NUMÉRO D'ORDRE
c'IrtssiV^ il ajirùs le nombre; croissïiiit
pour
pour inlirmili's
ilu déparlement dans lo flassomcnt
défaut do t&illc
dos exiMiijitiriiis
sur
sur
d'api-ès lo ndudirt' oroissaut
pour ilofaut de taillo.
1000 exauiiiiés.
1000 oxuuiinés.
<les exemptions pour infirmités.
Morbihan
Creuse
Loire
Ille-et-Vilaine
Indre-et-Loire
Allier
Lozère
Indre
Côtes-du-Nord
Landes
Lot
Haute-Loire
DordnfTnp .
ftQ
Puy-de-Dôme
Ardèche
On peut voir dans ce tableau des départements comme l'Ardèche, le Tarn, les Côtes-du-Nord, le Lot, offrir le plus grand nombre de petites tailles (113, 9U, 93, 101 pour 1000), et présenter au contraire les numéros les plus faibles dans l'échelle des proportions pour infirmités (n" 1, k, 8, iU); d'autres départements, comme les Ardennes, la Côte-D'or, l'Orne, l'Aube, la Somme, l'Oise, méritent, comme exemptions pour défaut de taille, les numéros 6, 3, 7, 8, 11, 12, et dans l'échelle des infirmités les numéros 83, 70, 8fi, 78, 80, 85.
Dans ses recherches anthropologiques, Broca (1) arrive à des résultats
(1) Broca, Mémoires d'anthropologie, t. 1, p. 333. Paris, 1871.
CONDITIONS d'aptitude PHYSIQUE. — TAILLE. 93
absolument identiques, aussi bien du reste que Boudin (1) et Lagneau (2), dans des travaux non moins consciencieux, sur lesquels nous aurons fréquemment l'occasion de nous appuyer pour l'étude de la taille en rapport avec l'aptitude militaire.
C'est donc à un tout antre point de vue qu'il faut se placer pour apprécier plus sûrement la question de la taille, comme cause d'inaptitude au service militaire.
Broca, Boudin, Lagneau, Sistach, sont entièrement d'accord pour admettre que, dans les populations qui sont actuellement répandues sur le sol de la France, la grande cause des variations de la taille n'est autre que la race dont elles sont issues.
La nation que César trouva en possession de la Gaule lors de son invasion était loin d'appartenir à un même groupe ethnologique; on pouvait y reconnaître trois peuples h organisation physique bien dilTérente: les tains, établis entre la Garonne, les Pyrénées et l'Océan ; les Belges, compris entre la Seine et le Rhin; les Celtes, possédant toutes les autres provinces depuis la Garonne jusqu'à la Seine, depuis les Alpes jusqu'à l'Océan. Les Celtes ou GaUs paraissent avoir existé dans l'Europe occidentale depuis une époque très-reculée; les Belges, au contraire, constituaient une famille étrangère, une branche delà grande race des Kijmris qui, chassés des bords de la mer Noire par les Scythes, étaient remontés vers 61 3 avant Jésus-Christ jusque sur les bords de la Baltique; de là ils étaient partispour conquérir les territoires qui forment aujourd'hui le nord-est de la France et la Grande-Bretagne. Les Galls ou Celtes et les Belges ou Kymris forment évidemment les deux principales souches de la race française; les Aquitains appartenaient à cette race que l'on retrouve encore à peu près pure chez les Basques actuels.
Les Kymris étaient, d'après César, des hommes de haute taille, à la tête longue, au front large et élevé, au menton saillant, au nez recourbé à la chevelure blonde; les Celtes au contraire avaient la taille moyenne, le front bombé, fuyant vers les tempes, le nez à peu près droit, le menton rond ; ils avaient les cheveux et les yeux bruns.
(1) Boudin, Eludes ethnologiques sur la taille et le poids de V homme, in Recueil des mém. de médec. et de chirurg. mil., 3" série, t. IX et X, 1863.
(2) Lagneau, Remarques ethnologiques sur la répartition géographique de certaines infirmités en France. — Mém. de l'Académie de médecine, t. p, 293 1869-1870.
'àli RECRUTEMENT DES ARMÉES.
Les Kyiiiris devaient èlre bientôt refoulés à leur tour par le flot envahissant d'une nouvelle race, la race germanique ou teutone, descendue de la Scandinavie et qui les chassa jusqu'en deçà du Rhin, ne leur laissant ainsi pour domaine que la partie du pays comprise entre ce fleuve et la Seine. Déjà, avant la conquête romaine, les Kymris et les Celtes, tout en conservant leur langue et leurs coutumes, s'étaient plus ou inoins n)élangés, et lorsque César eut substitué l'unité politique aux nationalités partielles, il n'y eut plus dans les Gaules que des Gaulois qui subirent eux-mêmes peu à peu le mélange avec les colons romains; partant du littoral méditerranéen, ces derniers remontaient la vallée du Rhône, passaient dans les bassins de la Loire, de la Seine et de la Garonne, et arrivaient insensiblement à la limite même des anciens territoires kymro-germaniques.
Par-dessus les Gaulois kymro-celtes et les colons romains vinrenl s'écouler tour à tour des (lots de population venus du fond de l'Orient et du nord de l'Europe; ils transformèrent l'Europe occidentale en un vaste champ de bataille oîi se rencontraient les Wisigoths, les Franks, les Burgondes, les Huns mongoliqucs et les Arabes sémitiques, plus tard enfin les Normands. Les Kymris eurent particulièrement à souffrir de l'invasion germanique qui les modifia sensiblement en leur donnant un certain cachet septentrional.
