INFIRMERIES RÉGIMENTAIRES
recevoir les quelques soins dont il a besoin, ne goûte pas un repos suffisant, — on bien il doit être envoyé à l'hôpital et obérer, par conséquent, le budget de journées d'hopilaux, inutiles s'il ne s'agit que d'une indisposition passagère. La circulaire du 26 janvier 1839 est rédigée d'après ces principes ; elle prescrit de conserver dans les infirmeries tous les hommes dont l'état ne présente aucune gravité, nécessite peu de soins et exige cependant un traitement médical. La nomenclature suivante fixe la catégorie des maladies susceptibles d'être traitées dans les infirmeries régimentaires; il ne convient pas cependant de la considérer comme une prescription absolue, invariable. Une foule de circonstances peuvent amener le médecin à s'en écarter, soit en conservant des hommes atteints de maladies qui n'y figurent pas, soit en envoyant à l'hôpital des militaires porteurs d'affections même très-légères, lorsque les moyens matériels lui manquent pour les bien traiter.
Nomenclature des maladies susceptibles d'être traitées dans les infirmeries régimentaires {Circulaires du 30 octobre 1851 et du 9 mars 1860).
1° h'ophthabnie sans fièvre et sans gravité. — 2° Votite, Votorrhée sans fièvre. — 3" La bronchite, sans fièvre. — li° Les gingivites et stomatites. — 5° Le prolapsus accidentel ou habituel de la luette. — G° V amygdalite, sans fièvre. — 7<' Les aphthes, les ulcérations de la membrane buccale, sans fièvre. — 8° Vodontalgie, causée ou non par la carie des dents. — 9° Les fluxions des joues. — 10° Les hèniorrhoides récentes et simples. — 11" La diarrhée simple, dont la durée n'excède pas qualre ou cinq jours. — 12° La balanite. — 13" Vuréthrite aiguë et subaiguif sans complications de rétrécissement. — Vorcillon idiopathiquc (parotidite). — 15° Toutes les ganglionites simples qui ne réclament qu'un traitement local. — 1G° Les entorses sans complication. — 17° Les luxations de l'articulation scapido-humérale. — 18° Le lumbago sans fièvre. — 19° Le furoncle. — 20° Le phlegmon peu étendu et sans fièvre. — 21° Les abcès superficiels. — 22° Toutes les inflammations superficielles de la peau, sans fièvre. — 23° L'érgthèmc. — 24° Vérysipèle simple, par cause externe et sans fièvre. — 25° Lq% dartres récentes simples, causées par la malpropreté, l'insolation. — 26° Les éruptions anormales
furonculeuses, psoriformes. — 27° La gale, à moins qu'elle ne soit invétérée,
28" Les engelures. — 29» Les plaies simples et superficielles, produites par des instruments tranchants ou contondants, sans lésion de vaisseaux ou d'organes importants.— 30° La syphilis.
IL Locaux affectés aux infirmeries. — Nous avons indiqué (p. 385) les locaux affectés aux infirmeries dans l'assiette du casernement, d'après l'article 24 du règlement du 30 juin 1856, et plus loin (p. 547),
MORACHE. — Hyg. milit. g2
978 UNSTITUTIONS SANITAIKES DtS AHMÉtS.
l'orgaiiisalion des locaux analogues clans les camps baraqués, sous les tentes et au bivouac. Dans les deux cas, nous avons formule quelques désidérala, généralement regardés connne indispensables par la plupart des médecins militaires; il n'y a donc point lieu de revenir sur une question déjà traitée; les modifications à introduire varient singulièrement, du reste, suivant que l'on veut maintenir les infirmeries dans le rôle strict qui leur est imposé par la règlement alion actuelle, ou suivant que l'on désire les transformer en petits hôpitaux. Dans le dernier cas, les règles hygiéniques que l'on trouvera formulées au paragraphe suivant (les hôpitaux) leur sont eu tous points applicables.
III. Matériel cVe-i-ploitalion. — Les infirmeries régimentairos françaises possèdent un matériel d'exploitation comprenant :
1° Les effets et objets de couchage semblables à ceux qui sont fournis aux iiommcs dans les chambrées (voy. p. 354), et aussi des demi-fournitures, c'est-h dire des literies, moins le matelas, destinées fort injustement aux vénériens ou galeux qui, cependant, ont autant de droit que leurs camarades à être bien traités. Les propositions formulées (p. 356 et suivantes) sur les perfectionnements à introduire dans le mobilier des casernes sont, à fortiori, applicables aux infirmeries.
