SYSTÈMES DE VIDANGE. — LATRINES ET URINOIRS
I. Des difTérents systèmes de vidange en usage. — Fosses fixes. — Tinettes filtrantes. — Tinette-siphon. — Tinettes à la terre sèche. Tinettes Goux. — Vidange par canalisation spéciale, systèmes Liernur, Berlier, Waring. — Système du tout à l’égout, conditions de son bon Ibnctionnement. Siphons. Réservoirs de chasse automatiques ou à tirage. Siphon annulaire de Rogers Field, etc. Disposition à donner aux égouts. Kpuration des eaux d’égout par les procédés mécaniques et chimiques. Epuration par le sol, avantages de ce procédé. Utilisation des eaux d’égout.
II. Installation des cabinets d’aisances dans les casei-nes et dans les hôpitaux. — Faut-il installer des latrines avec ou sans sièges? — Modèles à adopter pour les cuvettes. Cuvettes en hotte, cuvettes à retenue d’eau. — Des urinoirs. Urinoirs à retenue d’eau et urinoirs à paroi verticale avec chasses d’eau. — Nettoyage et graissage des urinoirs.
Dans l’étude que nous avons faite des casernes et des hôpitaux, nous avons réservé la question des latrines; nous devons y revenir maintenant; cette question est de celles qui intéressent le plus le médecin militaire, car des latrines mal installées sont une cause grave d’insalubrité dans les casernes ou dans les hôpitaux ’.
Nous étudierons d’abord les différents systèmes de vidange, l’ins-
1. Consulter sur celte question : Duband-Ci.aye, Assainissement de Paris, Annales industr., 1881. — E. Thélat, Sur l’cvacualion des vidanges, Revue d'hygiène, 1882. — Bekliek, Mémo sujet, Soc. méd. publ,, 1882. — Wazo.n, Principes techniques d’assainissement des villes et des habitations, Paris, 1881. — Masson et Martin, Les maisons salubre et insalubre à l’cxpos. d’hygiène de Londres, Revice d’hygiène, 188o. — Bourneville, L’utilisation agricole des eaux d’égout de Paris, Rapport à la Chambre des députés, Paris, 1887. — Durand-Claye, Pont/.en, etc. L’évacuation des immondices dans les villes. Congrès internat, d’hygiène. Vienne, 1887. — Frankland, L’épuration des eaux tl’égout, même Congrès. — L. Masson, Les villes assainies, Toulouse, 1888, avec un atlas. — Corme, Rapport au Sénat sur l’épuration des eaux d’égout par le sol, 1888. — Arnoui.d, Nouv. élém. d’hygiène, Paris, 1889. — Valeernaud, Étude sur l’assainisscmeul îles établissements milit. par le tout à l’égout, Revue du génie milil., 1889, p. 302. — Vallin, Des vidangeuscs automatiques, Revue d’hygiène, 1892, p. 328. — Richard, Précis d’hygiène, Paris, 1891.
lallation des cabinets dépend en effet, en partie, de la solution adoptée pour l’évacuation des malières.
I. Systèmes de vidange en usage. — Les ditTérents systèmes de vidange en usage peuvent être ramenés à cinq types principaux' :
1“ Fosses fixes ;
2" Fosses mobiles ou tinettes mobiles;
3“ Systèmes à la terre et aux poussières sèches;
4“ Vidange par canalisation spéciale ;
5” Système du tout à l’égout.
1“ Fosses fixes. — L’installation de fosses fixes a été un progrès lorsqu’elle a été réglementée; auparavant les matières fécales étaient jetées dans l’égout qui passait, à ciel ouvert, au milieu des rues.
La création des fosses fixes a été rendue obligatoire, à Paris, par arrêt du Parlement en date du 13 septembre 1.333, confirmé par un édit de François P'' en date de 1339.
Les premières fosses installées n’étaient pas étanches; il se produisait des infiltrations dans le sol et dans les puits qui étaient nombreux à Paris, à cette époque.
Un décret du 10 mars 1809 prescrivit l’établissement de fosses étanches.
La fosse est construite d’ordinaire sous la cour de la maison; les parois doivent être en ciment et absolument imperméables, étanches, comme on dit. 11 y a un tuyau de chute {b, fig. 220) et un tuyau de ventilation (c).
Une pierre mohile ou une trappe donne accès dans la fosse.
Les fosses fixes présentent de nomhreux inconvénients. La plupart des fosses fixes ne sont pas étanches; le tassement du -sol produit par la pression des bâtiments construits au-dessus, détermine la formation de fissures; les propriétaires ont d’ailleurs tout avantage à avoir des fosses non étanches, car la vidange coûte cher; dans certaines villes du Nord on ne vidange jamais; les matières fécales s’accumulent dans le sous-sol et s’infiltrent dans l’eau des jiuits voisins.
I. On fait usage, dans quelques villes de l’Américiue du Nord, de cabinets d’aisances reliés à nu foyer permettant l’ineinératiou des matières; le foyer peut, en outre, servir à brider les ordures ménagères et les pièces de pansement dans les hôpitaux (Tii. Whyl, Hin ueues Feuercloset, Berlin, klin. Woch., 28 mai 1894). Ce système de vidange u’a pas encore été appliipié, croyous-nous, en lîiirope; il est à prévoir (pi’en raison des frais (pi’il doit eulraiuer il ne sera jamais employé dans les casernes.
SYSTÈMES DE VIDANGE
L’air vicié do la l’osse pénètre t’acilemeiil dans les maisons pai‘ les cabinets qui sont généralement mal tenus, sans eau.
Le tuyau de ventilation de la fosse no fonctionne [las, ou bien il contribue à vicier l’air extérieur; de là les mauvaises odeurs jierçues dans les grandes villes lorsqu’il n’y a pas de vent.
Il faut vider la fosse, quand elle est pleine, ce qui constitue une opération désagréable, malgré les perfectionnements dont elle a été l’objet.
Autrefois on vidangeait au seau ; ce qui était très long et très malpropre; on répandait des matières sur le sol et les vidangeurs devaient descendre dans la fosse, ce qui était dangereux (accidents d’asphyxie, d’intoxication par l’acide sulfhydrique ou par les gaz ammoniacaux).
