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CHAPITRE XVII

CAUSES DE VICIATION DE L’AIR DANS LES CASERNES ET DANS LES HOPITAUX. — EXPERTISE DE L’AIR. — DU CUBE D’AIR NÉCESSAIRE ET DE LA QUANTITÉ MINIMA D’AIR DONT LE RENOUVELLEMENT DOIT ÊTRE ASSURÉ PAR LA VENTILATION

I. Des causes de viciation de l’air dans les casernes et dans les hôpitaux. — Altéi’ations de l’air produites par la respiration. — Acide carbonique. — Toxines. — .Microbes pathogènes transportables par l’air. — Autres causes de viciation de l’air.

II. Expertise de l’air. — E.xamcn des propriétés physiques et organoleptiques. — Analyse chimique, procédés rapides de dosage de l'acide carbonique.

— E.xamen histologique et analyse bactériologique. — Procédés employés pour recueillir et pour compter les germes en suspension dans l’air. — Filtrage de l’air sur des substances pulvérulentes, barboteurs, etc. — Fauses qui l'ont varier le nombre des germes atmosphériques.

III. Du cube d’air dans les chambres des casernes et dans les salles des hôpitaux. — Dans quelle mesure doit se l'aire le renouvellement do l’air. — Fixations réglementaires pour le cube d’air des casernes et des hôpitaux.

Dans les chapitres consacrés à l’étude des casernes et des hôpitaux, nous avons réservé la question de la ventilation et celle du cube d’air qui doit être alloué à chaque homme, à chaque malade. Le moment est venu de reprendre ces importantes queslions.

Nous étudierons d’abord les causes de vicialion de l’air dans les locaux habités et les moyens dont nous disposons pour apprécier le degré de cette viciation.

T. Des caeses de viciation de l’aiu dans des caseunes et dans des HOPITAUX. — L’air d’un local clos et habité se souille d’autant plus rapidement que le nombre des jiersonnes qui l’hahilent est plus considérable et que ses dimensions sont plus rcstreinles; si cet an’

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n’est pas renouvelé, il devient iiTcspirablc, et des accidenls se produisent chez les personnes qui le resjiircnt.

A. Acide carbonique, toxines de Cuir expiré. — L’air des locaux habités est souillé, en premier lieu, par les produits de la respiration.

Un homme adulte respire 500 lit. d’air par heure; en dix heures de nuit, cent hommes versent dans l’atmosphère 500"'“ d’air devenu irrespirable.

L’acide carbonique qui se Irouvc dans l’air expiré a été considéré pendant longtemps comme la principale et presque la seule cause de viciation de l’air dans les locaux habités.

D’après Pettenkofer et von Voit un homme adulte et robuste, du poids de 72 kilogr., fournit (en chilTres ronds) :

Au repos 22 lit. d’acide carbonique par heure

Pendant le sommeil.. 16 » — —

Pendant le travail. ... 36 * — ' —

Aussi la proportion d’acide carbonique qui est à l’état normal de 3 pour 10 000 parties d’air s’élève facilement dans les habitations collectives, telles que les casernes, à 10 ou même 20 pour 10 000.

De Chaumont a trouA'é, dans les baraques d’Aldershot, 9,70 d’acide carbonique sur 10 000; dans les casemates du fort Elson, 12,09; à l’hôpital militaire de Portsmouth, 9,70; dans les cellules de la prison militaire d’Aldershot, 10,51 pour 10 000 parties d’air.

Léo a trouvé, en analysant l’air pris dans une chambre d’une caserne de l’Alherstadt à dilïerentes heures de la nuit :

Ac. carbonique p. 1000

S à 10 h. du soir 0,86

10 h. à minuit l,o7

Minuit à 2 h. du matin 2,14

Le chilbre maximum d’acide carbonique trouvé a été de 3, 29 pour 1000 parties d’air en A'olume (Zœlleu, Renne d’Iiijf/iène, 1881).

Dès (|ue la proportion d’acide carbonique de l’air dépasse 3 à 4 dix-millièmes, on peut dire que l’air a subi un commencement de viciation, mais comme, dans les locaux habités, le taux de l’acide carbonique s’élève nécessairement, on a été obligé d’établir une limite de tolérance (jui a été fixée à 0,0 pour 1000 par llolli et Lex, à 0,8 par Parkes et à 1 [)Our 1000 par Pettenkofer.

