été approvisionnées d’eau de source.
Des exemples nombreux attestent que le meilleur moyen de préserver la po])iilation d’une ville de la fièvre typhoïde consiste à l’approvisionner en eau de source.
En 187i, une grande jiartie de la ville de Vienne est pourvue d’eau de source; à partir de ce moment, la mortalité due à la fièvre typhoïde décroît rapidement, et ce sont les maisons non pourvues d’eau de source (|ui fournissent la plus forte mortalité par cettci cause (.Mosny, L’eau |)olahle à Vienne et la fièvre tyjihoïde, in Hevue dhyf/iène, 1888, |). 18). Dans la garnison, la, proportion des cas sur 100 hommes est, de 1874 à 1888, de 0,15 dans les casernes pourvues d’eau de source et de 2, (19 dans les casernes pourviu's d’eau du Danube.
Il est vrai de dire (|u’à Vieniu^ le (duuigement dans le régime des
;to
<‘:uix a coïncidé avec la réfection des éiiouls et (lue en 1888 la fièvre typhoïde s’est montrée à l’élat épidéini(|ue alors (pie la ville entière était approvisionnée en eaii de source.
A Ueiines, de 1810 à t882, la mortalité lyphoïdi(iue est de 10, 4pour lOÜüO habitants; après amenée d’ean pure, ce chillre tombe à 4,2 pour 10 000 et on n’a [las fait autre chose pour assainir la ville. Dans la garnison, la mortalité par fièvre typhoïde qui était de 43,4 pour 10 000 hommes s’abaisse à 2,01 (fig. 50. Brouaudel, Les maladies évitables).
A Angoulême, avec l’ancien irgime les eaux il y avait 21,5 décès typhoï- Ihjues pour 10 000 habitants; à [lartiile 1889, é|)0([ue à laquelle la ville est approvisionnée en eau de source, la mortalité tombe à 2,61. La moyenne mensuelle des cas de fièvre typhoïde
Ancienne eau 1875^1882 (»3A
Nouvelle eau ie&3â1838 2,07
Ancienne eau .
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Nouvelle eau.
SepCS3 àAoût 30
Fi". 50. Mortalité par liovro tjplioïdo dans la gar-
nison do Ronnes (1 p. 10 000 d'oiroctif), avant et après la distribution d'eau de source.
Fig. 51. — Morbidité moyenne mensuelle (les entrées à l'hôpital militaire d'Angoulémc pour lièvre typhoïde, avant et après la nouvelle amenée d'eau (Proportion : 1 p. 10 000 d'eirectif).
qui était dans la garnison de 18,2 s’abaisse à 0,63 (lîg. 51).
En 1892, on a observé il est vrai une nouvelle poussée épidémi([uo à Angoulême.
A Amiens, la po|mlalion civile et la garnison étaient autrefois
EAU POTAIÎLE
Irùs pprouvéos par la fiùviv typhoïdi'; aujourd’liui il no roslo plus (lu’une ondéniio des [)lus laildos, ainsi (pi’on |)('ul s’on rondro coinplo en examinant la ligure 52, el on lU' ]teut allrilnier cet lieureiix
Fig. 52. — Diicôs par fiôvro tj'plioïilo dans la garnison d'Amiens do IS'72 à 1880. pour 10 000 hommes. En 1881, on mo(iifio le régime dos eaux.
changement (ju’aux modifications ap|)orlées dans h' régimeMles eaux potables en 1881 (llHOUAKniiE, loc. cil.).
Au premier corps d’armée, M. le médecin principal Kenard a constaté également ipie la lièvre tvplioïdt' disparaissait d('s garnisons (|ui avaient de l’eau de hcdssoii de honiu' ipialité (Idlle, Cambrai, Valenciennes, Saint-Omer, lloulogiu', Dnnkc'npu'), et ipie les jioussées épidémiques étaient dues à l’intection di' l’eau
L,vvEnAN, Ilyp. milit. 20
(le boisson jiar des causes accidentelles (Avesiies, Maiibeuge). {Ann. d'hyg. jmbl., 1895, p. 408.)
La li(>vre typhoïde, autrefois si commune dans la “arnison de Paris, alors que le soldat buvait de l’eau de l’Ourcq ou de l’eau de Seine, est devenue rare depuis (pie l’eau de source arrive dans toutes les casernes.
La moyenne des cas de lièvre typhoïde qui, [lour les années 1880 et; 1887, était de 1270 jiour la iiarnison de Ibiris, s’est abaissée à 531 en 1889, à 309 en 1890, à 325 en 1891, à 282 en 1892, et le cbilTre des décès est tombé de 136 (moyenne des années 1880 et 1887), à 82, 52, 08, 55 (Statistique méd. de l’armée).
La lièvre typhoïde reparaît dès (jue la pénurie d’eau de source oblige à employer l’eau de Seine.
Ij’installation des liltres Gbamberland dans les garnisons où il n’était pas possible de se jirocurer de l’eau de source a donné aussi, en général, de bons résultats, notamment à Auxerre, Melun, Cherbourg, Dinan, Lorient.
A côté de ces faits qui attestent l’importance de l’origine hydrique, on peut il est vrai en citer d’autres (pii démonlrent C|u’on ne fait pas toujours cesser la fièvre typhoïd(j, en remédiant à la mauvaise (pialité des eaux : dans bon nombre de casernes, l’installation des filtres Cbamberland n’a [>as réussi à faire disparaître la fièvre typhoïde, dans beaucoup d’épidémies inililaires l’eau est notée comme irréprochable (voir notamment la Statisti(pie médicale de l’armée pour 1892), enfin malgré toutes les mesures prises pour assurer au soldat de l’eau potable de bonne qualité, la morbidité et la mortalité par fièvre typhoïde dans l’armée restent assez élevées.
En 1892, il y a eu encore 6358 cas de fièvre typhoïde dans l’armée française et 1026 décès par cette cause.
Ces faits ne détruisent pas ceux (pii sont cités plus baul, ils démontrent seulement (pie les causes de la fièvi-e typhoïde sont complexes et qu’en évaluant à 90 sur 100 les cas d’origine bydri(|ue M. B rouardel a exagéré quelque peu le rôle étiologi(]ue de l’eau.
L’eau peut être souillée d’une façon accidentelle ou d’une façon continue. Dans le premier cas, il se produit dans l’aggloméralion (pii fait usage de l’eau souillée, une épidémie à début brusque, à évolution rapide; dans le deuxième cas, on observe une endémoépidémie, c’est-à-dire que la fièvre typhoïde règne en permanence, avec, à certains momeiils, des jioiissées épidémi(pies plus ou moins violentes, ([ui peuviud, s’expliipier par la mulliplication jdus active des germes, par l’accroissement de leur virulence ou par la
EAU POTABLE
iT(‘0|)tivit(' i)liis ^Tciiido (l’une purlio dos individus ([ui l'ornienl raiiiilonun-aliou (I5rouaiu)EL et Tuoinot).
L’Iiistoire de l’('pid('mie de fièvre lyplioïde (jui a l'égné à Paris (Ml 1894, épidémie (|ui a été généralement attribuée à une jiollution accidentelle de l’eau de la Vanne, montre bien avec (juelle rapidité une épidémie d’origine bydiiijue peut se réjiandre; le nombri? des entrées pour lièvre typhoïde (|ui n’était ()uo de 11 par semaine |)Our les Injpitaux de Paris, s’éleva tout à coup à 237 ; l’épidémie, après aA'oir atteint rapidement son apogée, entra non moins rapidement en décroissance.
L’eau potable joue également un rôle très important dans la propagation du choléra •, le bacille virgule a été trouvé par Koch, en grande (]uantité, dans les eaux stagnantes des foyers indiens du choléra, et depuis lors sa présence a été constatée mainte fois dans l’eau des localités où régnait le choléra; on connaissait d’ailleurs depuis longtemps 1e danger de la souillure de l’eau ]>ar les déjections cholériques et la facilité avec laquelle ces eaux souillées propageaient la maladie *.
|ja dernière éjiidémie de Hamhourg a été citée ])ar Koch comme un exemple de .l’intluence de la qualité des eaux sur la propagation du choléra. On sait que la ville de Hamhourg a été très fortement éprouvée ]>ar le choléra, tandis que la ville d’Altona, dont les faubourgs se confondent avec ceux de Hambourg, était presque complètement épargnée ; or les conditions étaient les mômes dans ces deux villes, à ceci j)rès([u’à Itambourg on buvait de l’eau de l’Elbe non filtrée, et à Altona de l’eau filtrée sur le sable (Semaine médicale, 1893, p. 3Uo).
Ou a objecté à la théorie hydrique (jue le bacille de Koch avait été trouvé dans l’eau de localités où ne régnait ])as le choléra. Les nicberches de MetchnikolV sur l’action Favorisante ou empêchante ({ue certains microbes exei-cent sur les bacilles du choléra fournissent une excellente expli(Mition de ce fait.
Les eaux de mauvaise (jualité produisent souvent la diarrhée et la dysenterie (L. Colin, De l’ingestion des eaux marécageuses comme cause de la dysenterie et des tièvres, Ann. d'hyg. jnibl. , 1872).
1. 1.1. Laveiian, art. Choléua in DicL. (!ncyclo|i. des sc. méd. — Mahey, Les c<aux contaminées et le clioléra, Acad, de méd., li ocl. 1884. — Kocii cl Gai-fky, Rapport de la commission chargée d’étndicr le choléra en Égypte et anx Indes, Arbeilen ans dem k. Gesnndheitsamte, 1887. — Metciinikoi'I', Communie, an Congrès internat, d’hygiène de Ruda-Pest, 1894, et Ann. ch; l’ ins t. Pasteur, 1894. — Le choléra à Hambourg. Rapport de Gaefky an nom de la commiss. impériale dn choléra, anal, in Revue d’hygiène, 1894, p. 1107.
A Saïg'on, la (liarrliéo al la dysoalorie sont (levoiiuas l)caucoii|> plus rares depuis qu’on se sert du lilire Chaiuliei'land (Calmette).
Les voyageurs qui, dans les pays cliauds, s’astreignent à ne boire (|ue de l’eau bouillie échappent pres(|ue toujours à la dysenterie.
IMusieurs é[)idémies de fièvre bilieuse observées dans l’armée ont été attribuées avec beaucoup de vraisemlilance à de l’eau souillé(> provenant de réservoirs mal entretenus
L’eau de boisson paraît jouer aussi un.rijle important dans l’étiologie de la fièvre jaune et des fièvres palustres.
La fièvre jaune qui régnait, comme on sait, à la Vera-Gruz à l’état endémique, a disparu presque complètement depuis que l’eau de source est distribuée dans toutes les maisons (Chantemesse, op. cil., Congrès d’hygiène de Buda-Pest, 1894).
Des faits nombreux tendent à démontrer que l’infection palustre |)eut avoir lion par l’eau, aussi bien que par l’air. Boudin, Pereyra, Bettington et Moore, Parkes, Ch. Blanc, de Chaumont, Daly ont cité des exemples de ce mode d’infection ■.
Dans une même localité, des individus vivant dans des conditions identiques, mais faisant usage [tour la boisson d’eaux de provenance dilTérento sont, les uns atteints dans une forte proportion, les autres épargnés par les fièvres palustres.
Dans des localités autrefois insalubres, il a suffi do mettre à la dis[)osition des habitants une eau pure, à la place de l’eau stagnante ([ui servait primitivement à la boisson, pour voir les fièvres [lalu.stres disparaître.