Dans les grandes villes, on a adopté un système de vidange à la vapeur (jui constitue un grand progrès; on aspire les matières en faisant le vide, dans de grands tonneaux métalliques, au mobile.
Fig. 220. — Coupo d'une maison avec latrines {a, a) sur fosse fixe (rf); b, tuyau de chute; c, tuyau de ventilation ; p, puits ; e, matièros solides dans la fosse; la figure indique dos infiltrations du sol par les matières do la fosse qui n’est pas étanche.
moyen d’une machine à vapeur
Les matières, une fois retirées de la fosse, tout n’est pas dit, il faut verser ces matières (|uelque part, et on ne peut pas les transporter bien loin, de là la nécessité de créer, à proximité des villes, des dépotoirs et des fabri([ues dans lesquelles on utilise en partie les produits de la vidange : fabriques de poudrette, de sullate d’ammoniaque, etc. Ces dépotoirs et ces labriipies sont une cause d’insalubi'ité et de mauvaises odeurs. La voirie de Bondy, près de Paris, reçoit le produit des fosses fixes, mais elle n’en
utilise qu’une partie, les résidus sont versés dans la Seine à Saint- Denis et contribuent puissamment à l’infection du fleuve.
Tous les hygiénistes sont d’accord pour condamner les fosses fixes, qui ne tarderont pas à disparaître à Paris; mais des régions entières de la France seront condamnées pendant bien longtemps encore à ce système de vidange. Nous nous occuperons plus loin (Ch. xxn) des mesures à prendre pour la désinfection des latrines sur fosses fixes.
2° Tinettes mobiles. — a. Tinettes filtrantes. Pour remédier aux inconvénients des fosses fixes, on a eu l’idée d’employer des tinettes mobiles, qui sont enlevées dès qu’elles sont pleines et remplacées par des tinettes vides.
Des tinettes mobiles qui recevraient les matières fécales, les urines et l’eau versée dans les cabinets, se rempliraient très vite, il faudrait les enlever fréquemment, ce qui serait très onéreux, de plus elles déborderaient souvent.
Le volume des liquides étant beaucoup plus grand que celui des matières solides, on a imaginé des appareils qui conduisent directement les liquides vers l’égout et qui l'etiennent, ou sont censés retenir, les matières solides, c’est le principe du système diviseur et des tinettes filtrantes, dont l’usage est aujourd’hui encoi’e très répandu à Paris et dans bon nombre de grandes villes.
11 existe dilTérents modèles de tinettes filtrantes; le meilleur se compose : 1° d’un réservoir métallique à parois pleines qui, par sa partie inférieure, est mis en communication avec l’égout ; 2“ d’un deuxième réservoir mobile, concentrique au premier, dont la paroi est percée de trous dans toute sa hauteur (fig. 221) ; 3“ d’un couvercle ou chapeau qui s’adapte, d’une part à l’orifice supérieur de la tinette, d’autre part, au moyen d’un raccord ou collier à baïonnette, à la partie inférieure du tuyau de cliule des latrines (fig. 222).
Les urines et l’eau versées dans les cabinets d’aisances traversent la tinette percée de trous qui se trouve à l’intérieur de la tinette pleine, et se rendent directement à l’égout; en principe, les matières solides sont retenues; en réalité, les matières fécales sont délayées dans l’urine et dans l’eau et une grande quantilé de ces matières est versée à l’égout. Quand les latrines sont pour-
Fig. 221. — Coupo d'un O tinotto filtrante.
SYSTÈMES DE VIDANGE
vues de réservoirs do chasse, les tinettes ne retiennent guère que le papier.
De temps à autre (suivant le nombre de personnes qui fréquentent les cabinets) on enlève la tinette pleine et on la remplace par une tinette vide.
Les tinettes filtrantes remédient à l’infection du sous-sol et, à ce point de vue, elles réalisent un progrès sur les fosses fixes, mais elles présentent encore bien des inconvénients.
Tl arrive quelquefois que les tinettes engorgées, obstruées.
l’ig. 2-2-2. — Coupe de la partie inférieure d’une maison avec latrines {b, h) sur tinette filtrante (c); a, a, éviers do cuisine sans siphons; f, égout; d, siphon déversoir; e, hranchomont particulier; /i, tuyau do chute de l’eau de pluie; i, niveau du sol do la rue.
flébordent; au moment du changement des tinettes, le sol est |)resque toujours souillé et le local où se trouvent les appareils devient une source d’infection, ainsi que nous l’avons constaté à plusieurs reju’ises pour notre part
On a dit avec raison que le système des tinettes liltrantcs n était que riiypoci’isie du tout à l’égout; pour (jue le système du tout à l’égout fonctionne sans danger, il faut prendre une série de mesures qui seront indiquées plus loin, il faut nolamment bien isoler la maison de l’égout; le siphon déversoir, placé à l’extrémité de la canalisation dans les maisons où existent des tinettes liltrantes {d. fig. 222), ne remplit que très incomplètement ce but; par suite.
les gaz (le l’égoul, (jui est souillé par les urines et les matières fécales, peuvent s’introduire dans la maison par les tuyaux do chute des cabinets ou par les éviers de cuisine, en général dépourvus de siphons.
Enfin les tinettes mobiles exigent encore des dépotoirs, qui sont une cause d’insalubrité et de mauvaises odeurs.
b. Tinetle-svphon. — M. le capitaine du génie Augier a projiosé de remplacer les tinettes filtrantes par des tinette.s-sipbon {Revue du génie müit., 1890, p. 201). La tinette-siphon est en tôle galvanisée; elle mesure 1 m. 10 de haut, sur 0 m. GO de diamètre
Fig. 223. — A. Tinette-siplion en voie do remplissage, a. matières flottantes; 4, couche d’eau décantée; c, dépôts; d, entonnoir fi.'co plongeant; /i, col do cygne mobile; I, raccord dos deux parties du siphon en col-de-cygne. — B. Tinette-siphon en place. H, collecteur des cuvettes ; M. trappe on fonte à fermeture étanche ; P, chambre do chasse ; ï, conduite du i-éservoir de chasse; ?/, orittoo laissant l’air arriver dans la chambre do chasse.