A ces doses, et môme à des doses encore plus élevées, l’acide carbonicjue n’est pas danyerenx |)ar lui-môme.

Pettenkorer a jm passer (|aeli|ues heures dans une almosphère contenant 10 pour lOÜO d’acide carhonique; Forster a res]dré [lendant 10 minutes, sans dil'ficullé, dans une cave où fermentait du vin et dont l’air renfermait 40 [lour 1000 d’acide carhonique.

11 ne faut pas exagérer cependant l’innocuité de l’acide carhonique; lorsque ce gaz se trouve en forte proportion dans l’air, il op[)Ose un obstacle à toute la série des transformations chimiques de la vie qui commencent par l’absorption d’oxygène et se terminent par le rejet d’aci<le carhonique (P. Bert).

Gréhant a démontré que l’air expiré contient d’autant moins d’acide carhonique qu’il y en a davantage dans l’air inspiré; la [u'ésence d’acide carbonique en excès dans l’air entrave donc les échanges gazeux respiratoires qui se passent dans les poumons et par suite tous les phénomènes d’oxydation.

Les accidents aigus, rapidement mortels, qui frappent le plus l’atlention, sont évidemment très rares à la suite de la viciation de l’air par l’excès d’acide carhonique versé dans ratmos[)hère avec l’air e.xpiré.

On a vu des prisonniers entassés dans des locaux étroits et non ventilés, mourir asphyxiés ', mais pour que l’asphyxie se produise dans ces conditions, il faut que la proportion d’acide carbonique soit considérable. Quand un animal est enfermé dans un espace clos, il y périt au bout d’un certain temps; au moment où la mort arrive, la proportion d’acide carbonique dans l’atmospbère confinée est de 11 à 18 pour 100 (P. Bert, Leçons sur la pbysiol. comparée de la respir., 1870, 27“ et 28“ leçons).

Si la viciation ebimique de l’air dans les locaux habités entraîne rarement des accidents aigus, elle n’en est pas moins dangereuse; elle détermine, à la longue, une déchéance profonde de l’économie, l’hématose est ralentie, la nutrition se fait mal, l’anémie augmente peu à peu et l’individu ainsi affaibli devient facilement la proie des maladies infectieuses.

Les ouvriers ([ui travaillent dans l’air confiné des ateliers et des usines, qui habitent des logements encombrés, présentent une

I. Au.k Indes, 140 prisonniers fnrenl enfermés clans iin cachot (Rlack-llolc de nalcuUa)dc vingL pieds carrés, où l’air n’arrivail que par deux i)eliles lucarnes: au hüul de huit heures 123 étaient morts. Après la bataille d’.Vusterlilz, 300 prisonniers autrichiens furent enfermés dans une cave, 200 succombèrent en peu de temps (Peucy, Exemples remarquables d’asphyxie, in Joitrn. de méd.de Corvisart, 1818).

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|u\lcur caracUM'islii|iio, (|ui les fait (lislingucr à jiremière vue de veux Iravaillanf au grand air.

Si Pettenkofer avait prolongé son expérience dans de l'air con- Icnant 10 p. 1000 .d’acide carhoniipic , il aurait ccrtaincnienl éprouvé à la longue des trouilles inorliides.

La diminution de la quantité d’oxygène ne contrilmo que pour une faible part aux accidents produits par l’air confiné. I^a rcs[)iration reste normale dans de l’air qui ne renferme que Ifi pour 100 «l’oxygène (hauts plateaux de l’Analmac, des Cordillères, etc.); l’asphyxie ne se produit chez les animaux que lorsque la jiroportion d’oxygène du milieu respiratoire s’ahaisse à 3,5 pour 100 (Cl. Beunaud, 1*. Bert). Or, dans des conditions très défaA orahles, dans un amphithéâtre de la Sorbonne où 000 auditeurs avaient séjourné pendant une heure et demie, Leblanc a constaté seulement une diminution d’oxygène de 1 p. 100.