Les voyageui’s qui parcourent des contrées très malsaines ont beaucoup de chances de se préserver des fièvres, s’ils ne lioivent que de l’eau bouillie ou filtrée avec soin ; ceux qui ne prennent ])as cette précaution sont atteints dans une très forte pi’oportion.
L’eau peut servir de véhicule à un grand nombre de parasites (|ui donnent lieu cliez l’homme à des troubles morbides plus ou moins graves; ces parasites sont très nombreux dans les pays chauds et par suite l’eau doit èti-e dans ces [lays l’objet d’une surveillance toute pai'ticulière
■I.L. L.WEnAN, Épifl. do f. rémiüonlo l)iliotiso do la caserno de Loiiroine, Rec. mém. méd. milil., 1860. — J.weuan, Traité des inalad. cl éi>id. dos armées, Paris. 1875, p. 205. — RourriGNAC, Ih., Paris, 1885.
2. Parkes, 'Prailé d’hygiène, 1869. — De Gbiaumont. Revue d’Iujfiiene, 1879. p. 102. — Laveran, Traité des lièvres palustres. 188-i-, et Du paludisme, Paris, 1891. — Salomone Marino, Rifonna medica, 1890, et Sicilla medica. 1891. — Dai.y. New-York med. Record, 15 sept. 1891.
3. Rapiiaei. Blanchard, Les atiimanx parasites inti-odiiits par l’eaii dans l'orga-
EAU POTABLE
Les amibes (jui se Irouvenl, souvent dans le ful)0 dij^eslif de riioniine {Amœba coli), et auxquelles plusieurs observateurs attribuent un lîi’and rôle dans l’étiologie <le la dysenterie des |)ays ebauds et des abeès du l'oie (Loseb, Karlulis, Couneilnian), pénètrent vraisemblablement dans les voies digestives avec l’eau de Jjoisson.
Il en est de même du Cercomonas hominis (Davaink) et du Trichomonas intestinalis (Leuckarï) qui sont au nombre des parasites intestinaux les plus communs de l’homme.
La Lamblia intestinalis (Lambl) et le Balantidium coli (Stein) ne produisent pas en général de troubles graves, non plus que les précédents, mais la présence de ces parasites, en grand nombre, à la surface de la muqueuse intestinale, est une cause d’irritation et favorise la |)roduction de la diarrhée et de la dysenterie.
On trouve très fréquemment dans l’eau des œufs d’belmintbes : ascaride lombricoïde, oxyure vermiculaire , trichocé‘phales\ œufs ingérés ])ar l’homme se dévelojjpent dans le tube digestif.
Ouelques auteurs pensent ([ue des œufs de ténia ingérés avec l’eau de boisson ])euvent se développer dans le tube digestif de l’homme; il paraît démontré ([ue ces œufs doivent toujours passer par un état intermédiaire avant de produire le ténia chez l’homme {Cysticercus cellulosæ chez le porc, Cysticercus bovis chez le bœuf, état larvaire du Bothriocephalus latus chez certains poissons).
Les œufs du Ténia echinococcus du chien rejetés avec les matières fécales souillent l’eau et [)roduisent chez l’homme, chez le bœuf et (diez le mouton les kystes hydatiques.
Les distonies qui sont si communs dans le foie de certains animaux (moutons, bovidés) et (|u’on a l’encontrés aussi dans le foie de l’homme, notamment au l’onkin, donnent des œufs qui se dévelop[)ent dans l’eau; les embryons, après une courte phase de vie libre, s’introduisent dans des limnées où ils accomplissent une phase de leur existence; enün les cercaires résultant de cette transformation deviennent libres dans l’eau, sont absorbées par les herbivores ou par l’homme, et donnent naissance anx distomesdu foie.
\j;i B ilharzia hæmatobia, très commune en Lgvpte, a été observée riiez des soldats italiens à Massouah; elle ne paraît |tas très laire en Tunisie '.
La bilbarzie vit dans le sang (veine jiorte, vidnes du |)etit bassin),
nisipc, lieviie d'hyfiiène, 1802, t. Xll, n°’ 0 ol. 10. Nous avons fail de nomlireiix enipmnls à cet exeellenl ll•avail.
1. .1. B11AU1.T, Bilharziose contractée en Tunisie, Gaz. hebdom., 8 août 1891. —
ses œufs, de forme elliptique, avec un éperon très caractéristique, s’accumulent dans les capillaires (|u’ils tinissent par |terforoi’ à l’aide de leur éperon. L’hématurie est un des principaux signes delà bilharziose. Les urines hématuriques émises par les malades renferment des œufs en grand nombre qui donnent naissance à des embryons ciliés. On ne sait pas exactement ce que deviennent ces embryons, mais il est hors de doute que l’infection a lieu chez l’homme par l’eau de boisson. En Egypte, la bilharziose est à peu [)i’ès inconnue dans les villes qui sont approvisionnées d’eau filtrée; elle est au contraire très commune dans les villages dont l’eau est de mauvaise qualité.
h'ankylostome duodénal [Uncinaria duodenalis^ Dumxi, 1843), qui donne lieu à une anémie profonde et souvent mortelle (anémie pernicieuse ou chlorose d’Egypte, anémie des mineurs), peut se propager aussi ]>ar l’eau; les œufs expulsés avec les excréments continuent à se déAœlopper dans la terre humide; ils donnent nai.ssance à des embryons, puis à des larves qui vivent ilans l’eau vaseuse ou dans la houe. Introduites dans le tube digestif de l’homme, soit avec l’eau, soit avec des aliments souillés, les larves passent à l’état adulte en l’espace de quelques semaines.
L’eau de boisson joue un grand rôle dans l’étiologie de la jilariose qui est produite par la Filaria mngiiinis, hominis (Lewis, 1872). Les embryons de la filaire qui se trouA'ent en grand nombre dans le sang de l’homme, sont absorbés par les moustiques qui viennent sucer le sang des malades; ils se transforment dans les moustiques, et quand ceux-ci meurent et tombent dans l’eau, les larves de filaires deviennent libres dans l’eau et de là elles passent dans le tube digestif de l’homme, puis dans le sang (jManson).
La lilariose est très répandue à la surface du globe; sa fréquenci' est grande en Chine, au Japon, aux Indes, sui' quelques points de l’Australie, à Taïti, au Brésil, aux Antilles, en Egypte, à jMadagascar, sur les côtes orientale et occidentale d’Afri([ue. D’après Manson‘ il faudrait dislinguer [ilusieurs espèces de blaires : F. noc-
Caiiier, Soc. de biologie, 1892, eL Archives de méd. inilil., l. XXI, ji. 101. — Moty, Soc. (le l)iol., 1893, p. 51. — Villeneuve, La bilharziose en Tunisie, Marseille médical. 1892, p. 153. — Lavehan et Blanciiaud, Les hématozoaires, Paris, 1895, t. 11, p. 10. — Lohtet et ViALLETON, Kliules sur la Bilharzia hœmatobia, Paris, 1891.
1. P. Manson, The Laiic.et, 1891, et Revue d'hygiène, 1891, p. 731. — Nielly, KlémcnN (le i)athologie exotique, Paris, 1881. — Blanciiaud, Traite de zoologie médicale. — Moïy, Contrib. à l’étude de la lilariose. Revue de chirurgie, 1892, XI. p. 1. — I.avkiiAN, Sur un cas de lilariose. Soc. méd. des hôp., 10 nov. 1893. — Uailliet, Tpité de zoologie médicale et agricole, 1893. |i. 515. — Laveran et Blanciiaud, Les hématozoaires, Paris, 1895.
EAU POTABLE
lurna, qui ne se trouve dans le sang' |)éri|)liéri(|ue que pendant la nuit, F. diurna qui ne s’y tnjuve ([ue j)endaid, le jour, F. pei^slans <[ui s’y trouve jour et nuit.
La lilaire du sang- est un |)arasite très redoutable, elle donne lieu tantôt à l’héinalurie ou à l’iiémato-chylurie , tantôt à des tumeurs Iviupliatiques du scrotum ou des aines, tantôt à l’éléphantiasis des Arabes. Quelquefois la lilariose, se traduit uniquemeid par des symptômes généraux, i)ar des accès de fièvre qui peuvent être confondus avec des accès [)alustres, nous avons eu l’occasion de signaler un cas de ce genre en 181)3, le malade avait contracté la lilariose au Soudan.
La /Ilaire de Médine ou dragonneau [Filaria Medinensis, Lixné, 1167) donne des embryons en grand nombre qui se développent dans de petits crustacés du genre Cyclops. Le plus souvent les larves de la lilaire de Médine s’introduisent directement sous la peau de l’homme et non par les voies digestives, de là la fréquence de la lilaire aux extrémités inférieures et chez les individus qui marchent pieds nus dans l’eau.
La filaire de Médine est ti’ès ré|)andue en Arabie, en Perse, dans le Turkestan et au.x Indes. En Afri(|ue, elle est commune sur la côte de Guinée, dans la Sénégamhie et le Soudan. Un certain nomhre de soldats du corj)S ex])éditionnaire du Dahomey en ont été atteints. Un l’ohserve aussi dans les Guyanes et au Grésil *.
h' Angiiillula stercoralis et V Anguillula intestinalis, auxquelles Normand et llavay * ont attrilnié un rôle important dans l’éliologie de la diarrhée de Cochinchine, s’introduisent dans les voies digestives de l’homme avec l’eau de hoisson. 11 est démontré aujourd’hui que les deux espèces décrites par Normand et Bavay ne représentent que deux phases du dévelo|q>ement d’un môme [>arasite {Uhahdonema inlesiinale, Bavay, 1871).
Ces anguillules ont été trouvées sur ditïérents points du globe et chez des sujets ([ui n’étaient atteints ni de diari-hée, ni de dysenterie; parcoidre, leur présence n’est |>as constante dans la diarrhée de Cochinchine; ce ih' sont donc pas des agents pathogènes spécifiques de la diarrhée de Cochinchine, mais il nous paraît certain que lorsque ces parasites existent en grand nombre dans l’intestin, lors(pi’ils imllulent dans toutes les anfractuosilés de la mmpieuse
il. Davaine, il Bi.ANr.nAHD, Haii.liet. op.cil.
2. Nohmand (ît. Bavay, Arch. de méd. nav., I8-Î7-I878. — Xieli.y, Kléiuenls dr pnlliol. cxoliqiic, Paris, 1881. — Laveran, Gaz. hebdom., 1877, p. 42. — B. Blanchard, Trai,lc de /oologic médicale.
intestinale malade, ils contribnent piiissainment à aggravei’ la (liari-hée ou la dysenterie.
Des sangsues il li formes (jiii existent souvent en grand nombi-e dans l’eau stagnante, notamment en Algérie, peuvent se fixer dans la gorge au moment où cette eau est absoi’bée; les médecins militaires français ont observé fréquemment en Algérie des accidents graves, et parfois mortels, causés jiar rintro<luction de ces sangsues dans les voies respiratoires
11 est facile de com[)rendre comment ces sangsues peuvent ètriî ingérées avec l’eau qu’on puise directement dans un ruisseau; à leui' ]iremière [)base de développement elles ne mesurent ‘(jin; (|uelques millimètres de long, et elles ont à peine l’éjiaisseur d’un (il ordinaire, de plus elles sont demi-transparentes. Une fois lixées dans le jibarynx ou à la partie supérieure du larynx, les sangsues grandissent et finissent par atteindre le volume des sangsues oflicinales ; elles donnent lieu à des hémorragies et à des accidents de suffocation, quelquefois mortels, lorsqu’elles pénètrent dans le larynx.