(A, fig. 223). Vers la partie moyenne, la tinette est percée d’un orifice qui aboutit à un tube ascendant II, sur lequel A ient s’adapter un col de cygne mobile h. Un entonnoir fixe d et plongeant est placé au-dessous de l’orifice de chute de la conduite des latrines. Cette tinette est placée dans une fosse cimentée bien étanche (B, fig. 223), fermée par des ventaux et communiijuant, à l’aide d’un tuyau formant siphon, avec l’égoul public.
Le fonctionnement de la tinette-siphon se comprend facilement : les matières solides s’accumulent à la |)arlie inférieure, les liquides s’écoulent à l’égout; tous les jours ou tous les deux jours, dans les habitations collectives, on enlève la tinetle [ileine et on la rem[)lace par une tinelte vide.
Cet a])pareil jirésente à peu [irès les mêmes inconvénients que les tinettes tillranles ordinaii’es; M. le cajiitaiiu' Augier ne préco-
SYSTEMES DE VIDANGE
nisc d’ciilleurs l’emploi de la Unette-siphon que dans les cas où il ii’est pas possible d’installer imnuMliatement le tout à l’égout.
3® Terre et poussières sèches. Earth System. Tinettes Goux. Emploi de la tourbe b — Eu 1860, H. Moule, ministre i)rotestant dans le comté de Dorset, entreprit des expériences sur la désinfection des matières fécales au moyen de la terre sèche et sur l’emploi du mélange comme engrais; cette méthode n’était pas absolument nouvelle, mais il faut reconnaître aux Anglais, et à H. Moule en j)articulier, le mérite de l’avoir vulgarisée sous le nom de Earth System et d’avoir formulé avec précision les règles de la désinfection à la terre (E. Vallin).
11 est très facile, surtout dans les }»ays chauds, d’improviser des latrines à la teiTe. On met dans un tonneau défoncé, puis renversé, un peu de terre sèche et on le place au-dessous de la lunette de la baraque où sont installées les latrines; à côté de la lunette est un tas de terre sèche avec une pelle et chaque personne, ses besoins satisfaits, jette dans le tonneau une pelletée de terre, ou bien on charge un homme de corvée de jeter, plusieurs fois par jour, quelques pelletées de terre dans le tonneau. Lorsque le tonneau est plein, on le vide dans les champs.
On a jiei’fectionné ce système primitif; dans V Earth commode, un mécanisme très simple détermine la chute d’une certaine quantité de terre sèche chaque fois qu’un individu, après s’êti'e soulagé, quitte le siège, ou bien il existe un bouton do tirage et la poudre tombe au moment où l’on abaisse la valve, à peu près comme l’eau dans les water-closets avec réservoirs de chasse à tirage.
La meilleure terre à employer pour les matières fécales est l’argile. Pour neutraliser une évacuation (150 à 200 gr.) il faut :
Argile 0 Ug. 700
Ou terre de jardin 0 800
Ou terre de bruyère 1
L’ordre de classement n’est |)as le même quand il s’agit des urines; c’est la terre de bruyère (|ui donne, dans ce cas, les meilleurs résultats (E. Vallin, Traité des désinfectants, p. 48). Pour
t. Moule, The dry cartii system, The Lancet, 11! mars 186‘J. — Uollestox, The Lancet, mars 1809. — Meuvln Diiake, The Lancet, 2i juillet 1809. — Buchanan and .Netten Radcuei'e, Reports of Ihc med. oflicer of tlie l’rivy Çoiincil, 1870, t. .\11, p. 80 et ni. — 1874, p. 137 et 214. — Fée, liée. mém. mCd. milit., 187o. — K. Vai.i.in, i)c la désinfect. par les poussières sèches, Revue d'tn/giône. 1879, et Traite des désinfectants, 1883, p. 41. — G. V. Pooue, Journal of the Sanitari/ Institute, juillet 1893, anal, in Revue d’hijf/iène 1893, p. 837.
une évacuation complète (ISO gr. de matières solides et 200 gr. d’urine), 1 kg. SOO de terre moyenne et légère de jardin est nécessaire, il faudrait au moins 2 kilogr. d’argile.
En 1876 et 1878, M. Vallin, qui a fait fonctionner pendant plusieurs mois ce système au Yal-de-Gràce, a constaté qu’on obtenait la désinfection en employant S kilogr. de terre sèche pour 1 kilogr. de matières ; c’est à peu près la proportion qui est employée au camp de Wimbledon, où l’Earth System est en usage.
Les transformations qui se produisent au contact des matières sèches et des matières fécales sont encore mal connues; l’absence d’une quantité suffisante d’eau empêche les fermentations })utrides; un fait est certain, c’est qu’au bout de 5 ou 6 semaines, les matières fécales englobées tlans la terre n’ont plus ni l’aspect, m l’odeur caractéristiques; le mélange a l’aspect de la terre ordinaire, on peut le réduire en poudre et le faire servir à une nouvelle opération. Dans beaucoup de localités, en Angleterre, la terre retourne trois fois aux closets avant d’être utilisée comme engrais.
L’inconvénient de ce système est qu’il ne peut fonctionner que si la terre est parfaitement sèche. Les bons résultats constatés dans les pays chauds et secs (Fée à Biskra) seraient difficilement obtenus dans nos pays ; il faudrait le plus souvent commencer par faire dessécher de la terre. h'Earth syslem a donné des résultats satisfaisants au camp de Wimbledon, en Angleterre, mais on chaufie la terre sur des plaques de fonte au-dessous desquelles on allume du feu.
Dans les latrines collectives à la terre, les tinettes sont remplacées par des réservoirs communs à plusieurs sièges, montés sur roues.
Les matières mélangées à la terre sèche doivent être mises à l’abri de la pluie, si elles ne sont pas utilisées immédiatement comme engrais.
Tinettes Goux. — Le système de vidange imaginé par MM. Goux et Thuasne est basé sur le même principe que le système à la terre; les poussières sèches ont, à des degrés divers, les mêmes propriétés que la terre sèche; comme la terre, ces jioussières absorbent l’eau des matières fécales et les urines et empêchent ainsi les fermentations de se produire.
On garnit la partie inférieure d’une tinette métallique d’une couche de dO à 12 centimètres de matières absorbantes; un moule creux, ayant un diamètre moindre que celui de la tinette et de
SYSTÈMES DE VIDANGE
forme un peu conique, est alors introduit et l’espace existant entre le moule et la tinette est rempli de matières absorbantes. On tasse légèrement ces matières, puis on retire le moule; le vide central est destiné à recevoir l’urine et les matières fécales.