L’air exjiiré contient-il des princi|)es toxiques aulres que l’acide carbonique? Les recherches de Brown Séquard et de d’Arsonval tendraient à l’établir.

D’après ces observateurs, lorsqu’on condense les vapeurs provenant de l’air expiré et qu’on injecte le produit de condensation à des la[)ins, les animaux meurent rapidement.

L’expérience suivante, due aux mômes observateurs, est très intéressante : soit un appareil composé d’une série de vases métalliques dont la cavité est bien isolée de l’air ambiant au moyeu de fermetures hydrauliques; dans chacun de ces vases on met un lapin. Une trompe aspirante, reliée à un compteur à gaz, fait passer un courant d’air continu à travers la séiie de ces vases qui communiquent entre eux. De cette façon l’animal placé dans la case par laquelle entre l’air extérieur, respire de l’air pur, alors que les la[)ins f[ui occupent les aulres cases, respirent de l’air de plus en plus vicié. Des disjiositions sont jtrises [>our que les excréments solides et liijuides ne séjournent pas dans les cases.

De jeunes la|dns, mis dans huit vases ainsi disposés, moururent très rapidement à rexce|)tion de ceux ipii occupaient la première et la seconde cases, en appelant premier le vase par Icipiel l’air entrait dans l’appareil. Lorsqu’on retirait un la|»in mourant d’une des cases 3, 4, 5, G, 7 ou 8, il revenait en général à la vie.

Pour montrer que ces accidents n’étaient [las dns à l’acide carboniipie, mais à un [toison [tarticulier, Brown Sécpiard et d’Arsonval ajoutèrent à leur appareil deux vases séparés des [tremiers [>ar un cylindre remjtli de perles de verre chargées d’acide sulfu-

riquc concentré. Les animaux placés dans ces derniers vases ne présentèrent aucun trouble morbide et l’air fju’ils respiraient ne différait de celui de l’appai’eil que par la soustraction du poison pulmonaire, il était tout aussi chai’gé d’acide carbonique.

On a objecté (pie la mort était due peut-être aux émanations des urines corrompues et des matières fécales; poui‘ répondre à cette objection lîrown Séqnard et M. d’xVrsonval ont fait respirer à un lapin de l’air chargé des émanations urinaires et fécales provenant de six lapins. Les matières fécales et les urines n’étaient enlevées que tous les trois jours, afin d’aug’inenter l’intensité des émanations. Un lapin resta, sans trouble apparent, pendant près de trois mois dans la case où arrivait l’air souillé, ce qui semble prouver (]ue, dans les exjiériences précédentes, les émanations des urines et des matières fécales ne peuvent pas être mises en cause.

S. Merkel a publié en 1892 des recberches qui concluent comme les précédentes à l’existence, dans l’air expiré par l’homme et par les animaux, d’un principe toxique volatil.

Leu, tout en çonfirmant les résultats expérimentaux obtenus par Brown Séquard et d’Arsonval, a contesté l’existence d’une toxine spécialement élaborée par le poumon.

MM. Dastre et Love, Russe Giliberti et Alessi, Rauer, Bergey, Weir Mitchell et Billings, (jui ont fait des recherches sur le même sujet, sont arrivés à des résultats qui paraissent être en contradiction avec les précédents '. L’étude de cette question devra donc être reprise. Dans l’état actuel des choses, il serait imprudent de conclure; il paraît cejiendant bien probable que l’air expiré contient des toxines; il contient en tous cas de la matière organique, car il donne une couleur noire à l’acide sulfurique, il décolore le permanganate de potasse, et il communique à l’eau une odeur fétide; on sait que l’air qui s’échappe d’une salle d’assemblée ou de spectacle a une odeur repoussante.