11 résulte des recherches de R. Blanchard que ces sangsues n’ajipartiennent j»as au genre Ilæmopis, comme on l’a cru pendant longtemps; il s’agit de la Limnatis Nüolica décrite par Savigny en 1820.
Les eaux de boisson [)euvent renfermer des poisons minéraux et en particulier des sels de plomb provenant de conduites én [ilomb, ou do toitures, de terrasses garnies de feuilles de plomb, lorsque l’eau de [)luie est recueillie dans des citernes. Il exist(‘ dans la science un assez grand nombre d’exemples de petites épidémies de saturnisme dues à cette . cause Le plus célèbre est celui du château de Claremont. Une citerne avait été revètiu' |)artiellement de [)lomb, et l’eau de pluie circulait dans des tuyaux de j)lomb, 13 [)ersonnes sur 38 ([ui habitaient le chûteau furent intoxi(|uées (II. Guéneac de Mussv).
• Lors(|ue les eaux sont chargéi's de sels calcaires, elles incrustent
1. Baiziîau, Arch. r/é/i. fie médecine, L. Il, p. I6i. — Masse, Abeille médicale, 1881. — E. Kaddouh, UuU. de la Soc. des se. jjliys. cl nal. de l’Algérie, 1888. — C.iia- VAssE, Des ;iccidcnls rausrs par riiiLrocliiclion de l'iliomopis clans les voies aériennc's lie rilomme, Aveh. de méd. milit., -1893, 1. XXI. ji. SI. — U. Iîlaaciiaud, Sur la sangsue de clicval du Nord do l’Afrique, Comples rendus de la Soc. de biologie. 1891, p. 093, el lliillel. de la Soc. zool. de France, 1891, t. XVI, ]i. 218.
2. il. (iuÉNEAi: UE Mussv, Ann. d’Iiyg. publ. et de méd. lég., 1833, 2” série, l. IV, p. 318, el Clinique médicale, 1874. — A. CiAuriEn, art. Eau, in Encyclop. d'Iiyg. ctde méd. pulil., l. Il, p. 133. — SoKOLOEE, Les conduiles d’eau en plomb au iioini de vue hygiéniipie, aual. iu Revue d’hygiène, 1893, ]). 92.
EAU POTABLE
:tl3
r;i)ii(lciiient les conduites de [doinh et le danger est peu considéralde, mais les eaux livs |)ures, les eaux de pluie en ])arliculi('i% atta(pieiit le plonil) et en dissolvent une quantité sutïisanle [)Oui' donner lieu à des intoxications.
I)’a|)rès les recherches de Sokololî, ce qui favorise le plus la dissolution du plomb, c’est la présence de l’acide carbonique et l’action altei'uautc de l’eau et de l’air.
On doit employer des conduites en poterie ou en fer pour la grosse canalisation des eaux potables et des tuyaux de plomb doublés d’étain [)our la petite Lorsqu’on recueille l’eau de pluie ilans les citernes, il faut veiller avec soin à ce que l’eau ne soit nulle part en contact avec du plomb.
Londres, Ldimbourg', Stockolm, Munich, ont renoncé complètement aux conduites de plomb pour les eaux potables. A Paris, les grandes artères des conduites d'eau sont formées de larges tubes de fer; les branchements (|ui en partent pour monter dans les maisons sont seuls en j)lomb. A Yieniie et à Iluda-PesI, les artères principales sont en fonte, les tuyaux (|ui distiâbuent l’eau aux maisons doivent être en plomb doublé d’étain ou en ])lomb sulfui’é (A. Gautier).
En Suisse, en Allemagne et en Angleterre, des intoxications ont été provoquées par des eau.x qui avaient traversé des pyrites arsenicales (Ciiaxtemesse, op. ciL, Congrès d’byg. de Buda-Pest, 189i).
Enlin les eaux [)araissent recéler les agents pathogènes du f/oilre qui a été observé souvent à l’état épidémique dans (|uel- «lues-unes de nos garnisons, mais la nature de cet agent est encore complètement inconnue.
IL Ai'puovisioxxe.mext en eau potable nécessaire dans les casernes. — Dans les grandes villes on peut ('stimer à 200 litres ])ar joui’ et par habitant la (juanlité d’eau nécessaire. Dans les casernes, oii l’on n’a pas à com|)tcr avec tous les services de la voie publique, la (piantité de 120 litres par tète et par jour est suftisante; c’est le cbilTre aiuiuel on s’est ari'èté à Paris.
11 vaut mieu.x n’aAoir dans b;.s casiu’iies (pie de l’eau de bomu' qualité, mais la chose n’est pas toujours possible; lorscpi’il ('xisie deux espèces d’eaux, l’une bonne, destinée à la boisson, l’autre médiocre destinée aux autres usages, il faut indi(juer avec grand soin, à toutes les prises d’eau, s’il s’agit de l’eau destinée à la boisson ou de l’eau (pii ne doit pas servir à (tel usage.
La ville do J'aris assui’o aujourd’hui la distrihuiion dans chaque caserne de 120 litres d’eau (dont 40 en eau de source) par jour et par homme ou par cheval, en jirenant pour hase l’état annuel des hommes et des chevaux inscrits sur l’assiette du casernemcnl.
Pour les étahlissements s])éciaux, tels i|ue les hopilaux, la fourniture est de 420 mètres cuhes par Jour, dont le tiei's en eau de source; le service des bains, la buanderie, l’arrosage des Jardins absorbent dans les hôpitaux une grande quantité d’eau.
Dans les circonstances où l’approvisionnement en eau esl diflicile, dans certains forts, en temps de guerre, on est obligé de se contenter d’un minimum d’eau qui peut être fixé à 9 litres par homme et par Jour :
Boisson, café, préparation des aliments 4',a00
Soins de propreté 3
Eau perdue 1 ,500
111. Des eaux considérées au point de vue de leur provenance — A. Nappes d'eau souterraines. Eau de source. L’eau de pluie pénètre dans le sol et s’y infiltre Jusqu’à ce (ju’elle rencontre, à une piTjfondeur variable suivant la constitution géologique du sol, une couche imperméable; l’eau s’accumule au-dessus de cette couche et forme la nappe dite supierlicieUe ou mieux supérieure dont la hauteur varie naturellement avec l’abondance des iiluies. Cette eau, qui est infiltrée dans les terrains poreux et non à l’état de couche continue, comme pourrait le faire croire l’expression de nappe, suit les pentes naturelles et contribue, pour la plus grande part, à la formation des rivières et des tleuves, véiâtaliles drains à ciel ouvert, qui reçoivent le trop-plein de la nappe.
Les puits ordinaires sont creusés à travers les couches superficielles du sol. Jusqu’au-dessous du niveau moyen de la na])|ie d’eau supérieure.
L’eau s’accumule dans la partie inférieure des puits et son niveau donne exactement la hauteur de la napjie d’eau sujiérieure.
I. WoLi'TiiÜGiîi., WasBei'vcrsoi'gimg, Ilan(ll)ucli (1er Hygiène von Pe lien ko fer nnd Ziemssen, 1882. — AnNOUi.D, Nonvennx (^If'inenLs d’hygiène el arl. E.ur. in Dielion. encyelop. des se. niéd. — nuci..vu,\, Microbes des eaux. Annales de l’inslilut Pasteur. 188'J, |). 539; Aclion de l’ean sur les bacléries palhogônes, Même Hec., 1890, ]>. 109, el Sur les relations du sol el de l’eau qui le traverse, Bec., 1890, j). 172.—
lîEciiJiANN, Disiribulions d’eau, assainisseinenl, 1888. — Hiciiard, Précis d'iiygièno appliquée, Paris, 1891.
EAU POTABLE
La figure o3 montre la disposition de la nappe d’eau supérieurf! dans un terrain qui comprend, en allant de la superficie vers la protondeur : de la terre végétale iViV, du sable IIM et de l’argile 1)1); la nappe d’eau CC occupe toute la partie inférieure de la coucbe
t ig". 53. — Montrant la disposition do la nappe d’eau supérieure. — A, terre végétale; B, sable; C,^nappe d’eau souterraine; 1), argile peu perméable; P, ])uits; R, rivière.
de saille, retenue qu’elle est par la couche d’argile très peu perméable; une rivière R et un puits P sont indiqués sur la ligure, <les flèches montrent la direction du courant des eaux de la nappe CC.
Le niveau de la nappe d’eau siqiérieure est toujours plus élevé que celui des cours d’eau dont elle est tributaire. A Paris jiar exemple, la nappe d’eau est à 30 mètres au-ilessus du niveau de la mer à 1 Observatoire, et à 40 mètres à Belleville, alors que le niveau de la Seine est à 2o mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Nous aurons à i-evenir sur ce fait à propos des galeries filtrantes qui ont été creusées quelquefois le long des lleuves dans le but d’obtenir de l’eau potable.
Lorsqu’on traverse les couches iin|)erméables (|ui se trouveni au-dessous de la na[)pe d’eau supérieure, il aridve souvent (pi’on rencontre une autre nappe d’eau; les puils, en général très profonds, qui sont creusés jusqu’à cette Jiapj)e inférieure portent le nom de puils artésiens.
L eau de pluie qui arrive dans la nappe d’eau su|)érieure el, à plus lorte raison, dans la nappe <rean profonde, après avoir filtré lentement à travers les couches superficielles du sol, est Irès pure; si, par suite d’un accident de ten-ain, la najipe d’eau se déverse a la superficie du sol, on a l’eau dile de soiirce (pii (>st considéi’ée à juste tiliaî comme la meilleure, comme celb^ ipi’il l'aul toujours recberebej’ pour rapprovisionnement d('s villes.
:iiG
l^asLeur et Joiibert ont montré dès 1878 que les eaux de source à leur émergence du sol ne renfermaient pas de germes vivards landis (|ue les eaux superlicielles en contenaient un grand nombre (Acad, des sciences, 1878).
L’eau de la Vanne, prise au grillon d’émergence, est presque complètement dénuée de germes ; à son arrivée à Paris elle contient des micro-organismes provenant de la canalisation, mais en très petit nombre. Les eaux fournies par les puits artésiens sont absolument stériles.
Même dans les grandes villes, où le sol est souillé depuis des siècles, la nappe d’eau souterraine se maintient dans un état de pureté remarquable, à moins d’infiltrations qui la font communiquer directement avec les fosses d’aisance, dépotoirs, etc... Fraenkel a constaté que, dans un quartier central de Berlin, la mqipe d’eau située à 4 mètres de profondeur était absolument exempte de germes (Zeilschr. f. Hygiene, 1889, p. 23).
On s’est demandé pourquoi les eaux des nappes souterraines étaient stériles. On conçoit très bien comment l’eau, filtrée par te sol, arrive dans la nappe d’eau supérieure et à plus forte raison dans la nappe profonde, après s’être débarrassée de la plupart de ses germes; il est plus difficile de comprendre pourquoi les germes du sol et ceux, en petit nombre, qui doivent échapper à la filtration n’arrivent pas à repeupler l’eau.
