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CHAPITRE PREMIER

VIE MILITAtl\E EN TEMPS DE PAIX

Les influences qui exercent une action sur la santé peuvent être désignées sous le nom de modificateurs^ car ils impriment à la vie et à la santé leur cachet spécial et modifient leur fonctionnement. Ces influences appartiennent, soit au domaine des causes physiques, soit à celui des causes intellectuelles ou morales, de là une division naturelle de ces modificateurs en modificateurs physiques et en modificateurs intellectuels.

ARTICLE I. - Les modificatilURS physiques

DANS r,A VIE MILITAIRE.

Les plus importants de ces modificateurs sont ceux dont nous avons déjà parlé avec détails, l'habitation, l'alimentation, le vêlement. Il en est un

certain nombre d'iuilres qui, sans exercer une influence peut-être aussi capitale, n'ont pas moins cependant une importance considérable dans la vie du soldat.

§ I. — Ijes soins de propreté.

I. Soins de la peau. — Abandonnée sans soins, la peau de l'bomme se recouvre rapidement d'une coucbe imperméable, formée par la sueur sécrétée par les glandes sudoripares, mélangée aux débris d'épiderme exfoliés, aux poussières extérieures qui viennent s'y fixer. Cette couche ou crasse, pour employer un mot vulgaire, oblitère les pores de la peau et s'oppose ainsi à l'échange atmosphérique, à la véritable respiration qui se fait par sa surface, qui est indispensable à la vie. En oblitérant par des enduits artificiels la surface d'évaporation cutanée, différents physiologistes ont déterminé des accidents aspbyxiques, suivis de mort, chez les animaux soumis à l'expérience. De plus, les sécrétions cutanées sont l'un des véhicules les plus actifs que la nature emploie pour l'élimination des agents morbides, il faut donc que les pores soient constamment ouverts et que d'une façon générale les fonctions de la peau puissent s'exercer en toute liberté.

Certaines parties du corps, plus exposées au contact des objets extérieurs, la face et les mains en particulier, doivent être fréquemment nettoyées ; dans d'autres régions, ce renouvellement de lotions est indispensable pour enlever les produits de sécrétion qui y sont plus abondants qu'ailleurs. Tels sont les aisselles, les plis des aines, le périnée, les organes génitaux et les pieds, que le contact delà chaussure, la poussière et la transpiration, assez abondante chez certaines personnes, tendent à souiller ces derniers plus que toute autre partie du corps.

Remarquons, connue le dit Ilufeland (1), que le dernier des hommes a l'intime conviction que l'entretien de la peau est nécessaire à la santé des animaux. Le palfrenier néglige tout pour étriller, bouchonner et laver son cheval, [et si l'animal tombe malade, à l'instant il soupçonne qu'on a bien pu négliger les soins de la propreté; ceci s'applique, surtout à l'armée, où les chevaux sont l'objet des soins de propreté les plus méticuleux, tandis que les hommes sont absolument livrés à eux-mêmes et n'ont aucune facilité

(1) Hufeland. Macrobiotique ou l'art de prolonger In vie de l'homme, traduit par A. L. Jourdan, Paris, 1838.

SOIINS DE T.\ PnOPRETft. 88?

pour roniplir celte obligation capitale de l'hygiène, de l'enlreticn de la santé.

Si la propreté personnelle est indispensable à la santé derhomme vivant isolé, elle l'est encore bien davantage pour ceux (]ui partagent les mômes habitations avec un grand nombre de leurs semblables. Faire coujprendre ces exigences au soldat par la voie du raisonnement est sans doute une excellente mesure, malheureusement elle ne suffît point; il faut encore exiger de lui la i)lus scrupuleuse propreté personnelle, comme on exige celle de ses armes et de ses vêtements. Les sinjples soldats, malgré l'adoption du service obligatoire, apim tiendront surtout aux classes de la société dont l'éducation moins complète ne leur a pas appris la nécessité des soins corporels, et qui, soumises aux travaux manuels, ne peuvent non plus se donner toujours le luxe d'une propreté méticuleuse.