B. Microbes de l'air. — L’air des locaux habités renferme un grand nombre de germes. Lorsqu’on fait l’analyse bactériologique de l’air d’un local habité, d’une salle de classe, par exemple : 1“ après (jue la salle est restée inoccupée pendant quebpie temps; 2" au moment de la sortie des écoliers, on constate (pic le nombre des

I. lînowN SiîQUAKD cl d’Ausonv.u., Communie, de l’.Vead. des se., 9 janvier 1888, Il février el 24 juin 1889. Revue d’hijgiàne, 1889, p. 338. — Sigmü.nd Meiikel, At'c/i. f. Hggiene, 1892, anal, in Revue d’hygiène, 1893, p. 91. — Reu, Zeilsc/ir. f. Hygiene XIV. — Raueu, Zeitschr. /'. Hygiene XIV et Hyg. Rundsch. 13 avril 1891. — Beutin- Saks, art. Ventilatio.n in Dietion. encyelop. des ^e. méd.

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î^crines de l’air est Ijcaucoup plus considérable dans la deuxième opération <pie dans la première.

On serait, tenté d’en conclure ipie l’air expiré renferme des «ormes qui viennent souiller l’atmosphère.

Il n’en est rien; la i-espiration d’un grand nomhre de personnes dans un local clos, aurait même pour elTet de diminuer le nombre des germes tlo l’air, si d’autres causes n’intervenaient pas.

Tyndall a démontré d’une manière très ingénieuse que l’air expiré était dépouillé des particules en suspension, des germes par conséipient.

« Dans une chambre obscure dont l’air était chargé de poussières, j’ai concentré, écrit Tyndall, un fort rayon lumineux; puis, faisant ])asser un tube de verre au foyer (le tube dont je me servais était un verre de lampe convenablement cbaulïé d’avance, pour empêcher la précipitation de la vapeur d’eau), j’ai respiré par ce tube, et j’ai pu constater tout d’abord une diminution notable dans la dispersion do la lumière. Plus tard, et A'ors la fin do l’ex[)iration, la trace blanche du rayon était interrom[)ue par un intervalle complètement noir; cette oliscurité venait de l’absence totale dans l’air expiré de toute substance [louvant disperser la lumière. Ainsi il était prouvé ([ue les |)arties les [)lus profondes des poumons sont rem|)lies d’air optiquement pur, lequel no |ieut, par suite de cette pureté, engendrer les organismes essentiels à la production de la putréfaction. » (La putréfaction et la contagion. Revue scientifuiue, 10 juin 1876.)

Déjà Lister avait remarqué que l’air qui pénètre dans la plèvre, à la suite d’une fracture do cote ayant déterminé une déchirure du poumon, ne détermine pas la suppuration, et il avait très judicieusement expliqué ce phénomène par la filtration de l’air dans le [loumons.

Les recliercbes bactériologiques do MM. Straus et Dubreuilb ont complété la démonstration si bien commencée par Lister el J. Tyndall (Communie, à l’Acad. des sc. 5 déc. 1887 et Ann. de l'insl. Pasteur, 1888, p. 181). En faisant barboter l’air expiré dans du bouillon qui servait ensuite à préparer des cultures en plaipies, ces observateurs ont constaté que l’air expiré est presque complètement privé de microbes.

Le |)oumon joue donc réellement, pour les microbes, le rôle de filtre (pie Lister lui avait attribué. On conçoit facilement (jue l’air qui circule dans les fosses nasales, dans le larynx et dans les bronclios, tapissés do muqueuses toujours bumidos, s’y déqiouille

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de toutes les particules solides eu suspension; il est même probable ({ue la plupart des germes sont arrêtés dans les fosses nasales et dans le pharynx.

Chez les phtisiques arrivés à une période avancée de la maladie, alors môme que l’expectoration est très abondante et très riche en bacilles, on ne trouve aucun bacille dans l’air expiré

Si les microbes abondent dans l’air des locaux habités, cela est dû aux souillures du sol et aux poussières qui sont mises en mouvement par les personnes qui habitent ces locaux.

« J’ai reconnu, dit Tyndall {loc. c.il.), que pour rendre l’air optiquement pur, il suffit de l’abandonner à lui-même pendant un certain temps, dans une chambre ou dans un vase convenablement fermés. Les matières en suspension s’attachent peu à peu aux surfaces A'oisines, et finissent par laisser un air jirivé de tout pouvoir dispersif. IjC rayon le plus concentré traverse alors cet air sans (|ue sa trace y soit visible. »

On comprend que l’arrivée des écoliers dans une classe ait pour etlét de remettre en mouvement les poussières et les germes; les opérations de nettoyage telles qu’elles se font, en général, ont le môme eflét; quand on balaie le sol, (juand on époussète les murs ■ou les meubles, quand on brosse les habits et les souliers et qu’on secoue les paillasses ou les couvertures, dans une chambre de •caserne, le nombre des germes de l’air augmente nécessairement dans une très forte proportion (voir plus loin. Analyse bactériologique de l’air).