Il faut d’abord remarquer que les germes deviennent de plus en plus rares dans le sol à mesure qu’on descend de la superficie vers la profondeur. Dans le sol de Berlin on ne trouve presque plus de microbes à 3 mètres de profondeur (Fraenkel); l’absence d’oxygène ou du moins la raréfaction de ce gaz dans les parties |irofondes du sol et la prédominance de l’acide carbonique, sont des obstacles au développement d’un grand nombre de microbes, on sait que le nombre des microbes diminue rapidement dans <b' l’eau chargée d’acide carboni(|ue; enfin la température assez basse de la nappe d’eau souterraine s’oppose à la culture de bon nombre de microbes.
Four ([lie l’eau de source reste pure, il faut qu’elle soit captée dans de très bonnes conditions, qu’elle ne soit pas exposée à êti’e souillée par des engrais (fumiers, produits de vidange) déposés sur le sol ou par un mélange avec des eaux impures. L’é[)idémi(‘ de fièvre tvqiboïde de 1894 à Paris a été attribuée en général à ce que l’eau des sources de la Vanne était mélangée à de l’eau [irovenantde drains assez siqierficiels.
EAU POTABLE
« Les travaux de captage consistent à reclierclier les lilets nalnr('ls, à les dégager, à les suivre et à en recueillir le ])rodnit. S’ils sont peu ahoiidanis, un simple drain snt'lil ; s’ils fournissent un plus grand volume d’eau, on construit une galerie \ on a recours à une chambre pour le captage d’un groupe naturel de sources ou [>our rassembler les apports d’une série naturelle de drains ou de galeries.
« Lorsqu’une source s’échappe d’une couche rocheuse, on y pratique des conduits souterrains; si elle émerge d’un coteau, ou établit un drain suivant une des horizontales du terrain, ou une galerie avec paroi imperméable du coté du vallon et perméable au contraire A'ers le coteau; si elle sourd en jets verticaux de la profondeur du sol, on emprisonne les bouillonnemenls dans des galeries ou des chambres maçonnées sans radier, qu’il est avantageux de fermer et de couvrir; si elle s’épand dans le sol et se |>erd en ruisselets sur une grande surface, on la draine au moyen de conduits perméables. » (Hecumaisx, Distributions d’eau, assainissement, 1888.)
Après avoir été captée soigneusement dans des endroils où elle est à l’abri de toute souillure, l’eau de source est conduite dans les villes à l’aide d’aqueducs; si la pente nalurelle n’est pas suflisante, on fait usage de machines élévatoires.
C’est à l’aide d’aqueducs que, depuis l’antiquité, Rome est approvisionnée d’une eau excellente qui vient des montagnes voisines; c’est aussi à l'aide d’aqueducs ({ue Paris reçoit aujourd’hui de l’eau de source de très bonne qualité : aqueducs de la Dhuis, de la Vanne, des sources de Verneuil et de l’Avre et bientôt des sources du Loing et du Lunain.
Dans les villes qui sont alimentées en eau de source, il arrive quelquefois que cette eau venant à manquer, pour une cause ou pour une autre (accidents à la canalisation, consommation exagérée d’eau ou diminution du débit des sources), on est obligé de substituer temporairement de l’eau de rivière à l’eau de soui’ce ; les municiiialités doivent tonjours avei'tir de ces subslitutions, afin qu’on puisse prendre les précautions nécessaires j)our purilier l’eau suspecte.
« 11 appartient au commandant d’aianes de s’entendre avec la municipalité |)Our être infoiané, en temps utile, de toute substitution éventuelle de l’eau de rivière à l’eau de source alimentant habituellement les casernes, afin que l’on puisse ])réserver les troupes de l’action nuisible de l’eau de rivière non filtrée » (Instrucl.
niiiiist. (lu 30 mars 1805 sui‘ l'hygiène des hommes de troupe).
H. Eau de jmils. L’eau de puits qui provient de la nappe d’eau su])érieure peut être très honne, si le puits qui la fournit est bien construit et suffisamment éloigné des hahitations et des foyers locaux d’infection; malheureusement les puits sont placés presque toujours à proximité des hahitations, et des infiltrations se produisent souvent entre les puits et les fosses fixes ou tes fosses à fumier situées au voisinage. D’autre part les puits sont, en général, installés de telle sorte que des détritus de toute sorte tombent à l’intérieur et les salissent; ce sont des poussières, des feuilles mortefï, des cadavres d’insectes, de rongeurs, etc..., qui finissent par former à la partie inférieure des puits une couche éjiaisse de matière organique.
Fraenkel et Koch oui montré qu’il existe de grandes dilïérences entre les jmits maçonnés et largement ouverts et ceux qui sont constitués uniquement par le tube plongeant d’une pompe qui sert à faire monter l’eau; au fond des premiers il se forme toujours une couche de lioue chargée de matière organique; si le puits se compose uni(piement d’une cuvette dans laquelle vient plonger
le tuyau de la pompe, l’eau est beaucoup pluspure(Fi’aenkel,.^e/isc/tr. f. 1889).
Dans les grandes villes les eaux de puits sont presque toujours mauvaises, elles sont chargées de matière organique, de plus, à Paris, elles sont fortement séléniteuses.
Les puits Norton, qui se forent très rapidement, ont été utilisés souvent par les Américains jiendant la guerre de la Sécession et par les xVnglais notamment en Abyssinie.
Pour forer ces puits on se sert d’un tube de fei‘ de 4 mèires de loii2' terminé en
pointe à une extrémité (lig. 54, A); audessus de la pointe se trouvent des ouvertures ou yeux, recouverts d’une forte toile métallique pour emjiècher la pénétration de débris volumineux dans la cavité intérieure du tube en fer; l’autre extrémité du tube s’ada[)te à un système de tiges, de poulies et de cordes destinées à faire mouvoir un poids (pii fait l’oflice de bélier pour enfoncer le Inhe en fei- dans
Fig. 51. — Puits Norton. —
A, tube avec le mouton (jui sert à renfoncer dans le sol ;
B, puits Norton en jilaeo avec la jionipo (jui sort à faire monter l'eau.
EAU POTABLE
lo sol. Si l’oau se |)résciito dans le |n-cnuer lul»e en l’ei', avani, (|n’il soit enfoncé coniplètemenl dans le sol, on y adapte une pompe (liîî'. o4, B). Sinon, on A'isse un deuxième tuhe sur la l,èt(; du |)remier. L’ap[)areil s’enlève en faisant heurter le mouton de has en haut contre une harre d’a])|)ui fixée aux tuhes en fer. En i-empla^ant l’extrémité inférieure du tuhe en fer par une vis, on peut supprimer le mouton; il suflit de faire tourner le tuhe à l’aide d’une harre transversale j)Our (ju’il s’enfonce dans le sol comme une vrille.
L’eau des puits artésiens (jui provient de la nappe souterraine profonde est souvent tro[) chaude et trop minéralisée |)Our serviià la boisson, mais c’est une eau très pure (pii peut être utilisée toutes les fois (pie la chose est possible. La garnison de Saint- Denis boit de l’eau de [)uits artésiens ipii est excellente. [Revue d'hygiène, 1894, p. 28G.)
C. Eaux superficielles. Eaux des fleuves, des rivières, des lacs. Les eaux siiperticielles peuvent être de bonne (jualité, telles sont les eaux des ruisseaux et des torrents ipii coulent dans les montagnes, loin de toute habitation; en général l’eau des rivières est souillée plus ou moins profondément, parce (pie, sur les bords des rivières, se trouvent des villes, des villages, des fabriques qui envoient leurs eaux d’égout et des résidus de toute sorte à la rivière; la batellerie sur les cours d’eau navigables et sur les canaux, les lavoirs doivent être signalés aussi parmi les causes d’infection. L’eau des canaux s’altère plus que celle des rivières ])arce (|u’elle se renouvelle beaucoup moins.
L’eau des fleuves et des lâvières a une tendance naturelle à se purifier; cette puritication est d’autant plus rapide (pie le courant est [dus fort; c’est ainsi ([ue l’isar (jui a un cours torrentueux’ se purifie vite et jieut recevoir sans grands inconvénients les eaux d’('‘gout de Munich.
L’eau de l’isar qui, en arrivant à Munich, ne contieid (]ue 305 germes |)ar centimètre cube, en renferme 12G00 à 7 kilomètres audessous de Munich, après .avoir reçu à différentes hauteurs les eaux d’égout de la ville. Le nombre des germes tombe à 9100 à 13 kilomètres de Muui(d), à 4800 à 22 kilomètres et à 2400 à 33 kilomètres '. Le lleuve ne met (pie huit heures à jiarcourir (U'tle
I. Phausnitz, Innuence de l.i c.analisation de .Munich, 1889. — 1>i’eii'I-eii el. Eiseni-oim, Assainissemenl s|ponlané des cours d’eau, Arch. f\ hy!/., 1892, anal, in Revue d'hygiène, 1892, ji. 936. — Duclaux, llevne crili(|ue in .\nnales de L'inslUul Pasteur,
distance et ce court es|>ace de temps siiftit pour (|iie l’eau siî déharrasse des ti/G des t'ennes (ju’elle coiileiiail.
Parmi les causes de l’épuratioii naturelle des cours d’eau, il faut citer en première ligne les causes physiques; soit une rivière dans laquelle se déverse un égoul, toutes les particules grossières ijui se trouvent dans l’eau ne lardent pas à se déposer, et les particules <le sable, de terre, etc., ([ui se déposent au fond de la rivière entraînent une grande quantité de microbes. On sait que lorsqu’on projette dans une culture en bouillon, une substance pulvérulente insoluble, cette substance entraîne au fond du vase une grande (piantité des microbes en suspension; c’est pour cela aussi qu’en ajoutant un peu d’alun à une eau terreuse on arrive à la ]mrifier ]>ar une action comparable à celle du collage.
La lumière exerce aussi une inlluence très beureuse. Le nombre des germes subit une décroissance rapide dans l’eau insolée ; lorsque l’eau est conservée à l’obscurité la décroissance est beaucoup plus lente.
Lucbner, Frankland et Marshall Ward ont fait d’ingénieuses expériences pour mettre en évidence l’action de la lumière sur les germes vivants.
Une boîte de Pétri contenant une mince couche de gélatine est ensemencée avec le microbe sur lequel on veut étudier l’action de la lumière : IL d’Ebertb, IL pyocyaneus, Hacille du choléra, Bactéridie charbonneuse, etc. Cette boîte repose sur un disque de papier noir dans lequel est découpée, en large majuscule, une lettre de l’alphabet, ou bien on colle sur le fond de la boîte des caractères o[iaques découpés dans du pajiier noir. Ija boîte placée sur un siqiport annulaii’e est exposée, pendant un temjis donné (cinq ou six heures), à la lumière dilTuse réllécbie par une glace, et ensuite portée à l’étuve. Dans ces conditions il est facile de conslaler que, sur le passage des rayons solaires, les gmaues ont été tués. Avec les caractères découpés, on a sur la gélatine des lettres transparentes sur un fond opaijue; avec les caractères ojtaipies, des inscriptions en gris sur un fond transparent. Buchner a obtenu au l)Out d’une beure ou une heure et demie d’ex|)Osition à la lumière solaire directe, ou après cim| heures à la lumière dilfuse, une stéi’ilisation complète des microbes |talbogènes. La bactéridie (diarbonneuse elle-même est détruite dans ces comblions (Dl'claux, lac. cit.).
La couleui’ des eaux des tleuves, des rivières, des ruisseaux, leur tlore et leur faune, peuvent fournir des indicalions uliles au
EAU POTABLE
médecin mililaice cl à l’oflicior (|iii, en campagne, doivent souvent ap|)cécier rapidement la qualité d’une eau.