2° Des objets et ustensiles nécessaires à l'exploitation, tels que baignoires de zinc et de bois, bains de siège, bains de pieds, pots et gobelets à tisane en fer-blanc, bassines à cataplasmes en cuivre, tous objets fournis par le service des hôpitaux militaires ; les autres objets, tels que cruches, seringues, cuviers et autres menus ustensiles, sont achetés directement par les corps.
Les instruments de chirurgie nécessaires au service régimentairc sont contenus dans le sac d'ambulance, pour les régiments d'infanterie, et dans \cs sacoches d'ambulance, pour la cavalerie ou l'artillerie; joints à la trousse réglementaire, dont les médecins doivent être pourvus, ils sont suffisants pour le faible service chirurgical dévolu a ces infirmeries (1).
Il est encore mis à la disposition des infirmeries une boite de secours pour les noyés ou asphyxiés (note ministérielle du 13. avril 184/i), contenant : 1° un peignoir de molleton avec capuchon ; 2° un frottoir de serge; 3" deux gants de crin noir (voy. p. 889).
( 1 ) Pour la nomenclalure des iiistnimenls contenus dans les sacs ou sacoches, dans la trousse des médecins, voy. L. Legouesl, Traité de diinwrjic d'armée 2'" cdil., p. Ihh, 1872, et G, Morache, article prccilc, p. irî'i et suiviintcs.
INFIR.MLIUES ^^!:GI.M[i.^TAIRL^•. 979
l/inlirmeric régiincnlairc est pourvue d'une pharmacie relativement assez coniplèlc, de linge à pansement, bandages, bandages herniaires, enlin des nombreux ustensiles nécessaires à l'exploitation d'un service hospitalier rudimentaire. La noincnclalurc des substances on objets que les médecins-majors sont autorisés à demander à la pharmacie centrale de Paris ou de Marseille, ou aux pharmacies des hôpitaux militaires, chargées, par décision du 31 octobre 1866, de fournir les infirmeries régimenlaires et vétérinaires, a naturellement varié, en s'augmenlant successivement de quelques médicaments nouveaux (1).
On peut juger, par ce qui précède, des ressources matérielles mises à la disposition des médecins de régiments; elles leur permettraient de soigner très-activement des blessés ou uialades, relativement plus sérieusement atteints que le règlement ne les y autorise. Il y aurait fort peu de choses à faire pour transformer les infirmeries en petits hôpitaux régimentaires.
Les criiiqiiesque l'on peut adresser aux inih-meries actuelles portent spécialement sur les points suivants : mauvaise et insuffisante disposition des locaux; il est facile d'y parer dans l'avenir, le but à atteindre étant l'isolement absolu de l'infirmerie dans un pavillon spécial de la caserne; insuffisance du personnel mis à la disposition du médecin, réglementairement ce personnel ne comprend en effet qu'un caporal de la compagnie hors rang pour l'infanterie (ord. du "2 nov. 1833, art. LVii), ou un brigadier, faisant encore fonction de second prévôt d'armes dans la cavalerie (décision du 6 fév. 1836). Néanmoins, le ministre lui-méuïe avait accepté le principe d'une augmentation de ce personnel (circul. du 28 janv. 1839) en établissant que, si les besoins du service le permettaient, on attacherait h l'infirmerie un sous-oflicier avec un caporal chargé de l'ordinaire, un soldat pour les bains et pour les aliments, plus un homme détaché des compagnies pour vingt hommes |)résents. En fait, dans les régiments, on se maintient à peu près sur ces données, mais cela dépend entièrement du colonel.
Nous estimons que les régiments devraient à l'avenir posséder des brancardiers à raison de U pour 100 au moins de l'effectif; ces brancardiers, ne pouvant faire convenablement leur service spécial en campagne qu'après
(1) G. Moracho, Approvisiunuctnenl trimestriel des injirDieries ri'gimentoircs^ arlicle précité, p. 135.
980 INST: rUTlONb SANi rAIRi.S DI S AKMÉES.
quc!([ucs études spéciales sous la dircclion des médecins de régimeiH, on pounail les altaclier, à lour de rôle, au service derinliniicrie régiinentaire eu leur y faisant passer un trimestre par an en moyenne. Un sous-oiïicicr n'en demeurerait pas moins chargé des fonctions d'infirmier-major, fonctions ((u'il remplirait d'une façon permanente, enfin l'un des brancardiers pourrait être chargé spécialcnienl de la tenue des cahiers de visile et servirait de secrétaire au médecin-major.