Parmi les germes en suspension dans l’air des locaux habités, beaucoup sont inolTensifs, tels sont la plupart de ceux qui viennent <lu dehors, mais il est incontestable que l’air des casernes et des hopitau.x sert souvent de véhicule à des germes pathogènes.

Autrefois on s’exagérait le rôle de l’air dans la transmission des maladies; la réaction qui s’est faite contre cette idée a dépassé b; but; croire qu’il n’y a pas à se préoccuper de la transmission des maladies contagieuses par l’air serait une grave erreur.

On a beaucoup insisté sur ce fait que les microbes, en si grand nombre dans l’eau d’ordinaire, sont assez rares dans l’air.

Un mètre cube d’air pris dans une chambre d’bù})ital contient à peine autant de microbes que 1'^ d’eau de médiocre ([ualité, et beaucoup de germes de l’air sont des si)ores de champignons inof-

I. Cadéac el Mali.et, Revue de médecine-, 1887, )t. 5-îo. — I. Straus, La tubercii- 'losc el son bacille, n. Î599.

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i’cnsifs. Cela est, vrai, maison est ohlige de respirer conliiiucllemcnt et l’air que nous respirons est souvent, vicié ou de qualité très médiocre (lieux publics, écoles, salles de théâtre, etc.); la ([uantité d’eau bue chaque jour est très faible, si on la compare à la (juantité d’air respiré. D’autre part, nous pouvons surveiller la qualité de l’eau que nous buvons: nous pouvons, si cette eau est suspecte, la filtrer ou la faire bouillir, tandis que nous aspirons toujours l’air tel qu’il se présente, avecdoutes les particules en suspension; enfin les numérations des microbes de l’air faites dans les conditions, que nous étudierons ne peuvent donner aucune idée du nombre des g'ermes pathogènes contenus dans l’air, beaucoup de ces germes n’étant pas connus ou ne se cultivant pas sur les milieux ordinaires.

Parmi les g-ermes pathogènes qui peuvent être transportés par l’air il faut citer en première ligne les bacilles de la tuberculose. Villemin a démontré que les crachats des tuberculeux fournissaient, après dessiccation, une poussière dont l’inhalation déterminait facilement la tuberculose chez les animaux ’, et il paraît démontré aujourd’hui que c’est là le mode de propagation le jdus ordinaire de la tuberculose chez l’homme.

Cornet a recueilli directement la poussière, qui couvrait les murs, dans des pièces habitées par des phtisiques, à une hauteur qui excluait la souillure directe par les crachats. Cette poussière, incorporée à un liquide stérilisé, a été injectée dans le péritoine de cobayes, et sur .392 cobayes inoculés, 128 (près d’un fiers) sont devenus tuberculeux.

Kriîger à Bonn et Kastner à Munich, en opérant do môme, sont arrivés à des résultats analogues.

Kirchner, (|ui a l'épété ces expériences dans un hojiital militaire, n’a produit la tuberculose que dans un cas, avec de la [»oussière recueillie sur une table de nuit qui avait servi à poser le crachoir d’un tuberculeux; ces recherches n’intirment en rien les précédentes; on on j)Out conclure seulement que la salle dans la(juelle Kirchner a opéré était beaucoup moins infectée que celle qui avait été choisie par Cornet.