Lorsque l’eau vue en grande masse, dans les fleuves ou les lacs, est })ure, elle est très transpai-ente et présente une teinte bleue; les eaux souillées sont peu ou ])as transj)arentes, leur couleur est verdâtre ou môme jaunâtre, si l’eau contient beaucoup de matières terreuses.
Dans les fleuves, dans les rivières ou les laiisseau.x dont les eaux sont de bonne qualité on trouve des poissons, des mollus- (jues, des plantes qui ne ])euvent pas vivre dans les eaux souillées.
Les poissons disparaissent des rivières quand les eaux se corrompent; à certains jours les rivières qui ont été souillées par les eaux d’égout, ou par des résidus d’usines, se couvrent de poissons morts. Les ]>oissons ont besoin, pour respirer, de l’oxygène dissous dans l’eau; si les matières organiques déversées dans les fleuves absorbent cet oxygène, les poissons meurent d’asphyxie comme nous ferions dans une atmosphère privée d’oxygène. Oji sait que la truite est particulièrement difficile sur la qualité de l’eau, il lui faut l’eau des torrents qui, dans son cours rapide et semé d’obstacles, s’aère plus que les autres.
Dans des eaux très pures on trouve souvent la Physa fontinalis (petit mollusque), du cresson de fontaine et de petites algues vertes {Cladophora, etc.).
Dans des eaux assez bonnes on rencontre des limnées et des plantes ou algues vcries {Sparganium, Zygneuma).
Dans les eaux très médiocres, on trouve en fait de mollusques : Planorbe corneus, Bilhynia impiira, Cyclas cornea; en fait de ]dantcs et d’algues : Arundo phragmites et des algues blanches : Hypheothrix, Beggiatoa alba.
Enfin dans les eaux profondément souillées on ne i-encontre plus que ([uelques algues blanchâtres (en particulier Beggiatoa) et des bactéries (A. Géhardix, Altération, corruplion et assainissement des rivières, Paids, 187o, et Des eaux et de leurs rapporls avec l’air et les lieux, Versailles, 188.3).
En somme les eaux superticielles : (leuves, rivières, canaux, lacs, sont toujours susjicct.es, et autant que })ossiblc on ne doit les employer pour la boisson (ju’aj)rès les avoir purifiées.
Los agglomérations bumaines sont la |)riiici|)alc cause de souillure des cours d’eau; lorsqu’il s’agit de faire une j)rise d’eau sur une rivière qui traverse une ville, un camj), il faut donc avoir grand soin de prendre l’eau en amont de la ville ou du camj)
Lavehan, Ilyg. milit. 21
ot (le rejeter en aval tous les résidus f|iii jieuvent souiller l’eau.
D. i; eau de citerne est ou général mauvaise dans les villes el l’eau (le source doit toujours lui être préférée, (juand la chose est jtossible, mais dans les pays chauds et dans les foids (jui soûl généralement situés sur des hauteurs oii l’approvisionncmenl en eau est très difficile, les citernes rendent de li'ès grands services on doit seulement les surveiller avec heaucoup de soin.
On se sert jiresque toujours de l’eau de pluie pour remplir les citernes; lorsiju’il n’a pas plu depuis quelque temps, il faut laisser perdre la première eau qui tomhe et qui est fortement souillée par les poussi(>res et les détritus de toute espèce qui s’accumulent sur les loits et dans les g-outtières ; il faut veiller aussi à ce qu’on ne projette dans les gouttières aucun produit susceptihle d’altérer l’eau.
Nous avons signalé déjà les dangers des toitures qui sont faites en totalité ou en [tartie avec des feuilles de plomh; les conduites qui vont à la citerne ne doivent pas non jdus contenir de plomh.
En Algérie, dans les endi’oits où il [deut très rarement, comme à Biskra, on se sert pour remplir les citernes de l’eau des cours d’eau ou oueds (|ui, à certains moments, se transforment en torl'ents et dont on peut dériver une partie.
L’eau doit être filtrée à son entrée dans les citernes. Nous décrirons dans le chajiitre suivant un filtre très simple qui peut être utilisé pour cet usage.
Les citernes doivent être construites en ciment et parfaitement étanches, il importe en effet que l’eau ne se perde pas dans le sol et qu’il ne s’établisse pas d’infiltrations du sol vers la citerne.
Des réservoirs et des récipients de toute sorte servant à conserver teau ou à la transporter, comme cause de pollution de Veau. — L’eau est souvent conservée dans des réservoirs ou recueillie dans des récipients malpro[ires où elle s’altère.
Des réservoirs mal entretenus renfermant des matières organiques en décomposition, ont été plus d’une fois l’occasion d’accidents graves dans les casei’iies^; il est évident (ju’en envoyant l’eau filtrée dans un l'éservoii’ souillé, on annihile les elTets de la filtration.
Des tonneaux dans lesquels on a transporté de l’eau de mauvaise (jualité et (jui servent ensuite à transporler de l’eau très pure
1. Guandmougi.n, .Notice sur Belfort. Arch. de méd. milil., 1888, t. XI, )i. l2o.
2. Voir notamment l'histoire des petites épidémies de lièvre l)ilieiise des casernes <le Saint-Cloud et de Lourcine (Laveban, Traité des malacl. des armées, I875, p. 205).
EXPERTISE DE l’eAU POTARLE
peuvent souiller cette (leriiiôre ; les cruches dans les(|uelles ou inel l’eau à boire dans les casernes, sont souvent malpropres et l’eau liltrée recueillie dans ces cruches s’y charge de nouveau de niicrohes.
L’instruction du 30 inai's t89o recommande de j)rendre les précautions suivantes ;
« Lorsqu’on sera obligé d’aller chercher de l’eau à une source éloignée ou à une fontaine de la ville, un gradé surveillera le puisace de l’eau.
« Le tonneau em[)loyé à cet usage devra, autant que possible, être en tôle et non en bois; il sera nettoyé chaque jour avec soin, et même, dans la saison chaude, après chaque voyage. Sans cette précaution les l’écipients s’infectent rapidement et souillent l’eau la plus pui’e. »
Les cruches <jui se Irouvent dans les chambres des casernes doivent être munies de couvercles })Our empêcher les poussières d’y tomber; on les rincera chaque jour avec de l’eau filtrée et chaque semaine avec de l’eau bouillante (instruction })récitée).
IV. Expertise de l’eau. Caractères d’uxe eau potable de bonne qualité. — Les médecins et les ])harmaciens militaires sont somment chargés d’examiner l’eau des caseiaies ou d’autres établissements militaires; il est donc nécessaire qu’ils soient très au courant des opérations que nécessite cette ex[)ertise.
Pendant longtemps l’ex])ertise de l’eau a été faite uniquement au point de Auie chimhpie; lorsque les découvertes modernes eurent démontré (|ue les germes animés étaient les agents pathogènes de la plupart des maladies infectieuses, on fut amené à négliger l’analyse chimique de l’eau jiour l’analyse hactériologiipie fait(' au moyen de cultures ])ermettant la numération des microbes de l’eau, et parfois la détermination d’espèces pathogènes. Nous verrons plus loin, en indiiiuant les princi|)ales méthodes en usage pour l’analy.se bactériologique de l’eau, (pie ces méthodes sont loin d’être [larfaites ; les causes d’erreur sont nombreuses et la recherche de certains microbes palhogènes dans l’eau, celle du hacilh' d’Eherlh en particulier présente les [ilus grandes difficultés. Ij’analyse hactéi‘iologi(iue ne doit donc jias être emjdoyée à l’exclusion des auti’cs procédés d’experlise de l’eau *.
I. Duci.aux, Moyens (l’e.Kaincn des eaux polaliles, Ann. de Vlnslilid Pasteur, 1894, J). 514. — UiiANTEMiissE, La (|ueslion des eaux polal)les. Communie, an congrès d’Iiygiène de Biida-I'esl, 1894. — \V. Kuuse, Appréciation liygiénic|ne de l’eau, ZcUschr. /’. Ilyr/., 1895, et Ilyg. liiaidsch., V, n« 11, p. 114.
L’expertise (rime eau doit comprendre :
1® L’étude des caractères physiques et organoleptiques.
2“ L’analyse chimique.
3“ L’examen histologique (dans certains cas).
4® L’analyse bactériologique.
1. Caractères ijlnjsiques et organolej)tiques de Veau potable. — Une eau pure doit être incolore si elle est examinée sous une faible épaisseur, limpide, parfaitement transparente.
Lorsque l’eau est en grande masse, elle présente une teinte bleue plus ou moins foncée et elle est très transparente; les eaux de qualité inférieure sont verdâtres.
Lorsqu’on ne peut examiner l’eau que sous une faible épaisseur, dans une carafe ou dans un flacon, le principal caractère physique est fourni par la transparence. On regarde d’ordinaire l’eau par transj)arence dans un verre ou dans une carafe, cet examen n’est suffisant que dans les cas où l’eau est très trouble.
Le procédé suivant permet d’examiner l’eau sous une grande épaisseur et de se rendre mieux compte de son degré de transparence. Deux longues éprouvettes de mêmes dimensions sont remplies : la première avec l’eau à examiner, la deuxième avec de l’eau distillée; au préalable on a eu soin de coller au fond de chaque éprouvette quelques caractères d’imprimerie ; on regarde à la partie supérieure des deux éprouvettes et on compare la netteté des images. Si l’eau est trouble, les caractères sont très peu distincts dans la première éprouvette, tandis qu’ils sont très nets dans l’éprouvette qui contient de l’eau distillée.
Un procédé meilleur consiste à faire Vexamen optique de Veau de la manière suivanle.
On sait que lorsqu’on est dans une chambre obscure et qu’un rayon lumineux pénètre dans cette chambre par un trou foré dans les volets, il se forme une traînée lumineuse dans laquelle dansent de très fines poussières, invisibles à l’état normal, lorsque la chambre est largement éclairée.
Il est facile d’ajipliquer à l’eau ce procédé d’examen de l’air souvent emplové par Tyndall. Soit une chambre noire donl une des parois est percée d’un trou (pii donne accès à un faisceau de rayons lumineux fournis par une lam pe ou [)ar un bec de gaz ; sur le trajet de ce faisceau lumineux on présente un grand ballon renfermant l’eau à expertiser; si l’eau est impure, on apeiToit dans le cône lumineux qui traverse l’eau, un très grand nombre de fines particules qui étaient invisibles quand le ballon était éclairé de tous les cotés.
EXPERTISE DE L’EAU POTABLE
Afin d’éviter rinstallalion d’iine chaml)rc noire on peut procéder ainsi qu’il suit : deux grands liallons de verre sont recouverts, dans les deux tiers environ de leur surface, avec un enduit noir suffisamment épais (bitume de Judée dissous dans l’alcool par exemple), au centre de la partie noircie on ménag-e un petit orifice arrondi, de 2 millimètres de diamètre environ. On remplit l’un des ballons avec l’eau à examiner et l’autre avec de l’eau très pure; les ballons sont alors portés à tour de rôle devant une fenêtre bien éclairée ou devant un foyer de lumière artificielle, de manière que les rayons lumineux pénètrent par le petit orifice ménagé au centre de la partie noircie, tandis qu’on examine la partie du ballon située à l’opposite et non noircie. Lorsque l’eau est impure, on voit se dessiner un cône lumineux dans lequel dansent de nombreuses particules; dans le ballon qui contient l’eau pure le cône lumineux se dessine moins bien et on ne distingue aucune particule en suspension.