A l'infirmerie est adjointe une salle de convalescents, institution créée par décision du 6 décembre 18/|2, réglementée par les circulaires des Ik décembre \Slx2, 28 janvier et \k février 18Zi3, 28 janvier 18/i/i. Elle a pour but, comme son nom l'indique, de recevoir les hommes sortant de l'hôpital ou de l'infirmerie, n'ayant besoin que de repos avant de reprendre leur service. Il est regrettable que, dans beaucoup de cas, l'exiguïté des locaux ou leur mauvaise disposition rende à peu |)rès illusoire le fonctionnement de cette institution, car elle pourrait rendre de grands services, en permettant de laisser les hommes moins longtemps aux hôpitaux, de les soustraire à l'influence nosocomialc et de diminuer aussi les dépenses en ournées d'hôpital.
IV. Ilégime alimentaire des infirmeries. — Dans l'ordre de choses actuel, les hommes traités à l'infirmerie du corps continuent à vivre à l'ordinaire de la conjpagnio ou de l'escadron ; le médecin peut supprimer une partie des vivres, sans les remplacer par d'autres. Une décision ministé rielle du 27 août 1844 prescrivait que les hommes verseraient à l'ordinaire de l'infirmerie toute la portion de solde fixée dans chaque arme, pour les ordinaires, et dans les limites les plus larges des règlements en vigueur, que le sous-officier ou caporal d'infirmerie tiendtait un livret d'ordinaire et que la cuisine serait faite à tour de rôle par une des cantinières, au moyen de vivres achetés sur la solde ; le pain de munition devait être touché comme pour les hommes valides. Celte mesure n'a malheureuyement pas été généralisée; elle avait cependant d'incontestables avantages; le médécin pouvait varier un peu l'alimentation des malades, l'adapter à leur état de santé et, sans augmentation de dépense, il en résultait un bénéfice pour tous. Dans certains régiments, les médecins- majors ont obtenu de faire transformer une partie du pain en aliments légers, au moyen d'une sorte de tarif d'échange avec la cantinière chargée de cet ordinaire spécial. A leur visite du matin, ils prescrivent la quantité de i)ain à donner, une soupe, une viande, un légume ou des (Xiufs, peu de chose
nÉr.!.\lK ALIMENTAIRE DRS INFIIUIFRIKS. 981
sans doulc, mais eiicoie hoaucoiip pour des liomines indisposés. Il suHit d'avoir fréqueulé les infirmeries des corps pour s'apercevoir que la majorité des malados ne consomment pas leur pain et le voniienlou le gaspillent, malgré toute la surveillance possible. C'est un abus très-grave et qu'il importera il de faire cesser par le moyen indiqué ci-dessus.
On objectera que, d'après l'ordonnance du 2 novembre 1833 sur le service intérieur (art. 57 inf.) et quelques décisions plus récentes, le médecin-major doit conservera l'infirmerie les maladies légères seulement, les maladies vénériennes et cutanées simples. Mais, parmi ces maladies légères, il en est beaucoup où le malade ne peut, sans inconvénient, conserver sa nourriture h;ibituelle ; actuellement, on ne peut alors lui donner que son bouillon, il y aurait tout avantage cependant à le soutenir par quelques aliments légers, on maintiendrait ses forces, on bâterait sa guérison. Du reste, si la possibilité de donner dans les infirmeries une alimentation spéciale permettait d'y conserver un plus grand nombre de malades, simplement indisposés peut-être, que quelques jours de bons soins remettraient sur ce pied, ne serait-ce pas fort beureux? Dans l'immense majorité des places de garnison, on envoie les malades dans les hô|)itaux civils, où malgré la ï>urveillancc du commandement, de l'intendance, du cor|is médical militaire, on les conserve abusivement, afin d'augmenter le nondjre des journées payées par le département de la guerre. Les hommes sont soustraits à l'autorité militaire, au grand détriment de la discipline et des inléîèls du Trésor.