La figure 224 montre une tinelte garnie de matières absorbantes, le moule intéi'ieur a été retiré.
Dans la figure 225, la tinette (t) est représentée en place; il faut avoir soin que la tinette se trouve exactement au-dessous de l’orifice de cbute; une espèce d’entonnoir métallique diidge les
Fig. 22-1. — Tinette Goux garnie.
(Coupe.)
urines et les matières et les empêche de tomber sur les côtés de la tinette. Les tinettes pleines sont retirées et les tinettes vides sont mises en place par un couloir qui existe à la partie postérieure de la baraque dans laquelle sont installées les latrines.
Les tinettes Goux (grand modèle) ont une contenance de 128 litres.
Lorsque la tinette est pleine, elle contient un engrais analogue au fumier de ferme, riche en azote et en acide phosjdiorique.
Les tinettes pleines sont recouvertes d’une })oignée de poussières absorbantes, transportées dans un champ ou dans un dépotoir et vidées; il ne sort aucun liquide de la tinette et il ne s’en dégage aucune odeur appréciable.
Lorsqu’on n’utilise pas l’engrais tout de suite, il faut avoir soin de le déposer dans un endroit abrité; si l’eau de pluie diluait les matières extraites des tinettes, cela détruirait les bons elïets de la poudre absorbante, les matières entreraient en putréfaction.
Toutes les substances sèches et |ioreuses [leuvent servir d’absor-
hauts, mais on doit, au point de vue de rutilisation de l’eu‘'Tais, préférer les plus azotées.
Ou peut ajouter à ces absorbants des désinfectants des matières fécales : sulfates de fer ou de cuivre, etc.
Eu 1871, au camp de Satory, ou garnissait les tinettes avec le mélange suivant ;
ChènevoUe (paille de chanvre) 2 heclolilres.
Feuilles de chanvre 2 —
Déchets de laine 1 —
Gadoue ou boue de ville desséchée 1/2 —
Sulfate de fer pulvérisé 1/4 —
La poudre de tourbe est très employée en Allemagne pour la désinfection des matières fécales elle a un pouvoir absorbant considérable et, quand on peut s’en procurer à bon marché, il faut la préférer à toutes les autres substances pulvérulentes. La sciure de bois recommandée par l*oore donne aussi de très bons résultats.
Le système Goux a rendu des services dans les camps des environs de Paris en 1871, au camp de Gbâlons et dans un grand nombre de casernes; il a le grand avantage de [louvoir être installé rapidement partout et à peu de frais; lorsque les latrines installées d’après ce système sont bien surveillées, elles fonctionnent dans de très bonnes conditions.
Ce système de vidange est à conseiller surtout lorsqu’il faut éta- | blir rapidement des latrines pour un camp ou pour un hôpital tein- I ])oraire; dans les casernes ou dans les hôpitaux permanents on ins- ! tallera de préférence le système du tout à l’égout, toutes les fois { que la chose sera possible. !
Les tinettes Goux ne peuvent être employées que pour des latrines placées au rez-de-chaussée; en y versant de l’eau pour laver les tuyaux de chute, on détruirait l’action des poussières sèches sur les urines et sur les matières fécales. !
4" Vidange par canalisation spéciale. — Il y a évidemment de j
grands avantages à supprimer les fosses fixes et les tinettes et à enleA^er de la maison les matières fécales aussitôt après leur émis-
I. WAwniNSKi, Sur l’humus de lourhc comme moyen de désodoris. et de désiiil'eclion des e.vcrémenls, Nordiskl. medic. Archiv, 1890. — Essai d’assainissement par la LourHe à la forteresse de Dinahourg, Génie sanil., 1893, et Arch. de méd. milil..
1893, l. XXII, p. 278. — Nickels, Propriétés désinfectantes de la tourbe, th. de ;
Saint-Pétersbourg, 1894, et Revue d’hygiène, 1894, p. 898. — Gautneh, La tourbe dans la désinfection des selles, Zeilsclir. f. llygiene, 1894, et Revue d'hygiène, 1894. t
SYSTÈMES DE VIDANGE
sioii; on ol)ticiit ce résulta!, soit en se servant des égouts coniinuns pour y déverser toutes les matières provenant des latrines, c’est le loiU à l'égout, soit en établissant des canalisations spéciales pour ces matières.
Dès 1862 Dumont, ingénieur français, proposa d’établir une canalisation spéciale dans laquelle les matières fécales et les urines seraient aspirées au moyen du vide; le système Liernur et le système Berlier sont basés sur le même principe.
Le système de Liernur consiste à créer une sorte de fosse fixe, étanche, commune à tout un groupe de maisons, dans laquelle, à l’aide de la raréfaction mécanique de l’air, des tuyaux, également étanches, apportent directement les matières des cabinets de chaque maison.
Les matières, reprises dans te réservoir de groupe par le même mécanisme, arrivent dans un réservoir terminal où on les utilise de différentes façons.
Les tubes (en fonte) ne doivent recevoir que les matières fécales et les urines; les tuyaux placés en tranchées sous le sol de la rue sont plusieurs fois infléchis en siphon, ce qui facilite l’aspiration.
Le système de Liernur a été apjdiqué à Leyde et à quelques quartiers d’Amsterdam. En Hollande, le sol est très plat, parfois même son niveau est inférieur à celui de la mer; on s’explique ainsi qu’on ait eu recours à ce système, malgré ses nombreux inconvénients : il faut bannir l’eau des cabinets, sous peine de voir déborder les cuvettes, de plus, quand les conduits s’obstruent, on doit om'rir des tranchées pour les désobstruer. Ce système a été condamné par la pluj)art des hygiénistes, nous ci'oyons inutile d’y insister.
Le système Berlier comprend une canalisation de petit calibre (placée à Paris dans les égouts) qui aboutit, d’une part à une usine où se trouve une machine à vapeur ipii fait incessamment le vide dans la canalisation, d’autre part à des appareils que l’on place dans chacune des maisons desservies par ce système de vidange.
Ces appareils, qui sont représentés sur une coupe dans la fig. 226, .se composent du récepteur et de Vévacnateur.