La figure 5o représente la coupe d’un des ballons qui servent à faire l’examen optique de l’eau, la face a b est recouverte par l’enduit noir, le point c excepté; le ballon est rempli d’eau jusqu’en e, le cône lumineux dans lequel on voit les particules en suspension est figuré en d.
Ce procédé d’examen de l’eau, trop négligé en général , permet déjà de se faire une idée assez exacte du degré de pureté d’une eau.
li’eau ne doit pas avoir d’odeur; pour apprécier l’odeur on agite le tlacon bouché qui contient l’eau et on fait une forte inspiration au moment où on le débouche. On peut renouveler l’expérience après avoir laissé l’eau séjourner (juelque temps dans la bouteille.
Tl faut aussi goûter l’eau qui ne doit pas présenter de goût particulier; les eaux séléniteuses sont Wwres; les eaux jjrivées de gaz sont fades, au contraire les eaux qui renferment de l’acide carboni([ue ont une saveur fraîche, agréable.
Dans les cas où l’on fait l’expertise au point de puisement, il est important de noter la température de l’eau. Une bonne eau |>otable doit être fraîche, l’i'au chaude (.‘st indigeste, désagréable à boire et s’altère rapidement.
Eig. 55. — Ballon pour l'oxamon optique de l’oau (coupe).
2. Analyse chimiqne \ — Une eau li’ès [)ure au point de vue chimique pourrait évidemment servir de véhicule à des microhes pathogènes; mais dans la pratique il n’en est jamais ainsi. Les bacilles de la fièvre lyphoïde et ceux du choléra, [>ar exemple, sont introduits dans l’eau en même temps que des urines et des matières fécales et on peut dire que la plupart des eaux lâches en microhes sont également très chargées de matière organique, d’ammoniaque et de chlorures. L’analyse chimique de l’eau présente donc beaucoup d’intérêt au point de vue de l’hygiène.
Une eau de bonne qualité doit bien cuire les légumes et di.ssoudre le savon; les eaux chargées de sels calcaires forment avec les acides gras du savon et avec les acides organiques des légumes des sels insolubles; de plus ces eaux sont dures, désagréables au goût et elles paraissent favoriser la production des lésions athéromateuses des artères.
Les eaux séléniteuses (chargées de sulfate de chaux) fournissent par la solution de chlorure de baryum, un précipité abondant de sulfate de baryte. Lorsque l’eau, après une ébullition de huit à dix minutes, se trouble beaucoup, cela prouve qu’elle renferme un excès de bicarbonates terreux.
A l’aide de V hydrotimèlre il est facile de déterminer la quantité des sels de chaux ou de magnésie dissous dans l’eau ".
L’hydrotimètre est une burette graduée de telle sorte que 2-3 de ses divisions égalent 2 centimètres cubes et 4 dixièmes (fig. S6, A).
Le zéro de l’échelle est placé sur le second trait, et non sur le premier, comme dans les burettes ordinaires. Néanmoins, quand on remplit l’instrument, il faut que la liqueur affleure au fremier trait, la quantité de liquide qui dépasse le zéro est employée à produire une mousse persistante et n’est par conséquent pas décomposée par les sels de l’eau que l’on analyse. On voit que, par la disposition de la graduation, il n’est pas tenu compte de cette quantité dans la lecture du liquide qui mim(|ue dans l’hydrotimètre.
La liqueur hydrotimétiâqiie se prépare en prenant : savon médi-
1. Arnould, Nouveaux cléiiienls d’hygiène el aid. Eau du Diclionn. encyclop. des SC. méd. — Formulaire pliarmaceuliquc des hôpitaux militaires, Paris, 1884. p. 293. — Moullade, Métliodcs d’essais rapides des eaux en campagne, Arch. de méd. milit., 1888, t. XI, p. 4ü. — Burcker, Traité des falsifie, cl altérations des substances alim. et des laissons, Paris, 1892. — (iiRAUD, Méthode d'analyse des canx potables. Revue d’hygiène, 1893, p. Mo.
2. Nous empruntons au Eorniidaire i)harinaccutique des hôpitaux militaires la description de ce procédé d’analyse de l’eau [ainsi que celle du dosage de la malière organique par le permanganate de polassc et des gaz de l’eau.
EXPERTISE DE L’EAU POTABLE
cinal l'iipé et séché à raie 100 g ram mes et alcool à 90", 1000 grammes ; on Fait dissoudre à chaud, on filti-e et on ajoute eau 1000 grammes.
Une solution d’azotate de haryte (azotate de baryte ü9 centigrammes et eau distillée un litre) sert de liqueur d’épreuve pour vérifier si la liijueur hydrotimétri([ue est au deiixé convenable.
On met dans un llacon gradué (II, fîg. 50) 40 centimètres cubes de la solution de baryte, on remplit l’bydrotimètre avec la solution savonneuse et on laisse couler peu à peu., cette solution dans le llacon, en ayant soin d’agiter vivement celui-ci après cha([ue addition. L’opération est terminée dès qu’il se produit une mousse persistante. Si le nombre de degrés observés sur l’iiydrotimètre est 22, la li([ueur savonneuse est bonne. Si le nombre des degrés est supérieur à 22, il faut ajouter un peu d’alcoolé de savon; dans le cas contraire on ajoutera un peu d’eau et on fera un nouvel essai.
Après s’être assuré ainsi (jue la liijueur bydrotimétrique est bonne, on procède de la manière suivante :
On verse 20 à 25 grammes de l’eau à examiner dans un verre à expérience, et on ajoute 1 centimètre cube environ de liqueui’ savonneuse. Si après (pielqucs instants d’agitation, l’eau prend une teinte opaline, sans qu’il se forme de grumeaux, ou jieut faire «lirectemeid l’essai. Dans le cas où il se forme des grumeaux, on étend l’eau à essayer d’un volume d’eau distillée convenable pour que cel ellet n’ait [ilus lieu. On tient compte de cette eau ajoulée dans le résultat final. Il faut s’assurer (|ue l’eau distillée qu’on ajoute ainsi mar([ue zéro à rbydrotimètre. Cet essai préliminaire est nécessaire, jiarce (|ue les grumeaux de savon insoluble (|iu‘ ]iroduit une eau trop calcaire s’opposent à ce (|ue la mousse ])uisse se former.
Ou vers(* aloi's dans bî llacon H, 40 cenlimèln's cubes d(> l’eau à essayei', et on ajoute peu à peu, surtout à la tin de l’opéralicui, la liqueur savomu'usi'. Dès «pie, par l’agitation du llacon, on obtient line mousse^ pm-sistanlii et épaisse, l’i'ssai est lerminé. Le cbinVi' obtenu indiipie le degré bydrolimélriipie d«' l’i'aii. Su|)posons «pie
ce degré soil 18; ou [)eut en conclure : 1° ([u’un litre de cette eau décom[)ose 18 décigrainmes de savon, avant de pouvoir dissoudi-e ce corps; 2° qu’un litre de cette eau contient, à très peu de diose près, 18 centigrammes de matières terreuses fixes.
Le degré hydrotimétrique français ne doit pas dépasser 21® pour une eau potable.
La connaissance du degré hydrotimétrique est très utile lorsqu’il s’agit de déterminer quelle est la provenance d’une eau. M. le D‘‘ Livache a tiré un très bon parti de ce caractère à Paris; les eaux de la Vanne, de la Dhuis et de la Seine ont des degrés hydrotimétriques assez constants pour qu’il soit possible de les distinguer par ce procédé.
Les eaux souillées renferment toujours une proportion élevée de matière organi([ue qu’il importe de doser.
Lorsqu’on chantre dans une capsule de platine le résidu obtenu par l’évaporation d’un litre d’eau, ce résidu noircit d’autant plus (ju’il renferme davantage de matière organique. On peut apprécier la proportion do celle-ci en calcinant, au contact de l’air et au rouge naissant, le résidu déjà desséché à 120° et pesé. xVprès l’incinération, on ajoute quelques centimètres cubes d’une solution de carbonate d’ammoniaque, on évapore au bain-marie, on dessèche à 120° et on pèse. La difiérence de poids donne approximativement la quantité de matière organique.
Un procédé plus employé consiste à doser la matière organique au moyen du permanganate de potasse. Ce dosage comporte les liqueurs suivantes : 1° solution contenant : permanganate de potasse pur cristallisé 3 gr. 9525, et eau distillée Q. S. pour un litre; un centimètre cube de cette liqueur renferme 3 milligr. 95 de permanganate de potasse, et peut céder à la matière organique 1 milligr. d’oxygène; 2° solution contenant : acide oxalique pur, cristallisé, 7 gr. 875, et eau distillée Q. S. jiour un litre; cette liqueur décolore volume à volume la solution précédente; 3® soiule caustique à l’alcool, en solution iiu dixième environ; 4° acide sulfurique pur, étendu de son volume d’eau (D = 1,54).
Après s’ôtre assuré, |)ar un ossai préalable, du titre des deux premières liqueurs, on procède au dosage de la manière suivante ; On introduit dans un ballon un demi-litre d’eau; on ajoute 10®" de la solution de soude causli(jue, et 10®“ de la solution de permanganate; on chautlè au bain de sable et on maintient l’ébullition [)endant vingt minutes, fje liipiide doit ])résenter encore une coloration franchement violacée; dans le cas contraire, on ajouterait
EXPERTISE DE l’EAU POTABLE
O OU iri"’" (le la solution de pennaniiaiuite. On laisse refroidir la liqueur jus([u’à oü'^ environ, [tuis on ajoute 10'^ d’acide sulfuri(|ue étendu, et 10 “de la solution d’acide oxalique, ou un volume égal à celui de la solution de j)erinanganatc enqdoyé. Le licjuide se décolore A l’aide d’une hurette graduée en dixièmes de centimètre cube, on verse de la solution de peiananganate jusqu’à ce (jue l’on ait ramené une teinte rose persistante. Ijes deux solutions se décom[)Osant volume à volume, la (piantité de ])ermanganate employé dans cette dernière opération représente exactement celui qui a été réduit par la matière organi(]ue de l’eau. Supposons qu’il ait fallu employer 0°“,7o de la solution.
On fait une deuxième expérience dans des conditions identiques, mais en opérant sur un demi-litre d’eau distillée très [>ure. Suj)posons que dans ce dernier cas on ait employé 0°“,20 de solution de permanganate pour ramener la teinte rose persistante.
En retranchant cette quantité de celle qu’il a fallu employer dans la première expérience, on obtient le volume de solution de permanganate qu’il faut attribuer aux matièi’es organiques de l’eau soumise à l’analyse :
0"“,7o — 0°“,20 = O'“,o5 ])our un demi-liire, et L“,l jiour un litre.
l^es résultats de ce dosage sont exprimés soit en poids d’oxygène aljsorbé, soit en poids de permanganate décomposé.
M. Moullade a simplifié cette méthode d’analyse, mais les l'ésultats obtenus par le ])rocédé rapide qu’il préconise, sont moins exacts (jue ceux fournis par le procédé que nous venons d’ex[)oser.
On introduit dans un ballon ordinaire 1Ü0‘“ de l’eau à examiner, on ajoute lo gouttes d’acide sulfurique pur, et on porte à l’ébullition sur la lampe à alcool. Au moyen d’un compte-gouttes en verre, on laisse tomber goutte à goutte (en maintenant l’ébulli tion et en notant le nombre de gouttes successivement versées) la solution titrée de permanganate de j)otasse, dont il est ([uestion plus haut.
