EMBAKQLIÎMI-NT DES TROUPES
inaiice s'établit, chacun trouve sa place, et le soldat le plus étranger h la mer prend l'habitude du hamac.
Pendant la traversée, les militaires embarqués sont généralement astreints à faire le quart comme les marins, c'est-à-dire <jue, partagés en deux ou en quatre bordées, ils participent, dans la mesure de leurs aptitudes, aux manœuvres. On ne leur demande point naturellement de monter dans la mâture, mais ils concourent aux manœuvres du pont et delà batterie, au lavage et à l'astiquage, etc. Ces dispositions ne sont pas seulement prises en vue de faire coopérer les soldats au service des matelots, rendu plus difficile par la présence d'un grand nombre de passagers, mais aussi dans le but de combattre l'oisiveté et l'ennui, qui envahissent rapidement le passager pendant les longues traversées, tandis que le marin, dont la vie se partage en périodes régulières d'activité et de repos, y est beaucoup moins sujet.
Les exercices mihtaires, les assauts de pointe, de contre-pointe, de canne, de boxe, la danse doivent également être, les uns prescrits, les autres encouragés, aussi bien pour agir sur le moral des hommes par la distraclion que pour entretenir leur activité physique.
Lorsqu'un transport n'est poiut surchargé, que les prescriptions de l'hygiène nautique ont été bien observées, que l'on ne néglige rien pour entretenir les hommes en bonne situation physique et morale, une traversée, même relativement longue, est plutôt favorable que nuisible à la santé générale des troupes. Il est évident qu'en dehors de l'influence nauli([ue proprement dite, il faut évidemment tenir compte des conditions cliniatériques auxquelles les troupes se trouvent soumises et dans les variétés desquelles nous ne pouvons entrer ici.
Au lieu de transporter les troupes sur les transports de la marine nationale, aménagés à cet elTet, on peut être obligé de les répartir sur des navires de commerce nolisés dans ce but. En général, la situation des passagers militaires est relativement bonne sur les navires à vapeur des grandes compagnies maritimes, cependant, sur eux comme sur les navires (le guerre, l'encombrement est quelquefois excessif; par suite, la propreté générale du navire, celle des individus eux-mêmes reste plus difficile à obtenir; or, sur les navires, plus encore que dans les habitations terrestres, rcnconibrement, l'absence de venlilalion et la malpropreté sont les facteurs dont la résultante direcle détermine l'insalubrité et par suite le développement des maladies. Ce sont là, du reste, questions d'hygiène nautifjue
pour lesquelles il convient de se reporter aux documents plus spéciaux (1).
§ II* — Arrivée et séjuiir au poÊnl de délia rquement.
Lorsque l'armée ou le corps expéditionnaire doit opérer sous un climat analogue à celui qu'elle occupe d'ordinaire, il suffit de mettre en application les dispositions ordinaires du service en campagne, sauf à ne pas demander aux iroupcs une trop grande activité immédiate, après la période du repos absolu qu'elles ont subi pendant la traversée cl qui leur a fait perdre l'entraînement de la marche.
Plus ^généralement, les troupes doivent occuper une région dont le climat est sensiblement différent de leur climat national; si la région appartient aux climats inter-lropicaux, le commandement a le devoir de multiplier les précautions hygiéniques : 1° pour éviter la transition trop brusque entre le climat maritime où elles se trouvent et le climat lellurique dans lequel elles vont se trouver ; 2° pour diminuer autant que possible l'influence nuisible des actions météorologicpies et telluriques, qui les attendent pendant le cours de la campagne.
Il est assez difficile de tracer à ce sujet des règles générales, néanmoins les climats intertropicaux ayant certains caractères communs, l'hygiéniste peut formuler quelques principes d'ensemble, presque toujours applicables.
1" Choisir comme époque de l'expédition, la période de l'année qui correspond à la période annuelle relativement salubre de la région ; commencer les ojiérations au début de cette période afin de s'assurer deux ou trois mois.
2° Opérer, s'il se peut, le débarquement dans le point le plus salubre de la côte. Cette indication peut être primée par l'objectif militaire qui, le pins souvent, impose le point de débarquement.