1. ViLi,KMiN, Éludes sur la luDcrculosc, 1807, cl De la iiropagalion de la plilisie. Gaz. hebdom., 1809. — E. Vau.in, Conlagion de la tuberculose cl de sa propliylaxie. Soc. méd. des hôp., 1884 et 1880. — Cornet, Koch und Klugr/e’s ZeiLtchr. f. Iluf/iene, 1888. — Mahkan, Semaine méd., 23 oct. 1889, cl Revue d’/u/giérie, 1889, p. 851, el 1890, p. 00. — I. Sthaus, Acad, de méd., 3 juillet 1894, et Aveh. de méd. expér., 1894, p. 033.— Du même, La luberculose el sou bacille, Paris, 1895. — Kirciineu, Ilech. sur la présence des bacilles luberculcu.v dans les poussières, Zeitschr. f. Il>/gicne, 1895, p. 153.

Laveran, Ilyg. milil.

M. le professeur Straus a montré que le bacille de la tuberculose se rencontre fréquemment dans les fosses nasales des sujets sains qui vivent en contact avec les tuberculeux.

Après avoir enlevé avec un tampon de coton stérilisé les mucosités et croûtelles qui se trouvent dans le nez des sujets examinés, on lave ces tampons avec de l’eau stérilisée et on inocule le produit du lavage dans le péritoine de cobayes.

Sur 29 cobayes inoculés, 7 ont succombé après quelques jours à la septicémie ou à la pyoémie, 13 ont été trouvés sains, 9 sont morts avec des lésions tuberculeuses avancées ayant pour point de départ le péritoine.

De ces 9 cas positifs, 6 se rapportent à des infirmiers, 1 à une malade du service non tuberculeuse, 2 à des élèves du service (Acad, de médecine, 3 juillet 1894).

Ces recherches ont une grande importance au point de vue de l’hygiène militaire, elles démontrent bien la réalité de l’infection par inhalation et la fréquence de cette infection, puisque sur 29 individus examinés, 9 avaient des bacilles de la tuberculose dans les fosses nasales. Il serait important de répéter ces expériences dans l’armée, notamment dans une des casernes de la garde républicaine, où la tulierculose est si fréquente.

La grande mortalité par tuberculose des infirmiers et des sœurs de charité s’explique.

Dès 1875 nous avions signalé que la mortalité par tuberculose des infirmiers militaires était de 4,40 p. 1000 hommes d’effectif, alors que dans les autres corps de l’armée française elle n’était que de 2,25 p. 1000.

Il résulte d’une enquête faite par Cornet en Prusse que la mortalité par tuberculose des ordres religieux qui soignent les malades, représente 62, 88 p. 100 de la mortalité générale, alors qu’elle n’est pour les autres professions que le cinquième ou le septième de la mortalité générale.

On a cité des faits contradictoires en apparence, on a montré par exemple que la contagion était rare à l’hôpital des phtisiques de Brompton (Bennet), ce qui paraît s’expliquer par ce fait que dans les hôpitaux spéciaux, les mesures prophylactiques sont mieux prises qu’ailleurs.

Il paraît certain que la transmission de la fièvre typhoïde peut se faire également par l’air; le bacille d’Eberth résiste bien à la dessiccation, comme le bacille de la tuberculose.

Le D'' Chour, médecin russe, a communiqué, en 1889, à la Société

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snétlicale <lcs liùpilaiix l’histoire trunc épidémie de lièvre typhoïde oliservée à Jitomir dans larpielle la transmission par l’air paraît bien établie; on réussit à déceler la présence du bacille d’Elierth dans la poussière des planchers et de l’entrevous.

Nous avons eu déjà l’occasion de dire qu’on avait observé sou- Aent dans nos casernes des épidémies de fièvre typlioïde au moment de la réfection des planchers (p. 478).

On comprend très bien que les planchers des casernes puissent •être souillés par les matières fécales des typhoïdiques; les hommes (|ui vont aux latrines, trop souA'ent mal tenues, souillent leurs •chaussures, et ensuite le plancher. Les elTets, le linge, la literie des malades peuA'ent aussi sei’vir à la dissémination des germes dans l’air. Cette cause d’infection est naturellement plus à redouter encore dans les hôpitaux; aussi les cas intérieurs de fièvre typhoïde ne sont pas rares ils se produisent surtout lorsque la fièvre typhoïde est épidémique et ijue les typhoïdiijues sont nombreux dans des salles insuffisamment ventilées.