Sans entreprendre ici la (jucstion des hôpitaux rcgimentaires, auxquels nous verrions de grands avantages, on comprend cependant qu'en suivant l'esprit de la décision du 26 août 18^/i, on obtiendrait des bénéfices trèsréels pour les malades et pour l'armée: il n'y a rien à créer à nouveau, il sufïit de donner une plus grande extension à nue mesure réglementaire, mais trop négligée dans la pratique.
A la salle des convalescents, les hommes doivent réglementairement vivre à un ordinaire spécial ; il est journellemeiil alloué à chaque convalescent une ration de vin de un quart de litre et une ration de 300 grammes de riz, pouvant être portée à 600 grammes dans les cas spéciaux. Celte mesure est excellente et demande à être étendue autant que possible ; en adoptant un régime spécial pour les hommes de l'infirmerie, on pourrait fondre ces deux ordinaires en un seul.
INSTITUTIONS SAMTAIRIS DES AHAltES.
^ II. — Hôpitaux militaires fixes.
Les premiers hôpitaux militaires de l'armée française furenl ceux que Sully, d'après les désirs de Henri lY, fit organiser en 1597 pour le service de l'armée qui assiégeait Amiens; on peut difficilemenl accorder ce litre à l'établissement fondé sous le même règne, en 1603, à la maison de? Lourcine à Paris; cet hûlel constituait plutôt un hospice d'invalides pour « les s pauvres gentilshommes, capitaines et soldais estropiés, vieux et caducs », . Les créations de llichelieu pendant la campagne d'Italie, en 1630, furent : plutôt des ambulances que des hôpitaux proprement dits, et, en réalité, les< hôpitaux militaires de garnison, dont l'organisation avait été ébauchée sous« le ministère de Loiivois, ne furent définitivement installés que par l'éditi du 17 janvier 1708 qui créait, d'un seul coup, cinquante et un hôpitaux^ militaires dans les villes frontières ou maritimes.
Depuis lors, les hôpitaux de l'armée française ont fonctionné avec des* vicissitudes bien diverses, dont nous n'avons pas à faire l'histoire (1); actuellement ils sont au nombre de 77, divisés en 10 de 1"^ classe (600 litsi et au-dessus), 9 de 2*= classe (iOO à 599 lits), 7 de 3^ classe (300 à 399 lits), 13 de ti' classe (200 à 299 lits), 25 de 5" classe (200 lits et au-dessous), 9 hôpitaux thermaux et U infirmeries-hôpitaux dans les écoles militaires.^ Sur ce nombre de 77, il existe 63 hôpitaux généraux, dont 31 en FrancCf contenant 13 950 lits, et U2 en Algérie, f^n renfermant 10 350, soit ei: totalité 2Zi ZiOO lits militaires.
En outre, dans toutes les places de garnison, oîi ne se trouvent point d'hôpitaux militaires, un abonnement spécial du ministère de la guerrd avec les commissions hospitalières ou les municipalités prescrit l'organisa; tion de salles militaires dans les hôpitaux civils. Certaines de ces sallq^ sont occupées par le service médico-administratif local, mais, suivant uni mesure à tous les égards proliiables, dans quelques autres hôpitaux ce sef vice est assuré, soit par des médecins militaires et l'administration hosjiitalièrf civile, soit totalement par le service médico-administratif militaire (1).
jNous n'avons point, du reste, à étudier ici le fonctionnement de ces hôt pitaux, mais à envisager rapidement leur mode d'installation.
L Choix de /'( niplaccînoif. — L'emplacement des hôpitaux permîi
(1) Voy. pour les questions liistoriques relatives aux hôpitaux militaires, G. Morachei article Service de santé militaire [Diction, encyclop. (Ici .icinnces nrédicnles, 2' sériCi I. VIII, l.S7i)
nOPlTAlX MILITAlRrs. 9(S i
iiciUs n'étaiil pas coinmaiidé par les nécessilés de la guerre, lout au plus par celle de la défense des places, peut et doit toujours être choisi avec le plus grand soin.
D'une façon générale il est nécessaire qu'un hôpital militaire, ou son é(iuivalent, existe dans toutes les places de garnison, au voisinage des camps d'instruction, partout en un mot, où des troupes peuvent être réunies. Sarazin (1) fait remarquer, avec juste raison, que des hôpitaux fort importants doivent exister aux principaux nœuds de chemins de fer, car, en tem()s de guerre, c'est en ce point ([u'aflluent toujours les malades et les blessés, même si le théâtre des opérations se trouve en dehors du territoire national. \u moment de la guerre, cet hôpital permanent ne pourra pas toujours sulfne, mais il sera beaucoup plus facile de grouper des annexes autour de lui, que d'im])roviser un ou plusicuis hôpitaux temporaires, dont !e matériel devrait être amené peut-être de fort loin.
