‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 211 sur 241 · CAMPAGNES D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

CAMPAGNES D'ÉTÉ

Pendant la durée du siège, le service médical doit combattre les causes morbifiqucspar tous les moyens que l'hygiène générale permet d'ordonner, en particulier par le maintien du service des voiries, aussi bien dans les maisons particulières que dans les voies de communication, par la destruction, au moyen du feu, de tous les détritus et excréta que l'investissement ne permet pas d'entraîner au loin, par l'ensevelissement régulier, et mieux, l'incinération des cadavres, en un mot par une série de mesures qu'imposent les circonstances, variables comme elles, et dont l'hygiéniste saura toujours apprécier l'urgence. Le commandement doit, de son côté, prêter à l'exécution de ce service le concours de son autorité et se montrer soucieux des intérêts de l'armée et de la population, en écoutant, en provoquant les conseils des hommes spéciaux, des médecins; ces conseils, il les transformera en prescriptions absolues, portées par la voie de l'ordre à la connaissance des troupes et de la population civile.

L'armée assiégeante se trouve dans des conditions beaucoup plus favorables que l'armée assiégée ; elle a de son côté l'espace et la certitude d'approvisionnements, mais elle est fatalement condamnée à l'immobilité; elle doit donc prendre une série de dispositions, destinées à prévenir les dangers inhérents à cette situation et qui résultent surtout de l'infection du sol des camps (voy. p. 553).

IL Campaf/iies d'été. — L'été est, sans contredit, la saison la plus avantageuse pour le maintien de la santé dans les armées en campagne ; les refroidissements^ cause si fréquente de maladies parmi les troupes, sont moins à craindre à celte époque de l'année, les campements, les bivouacs moins pénibles à supporter; d'un autre côté, les marches sont quelquefois rendues plus difficiles; c'est alors surtout qu'éclatent les accidents dont nous avons indiqué la nature en étudiant l'hygiène des marches. On a souvent constaté aux armées des diarrhées ou des dysenteries épidémiques, dont l'origine paraît avoir été l'abus des fruits, du raisin en particulier, insuflisamment mûri, que les troupes avaient consommés sur leur passage.

Sans nier absolument cette cause, et sans contester la possibilité de ces épidémies, nous croyons que les dysenteries ou diarrhées, lorsqu'elles deviennent épidémiques, proviennent de causes telluriques; elles sont liées soit à l'humidité du sol et des lieux de campement, soit à la persistance des troupes sur ces mêmes campements, à l'infection du sol qui en résulte. Les diarrhées, les dysenteries comme les fièvres d'accès sont de beaucoup les maladies les plus communes des campagnes d'été et d'automne, or

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c'est précisément dans cette saison que, sous l'influence de la chaleur • combinée avec l'humidité, les effluves marécageux ou telluriques ont une • plus grande tendance à se former et à se dégager.

L'indication hygiénique ressortant de ce fait, consiste donc simplement dans une plus grande vigilance de la part du commandement à ne pas . choisir des campements voisins de portions de terrain à marécage, à soustraire les hommes à l'action de l'humidité nocturne, en les cantonnant dans . les villages, fermes ou maisons d'habitations; autant que possible, il ne faut pas leur faire traverser des terrains dangereux, aux heures de leur plus grande nocuité, c'est-à-dire au lever du soleil et à son coucher, ou tout au moins chercher à combattre l'influence fébrigène, par des distributions supplémentaires de vin, de café, d'eau-de-vie ou d'autres boissons légèrement excitantes.

Pendant les campagnes d'été, il est bon de dégager le vêtement du soldat et son équipement des surcharges qui ne sont point indispensables, au besoin de lui allouer certaines pièces de vêtement spéciales. Celte indication se rapporte surtout aux campagnes entreprises dans les régions où la période estivale dure pour ainsi dire toute l'année, comme le sont en particulier les pays tropicaux. Sous le rapport de l'alimentation, on devra modifier les distributions, en donnant peut-être moins d'aliments gras ou salés, pour faire prédominer les vivres frais, la viande de boucherie et les légumes; cependant, il ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie, car on diminuerait par trop les sources de mouvement et de chaleur transformable, que le soldat doit trouver dans ses aliments, aussi bien que des matériaux de réparation.

III. Campagnes d'hiver. — Les campagnes d'hiver sont particulièrement pénibles, lors même que toutes les ressources administratives sont «lises en jeu pour combattre l'action du froid et de l'humidiié, soit en modifiant l'alimentation, soit en allouant des vêtements supplémentaires. C'est en hiver qu'il convient de se montrer aussi large que possible en distribulions de viande, d'aliments gras, de boissons alcooliques, de café ou de thé, de multiplier en un mot les matériaux pouvant fournir la chaleur à l'organisme ou diminuer ses déperditions. Pendant les dure hivers passés sous les murs de Sébaslopol, nos armées ont fait l'expérience des dangers delà campagne hivernale, et si les allocations supplémentaires de vivres ont, en partie, combattu ces dangers, elles n'ont pu les conjurer absolument. Pendant l'hiver, les campements prolongés d'une troupe sur un même ter-

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ritoire tendent à confiner les soldats sous les tentes, dans des trous creusés dans le sol; les hommes se resserrent pour diminuer la déperdition du calorique et fuient le contact de l'air extérieur. Bientôt éclatent alors les accidents dus à l'agglomération, au confinement, joints à ceux de l'infection du sol; ce sont autant d'indications que l'hygiéniste doit combattre par ses conseils, le commandement par une série de mesures appropriées.