On s’ari'ôte cpiand une dernière goutte de la solution manganifjue n’est plus décolorée et donife une teinte rose qui [)ersiste au moins cimi minutes.
Un centimètre cube de la liqueur mangani({ue renfermant
I. L’acide permanganifiiie cède facilcinenL son o.\ygènc ii la nialière organiciiie, il se forme du sulfate d’oxyde de manganèse et du chlorure de manganèse qui sont incolores. IMus l’eau renferme de matière organiiiue, plus la (luantité de solution <iui se <l6colore est grande.
3 milliî^r. 05 dp permanganale et pouvant, céder à la matière orga ni([ue 1 milligr. d’oxYgène, il s’ensuit (jne ctia(|ue goutte de cette liqueur correspond à 1/20, soit à 0 milligr. 05 d’oxygène ou à une quantité environ (piadruple de ])erinanganat(' de potasse, soit 0 milligr. 20.
Une eau potable devant absorber par litre moins de 0 gr. 003 d’oxygène ou décomposer moins de 0 gr. 012 de permanganate, 100'^ de cette eau doivent absorber moins de 0 gr. 0003 d’oxygène, ou décomposer moins 0 gr. 0012 de permanganate de potasse, soit moins de six gouttes de la solution titrée ci-dessus.
Le dosage à l’aide du permanganate de j)otasse ne fournit que des données approximatives sur la quantité de matière organique renfermée dans l’eau ; en effet les corps oxydables empruntent à ce sel des quantités d’oxygène variables, beaucoup jilus fortes pour l’acide tartri([ue et le sucre, par exemple, que pour la tyrosine et la leucine (Duclalx, Annales de V institut Pasteur, 1890, p. 48), dans la pratique ces données sont néanmoins très utiles.
Une bonne eau jiotable doit absorber par litre moins de 0 gr. 003 d’oxygène, ce qui correspond à 0 gr. 012 de permanganate de potasse.
Comme une eau renferme d’autant moins d’oxygène qu’elle est plus riche en matière organique, on peut arriver indirectement à apprécier la richesse en matière organique en dosant la quantité d’oxygène qui s’y trouve.
Gérardin a emjiloyé, pour le dosage de l’oxygène de l’eau, l’hydrosulfite de soude qui se transforme en bisulfite en absorbant rapidement l’oxygène dissous dans l’eau ; l’hydrosullite décolore les solutions de bleu d’aniline et le bisullîte ne les décolore pas, il est donc facile de savoir quand tout l’oxygène libre dans l’eau a été utilisé pour transformer l’hydrosullite en bisulfite et, à l’aide d’uiu' liqueur d’bydrosultite convenablement titrée, de savoir comlnen l’eau renfermait d’oxygène (Gérardin, Des eaux et de leurs rapports avec l’aii- et les lieux, Versailles, 1883, ]>. 17).
Un bon moyen de déterminer le volume et la composition de l’air contenu dans l’eau consisté à le séparer de ce liquide |»ar l’ébullition. On prend un ballon d’une capacité connue, 3 ou
4 litres par exem|de, et, après l’avoir i-enqili d’eau, on y adapte un tube recourbé plein d’eau propre à conduire les gaz dans une éju’ouvette graduée jdeine de mercure et contenant 8 à 10 grammes d’buile. On fixe le bouebon avec un fil de fer, on le couvre d(' mastic des fonlainiers; puis on place le ballon sur un fourneau, te
EXPERTISE DE L’EAU POTARLE
<m le (‘huulV(î ;ivoc prôraiilion. Dos Ixillos do iiaz ne lai-di'iil pas à paraîlro; on l'ail houillip ol ou an'ète ro|)(o‘al,ion lopsiju'il ih; passif |)lus do i>az dans l’oprouvello. On mesure aloi’s le volunu' de ci* fitiz, (jLie l’on ramène par le calcul à la tempérai nre de zéro et à la pression de “GO mm.; ensuite on ahsorhe l’acide carhoniipie par la potasse et l’oxygène par l’acide pyrogallique el la, polasse déjà ajoutée. Le résidu est formé d’azote.
Dans le A'olume total de l’acide carbonique, on doit faire la part de celui qui provient de la décomposition des bicarbonales terreux.
Ijorsqu’on ne possède pas de envo à mercure, on peut recueillir le gaz sur l’huile; l’eau donnerait des résultats beaucouj) moins exacts. (Formulaire pharmac. des hôpitaux militaires.)
Les bonnes eaux sont aérées, elles contiennent de 2o à 30'" d’air très oxygéné par litre.
Le règlement allemand sur le serAÛce de santé en campagne indique des procédés rajûdes de dosage [)oui* rammonia(|ue, les azotates et les chlorures.
Dôhr prépare des liqueurs de contrôle avec de l’eau distillée renfermant de l’ammoniaque, des azotates ou des chlorures dans les proportions qu’on regarde comme compatibles avec l’innocuité de l’eau; on compare les réactions fournies par ces liqueui's avec celles de l’eau à exjiertiser.
Pour rammonia([ue, la liqueur de contrôle renferme 2 milligr. d’ammoniaque jiar litige; 10* de cette liqueur et 10°* de l’eau en expertise sont traités dans deux verres à ex{)érience par 4 à il gouttes de réactif de Nessler (après précijiitation de la chaux et de la magnésie s’il y a li(‘u) et l’on compare les teintes (pie prennent les deux échantillons d’eau.
Poui’ les azotates, la liipieur d’épreuve renferme 12 milligr. H d’acide azotique par litre; on traite 3 à 4 gouttes de cette liqueur et autant de l’eau à expertiser par quehpies gouttes de solution saturée de hrucine et G à 8 gouttes d’acide sulfuriipie concentré, dans dos soucoupes de porcelaine blanche, et on coiu|tare les teintes ohtenu(‘s.
Pour les chlorures, 20“''* d’une solution de chlorui'e de sodium à 20 milligr. di' chlore ]iar litre et 20"* de l’eau à ex[)erliser sont traités dans deux vei i'es à expérience par (|uehpies gouttes d’nne solution de nitrate d’argent à 1 p. 20, on comjiare rinlensité du I trouble ipii se pi’oduil dans les deux verres.
Ces [irocédés ra|ddes ne fournissent évidemment que des résuh
lats très approximatifs et ils ne [laraissent pas susceptibles de rendre de grands services en campagne.
3. Examen histologique. — Lorsque les eaux sont claires, transparentes, rexamen histologique ne fournit pas de données im])ortantes; lorsque les eaux sont très impures, il permet de constater la présence d’infusoires et d’algues microscopiques.
On procédera d’abord à l’examen histologique de l’eau en faisant une préparation avec une goutte d’eau recueillie à l’aide d’une pipette ou simplement à l’aide d’une baguette de verre.
Les infusoires : amibes, paramécies, vorticelles, kolpodes, etc..., n’habitent guère (|ue des eaux riches en matière organique, leur présence montre donc que l’eau examinée est de mauvaise qualité.
Les algues microscopiques vertes ne sont pas nuisibles et peuvent se développer dans des eaux de bonne qualité; les algues incolores, les beggiatoa notamment, ne se rencontrent au contraire que dans des eaux impures.
]jes eaux légèrement ferrugineuses sont quelquefois envahies par une petite algue, Crenothrix polyspora, qui les colore et leur donne un aspect désagréable, sans toutefois leur communiquer des propriétés nuisibles. Cette altération a été observée à Berlin sur les eaux du Tegel et à Lille en 1882; le Crenothrix polyspora a mérité, par la difficulté qu’on éprouve à s’en débarrasser, le surnom de : Calamité des eaux.
L’examen histologique permet enfin de reconnaître la présence dans l’eau impure d’un grand nombre de schizophytes : microcoques, bacilles, spirilles.
Pour examiner ces microbes, on peut faire dessécher une ou jilusieurs gouttes d’eau sur une lamelle de verre et colorer les microbes desséchés avec une goutte de solution de bleu de méthylène; mais si l’on fait dessécher l’une sur l’autre plusieurs gouttes d’eau, on est gêné bientôt par l’accumulation des cristaux [U’oa'onant des sels de l’eau. On réussit quelquefois à constater par ce moyen la présence des bacilles virgules dans l’eau. 11 faut avoir soin, quand on recherche ces bacilles, de prendre l’eau tout à fait à la surface, car c’est dans la couche la plus siqierficielle, la plus aérée par suite, qu’ils se trouvent en plus grand nombre (Héiucourï, Les bacilles courbes des eaux, Ilevice d'hygiène, 1885).
M. Certes a emjiloyé le [irocédé suivant pour recueillir les infusoires quand ils se trouvent en petite quantité dans l’eau : on met <lans une éprouvette 30°^ île l’eau à analyser, on ajoute 1 gr. 50 environ d’une solution d’acide osmique à 1 p. 100 et on laisse
EXPERTISE DE L’eAU POTABLE
(Ipposor. Les infusoires tués et durcis par l’aride osmique touillent au fond de l’éjirouvette et, au liout de 24 heures, on peut les recueillir aA'ec une pipette qui doit ôti‘e plongée jusipi’au fond du vase. L’iode et le sublimé donnent des résultats semblables (Certes, Sur l’analyse microgi-. des eaux, Assoc. pour l’avanc. des SC., La Hochclle, 1882).
4. Examen bactériologique' . — Nous venons de voir (|ue l’examen histologique direct fournissait peu do renseignements sur les microcoques, bacilles ou sjiirilles des eaux. En semant ces microbes dans de la gélatine, on leur permet de se reproduire, de former des colonies qu’on peut facilement examiner et com|iter, c’est là ce qui constitue l’examen bactériologique de l’eau. Les réserves que nous avons faites plus haut relativement aux données de l’analyse bactériologique n’ont trait qu’à l’emploi exclusif de cette méthode pour l’expertise de l’eau; l’importance des résultats déjà obtenus, grâce à l’étude liactériologique des eaux, est incontestable, et l’on peut espérer que, les procédés d’examen se perfectionnant, de nouveaux progrès pourront être faits dans cette voie.
Lorsqu’on veut procéder à l’analyse bactériologique d’une eau, il faut d’abord prendre les jirécautions nécessaires pour que l’écliantillon d’eau sur le<[uel doit porter l’analyse ne soit pas souillé par le récipient dans lequel on le recueille, et pour que les microlies qui existent dans l’eau n’aient pas le tenijis de se multiplier dans l’intervalle qui s’écoule entre la prise d’eau et le moment où les ensemencements sont faits. On reçoit sans cesse dans les laboratoires de bactériologie des écbanlillons d’eau qui ont été mis dans des bouteilles non stérilisées, bouchées avec tics bouchons malpropres ou qui ont passé plusieurs jours en route; l’analyse bactériologitjue île l’eau recueillie dans ces conditions donne des résu tats absolument erronés.
IjCs observations suivantes, dues à M. Miquel, montrent avec tpielle rapidité les microbes se multiplient dans l’eau {Revue d'hygiène, 188“, p. 730).
De l’eau de la Vanne prise au réservoiid’arrivée contenait 48 bactéries par c'*.
3 heures après elle contenait 125 —
72 — bOü 000 —
1. .Miquel. Manuel praticpie d’analyse bactériolofiiiinc des eaux, Paris, 1891. — P. Hueppe, Oie inctiioden der Bakte’pien l’or.scluinf;, Viesbaden, 1891, p. 453. — O. Roux, .Analyse baclériologlr|iie de l’can, Paris, 1892.