Le soldat doit être rigoureusement tenu propre, et l'on y arrivera, si le commandement l'exige et en facilite les moyens. Jusqu'à présent, il n'en a point été ainsi; au point de vue militaire, un soldat est dit propre lorscjue ses habits et ses armes sont bien entretenus, mais ces dehors brillants cachent souvent une déplorable négligence ; les caporaux et brigadiers doivent veiller, dit le règlement du 2 novembre 1833 {art. 159 inf. et 209 cavaL), <> ce que les hommes se lavent la tête et se nettoient le visage et les mains, mais ils n'ont aucun ustensile pour le faire. En traitant des installations indispensables à introduire dans les casernes, nous avons indiqué (p. 361 et suiv.) la nécessité d'y disposer des lavabos, et (p. 599) nous avons demandé de comprendre des serviettes dans les elfets accessoires de vêtement. Il n'y a donc pas pas lieu de revenir sur cette question.

Visites corporelles faites par les miklecins. — Les médecins de corps de troupe ont toute qualité pour intervenir activement dans les questions d'hygiène; les art. ">() inf. et 70 cavaL, du règlement du 2 novembre 1833 établissent (ju'ils doivent proposer au chef de corps les mesures d'hygiène qu'ils croient utiles, et, en pareille matière, le médecin ne saurait prendre une initiative trop accentuée. En ce qui concerne la propreté, les médecins ont l'occasion de vérifier l'état de tous les hommes de reflect'f lors des visites corporelles ; instituées primitivement pour combattre les progrès de la syphilis et de la gale dans les corps de troupe, elles doivent ré^le(nentairement être subies tous les mois par la troupe [art. 61 inf. et 75 cavaL), il est bon d'y joindre les sous-officiers, qui souvent laissent h désirer autant que les soldats; ces visites sont également subies par tout

homme qui pari en permission ou en revient, le médecin étant tenu de viser la feuille de permission, pour attester que le titulaire n'est atteint d'aucune affection contagieuse. Elles doivent être absolues et ne pas se trouver bornées aux parties génitales et aux mains ou aux avant-bras, sans quoi l'on a grandes chances de voir échapper un certain nombre d'hommes, atteints cependant d'accidents cutanés, localisés sur la poitrine, aux mains ou aux jambes ; enfin, elles permeiient au médecin de se rendre compte de la propreté générale et de réclamer, s'il y a lieu, auprès du commandement, pour que les hommes soient plus sérieusement surveillés.

Les parties génitales, sur lesquelles son inspection sera particulièrement minutieuse, doivent être maintenues dans un état de propreté rigoureuse, trop étrangère à beaucoup de jeunes gens, plus souvent par ignorance ou par pudeur que par mauvaise volonté. Ces sentiments, quelque excusables qu'ils soient, doivent être combattuspar le raisonnenient, et, s'il le faut, avec une paternelle fermeté; quant aux hommes chez lesquels la malpropreté ne tient qu'à la négligence, on a le droit d'exiger d'eux la soumission la plus absolue.

Les chefs de corps ne se montrent pas hostiles à ces visites générales, quoiqu'elles viennent prendre un certain temps et troubler l'ordre du service journalier, mais il vaudrait mieux les y voir figurer comme tous les exercices ; il en est ainsi dans la marine française, et l'on s'en trouve bien. Il importe aussi que les médecins militaires les passent très-sérieusement, ce qui, malheureusement, n'a pas toujours lieu Ces officiers possèdent, dans les corps de troupes, une autorité morale considérable, s'ils le veulent; ils doivent la faire tourner au profit de l'hygiène et ne point se lasser de demander des améliorations, a foi^tiori^ de remplir les obligations que le règlement leur impose.

IL Bams. — D'après ce qui précède, on comprend la nécessité de faire prendre aux soldats des bains assez fréquents ; en traitant des services accessoires de l'habitation, nous avons constaté avec regret qu'il n'existe point, dans les casernes françaises actuelles, de salles de bains, de baignoires ni aucun matériel permettant aux hommes de se laver à grande eau (p. 381); en opposition, nous avons montré que dans toutes les autres armées étrangères cet important service d'hygiène est, au contraire, complètement assuré, non-seulement dans les casernes (p. 382) mais encore dans les camps (p. 539). Il n'y a pas lieu de reprendre de nouveau, à celte place, une question déjà suffisamment indiquée.

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