ÉQUIPEMENT ET CHAKGE DU SOLDAT D'INFANTERIE. (H
vaut expédiiiomier dans des régions, où souvent on ne irouve absolument aucun établissement stable, où il faut camper pendant des mois ; elle doivent donc être nmnies d'appareils complets, destinés à subvenir à tous les besoins. Ce matériel, en dehors môme de son poids, a des inconvénients sérieux pour la guerre d'Europe. Les corps de troupes opérant en Europe doivent, sans doute, pouvoir se suffire, camper sans que leur alimentation en souffre, mais il ne s'agit pas, comme en Afrique, de camper indéfiniment.
On finit toujours par être cantonné dans (pielque village, où l'on peut faire la cuisine avec les ustensiles pris sur place. Enfin et surtout, le mode de distribution de ce matériel est mauvais.
Fif^. 101. — A. Grande gamelle et B. marmite en usage dans l'arméo française.
Si, après un combat, celui des huit hommes qui porte la marniite vient à manquer, ou que simplement il soit en retard pour un motif quelconque, c'est à peine si l'on peut préparer un aliment avec la gamelle; lorsque la gamelle et la marmite, ou plutôt les soldats qui les portent, manquent, les six autres hommes doivent se priver d'aliments chauds. Le grand bidon ne sert qu'à aller chercher de l'eau, ce que l'o'i peut faire avec la marmite ou les petits bidons. Le principe à adopter devrait être, au contraire, d'individualiser davantage le matériel de campement, en rendant les hommes presque indépendants les uns des autres. A la rigueur, la petite gamelle individuelle, un peu agrandie, pourrait servir à faire cuire un aliment quelconque, le grand bidon serait également supprimé, comme faisant à peu près double emploi avec les petits bidons individuels. On donnerait une
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manuile très-réduile pour deux liomnics qui ne se quitteraienl jamais, si l'un venait à être tué, son camarade serait tenu de prendre la marmite. Dans l'intérieur de celte marmite, on logerait le moulin à café, qui est indispensable, cl même un double-fond pouvant servir de casscrolle. — Des modèles très-nombreux de ce genre ont été déjà présentés, et rien ne serait plus simple que de faire établir un modèle répondant à toutes les indications.
Dans l'armée allemande et l'armée anglaise, chaque soldat porte une petite marmite à peu près analogue à celle (|ue nous avons proposée cidessus.
Il y aurait lieu de rechercher si le principe appliqué dans les marmites dites norvégiennes, c'est-à-dire celui du maintien de la chaleur, au moyen de tissus de feutre entourant la marmite, ne pourrait être également appliqué aux marmites transportables. Quelques modèles de ce genre ont déjà été mis en expérience, mais ils paraissent encore un peu lourds. La question mérite d'être approfondie, car il y aurait un grand avantage à ce que la cuisson des aliments commencée sur le foyer, pût se continuer pendant la marche, sur le dos même de l'homme.
Le petit bidon, que l'homme porte toujours avec un gobelet, même en temps de paix, est excellent ; il est garni d'une enveloppe de drap qui, mouillée, tend à rafraîchir le contenu; les hommes savent fort bien activer cette èvaporation, et avec elle le refroidissement de l'eau, en lui imprimant un rapide mouvement de rotation.
Les vivres de campagne sont, en général, distribués aux soldats de façon qu'ils aient, en principe, une réserve de quatre jours dans le sac. Ceci mérite d'être étudié plus complètement avec l'alimentation ; constatons pour le moment que le poids moyen de quatre jours de vivres de campagne (viande fraîche non comprise) représente 2'''',900 à 3 kilogrammes.