Le iiomhi’e des bactéi'ies alla ensuite en décroissant.
On emploiera j)Oiir recueillir l’eau, des lioles de 100 à 200''*, stérilisées à 200” ou lavées avec de l’acide suiïuri<|ue et rincées ensuite avec l’eau à expertiser; il l'aiit rem])lir la fiole une dizaine <le fois avant de recueillir récliantillon sui' lequel portera l’analyse afin de s’assurer qu’il ne reste j>as trace d’acide sulfui-i(|ue.
Les fioles seront bouchées à l’émeri et on aura soin de llamber les bouchons; à défaut de fioles fermant à 1’émei‘i on peut se servi)de bouchons de liège neufs et llambés. Lorsque l’eau doit être transportée à une cei-taine distance du point d’oiigine, il faut plonger dans de la cire ou dans de la paraffine fondue le bouchon et le goulot de la bouteille.
v^’il s’agit d’une fontaine ou d’une pompe, on laissera couler l’eau pendant 10 minutes environ, avant de recueillir l’échantillon ; la première eau qui s’écoule a séjourné dans la partie terminale de la canalisation et a pu s’y altéi-er.
S’il s’agit d’un cours d’eau, on ne prendra pas l’eau sur les bords, en plongeant la main dans l’eau avec la bouteille, on attachera la bouteille à une ficelle et on la rempÜT’a à une certaine distance des bords.
Le mieux serait de procéder à l’examen bactéidologique dès que la prise d’eau est faite, mais cela est souvent im])Ossible; il faut alors place)- la fiole remplie d’eau et bien bouchée da)is de la glace. G)-âce à rabaisseme)it de la te)npérature, la pullulation des bactéries est arretée ou ralentie, mais il se produit des modifications dans la composition bactérienne de l’eau, certains microbes supportant mieux que d’autres cet abaissement de te)npérature.
MM. Miquel et Rietsch ont fait co)istrui)-e des boîtes spéciales pour transport dans la glace des échantillons d’eau desti)iés àl’a)ialyse bactériologique. A défaut de boîte spéciale, on peut mettre la fiole contenant l’eau dans une boîte métalli(|ue de fo)-)ne cylindi'ique avec couvercle, qui est placée dans une boîte )nétallique beaucoup plus grande, avec couvercle, rejnjdie de glace (2 kilog)-. environ): le tout est enfoui dans une caisse en bois rmnplie de sciui*e ’.
I. Dans l’ai-mcc française, l’instruclion suivanle prescrit les mesures fà prendre pour recueillir les échanlillons d’eau destinés à l’analyse bactériologique :
« Une minime quanlité d’eau suffit : 100 on 200 centimètres cubes environ. Mais il est essentiel que l’échantillon prélevé soil inclus dans des vases rigoureusement propres et maintenus, pour l’expédition, à une température aussi basse <]ue possible.
■■ 1“ Les flacons destinés au prélèvement des échantillons doivent être préalablement stérilisés. Dans ce but, après en avoir fermé le goulot par un tampon d’ouate, il conviendra de les souincltre à une température sèche élevée (200'' environ), Jusqu’à ce que le coton soit légèrement roussi. (La température nécessaire pour la
EXPERTISE DE E’EAU POTABLE
IMusiours procédés ont été pi'écoiiisés jioiir runalyso liactérioloiii<pio des eaux; nous nous contenterous d’iiidi(|uer ici le procédé très praliipio (|ui consiste à ensemencer l’eau dans de la gélatine de culture.
a. JJilidion de l'eau à examiner. En général l’eau contient nn grand nomitre de niicrolies et si on l’ensemençait, directement sur gélatine, le nombre <les colonies serait trop considéi‘ablo jiour qu’il tut possible de les compter, d’autant (|ue beaucoup de microbes liquéfient la gélatine. 11 est donc nécessaire de diluer l’eau à expertiser avec de l’eau stérilisée.
Pour diluer l’eau il tant avoir : 1° de petits matras Pasteur stérilisés, 2” des [lipettes graduées de 10^ et de également stérilisées, 3° de l’eau stérilisée.
On trouve facilement des pipettes graduées de 10'^; à défaut de [lipettes graduées de on ])eut se servir de tubes en verre finement effilés (pipettes de Pasteur); on calcule combien il faut de gouttes d’eau distillée d’une pipette donnée pour faire un centimètre cube d’eau distillée, soit un gramme; il suffit d’avoir une balance sensible ou bien une petite éprouvette graduée en centimètres cubes. La grosseur des gouttes variant avec le calibre des tubes, ce calcul doit être fait pour cbacune des pipettes dont on se sert, mais la même pipette peut servir pendant longtemps.
Dans quatre petits matras on met 9"^ d’eau stérilisée. A l’aide d’une pipette graduée on porte P“ de l’eau à e.xpertiser dans le premier matras, ce ipii donne une dilution au ilixième; après avoir bien agité, afin de mélanger exactement l’eau à experliser avec l’eau stérilisée, on prend nn centimèire cube de la dilution au dixième et on le porte dans le deuxième matras.
stérilisation tles vases pourra être obtenue dans les fourneau.x ordinaires ou dans les fours de boulanger.)
« Le flacon sera dél)oucli6 seulement au moment de l’emplissage; immédiatement après on substituera à la bourre de coton, un bouchon de liège légèrement carl)onisé à sa surface itar la llamme d’une lampe à alcool. l.,c bouchon sera ensuite cacheté à la cire.
« 2° Les eaux recueillies pour l’expédition au loin doivent être maintenues, après le prélèvement et pendant le transport, à une température voisine de 0°, alin d’empêcher la pullulation des germes qui fausserait le dosage (piantitatif des bactéries et gênerait la recherche des microbes ])athogèncs. Le dispositif suivant mérite d’être recommandé; il n’exige pas plus de deux kilogrammes de glace |)our maintenir au-dessous de o“, pendant 3G heures, un volume d’eau de 200 à 300 centimètres cubes.
« L’échantillon d’eau est introduit à frottement doux dans une boite métalliijue de forme cylindrique. Cette première boîte est déposée au centre d’une seconde boîte métallique beaucoup plus vaste et remplie de glace, concassée en gros morceaux; le tout est enlin enfoui dans une caisse de bois rem]die de sciure. ■■
ce qui donne une dilution au centième. En opérant de môme avec le troisième, on a une dilution au millième qui n’est nécessaire que lorsqu’il s’agit d’une eau très fortement souillée. En général il vaut mieux utiliser le troisième matras pour faire une dilution à 1 pour 500 '. Le quatrième matras qui n’a reçu que de l’eau stérilisée sert de témoin.
b. Ensemencement sur gélatine. On a préparé à l’aA’ance quatre fioles coniques d’Erlenmayer stérilisées et renfermant chacune 10"'^ environ de gélatine de culture. La gélatine qui sert pour ces ensemencements doit être assez consistante, surtout en été, car on l’additionne encore d’eau en l’ensemençant. A défaut de fioles coniques d’Erlenmayer on peut se servir île cidstallisoirs de l^étri qui protègent moins bien la gélatine que les fioles coniques contre l’introduction des germes de l’air, mais qui facilitent l’examen des colonies et leur réensemencement, lorsqu’on se pro- [)Ose d’isoler en cultures pures les microbes contenus dans l’eau.
Après avoir liquéfié à une température convenable la gélatine dans les fioles coniques ou dans les cristallisoirs, on ensemence chaque fiole ou cristallisoir avec de l’eau de chacun des matras.
La première fiole reçoit donc de l’eau diluée au dixième.
La deuxième fiole de l’eau diluée au centième. .
La troisième fiole de l’eau diluée au cinq-centième.
La quatrième fiole de l’eau stérilisée qui a servi à diluer l’eau en expertise.
Après avoir ajouté l’eau à la gélatine, il faut avoir soin d’agiter de façon à bien mélanger les deux liquides ; on porte ensuite les fioles sur une plaque métallique horizontale et froide de manière à obtenir une couche uniforme et à assurer la solidification rapide de la gélatine ; si la gélatine tardait à se solidifier cela permettrait aux microbes de se multiplier.
Lorsque la gélatine est solidifiée, les fioles coniques ou les cristallisoirs sont mis dans l’étuve à 20". Si l’on a eu recours aux boîtes de Pétri, il faut avoir soin de les placer dans un grand cristallisoir couvert renfermant un peu d’eau, afin que la gélatine ne se dessèche pas.
I. Si l’on mellait dans les malras lO®» d’ean, cela don nerail, pour le premier malras aiK|iicl on ajoule I'^ de l’eau à e.Kperliseï’, une dilution au onzième el non an dixième. A défaut de pipette permellant de mesurer 9c3 d’eau, on peut se servir il’iinc pipette de 10“®, on retire d’eau avec la pipette de Pour diluer l’eau à 1 pour SOO on mettra dans le troisième matras d’eau stérilisée et on ajoutera
fie la dilution à 1 pour 100.
EXPERTISE DE L’EAU POTABLE
c. Ninnération des colonies. Au bout, do (juaraiilo-liuil lieures on voit poindre les colonies (jui se montrent naturellement en plus ^rand nombre sur la gélaline ensemencée avec l’eau diluée au dixième, (|ue sur celle qui a été ensemencée avec l’eau diluée au centième et à plus forte raison au cinq-centième. Quelquefois la gélatine ensemencée avec l’eau diluée au dixième est rapidement liquéüée et ne peut pas servir à faii-e la numéralion pour laquelle on utilise alors les autres cultures.
La gélatine qui n’a reçu que de l’eau stérilisée doit naturellement rester stérile.
La numération des colonies, facile quand ces colonies sont en petit nombre, devient difficile quand elles sont nombreuses.
On procède alors de la manière suivante : s’il s’agit d’une fiole conique, on la renverse et avec une plume trempée dans l’encre on trace sur le fond une série de lignes parallèles, à un centimètre de distance environ les unes des autres, et une deuxième série de lignes perpendiculaires aux premières ; on a ainsi des carrés qui ne renferment chacun qu’un petit nomlire de colonies.
On commence la numération dans le cai'ré situé en haut et à gauche et on continue en allant toujours de gauche à droite. S’il s’agit d’une boîte de Pétri, on la ]»ose sur un morceau de papier noir quadrillé de blanc ou bien on la renverse et on procède comme pour la fiole conique. Il est nécessaire de pratiquer cette numération à plusieurs reprises, car les germes se développent successivement.
Du nombre des colonies contenues dans une des cultures il est facile de déduire celui des microbes qui existent dans un centimètre cube de l’eau examinée, ce (jui constitue l’unité ordinaire pour les microbes de l’eau. Si la fiole ensemencée avec de l’eau étendue au dixième a fourni lüO colonies, l’eau examinée conlieni 1000 germes au moins |>ar centimètre cube, etc....
La raj)idité avec laquelle les microbes liquéfient la gélatine lournit une indication sur le degré de ])ollution de l’eau. L’eau de Vanne ne liijuétie la gélatine (ju’au bout de dix-buil jours; l’eau du canal de l’Ourcq la li(p,iéfie au bout de ciu(| jours; l’eau de Seine à Clichy (en aval du collecteur) au bout de deux jours.
Esmareb a indi(pié un |)rocédé <|ui permet de faire l’examen bactériologique de l’eau avec de simples tubes à essai.
Dans un tube à essai un peu large, stérilisé, on met 10'“ de gélatine de culture, licpiétiée, et une goutte de l’eau à examiner ou plusieurs gouttes de cette eau diluée; le tube est fermé avec