Le récepteur est destiné à arrêter les coiq)s étrangers (jui sont souvent jetés dans les latrines, surtout en France, et qui viendraient obstruer la canalisation. Il se com[)ose d’une grande boite en fonte à laquelle aboutit le tuyau de chute. Une grille K retient tous les corps étrangers un peu volumineux; au-dessous de cette grille, un large tuyau fait communiquer lerécept('ur avec l’évacua-
teiir. Un malaxeur M, muni d’ailcttcs, peut être mis en mouvement à l’aide d’une manivelle; plusieurs fois par semaine un homme vient faire tourner ce malaxeur; s’il éprouve de la résistance, il ouvre le regard qui existe sur une des faces latérales et il retire les corps étrangers qui se trouvent sur la grille.
L’évacuateur se compose d’un cylindre en fonte A, fermé à sa partie supérieure et qui, à sa partie inférieure, est en rapport, d’une part avec le récepteur, d’autre part avec la canalisation E,
pG
Eig. 226. — Appareils récepteur et évacuatour (système Berlier), vus sur une coupe. — A, appareil évacuateur; C, boule en caoutchouc; DL, tuyau do communication des deux appareils; E, tuyau d’évacuation; F, flotteur; G, tuyau de chute; H, regard pour l’inspection do l’appareil; I, porto de visite; K, grille destinée A retenir les corps étrangers; M, malaxeur avec SOS palettes.
dans laquelle le vide existe. L’orifice de cette canalisation est bouché d’ordinaire, par une grosse balle de caoutchouc fixée à une tige métallique qui traverse en haut le milieu du couvercle de l’évacuateur; sur cette même tige est adapté un gros flotteur F.
Les matières fécales et les urines tombent dans le récepteur, de là elles passent dans l’évacuateur et s’y accumulent; à un moment donné, la poussée exercée sur le flotteur est assez forte pour que celui-ci se soulève ; les matières sont aspirées et la balle en caoutchouc vient de nouveau oblitérer l’orifice de la canalisation.
Un tube capillaire transporte le vide à un poste central, ce qui permet de constater si le système fonctionne bien ; aussitôt qu’une ouverture se produit, le vide tombe et l’on est averti par une sonnerie électrique.
Le système llerlier fonctionne à Paris, à la caserne de la Pépinière, depuis 1882, au ministère de la Marine, et dans la plupart
SYSTEMES DE VIDANGE
(les immeubles des VllP et IX® arrondissements. Les matières son aspirées dans une usine établie à Lovallois-Perret, d’où il sérail facile de les refouler, afin de les utiliser comme engrais.
Ce système de vidange est propre, automati(|ue, il peut être installé partout et ne nécessite, ni égouts do forme particulière, ni water-closets établis d’après les dernières règles de l’bygiène; enfin il n’expose ni à l’infiltration du sol par les matièi’es fécales, ni à la pénétration des gaz des égouts dans les maisons.
Le système Waring fonctionne sans aspiration, au moyen des chasses d’eau ; la cuvette des cabinets d’aisances a une forme spéciale destinée à prévenir l’introduction des corps étrangers et formant coupe-air. La cuvette Wariug, susceptible de s’obstruer souvent, ne semble pas pratique, surtout en France, où l’on a la déte.stable habitude de jeter dans les latrines beaucoup de corps étrangers.
O® Système du tout ci l'égout. — Ce système consiste, comme son nom l’indique, dans l’évacuation immédiate de toutes les matières de vidange à l’égout public, qui reçoit en outre, les eaux ménagères, les eaux pluviales et celles qui proviennent du net toyage de la voie publique.
Ce système est appliqué dans un grand nombre de villes en Angleterre et en Allemagne, à Londi'es, à Berlin, à Francfort, à Munich. A Paris, beaucoup d’établissements publics et d’immeubles particuliers évacuent directement leurs matières de vidange à l’égout et, d’ici à quelques années, le tout à l’égout sera le seul procédé de vidange employé.
Les résultats de ce système dépendent des conditions dans lesquelles il est appliqué.
Lorsque les matières de vidange sont évacuées dans des égouts mal construits, difficiles à nettoyer, où elles s’accumulent et fermentent, lorsque l’habitation n’est jias protégée efficacement contre l’entrée des gaz provenant de l’égout, lorsqu’enfin les égouts, non étanches, permettent aux matières fécales de s’infiltrer dans le sol, le tout à l’égout présente de grands dangers.
Dans certaines villes, dont le sous-sol a été ainsi souillé, on ne peut plus creuser une tranchée sans voir apparaître la fièvre typhoïde.
Si l’on déverse dans un cours d’eau toutes les matières qui proviennent des égouts d’une grande ville où se pratique le tout à l’égout, on souille profondément ce cours d’eau, ce ({ui constitue aussi un grave inconvénient.
Pour que le tout à l’égout donne de bons résultats, il faut qu’il soit installé dans les conditions suivantes :
\° Les habitations desservies parce système de vidange doivent posséder des water-closets bien construits, avec siphons et réservoirs de chasse; elles doivent être garnies de siphons pour éviers, cours, salles de bains et au débouché de la canalisation de la maison dans l’égout.
2“ Les égouts doivent être bien construits, étanches, avec une pente suffisante et des réservoirs de chasse d’eau automatiques qui assurent leur nettoyage.
3” Avant de déverser les eaux d’égout dans les rivières, il faut les épurer par le sol ou par un autre procédé.
Nous avons déjà étudié la disposition qu’il convient de donner aux siphons pour empêcher la pénétration des gaz des égouts dans les habitations (p. 489) ; nous n’y reviendrons pas.
Les appareils de chasse d’eau peuvent être employés avec les autres systèmes de vidange : avec les tinettes filtrantes, avec le système Berlier, et ils forment partie intégrante du système AVaring; mais, comme ils trouvent leur application la plus générale, la plus ordinaire, dans le système du tout à l’égout, nous les décrirons ici.
A. Réservoirs de chasse. — Les réservoirs de chasse destinés aux water-closets et aux urinoirs nous intéressent plus spécialement, les réservoirs do chasse des égouts sont d’ailleurs construits d’après les mêmes principes que les réservoirs de chasse automatiques des water-closets, ils eri diffèrent surtout par leurs grandes dimensions.