Lorsdes marches entreprises pendant les campagnes d'hiver, le froid agit souvent d'une façon aiguë sur les troupes, alorssurtoul qu'elles ont été soumises à des privations. L'expérience de la campagne de Russie, en 1812, de certaines expéditions d'Algérie, celle de Bou-Thaleb entre autres, de la campagne 1870-71 sur la Loire et dans les départements de l'Est ne doit point être perdue; c'est eu hiver qu'éclatent ces désastres terribles, où les régiments les plus solides se transforment en troupes désorganisées, en amas de malingres, de malades et de mourants ne pouvant plus offrir à l'ennemi (pi'une résistance illusoire. Les désastres sont plus terribles encore si l'armée est en retraite, lorsqu'à l'influence du froid vient encore se joindre la démoralisation ; rarement, en effet, une troupe victorieuse ressentira d'aussi cruelles atteintes qu'une troupe, cependant bien composée peut-être, mais qui a subi un ou plusieurs insuccès. A ce moment, du reste, tout manque à la fois, car, pour surcroît de souffrances, les convois sont en général coupés ou surpris, le matériel tombé entre les mains de l'ennemi ; l'armée demeure exposée, sans moyens de résistance, à l'ensemble des malheurs qui fondent sur elle.

Si les circonstances amènent une armée à faire campagne dans un pays relativement très-froid, il conviendra de prévoir les éventualités probables qui pourront se présenter et de transformer son habillement, son équipement, son service des subsistances, suivant les données que nous avons exposées dans les diverses parties de cet ouvrage.

ARTICLE n. — Campagnes opérées hors d'europe.

Les circonstances politiques amènent souvent les armées h combattre en dehors de leur propre territoire; c'est ainsi que les armées européennes ont été appelées à opérer dans des régions plus ou moins tropicales. L'armée française, en dehors des garnisons entretenues à poste fixe dans ses différentes colonies, aux Aniillcs, à la Réunion, à Madagascar, à Cayenne, au Sénégal, en Océanie. en Cochinchine, a dû opérer depuis vingt ans des

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expéditions an Mexique, en Chine, en Syrie; sous le premier Empire, elle ;i connu les désastres de l'expédition de Saint-Uoniingue ; avant la Révolution, elle avait eu de brillantes campagnes dans l'Inde, en Amérique et, aujourd'hui encore, elle occupe un vaste territoire au nord de l'Afrique, sans compter les incessantes expéditions, entreprises dans quelques-unes de ses colonies. L'Angleterre promène son drapeau et ses valeureux régiments sous toutes les latitudes,, au Canada comme dans l'Inde, aux Antilles, au Cap, en Australie, à Hong-Kong, à la Nouvelle-Zélande et dans un grand nombre d'îles de l'archipel mélanésien ; la Hollande tient garnison dans ses magnifiques colonies malaises, l'Espagne a ses Philippines et la Havane, la Russie étend ses domaines dans les vastes régions de l'Asie centrale et se rapproche peu à peu des climats tropicaux.

Nous ne pourrions, sans dépasser beaucoup le cadre de cet ouvrage, suivre les armées dans toutes ces glorieuses pérégrinations, et devons nous borner à formuler simplement quelques règles générales, presque partout applicables, laissant à l'hygiéniste mihtaire le soin de les modifier et de les étendre dans chaque cas particulier.

§ I. Embarqucmeot des troupes.

Quelle que soit la destination d'une armée ou d'un corps désigné pour servir hors d'Europe, il doit généralement prendre passage sur des navires, et certes, si la traversée est longue, ce n'est point la partie la moins pénible de la campagne. Les gouvernements possèdent en général des navires de transport spécialement aménagés à cet usage, dont quelques-uns présentent une hauteur de batterie suffisante pour recevoir des chevaux ou des mulets; les premiers sont désignés sous le nom générique de tramj)orts, les seconds sous celui de Iramports-écuries. Ces navires, mus par de puissantes machines, atteignent actuellement des dimensions énormes et peuvent recevoir jusqu'à 1500 et 1800 hommes.

Embarqués sur les transports de la marine nationale, les soldats sont soumis à toutes les influences de la vie nautique, d'autant plus sensibles pour eux qu'ils se trouvent dans des milieux complètement étrangers, que l'encombrement est en général assez prononcé, qu'enfin ils ont à payer un large tribut au mal de mer. Cette dernière influence est le plus souvent de courte durée et, pour peu que la navigation se prolonge, l'accoutu-

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