IIL Armement. — L'armement du soldat d'infanterie consiste en France dans le fusil modèle de 1866, connu sous le nom de Cliassepot, dont le poids, avec le sabre-baïonnette, ceinturon et accessoires, s'élève à 6i^'',150 ; de plus, l'homme doit porter en campagne 90 cartouches en 10 paquets (2'''', 750) et 2 cartouches libres (60 grammes). — Un grand nombre d'officiers s'élèvent contre le maintien du sabre-baïonnette qui est fort lourd, il pèse 0'''',666, et dont le fourneau métallique se heurtant incessamment contre tous les objets, peut dans certains cas être un inconvénient en trahissant la présence de la troupe. On signale du reste comme devant être
SOLDAT D'iNFANTEKIE. 605
supprimés à tout prix, les objets sonores, les marniites, et les gamelles surtout; leurs articulations jouent sans cesse et s'entrechoquent, en sorte (ju'une troupe française s'entend et se reconnaît au loin à ce bruit de ferblanterie, bien connu do tous ceux qui l'ont entendu une fois. Le principal reproche fait au sabre-baïonnette est donc d'être lourd en tout temps, et à ce point qu'on ne peut le maintenir au bout du fusil lorsqu'on doit viser. On propose généralement de le remplacer par une baïonnette, placée au-dessous du canon, en vue de ne pas faire dévier la ligne de tir, et qui, sans avoir la forme llamboyante du sabre-baïonnelte, fait des blessures tout aussi sérieuses; enfin, avec le maintien de la baïonnette au canon même pendant le tir, le fusil serait toujours et d'une façon continue, arme de jet et arme de main. Nous n'avons pas à prendre parti dans une question toute militaire ; mais il semble cependant que, quelque légère que soit la baïonnette, il serait bien difficile d'avoir un tir précis en la maintenant au canon; dans tous les cas, il convenait de signaler cette opinion cependant, car la suppression du sabre-baïoimette entraînerait une grande diminution dans le poids total du chargement.
Gomme véritables arnies, on peut encore comprendre les outils, pelle, pioche, hache, qui sont iïulispensables; ils servent à la construction des travaux de défense, des tranchées-abris. De nombreuses études sont actuellement entreprises pour modifier la forme ordinaire de ces outils, les rendre plus légers, tout en leur conservant cependant une résistance suffisante. Un progrès notable consisterait à les faire porter suspendus à la ceinture et à diminuer ainsi la charge du sac; l'armée autrichienne vient d'adopter un modèle de pelle à main qui semble avoir de sérieux avantages.
Le génie possède l'équipement et l'armement de l'infanterie, en outre chaque homme doit transporter un outil, pelle, pioche ou hache; les recrues destinées à'Cetle arme sont, du reste, choisis avec beaucoup de soin, au point de vue physique comme au point de vue intellectuel : aussi constituet-elle une arme d'élite; toujours en tête des divisions et déblayant le terrain pour faciliter leur marche, souvent les compagnies du génie travaillent alors que l'infanterie peut se reposer, réparent une roule, construisent un pont ou dirigent des travaux de fortification passagère. Pour le service de sape, les soldats du génie reçoivent un armement défensif, s|)écial, constitué par une cuirasse et un casque dit poUm-tête, dont le poids est considérable ; en effet :
Le plastron de la cuirasse pèse de 6 '',20 à 7 "^,15
Le dos 5 ,80 à 6 ,55
La cuirasse totale 12^00 ù 13'S70
Le casque (pot-eii-tête) 4,90
Bien souvent les sajDeurs du génie ont préféré s'exposer aux coups presque cerlainsdes tirailleurs ennemis, plutôt que de revêtir cet armement dont le poids les empêche presque de travailler. Les circonstances où ils peuvent en faire usage sont du reste fort rares et n'appartiennent qu'à la guerre des sièges réguliers, avec ouverture de tranchée sous le feu de l'ennemi.
IV. Charge du soldat. — Étant donné tous ces éléments sus-indiqués, nous pouvons calculer actuellement la charge du fantassin français. Le tableau suivant a été dressé en prenant, pièce par pièce, le poids de chaque objet sur un soldat du 18* d'infanterie, équipé au grand complet sur le pied de guerre.
Il représente une moyenne, possible de quelques variations, dans un sens comme dans l'autre.