En faisant couler constamment un filet d’eau dans des latrines on arriverait à entraîner les urines, mais non les matières fécales, et on ferait, sans profit, une très forte consommation d’eau. Pour entraîner les matières fécales, il est nécessaire qu’à un moment donné, une grande quantité d’eau soit déversée brusquement dans la cuvette où ont été déposées les matières; les réservoirs de chasse remplissent parfaitement ce but, et l’on peut dire que c’est grâce à l’invention de ces appareils que le système du tout à l’égout est devenu pratique.
Les réservoirs de chasse, dont les modèles sont aujourd’hui très nombreux, se divisent en réservoirs de chasse automatiques et à tirage.
a. Réservoirs de chasse automatiques. — La plupart de ces réservoirs de chasse sont construits sur le type du siphon annulaire de Bogers Field jilus ou moins modifié.
SYSTEMES DE VIDANGE
Cet appareil, trC's simple et très ingénieux, se compose de deux réservoirs superposés A et 15 (tig. 227) qui communiquent par un luyau A^erlical C, dont l’orifice supérieur forme entonnoir. Le tuyau C est recouvert par un capuchon en métal D, qui ne descend pas jusqu’à la jiartie inférieure de la caisse A et qui laisse un espace annulaire vide entre le tube C et lui-même. Le caiiuchon est percé en o d’un petit orifice.
Le tuyau E aboutit à la cuvette qui reçoit les matières fécales. (Voir, fig. 244, un réservoir de chasse de water-closet en place.) Un robinet (qui n’est pas indiqué sur la figure) laisse constamment couler un filet d’eau dans le réservoir A.
Supposons que le réservoir vient de se vider, il reste en 1> de l’eau jusqu’en n, n\ l’eau qui tombe flans le réservoir A s’y accumule, et lorsque son niveau a dépassé l’orifice o, l’air qui se trouve dans le tube C se trouve emprisonné }iar l’eau et soumis à une compression qui devient de plus en plus forte, à mesure (|ue la quantité d’eau augmente dans le réservoir A.
L’air comprimé refoule l’eau à la partie inférieure du tulie C et il arrive un moment où l’air ayant atteint l’oritice inférieur du tube C, s’échappe; il se produit à ce moment une brusque détente dans le tube G et l’eau du réservoir A s’y précijiite, le siphon s'amorce-, en (juebjues secondes, toute l’eau contenue dans le réservoir A passe en H et de là dans le tuyau E. L’orilice o permet à l’air de rentrer à tcm|)S |)our que l’eau du réservoir B no soit pas as[)irée.
C’est avec raison (|u’on a donné à cet a|)|)areil le nom de siphon annulaire.
Soit un réservoir A, dans lequel se trouve un tube recourbé en siphon (pji traverse le fond du l’éservoir (fig. 228); versons de l’eau flans ce réservoir, lorsque le niveau arrive en D, le si|)bon s’amorce et toute feau s’écoule, de telle sortie (|ue le réservoir ne peut jamais se remjflir complètement, c’est le vase de Tantale.
Supposons maintenant ((u’au lieu d’un seul tube recourbé il existe une série de ces tubes, BC, B'C' (fig. 229); au moment où le niveau do l’eau arrivera en 1)1)', tous ces siphons s’amorceront à la fois et le réservoir se vider.i avec une grande rapidité. En
Lavehan. My^. iniliL. *1 <
Fig. 227. — Réservoir de chasse de Rogers l’ield.
supprimant les cloisons intermédiaires des siphons simples, on obtient le siphon annulaire.
Dans l’appareil de Itogers Field, le tube central G (fig. 227) représente la grande branche du si[)bon et l’espace qui existe entre les tubes C et D, la courte branche. D’autres aj»pareils de chasse
Eig. 228.
Fig. 229.
reproduisent plus exactement encore le type du vase de Tantale.
Une autre cause intervient dans ces appareils pour augmenter la rapidité avec laquelle se vide le réservoir dans lequel se trouve l’eau; lorsque le siphon s’est amorcé, l’eau qui s’écoule dans un tuyau vertical, d’une assez grande longueur, chasse l’air devant elle, forme trombe, comme on dit, aussi certains réservoirs de chasse ne fonctionnent bien que s’ils sont placés à une certaine hauteur.
Avec le réservoir de R. Field et les autres réservoirs automatiques, on peut produire des chasses plus ou moins fréquentes;
il suffît, 290ur cela, de régler le robinet d’arrivée de l’eau de manière à ce que le réservoir se remplisse en 2, 3, 4, o minutes ou plus lentement.
L’appareil de R. Field a un inconvénient : il ne s’amorce bien que s’il a été placé bien horizontalement; pour peu qu’il penche d’un coté, l’amoi\*age ne se fait plus ; l’eau s’écoule d’une façon continue par le point le plus déclive de l’orifîce du tube intérieur, sans produire la chasse.
MM. Geneste et Herscher ont modifié comme il suit le réservoir de Field, pour faciliter l’amorçage (fîg. 230).
Un petit récipient «ï, muni d’un plongeur b, est grelTé extérieurement sur la branche c du siphon, avec laquelle il communique
Fig. 230. — Rùscrvoir do oliasso automatique (systOmo Genosto et Hcrschor).
SYSTÈMES DE VIDANGE
et constamment immergé dans le liquide obturateur de la cuvette />.
La cloche est percée, à hauteur convenable, d’un pelit trou o.
Le tube t a pour but de laisser rentrer l’air dans la cuvette de retenue à la fin de la chasse, et de rétablir ainsi rapidement la pression atmosphérique dans cette cuvette.
Pendant l’opération de remplissage du réservoir, lorsque le niveau de l’eau est arrivé à la hauteur du trou o, un volume d’air déterminé se trouve emprisonné et se comprime graduellement, pendant que s’achève l’alimentation du réservoir.
Des dénivellations x x s’établissent progressivement entre les niveaux du liquide à l’intérieur du siphon.
La surface du liquide, à la partie inférieure du siphon, finit par atteindre, dans son mouvement d’abaissement, le niveau inférieur du tube plongeur ; à ce moment, l’air comprimé du siphon pénètre dans ce tube et s’échappe brusquement en chassant la petite colonne d’eau ; il se produit une détente dans le tube C et le siphon s’amorce.