3" Après le débarquement, opérer la concentration des troupes sur un emplacement reconnu plus saluore que le point de débarquement. En général, au voisinage dé la mer, le mélange des eaux douces et des eaux
(I) Voy. à ce sujet J.-B. Fonssagrives. Traité d'hi/c/iène navale, Paris, 1856 ; Micliel Lévy, Chapitre Profession navale {TraUd d'hygiène ^publique ef. privée, t. H, 5"^ édit., 1869); Chastang, Conférences sur Vliygiène du soldat, appliquée spécialement aux troupes de la marine [Arch. de médec. navale, 1873). — Malié^ Manuel pratique d'hygiène navale. Paris, 1874.
ARRIVÉE ET SÉJOUR AU POliNT DE DÉBARQUEMENT. 955
salées, l'exist-once de marécages rendent la côte plus insalubre que les régions un peu plus élevées; si donc il en existe à petites distances, les fractions de troupes y seront dirigées au fur et à mesure du débarquement.
/r Sur le point de concentration, donner quelques jours de repos aux troupes, afin de les habituer à leur nouveau genre de vie, leur donner cette cohésion que le voyage a plus ou moins ébranlée et les munir alors d'objets d'é(iuipement et de vêtements spécialement choisis pour la campagne.
5° Les vêlements adoptés pour le service des armées en Europe conviennent rarement sous d'autres cliujals. Dans les pays chauds, le vêtement doit être souple, léger, mais entièrement en tissus de laine, en llanelle, afin de protéger l'individu contre les refroidissements brusques, plus dangereux encore dans les pays chauds que dans les pays tempérés (voy. p. 562). La foifTure doit êlre entièrement conçue en vue de la protection contre le soleil et éventuellement contre la pluie (voy. p. 578), ces deux indications peuvent, du reste, se combiner parfaitement.
L'équipement, réduit autant que possible, doit se borner au transport des armes, des munitions, d'une couverture et d'ime petite gamelle individuelle. Les objets accessoires seront remis aux bagages et suivront les troupes à courte distance.
G" Pendant les marches en avant, il faut éviter les excès de fatigue, opérer des haltes fréquentes et ne point entreprendre, sauf exception imposée par la nécessité, d'étapes de plus de 20 à 25 kilomètres.
7° Le campement quotidien, reconnu et choisi î» l'avance, sera pris sur une hauteur, surtout lorsqu'il existe au voisinage des terrains humides et à marécages. On évitera de remuer le sol pour l'inslallalion du campement, afin de ne pas ouvrir ainsi des issues aux effluves lelluriques. De grands feux seront entretenus pendant la nuit, activés au moment du réveil, car dans les pays chauds le lever du soleil est souvent marqué par un refroidissement général du sol, puis par le dégagement des miasmes qui, condensés pendant la nuit, remontent dès que le soleil échauffe l'atmosphère ambiante.
8" L'alimentation doit, dans les campagnes de ce genre, être aussi soignée que possible, nous n'avons pas à revenir sur ce point ; les distributions décalé et de ihé devront être absolument substituées à celles de vin et plus encore à celles d'eau-de-vie. Dans les régions tropicales, les boissons alcooliques ne sont que nuisibles; les quatre cinquièmes des maladies propres aux
pays chauds, en parliciilier l'insolalion, les coups de chaleur, les embarras gastriques, la dysenterie et l'hépatite, sont sinon directement causées, du nïoins singulièrement activées par l'excès et jnême par l'usage des boissons alcooliques; il est démontré que les fièvres d'accès, surtout dans leurs formes pernicieuses, sont beaucoup plus fréquentes et plus rapidement mortelles chez les alcoolisants que chez les individus qui, par principe, n'usent absolument pas des boissons alcooliques.
9° Au point de vue de la santé générale des troupes, le commandement choisira sur la ligne des étapes de l'armée un ou plusieurs points spéciaux, qui deviendront des dépôts sanitaires, aussi bien que points stratégiques; on pourra y faire stationner les troupes, y créer des hôpitaux provisoires, sur lesquels seront dirigés non-seulement les malades, mais encore les malingres, tous ceux qui ont besoin de repos. L'emplacement d'un sanitai'ium devra naturellement être choisi avec le plus grand soin, sur une crête, à portée d'eau, de bois, et dans une position aussi bien défensive qu'hygiénique.