Énumération et poids des objets que le soldat d'infanterie
français porte en campagne.
/ Shako, pompon, coifTe 0'',435
' Capote 2 ,000
Épaulettes 0 ,180
i Chemise 0 ,475
I Cravate 0 ,065
A. Effets j Bretelles 0 ,070
QUE l'homme / Pantalon 0 ,700
PORTE SUR LUI. ] Caleçon 0 ,285
i Souliers 0 ,900
f Guêtres de cuir 0 ,330
f Un mouchoir 0 ,070
\ tJn couteau 0 ,040
\ Une cuiller 0 ,030
Total 5*', 580 S»', 580
/ Fusil modèle 1866, dit cliassepot 4 ,000
l Bretelle de fusil 0 ,100
< Cenituron et accesson-es ) 2 ,loO
tï ARMEMENT. ) l
i Sabre-baionnelte ;
f 2 paquets de cartouches dans la giberne . . 0 ,594
\ 2 cartouches libres 0 ,064
Total ~6!^79Ô8 6'', 908
A reporter 12k, 488
CHAKGE DU SOLDAT D'iNFAM'Eiilli.
Roporl. . . . ,
Sac de peau vide
Dans le sac, 2 chemises 1 caleçon .
('.. Sac.
2 p. guêtres de toile
1 calotte
1 mouchoir
1 p. de souliers. . . .
1 pantalon n" 2 . . . .
Trousses complètes .
2 p. de sous-pieds. .
1 boucle de pantalon.
1 brosse à habits . . .
* 1 brosse double ....
1 brosse à fusil ....
1 brosse à lustrer. . .
1 brosse à patience .
Patience
Boîtes d'armes ....
Boîte à graisse ....
Fiole à Iripoli
Martinet
2 paires de gants
8 paquets de cartouches.
Livret
Veste
Tunique
Képi
Etui-musette
Campement. Tente
Accessoires
Couverture
Marmite
Petite gamelle.
Petit bidon (vide)
ûjoursdc vivres, dont 2 de lard seulement.
TOTAI 20'', 430 20'', 430
Total gknkhal
Il est à renia iqiier que nous avons compté le petit bidon vide (plein, il pèse 1 kilograniine de plus), ainsi (pie la lente parfaitement sèche ; humide, elle pèse au moins 500 grammes de plus. Nous n'avons pas compté non plus le poids de la viande fraîche que le soldat est quelquefois obligé
de porter après l'avoir fait cuire ; au bas mot, et avec tous les objets que le soldat introduit encore dans son sac, on peut évaluer son poids au moins à 22 kilogrammes, et la charge totale de l'homme, y compris ses vêtements, à 35 kilogrammes.
Il y a là évidemment une grande erreur hygiénique; avec les marches prolongées que l'on demande au soldat, on ne peut réellement exiger^ même du plus robuste, qu'il transporte encore 35 kilogrammes. On a cherché de dillérentcs façons à diminuer cette charge; on a laissé certains effets en magasin, la lunique, par exemple, et quelques menus objets ; pendant la guerre d'Italie, la charge réglementaire ne devait pas dépasser 28 kil. 732 en moyenne; mais il faut remarquer que la charge calculée est toujours inférieure à la charge réelle, car l'homme de troupe a une tendance naturelle à emporter avec lui mille objets qui lui paraissent et sont en effet des agréments et une douceur : soit, par exemple, un livre religieux, quelques cahiers de chansons, des lettres, un portefeuille, du tabac, etc.
Pour diminuer effectivement la charge du soldat, il faut[arriver à des réformes radicales. Voici les transformations que nous jugerions possibles (1) :
SUPPUESSIONS.
Tunique l'',800
Veste 1 ,000
1 chemise 0 ,450
1 caleçon 0 ,285
1 pantalon 0 ,700
2 paires de gants 0 ,085
1 tente l ,260
Accessoires détente 0 ,5G0
Marmite 1 ,450
2 jours de vivres 1 ,466
1 sabre-baïonnette 0 ,666