Le siphon représenté dans la figure 2-31 est employé par les maisons Doulton et Geneste et Herscher; il se compose en réalité de deux siphons : un siphon annulaire dans le réservoir d’eau, un siphon en S au-dessous. Une certaine quantité d’eau reste toujours dans la partie B du siphon en S ; lorsque l’eau s’accumule dans le réservoir A, l’air qui se trouve en C et D est emprisonné et comprimé, l’eau qui est en B est refoulée et, à un moment donné, elle [)énètre dans la branche E et se précipite dans le tuyau qui fait suite à cette branche du siphon ; la détente qui se produit alors en G détermine l’amorçage du siphon annulaire et le réservoir se vide très rapidement; le petit tube t est destiné à empêcher le siphonnage de l’eau qui est en B, à la fin de la chas.se.
Cet appareil fonctionne d’une façon très régulière.
M. le capitaine du génie Augier a imaginé un réservoir de chasse qui est connu sous le nom de sij)/ion du (jénie milüaire\ nous empruntons la description de ce siplion à la lievue du génie militaire (1889, [). 312).
Soit (fig. 232) un siphon ABCü, dont la longue branche BCD a
Fig. iî.'îl. — Réservoir do chasse automatique.
son extrémité recourbée de manière à présenter en C une retemu* constamment pleine d’eau. En d vient se brancher un lube vertical R d T, dont l’extrémité supérieure débouche à air libre et dont l’extrémité inférieure R plonge de quelques centimètres dans la retenue. Ce tube d T est lui-même percé d’un orifice V auquel vient se souder un tube de très faible diamètre, deux fois recourbé, et se raccordant d’autre part au siphon au point u. Enfin, dans le fond de la courbure de ce petit tube, est percé un trou o, dont le diamètre est plus faible encore que celui du tube.
Imaginons le siphon ainsi construit, placé dans un réservoir dont le fond XY est à quelques centimètres au-dessous de l’orifice A de la petite branche, et qui présente un creux pour loger la retenue d’eau Cet le tuyau de sortie CD.
Eig. 23'2. — Siphon automatique du génie Fig. 233. — Même siphon au moment où la
militaire au moment où la chasse d’eau chasse d'eau va se produire,
vient de se produire.
Supposons que le réservoir vient de se vider. L’orifice A esl démasqué et l’air, dans le siphon, est à la pression atmosphérique; l’eau montant petit à petit masque d’abord l’orifice A et s’élève dans la petite branche A R du siphon à la même hauteur que dans le réservoir, sans que la pression change dans le siphon, car l’air qui est déplacé par la colonne d’eau ascendante s’échappe par les orifices o et u. Mais lorsque le niveau vient à atteindre l’orifice o, l’air du siphon se trouve em|)risonné, par suite il se comprime et sa tension au-dessus de la [iression atmosphérique est à chaque instant mesurée : 1“ par rahaissement h du niveau dans la retenue; 2“ par ladillerence de hauteur entre les niveaux de l’eau dans la petite branche du siphon et ilans le réservoir ou, ce ([Lii revient au même, par la dilTérence de niveau dans les deu.x branches du petit tube uo a, de sorte que ce tube uoa constifuc un véritable manomètre.
Le niveau de l’eau montant iiraduellement dans le réservoir cl
SYSTÈMES DE VIDANGE
dans la liranclie o a, il arrive un moincnl, où il atteinl, le poinl. a (lig-. 233). Dès loi-s, le tulio recourltc u oa constilue un véritalde siphon qui, par suite de son faihle diamètre, s’amorce comme dans le cas du vase de Tantale. La colonne d’eau o a est alors [)récipitée dans la branche a F, mais comme l’oridce o est plus faibli; que le diamètre du tube, l’eau qui, par cet orifice, passe du réservoir dans le petif tube, ne suffit pas à alimenter le siphon; la colonne a o est bien vite brisée et n’est dès lors })lus suffisante pour équilibrer la pression de l’air comprimé dans le siphon; une détente se produit, le niveau de l’eau dans la branche AB monte brusquement, l’amorçage a lieu et le réservoir se vide jusqu’au niveau A.
Le tube RT a pour but de [lermettre la rentrée de l’air dans la conduite en aval du siphon pour le rétablissement de la pression atmosphérique après une chasse.
D’autre part, la pression atmosphérique se rétablit dans le si|)bon [»ar les orifices a et u, ce qui permet à un certain volume d’eau de se maintenir dans la retenue C.
La figure 234 représente le réservoir de chasse automatique adopté par la maison Hogier Motbes; le fonctionnement de l’appareil est facile à comprendre. L’eau qui s’accumule dans le réservoir comprime l’air qui se trouve dans l’espace a a, l’eau de retenue est chassée, à un moment donné, dans le tuyau de chute h, à ce moment le double siphon annulaire qui constilue l’appareil s’amorce et la cbas.se d’eau se jiroduit.
1). Réservoirs de chasse à tirage. — Les réservoirs de chasse automatiques sont très bons pour des latrines publiipies ou pour dos latrines de caserne fréquentées par un grand nombre d’hommes et ayant un réservoii* commun dans lequel tombent les urines et les matièi'es fécales; mais, jioui- des cabinets particuliers (latrines des officiers dans les hôpitaux, etc.), ces réservoirs fonctionnent trop souvent sans nécessité, ils dé|)ensent trop d’eau et ils occasionnent un bruit désagréable. Il est donc nécessaire d’avoir des réservoirs de chasse (|ui fonctionnent à volonté ou du moins ([ui ne foncliouneut cpie loj'S(|ue la chose est nécessaire, il y a en elTet des i-éservoii's à tirage ipii sont automatiuues.
Fig. 23-1. — Roservoir do chasse automatique (système Rogier Mothes).
Le plus ancien des a[)])ai’eils à tirage est le réservoir de chasse de Dean qui est représenté dans la figure 235.
Le capuchon fixe du réservoir de Field est remplacé jiar un capuchon mobile D; les tiges métalliques qui sujiportent ce ca|)uchon se rattachent à un axe métallique LL, lequel a ses [loints d’appui dans des encoches du hord supérieur du résej-voir. Un contrepoids P maintient à l’état normal le capuchon soulevé, de telle sorte que le siphon ne peut pas s’amorcer. Un levier K, fixé à l’axe LL, et parallèle aux tiges qui maintiennent le capuchon soulevé, porte, à son extrémité libre, une ficelle M; quand on tire
sur cette ficelle, le capuchon s’abaisse, l’eau monte brusquement à l’intérieur et le siphon s’amorce.