En arrière, sur la côte si elle est salubre, sur une île voisine, à bord de navires transformés en hôpitaux, il conviendra de créer de grands centres sanitaires sur lesquels les malades seront successivement évacués, pour y attendre soit leur guérison définitive, soit leur rapatriement. Aussi bien au point de vue militaire qu'au point de vue sanitaire, la ligne d'étape sera ainsi organisée entre le front d'opérations et le point de départ, sauf, si les opérations se prolongent et si l'on s'avance dans le pays, à créer des centres secondaires sur lesquels toutes les ressources sanitaires seront dirigées.
10" Si les opérations de guerre ne sont point terminées à la fin de la saison salubre, ou que l'on veuille laisser dans le pays une force militaire d'occupation, il conviendra de grouper les troupes dans des points salubres précédemment choisis, ou s'il est indispensable d'occuper des points insalubres, d'y faire alterner les troupes.
11° Pendant toute la durée du séjour en pays intertropical, les troupes seront sévèrement inspectées au point de vue du maintien d'une propreté méticuleuse. S'il se peut, les hommes seront soumis à des ablutions froides chaque matin, pratique qui aura l'avantage de maintenir la propreté et surtout d'entretenir les fonctions de la peau, dont l'intégrité est plus nécessaire encore dans les pays chauds que partout ailleurs.
Pour la période de retour, on observera les mêmes précautions
• AliUlVÉL ET SÉJOUK AU POINT DE DÉBAROUEMENT. 1)57
(|u'au départ, en ayant soin de faire coïncider l'arrivée en Europe avec une saison se rapprochant de celle que l'on vient de quitter.
C'est en prenant des précautions de cette nature et bien d'autres encore, en se posant pour objectif le maintien de la santé des troupes, en n'hésitant jamais devant ce qui est indispensable, quelques dépenses qui en résultent, que les Anglais ont pu mener à bonne fin leur expédition d'Abyssinic, où la mortalité des troupes n'a pas été supérieure à celle des troupes stationnées en Angleterre. C'est également, grâce à ces principes, que la même armée peut, en ce moment, o|)érer une expédition sur l'un des points les plus insalubres de la côte occidentale de l'Afrique, avec des troupes en grande partie venues directement d'Angleterre, et sans que les pertes soient proportionnellement très-fortes. C'est grâce à cette constante sollicitude que la mortalité des troupes anglaises de l'Inde qui, jusqu'en 1856 s'élevait de ()2à7Zi pour 1000, est tombée pour la période 1860-1869 à 31 pour 1000 dans la présidence du Bengale, à 2'2 dans celle de Bombay, qu'en 1871 enfin ces mêmes valeurs n'atteignaient que 17,83 et 14,02.
Ces exemples sont concluants et nous en profilerons pour notre propre année qui, elle aussi, occupe des territoires singulièrement insalubres, la Cochincbine en particulier; le séjour des troupes dans les colonies est actuellement fixé à deux ans, après avoir été de trois et de quatre ans; des services réguliers de transports à vapeur permettent d'évacuer sur France les hommes trop influencés par le climat, ce sont là d'excellentes mesures. Ce n'est pas tout cependant et l'hygiène locale des troupes doit être l'objet de la constante sollicitude du commandement ; nous obtiendrons de la sorte des résultats inespérés, et la mortalité elTrayaiUe dont nos régiments d'infanterie de marine étaient victimes il y a quelque dix ans ira, nous l'espérons, en diminuant de plus en plus.
Jusqu'à présent on avait cru que l'acclimatement de l'Européen dans les pays tropicaux était une chose possible et l'on se posait presque l'objeclii d'y acclimater les troupes. On a pu juger jusqu'à quel point cette théorie est fausse et, en y renonçant, en se bornant à les maintenir dans les régions chaudes un minimum de temps, on est rentré dans une voie beaucoup plus vraie et plus pratique.
Nos troupes occupent sur le territoire africain une région d'une assez vaste étendue, où elles rencontrent une série de climats, les uns fort salubres, les autres plus ou moins malsains, sans présenter cependant les dangers des climats intertropicaux. Dans la partie statistique de cet ou-
vrage, le lecteur trouvera les résultats généraux de ce séjour sur la morbidité et la mortalité des troupes. On peut dire que, grâce aux précautions généralement conservées, à la facilité des communications avec la France, et au renouvellement assez fréquent des corps de troupes, sauf pour les régiments algériens, l'Algérie actuelle n'est nullement comparable à celle des premiers jours; au point de vue militaire, en réalité, elle peut être comparée à un caiïjp d'instruction plutôt qu'à une occupation, en territoire insalubre.