Dans les places fortes, l'hôpital doit, en théorie, être placé en dehors de la ligue probable d'attaque ; or, comme dans chaque place on sait généralement quels sont les points les plus faibles, ceux qui vraisemblablement seront l'objectif de l'assaillant, on aura soin de ne pas y placer d'hôpitaux. Il est certain néanmoins qu'on ne peut absolument les garantir des projectiles; tout ce que l'on doit demander à l'ennemi, c'est de n'y point diriger intentionnellement son feu; mais, tout en restant strict observateur des lois humanitaires que la convention de Genève a presque amoindries en les réglementant, un assaillant ne peut garantir que quelques projectiles n'iront point frapper des hôpitaux, surtout lorsque l'on établit des batteries à 6 ou 7000 mètres du front d'attaque ; dans ces conditions, la plus faible déviation, dans le pointage, amène un écart de plusieurs centaines de mètres au point de chute du projectile.
La nature géologique, l'altitude, la situation d'un hôpital, exercent une grande influence sur sa salubrité future; en traitant de l'emplacement des casernes (voy. p. 25-'i), de celui des camps (voy. p. nous avons for-
n)ulé quelques considérations, qui demeurent entières et sont plus importantes encore, lorsqu'au lieu d'une agglomération d'hommes valides, c'est une agglomération d'honmies malades dont ii s'agit de diminuer les effets fâcheux II en est de môme de la préparation du sol sur lequel s'élève un
(1) Ch. Sarazin, article Hmimtat, ( D/rf. di'. méder. ef de chirurr/tp pratiques, t. XVIl, 1873).
98/l INSTITUTIONS SANITAIRES DES ARMÉES.
hôpital ; plus encore que pour les casernes (voy. p. 257) ou les can)ps (voy. p. /i(52), le sous-sol doitêlre complètement drainé et asséché, iniperniéabili.'-é même, dans sa couche superficielle, par un bon pavage ou un lit de béton (voy. p. 2SU).
II. Dimension des hôpitaux et plan d'ememldc. — En traitant des casernes, nous avons vivement insisté (voy. p. 259) sur les dangers de l'accumulation et espérons avoir démontré l'urgence de substituer, iiux casernes nionumentales, des casernes à pavillons multiples^, chacun d'eux d'une contenance relativement petite (voy. p. 277). En se basant sur les mêmes principes, l'hôpital monumental, formé d'un corps de logis principal, flanqué ou non d'ailes en saillie, doit donc être également abandonné pour faire place à des hôpitaux composés de pavillons multiples, reliés, s'il le faut absolument pour le service, par des corridor.-', par des galeries, mais dans des conditions telles que la ventilation et la lumière naturelles s'y exercent en toute liberté.
L'hygiéniste ne peut fixer un minimum de contenance pour les hôpitaux, car, on ne doit pas l'oublier, moins il y a de malades, plus grande est la salubrité ; non-seulement les malades doivent trouver dans leurs chambres ou leurs salles un cubage suffisant d'air et une venlilalion abondante, mais leur rapprochement même est déjà une cause de dangers. Cependant, étant donnés, d'une pari le fait économique de la cherté excessive des frais de traitement dans les petits hôpitaux, où les frais généraux sont à peu près les mêmes que dans les grands, d'autre part les exigences hygiéniques, il semble que le chiffre de ZiOO à 500 malades soit un maximum que l'on ne doit jamais dépasser dans les hôpitaux généraux.
Le type à pavillons paraît le seul type acceptable aujourd'hui, lorsqu'il s'agit d'élever un hôpital et que l'on est maître d'imposer le plan, lorsque les terrains sont suffisants. Dans le cas contraire, mieux vaudrait encore ne pas élever l'hôpital, se contenter d'un hôpital baraqué provisoire, plutôt que de construire un grand édifice incorrect, qui, pendant des vingtaines d'années, fera peser sa déplorable influence sur le peuple de malades qui y sera soigné.
II peut être intéressant, il est certainement instructif, de suivre les progrès accomplis dans la disposition des constructions hospitalières, en envisageant quelques établissements modernes, connus comme les plus favorables.