Le réservoir se vide et, comme on a lâché la ficelle, le capuchon remonte, le siphon se désamorce.
Fig. 235. — Réservoir de chasse à tirage de Boan.
Fig. 236. — Robinet à flotteur pour réservoir de chasse à tirage.
11 est nécessaire de compléter l’appareil à l’aitle d’un flotteur qui arrête l’écoulement d’eau dans le réservoir lorsque le niveau de l’eau est proche de l’orifice supérieur du tube intérieur du siphon. Pour ne pas compliquer la figure 235 le flotteur n’a pas été mis en place, il a été représenté à part. Le flotteur se compose d’une houle métallique vide (fig. 23G), fixée à l’une des extx’émités d’un levier; l’autre extrémité du levier vient s’appuyer sur un cylindre plein, qui pénètre dans la conduite d’arrivée de l’eau, lorsque, sous la poussée de l’eau qui s’accumule dans le réservoir, la boule du flotteur se soulève.
Pour que le réservoir no déborde jias, si le flotteur, pour une cause ou pour une autre, ne fonctionnait |>as, on étalilit un tube de sûreté qui va de la partie supérieure ilu réservoir au tuyau de chute.
Les houles des flotteurs métalliques se cl•ôvent assez souvent: aussi a-t-on essayé de les rem[)lacer par des flotteurs pleins en
SYSTÈMES DE VIDANGE
bois, mais ccs llollours, trop lourds, foiiclionncnt moins bien que les llotleurs mélalliques.
Le réservoir de chasse à lirag-e de la maison DouUon (fig. 237) se compose d’un liac rectangulaire en fonte, alimeidé d’eau par un robinet O, à llotleur F. Lu levier H, dont le point d’ajipui est au bord supérieur du bac, porte, à l’une de ses extrémités, une chaîne de tirage T; lorsqu’on agit sur la chaîne, le levier soulève une boîte cylindrique en cuivre B, dont le fond esl ouvert. Une rondelle à manchon D repose librement sur le rebord inférieur de la boîte cylindrique.
Si, le bac étant plein d’eau, ainsi que la cloche, on tire la poignée de la chaîne, on soulèA'e la boîte B, assez vite pour que l’eau qu’elle contient soit déplacée, l’ouverture inférieure se trouvant obstruée par ta rondelle I), l’eau se déverseTà l’intérieur de l’entonnoir A, formant siphon avec la cloche, et la
chasse se produit.
Le réservoir à tirage de la maison Rogier Mothes (tig. 238) diffère peu du réservoir de chasse automatique de la même maison.
11 s’agit d’un double siphon annulaire constitué par une partie fixe et par une partie mobile, comme dans le réservoir de chasse de Bean. Lorsque, en tirant sur la chaîne c, on soulève le capuchon, on entraîne l’eau qui s’y trouve, et l’amorçage se fait d’autant plus facilement que l’air emprisonné en a fait monter l’eau jusqu’au voisinage de l’orifice du tuyau de chute. L’eau de retenue s’écoule en b, l’air comprimé en a a s’échappe et le siphon s’amorce.
Nous croyons inutile de multiplier les descriptions de ces ajiparoils de chasse dont le nombre augmenle de plus en |)lus, chaque industriel voulant avoir son modèle.
Fig. -Zig. — Rüsorvoir ù tirage. .Système Rogier Mollies.
Fig. 237. — Réservoir de chasse à tirage de la maison Doulton.
La capacité d’un réservoir de chasse de water-closet doit être de 10 litres environ Si un réservoir de chasse dessert des latrines communes, sa contenance devra être naturellement en rapport avec le nombre des sièges.
En hiver, par les tem[)s très froids, il y a lieu de prendre des précautions pour empêcher la congélation de l’eau dans les réservoirs de chasse; lorsque cet accident se produit, les latrines deviennent très malpropres, les matières fécales s’accumulent dans les cuvettes, de plus les réservoirs et les conduites d’eau qui y ahoutissent sont souvent détériorés. On fermera hermétiquement, par les grands froids, les fenêtres et les orifices de ventilation des latrines en clouant au besoin des planches sur les ouvertures qui n’ont pas de fermetures naturelles, et on garnira les réservoirs avec de AÛeilles couvertures.
Lorsque le froid est très vif, il faut mettre autour des réservoirs une caisse en bois garnie de paille. On peut aussi, après avoir bien fermé toutes les issues, laisser brûler un bec de gaz jour et nuit dans les latrines.
Un industriel a eu l’idée d’utiliser l’air comprimé pour faire les chasses d’eau dans les cabinets d’aisances; les réservoirs sont placés dans les caves, à l’abri de la congélation, et les tuyaux servant à l’amenée de l’eau se vident dès que les chasses d’eau sont terminées. Ces appareils ont en outre cet avantage que les chasses d’eau peuA^ent se faire à tous les étages avec de l’eau qui n’a pas une pression suffisante pour s’élever à la partie supérieure des maisons; à Paris, on pourrait ainsi se servir de l’eau de Seine pour les latrines, au lieu d’employer de l’eau de source, comme cela se fait aujourd’hui. (Exposit. internat, d’hygiène, Paris, 1895.)
B. Disposition à donner aux égouts. — Les anciens égouts à large radier ^ ne se prêtent pas à l’installation du tout à l’égout, l’écoulement des eaux s’y fait lentement et sous une faible épaisseur à l’état ordinaire; les matières fécales s’y accumulent derrière les amas de sable et le nettoyage est très difficile.
La meilleure forme à donner aux égouts est la forme d’un œuf <pii reposerait sur la pointe.
On rétrécit encore à Paris le radier des petits égouts, là où l’on
1. D’après les e.xpériences failcs au Snnilary InsUliitc (Londres), la chasse d’eau devrailélre d’environ 14 litres pour une cuvette de latrines (Hevue d'hygi'ei\e, 1895, p. 302); avec 10 litres d’eau on obtient une chasse très suflisante si la forme de la cuvette est bonne.