III. Stérilisation par la chaleur
Nous nous occuperons successivement de ces trois procédés, en insistant seulement sur ceux qui sont employés dans les armées ou qui sont ])lus spécialement applicables à rapprovisionnement du soldat en eau j)otable, en temps de paix ou en campagne.
I. Filtration. — La filtration est le procédé de purification des eaux le plus anciennement connu et le plus employé.
Toutes les substances suffisamment poreuses et insolubles dans l’eau peuvent serAÛr à la construction des filtres, aussi le nombre des filtres est-il très grand et leur construction est-elle très variée. On a employé des tissus à mailles serrées comme le feutre (le mot filtre vient du mot feutre), les éjionges, la laine, le papier, des matières pulvérulentes : gravier, sable, fer granulé, charbon en poudre ou en grains, les pierres poreuses, la porcelaine poreuse, l’amiante sous dilïèrentes formes, etc.
Les filtres agissent surtout mécaniquement; ils retiennent dans leurs pores les particules solides en suspension dans l’eau et, [)our s’opposer au passage des microbes, il faut que leurs pores soient très petits. Quand on songe que certains microbes mesurent moins d’un millième de millimètre de diamètre, on conçoit qu’il ne soit pas facile de les éliminer par la filtration.
Les matières pulvérulentes ou les substances poreuses sur lesquelles s’opère la filtration exercent, il est vrai, sur les particules en suspension dans l’eau une attraction moléculaire qui augmente leur puissance filtrante. Lorsqu’on [)rojette dans de l’eau une substance pulvérulente, ajirès précipitation do cette substance au fond du vase, on constate que l’eau s’est dépouillée plus ou moins complètement des microbes (|ui s’y trouvaient en susjicnsion. Si l’on agite de l’urine putréfiée, renfermant des microbes en grand nombi-e, avec du coke [lulvérisé, après dépôt de la i)Oudre, on ne trouve plus aucun microbe en suspension. La craie, le charbon animal, le fer spongieu.x donnent les mômes elVels, mais ils sont moins actifs que le coke [lulvérisé (Fiunklanu).
PUllIFlCATION DF l’eAU, FILTRES
IjGs ])nii(lros lourdos (|ui lomlieni, rapidemeiil an fond du vase sont moins actives (juc les poudres plus léi>ères (Bruno Kuüger, A)in. de rinsl. Pasteur, 1880, j). G21).
On comprend (jue, grâce à ce phénomène d’atlraclion moléculaire, un liltre puisse arrêter des microbes dont les dimensions sont inféi’ieures à celles de ses pores.
Beaucoup de tiltres exercent en outre une action sur la composition chimiijue des liquides (jui les traversent. IjC charbon esl, [larmi toutes les substances tîltrantes, celle (jui jouit au plus haut degré de cette propriété; il absorbe la matière organique de l’eau et les matières colorantes, il fixe les sels métalliques en «lissolution, il opère en un mot une véritable épuration chimique, à coté de l’épuration mécanique; du vin rouge llltré sur du cbarlion animal sort du liltre à l’état de vin blanc; il en est de môme si b' vin est filtré sur des éqmnges. Le liltre au charbon enlève à l’eau la mauvaise odeur (|u’elle peut avoir.
Les filtres composés uni(|uement de sable, de pierre ou de poicelaine |)oreuse, agissent également, ipioique à un bien moindri' degré, sur la composition cbimi(|ue des substances qui les traversent. Lorsqu’on liltre dans un laboratoire une culture de microbes sur un liltre de porcelaine, le liltre n’arrète pas seulement les microbes, il arrête également une partie des substances en dissolution dans le bouillon.
M. Dandrieu a constaté (jue le liltrage de l’eau sur les bougies Cbamberland faisait baisser notablement le degré bydrotimétrique et que les gaz de l’eau diminuaient aussi dans une notable proportion (ArcJi. de inéd. milil., 1892, t. XX, p. 41 . Voir aussi à ce sujet : âlouLLADE, même Jîec., t. XVI, |>. 138).
Un filtre qui arrête sans cesse dans ses pores des microbes et des particules de matière organique doit nécessairement se salir, s’infecter; il s’infecte [ilns vite et plus |)rofondément encore s’il contient des substances capables d’entrer en |Hitréfaclion nu pouvant fournir aux microbes un milieu de culture favoraltle. De là deux règles fondamentales dans la construction des filtres : 1“ nécessité d’éliminer de celte construction toutes les substances organisées ou organiijues ca[)ables de s’altérer; 2“ nécessité d’avoir des filtres faciles à nettoyer et à stériliser.
Les é|>onges, la laine lontisse, le feutre, le |)apier, ipii entraient autrefois dans la (aunposifion d’un grand nnmbi’e de lilires sont, aujourd’hui complètement abandonnés av('c juste raison, bï cbai'bon a été également condamné, malgré ses pi-oiuâélés liltranles
si remarquables, parce que les phospliales qu’il contient et qui se dissolvent dans l’eau conslituent un milieu favorable à la culture des microbes; à la vérité on peut traiter le charbon par l’acide chlorhydrique et le débarrasser ainsi de ses phos[)hates. Pour les filtres improvisés, qui doivent servir [)eu de temps, le charbon reste une matière filtrante très utile et très prati(|ue, attendu (]u'il est toujours facile de s’en procurer.
Tout filtre qui ne peut pas se nettoyer et se désinfecter, est nécessaii'ement mauvais, dangereux, et doit être rejeté d’emblée; autrefois on employait beaucoup, dans les ménages, des fontaines filtrantes qu’on ne nettoyait jamais; il arrivait un moment où l’eau sortait du filtre beaucoup plus souillée qu’elle n’y était entrée.
11 n’y a qu’un filtre qui puisse fonctionner indéfiniment sans se souiller, c’est le filtre naturel constitué par le sol, et ce filtre merveilleux continue à fonctionner dans de bonnes conditions, alors môme qu’on lui donne à filtrer les eaux les plus impures, comme on le fait partout où fonctionne le système d’épandage des eaux d’égout. Mais le sol n’est pas comparable aux filtres que fournit l’industrie, c’est un filtre vivant, pour ainsi dire, qui se régénère sans cesse, grâce aux oxydations qui s’y produisent, grâce à la végétation qui, en poussant à la surface, utilise la matière organique déposée par l’eau et l’empêche de s’accumuler et de fermenter.
Les matières filtrantes les plus employées aujourd’hui sont : le .sable, le fer spongieux, qui s’obtient par la calcination d’un minerai de fer opérée doucement, sans fusion, le fer granulé, la porcelaine poreuse, les pierres poreuses et l’amiante sous dilTérentes formes. L’amiante est un silicate polybasique de magnésie, de chaux, d’alumine et d’oxyde de fer; les pierres d’amiante donnent des fils très fins qui ont le grand avantage d’être imputre.scihles; on a fabriqué aussi une terre poreuse d’amiante.
Les filtres peuvent être classés, au [loint de vue de l’hygiène militaire, de la manièi-e suivante :
A. Grands filtres destinés â assurer l’approvisionnement en eau potable d’une ville entière.
IL Filtres de casernes et d’hôpitaux.