V hôpital Larihoisihe) à Paris, a été généralement cité, depuis quelques
HOPITAUX MlLlTAIRtS. 085
années, comme un modèle; de fait, lors de sa conslruciion, (lui remonlc à 1846, il constiluait un progrès très-sensible, au moins sur les autres hôpitaux de Paris (fig. l'iG). Cet hôpital se compose d'une série de pavillons,
lîiKj Aiiiliioi.-o l'aro.
Imc;. 1/iG. — Hôpital Lariboisiiiro (Paris). Plan du rez dc-cliaussée. — a. Salie (1rs malades. — b. Préau des malades. — c. 15ureaux de la direction. — (/. Consullalions
externes. — e. I{t'fectoire des gens de service, cuisine générale et ses dépendances.
/". Pharmacie, cabinet du pliarmacien, dépendances de la pliarniacic. — q. Vestiaire des médecins, — ]i. Malades agités. — i. Cabinet de la sœur. — j. Office. *— k. Dépôt de linge sale et lieux d'aisances des malades. — n. Commiinanlé. — o. Bains. — Chapelle. — 7. Buanderie et dépendances. — r. Salle d'opéralior.s. — s. Salle des morts et d"autopsie. — t. Vestiaire, — u. Cour des convois.
Echelle de 0"',0005 pour 1 mètre = 1/2000.
dont six seuleiTient, trois de chaque côté, sont alTectés aux malades. Ces pavillons, longs de mètres sur 10 de large et 18 de hauteur, sont séparés les uns des autres par un intervalle de 20 mètres, occupé par une cour
9Sf) INSTMUriONS SANlTAiniiS DLS ARMÉES.
plantée; au cenlre existe égaleinoiu un vasle jardin. Éianl donnée celle Iiauleur des pavillons, Sarazin (1) Irouve avec juste raison leur écartenienl insuffisant. Les pavillons sont réunis par une galerie vitrée servant de pro menoir. Chaque pavillon contient trois salles de 3U lits, dont 'i sont isolés dans une petite chambre placée au bout de la salle. Le cube d'air de chaque salle est de oS""\70l par lit au rez-de-chaussée, de {j2"'S68r) au premier, de 5 "2 ,117 au second.
L'hôpital comprend donc 606 lits, et le prix de sa construction s'élant éJevc à 10 Zi/45 166 francs, le prix moyen par lil se trouve de 1 7 326 fr.
L'hôpital Larihoisière est remarquable à divers titre?, en particulier par l'organisation de la ventilation dont il est pourvu et sur la(iuclle nous aurons à revenir, néanmoins, la mortalité y est sensiblement plus élevée que dans d'autres établissements, beaucoup moins salubres en apparence, comme l'ancien Hôtel-Dieu de Paris, par exemple. Cette fâcheuse circonstance que l'on a quelquefois cherché à exploiter, est peut-être attribuable à la population qui vient y chercher refuge, population singulièrciuenl affaiblie par le travail, les privations et la misère.
V hôpital de Blackhurn, prh Manchester [^\^,. \hl) fournit un autre modèle d'hôpital, à pavillojis reliés par un corridor central ; au centre des constructions s'élève un pavillon peu étendu, spécialement destiné au service, quoique deux petites salles de quatre lits chacune à, h, aboutissant à la salle d'opérations n, soient spécialement affectées aux opérés. Cei hôpital est surtout remarquable par le petit nombre de lits contenus dans cha()ue salle ; ils sont au nombre de 8, disposant chacun d'un cubage de 50"i'',7/i ; les salles mesurent 11", 88 sur 7 mètres de large et /4"',87 de haut. Dans les cabinets d'opérés, le cubage almosphéri(|ue atteint 72 mèlres cubes par lit. Les frais de construction de cet hôpital s'élèvent à 591 609 francs, soit l\ 225 francs par lit ; ce chiffre tranche singulièrement avec le chiffre simi • laire de l'hôpital Larihoisière.
L hôpital militaire de Woohvich [Herbert Bospital) passe à juste litre pour l'un des plus parfaits qui existent en Angleterre ; construit sur les plans du capitaine du génie Douglas Gallon, fort expert en hygiène hospitalière, cet hôpital a été commencé en 1859 et terminé en 186^i ; il es!: destiné à recevoir 650 malades ; la surface occupée par les bâtiments mesure 11] /i50 pieds carrés (6700"^'! , ceux-ci se trouvant placés sur une vaste
(1) r,h. Sarazin, lor. cit., p. 702.