Les infirmiers chargés spécialement du soin des typhoïdiques sont surtout atteints, mais ici on peut invoquer les contacts fréquents avec les malades et les objets souillés par eux.

Parmi les faits qui démontrent la dissémination par l’air des germes de la fièvre typhoïde, il faut citer encore ces épidémies qui éclatent dans certaines AÛlles dont le sous-sol est fortement souillé, toutes les fois qu’on exécute des traA’auxde Amirie.

Ainsi les deux maladies qui donnent lieu au plus grand nombre de décès dans les armées : la tuberculose et la fièvre typhoïde, sont transmissibles par l’air, il ne paraît pas douteux non plus que les lièvres éruptives, si fréquentes chez le soldat, puissent se répandre <le la même manière, le fait est démontré pour la variole; on sait <pie les croûtes des varioleux restent pendant longtemps virulentes.

Au nombre des microbes pathogènes qui se trouvent dans l’air, il faut citer encore les streptocoques (de l’érysipèle, de la supjiuration) et les stajdiylocoques.

N’avions-nous pas raison de dire plus haut ipie l’air joue un

Laveram, De la roiUagion de la fièvre typhoïde, Arch. de mcd. viilii., I88G, et • De la contagion dans les salles d’hôpital, Médecine vioderne, 1890, p. 22t. — Gasser, Les causes de la f. typhoïde, Paris, collection Ciiarcot-Deiiove. — Uei-'elmann, Expériences sur la résistance des hacilles typhicpics a la dessiccation et sur la possibilité de leur transfert par l’air, Centralbl. f. Hald., XV, p. 138, anal, in Ann. de microf/raphie, 180 t.

rôle important dans la dissémination des gei-mes et que ce rôle a été trop oublié dans ces dernières années?

C. Antres causes de viciation de l'air. — La vapeur d’eau qui provient de l’exhalation cutanée et pulmonaire contribue à la viciation de l’air; la présence d’une grande quantité de vapeur d’eau dans les locaux confinés rend la chaleur insupportable, l’évajioration de la sueur ne pouvant plus se faire dans un air saturé d’humidité.

L’odeur de la sueur, surtout lorsque la surface du corps est malpropre, ainsi que le linge de corps, est très désagréable, sinon nuisible. A cette odeur de sueur vient s’ajouter celle de l’baleine fétide des hommes dont la bouche est en mauvais état, l’odeur du tabac et des pipes, celle des aliments quand il n’y a pas de réfectoires et celle de la matière organique qui s’accumule sur le plancher, dans les entrevous et dans les murs. La résultante est cette odeur si persistante, si caractéristique et si désagréable que l’on perçoit lorsqu’on entre, surtout le matin au réveil, dans une chambre de caserne.

« L’habitude ou'la nécessité de fumer et de prendre ses repas dans la salle où l’on dort, écrivait M. Vallin en 1883, est une des principales causes de l’infection des chambrées. On comprend à peine, môme quand on est fumeur, qu’il soit permis au soldat d’empester pendant toute la soirée, avec l’odeur de la pipe, le local étroit et dépourvu d’orifices de ventilation où un grand nombre d’hommes s’entassent de huit heures du soir à cinq heures du matin. C’est une cause de souillure des murs par les vapeurs qui s’y condensent, de souillure des parquets par la salive qu’on y projette.

« La nécessité de prendre les repas dans la salle où l’on couche est encore plus déplorable; la désinfection doit être renouvelée indéfiniment, si l’on souille indéfiniment le sol, les couvertures des lits, l’atmosphère, ]iar les liquides alimentaires qui se répandent, les vapeurs lourdes et épaisses qui se dégagent des mets. Déjà les réfectoires communs et servant uniquement à cet usage s’imprègnent, dans les lycées, les asiles de pauvres ou d’aliénés, d’une odeur nauséabonde dont il est difficile de les débarrasser; à l’Ecole Monge on n’a réussi à éviter cette incommodité qu’en garnissant les tables, les i)arois et le sol des réfectoires, de plaques de marbre,, de stuc et de mosaïques, absolument imperméables et qu’on lave à l’éponge tous les jours. Toute tentative de désinfection est vaine, si l’on ne commence par supprimer ces causes d’imprégnation per-

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