HOPITAUX MILITAIRLS. '
esplanade de 523 500 pieds carrés {hl 115""i). Le prix de sa constniclion s'est élevé à 220 88/i livres sterling (5 666 276 francs), soil cn\ir()ii S700 francs par lit (1).
(lomme on peut le voir (fig. 1/(81 l'idée générale de la construclion rap-
(1) Alexander Spiess. IJpfjer neuero Hnxpilnllinuten in England (Dcuisrhp Vi'prtpljnhr.tstrhvift fiirufffitif. Gesnmlhnl-ipfleqe, t. V, p. 240. 1873).
INSTITUTIONS SAN'ITAir.LS DES ARMÉKS.
Fig. 148. — Hôpital militaire de Woohvidi (Herbert Hospital). — A. Terrasse. — B. Bâtiments de radministration. — C. Kiitrée principale. — D (1 a 11). Pavillons oii se trouvent les salles de malades. — E. Corridor. — F. Chambres séparées pour malades bruyants ou pour prisonniers. — G. Salles d'opérations, d'autopsies. — Pharmacie. — I. Chapelle, euisines, etr. — K. Bains. — L. Galerie rouverte. — M. Passage souterrain.
HOPITAUX MILlTAlRIiS.
pelle celle (le l'iiôpiial de Blackbiirn, on y retrouve un corridor cenlral de 715 pieds ("il/i mètres) de long, llanqué, de chaque côté, par des pavillons où se trouvent les salles de malades. Les pavillons compreimont un rez-dccliaiissée et uiî premier étage et sont distants les uns des autres de 60 pieds (18 mètres) ; les pavillons de la face sud renferment deux salles, une à chaque étage; dans les pavillons de la face nord, la salle du premier est remplacée par un promenoir. Les salles mesurent 116 pieds (o/^"', 8) de long sur 2U (7'",2) de large et ih (/i'","i)dc haut, elles renfennenl 32 lits, à chacun desquels correspondent environ 1) mètres carrés de siu'face et 37 mètres cubes de cubage atmosphérique.
Lliùpital Saint -Thomas de Londres (fig. i/i9), terminé depuis 1871 seulement, appartient au système d'hôpitaux à pavillons; il a été disposé en vue de contenir 600 malades ; son prix de construction s'élève à fiOOGOO livres sterling (12 600 000 francs), soit 21 000 francs par lit. L'cnsend)lc des constructions présente une étendue de 270 mètres. Les pavillons sont à quatre étages, tandis que le bâtiment cenlral n'en présente que deux ; les salles, destinées à recevoir 28 malades, ont 1 20 pieds (36 mètres) de long sur 28 (8'",^i0) de large et 15 (^"",50) de haut; quelques-unes, destinées à ne recevoir que 20 malades sont aussi plus petites ; elles ne présentent que 90 pieds (27 mètres) de long. Partout le cubage est sensiblement le même, en ce sens qu'il s'élève à 1800 pieds cubes (Zi6"" ,600) par lil.
Le Boston free hospital [[\%. 150) peut être cité comme un curieux modèle d'hôpital à pavillons, en raison de l'isolement à peu près complet où ceux-ci se trouvent les uns par rapport aux autres, disposés par paire et reliés, par des galeries couvertes, à un bâtiment central renfermant les services généraux, (^es pavillons mesurent : les quatre grands 38 mètres de long sur 9'", 30 de large; les deux petits 30 mètres seulement sur 9", 30; les premiers contiennent deux salles de 25 malades chacune, l'une au premier, l'autre au rez-de-chaussée ; les seconds ne contiennent en tout que 25 lits dans deux salles. Dans lesgrands pavillons, l'espace superficiel est de 12""i, l'espace cubique de 55 mètres cubes par lit; dans les petits, destinés aux maladies contagieuses, les lits sont encore relativement moins nombreux et, par conséquent, le cubage plus étendu.
Vhôpital de Saint- Louis-de-Gonzacjiœ, à Turin, est for/né de quatre pavillons de 26 lits chacun disposés en forme d'X (fig. 1 51) et venant aboutir à une chapelle centrale. Cette disposition serait avantageuse en ce que l'air peut assez librement circuler autour des pavillons, mais, d'un
HOPITAL \ .MILITAI r.LS.