Tous ces peuples divers, issus de familles ethnologiques si différentes, subirent sans aucun doute de nombreux mélanges; dans quelques points la race celtique primitive disparut presque absolument pour faire place à l'élément étranger; plus tard, à la chute du régime féodal, les migrations de familles, d'individus, remplacèrent celles des peuples et commencèrent ce mouvement incessant du bourg au village, du village à la ville, de la ville aux grands centres, auquel nous assistons encore de nos jours et qui a pour effet d'imprimer peu à peu à notre race un type indéfini, participant vaguement de chacune de nos origines premières.
Quelque prononcé que soit aujourd'hui ce mélange, on n'en rencontre pas moins des types pai faitemenl purs de nos ancêtres, et d'une façon générale le vestige de la division primitive de la race gauloise, en Kymris et en Celtes. Dans les bassins du Rhône et de l'Isère, nous retrouvons les Celtes primitifs plus ou moins mélangés aux Romains ; sur les bords de la Garonne, les Aquitains germanisés pendant un siècle par les >Visigolhs; en Bourgogne, les Celtes à j)eu prèspursou légèrement germanisés par les Burgondes; entre la Seine, la Meuse et l'Escaut, les Kymris à peine germanisés;
CONDITIONS D'APTJTDDE PHYSIOUE. — AGI!.
entre la Meuse et le Khin, une population kynuo-germanique qui a subi l'inlluence prolongée des Franks, enfin en Bretagne la race celtique que les conquérants n'ont pu sérieusement atteindre, et à côté d'elle la race kynirique isolée dans certaines régions, sans mélange avec la race celtique.
Broca (i), auquel nous empruntons les données qui précèdent, a été amené à rechercher l'influence de la race sur le déveloj)pemcnt de la taille et a pris pour point de départ les exemptions pour défaut de taille prononcées par les conseils de révision. Voulant faire j)orter ses recherches sur un nombre d'années assez considérable pour établir une moyenne sérieuse, il a relevé le nombre des exemptions prononcées pour défaut de taille dans la période 1831- 186U, c'est-à-dire pendant trente ans. Rangeant ensuite les départements par ordre décroissant suivant le nombre des exemptés, il a donné le tableau que nous reproduisons ici; il n'offre pas de trop grandes dilTérences avec celui que Sistach a lui-même dresse pour la période
Classement des 86 départements d'après le nombre proportionnel des exemptions pour défaut de taille
Période de 1831 à 1860, soit trente années
DEPARTEMENTS
MMÉno ir<>rdii,'.
l'ROl'OKTIO.N
des exemptés pour 1000 liDiiiiiii'îi.
DÉPARTEMENTS
KUMiino d'ordre.
Doubs 1
Côte-d'Or 2
Jura 3
Haute-Marne Il
l'as-de-Calais ô
Somme (i
Oise 7
Ardennes 8
Haute-Saône 9
iJas-Uliin 10
Moselle 11
Seine-et -Marne ... 12
Nord 13
Aisne 14
Marne 15
\ utie 16
Ain 17
Meuse 18
Bouches-du-Rliône. 19
Seine-et-Oise 20
Calvados 21
Illiône 22
Eure 23
Orne 24
Vosges 25
Meurthe 26
Va\icluse 27
Isère 28
Manche 29
Eure-et-Loir 30
Deux-Sèvres 31
Haut-Rhin 32
Charcnic-Inféricure 33
Seinc-Inlérieure. . . 34
(1) Broca, loc. cit., p. 277 et suiv.
pnoi'oiiTinN
DÉPARTEMENTS. "^""T ^"«'"l"'^"^ (1 ordre. pour
iOOOhoiutnef:.
Maine-el-Loirc. . . .
Haule-Pyrénées. . .
Gard
Var
liO
Loire-Inférieure. . .
fil
Hérault
ll2
Saône-et-Loire. . .
Haute-Garonne.. . .
lib
Lot-et-Garonne. . .
/iG
liS
ùi)
Pyiénées-Orienlal .
Basses-Pyrénées.. .
Turn-et-Garonne . .
Mayenne
Tïl^PATlTFMFNTS
PROl'OnTION
NiiMiîno (les exemptés d'ordre. po'ir
1000 liouimes.
a vovrrtn
T-l'iiila T Air^
Cher
Indre
Lanues •
LiOzere
inare-6i-ij0ire ....
ViULco-UU'iiUI U . . • •
T nf
1 n 1 G t o PO
A rn ppli P
Charente
A i q (:n 1 1 o,oy
On peut ajouter
à ce
tableau les trois
déparlements anexés en
1860, et qui.
pour la période 1860-1
870, eut donné
les résultais suivants :
Alpes-Maritimes.. .
Pour représenler sur la carie ces valeurs calculées et pouvoir «linsi les comparer aux groupemeuls ethnologiques, Lagneau (1) classe les déparlctneiits en trois catégories auxquelles il assigne les teintes suivantes :
sa départements blancs, présentant de 2/i,39 à 56,^18 exemptés pour 1000 ;
26 départements gris, présentant de 56,63 à 81, M exemptés pour 1000 ;
(1) Lagneau, loc. cit., p. 311.
CONDITIONS d'aptitude PHÏSIQUE. — TAILLE, 97
26 départements noirs, présentant 8/i,72 à 17^,85 exemptés pour 1000 ;
Et sur ces données établit la carte que nous reproduisons ci -dessous.
Fig. 1. — Carte donnant par fl(^|iartement le nombre des exemptés pour défaut de taille sur 1000 hommes examinés.
Au premier aspect de cette carte, on est immédiatement frappé de la démarcation si tranchée existant entre les départements à grande taille et les départements ;i petite taille; une ligne oblique partant de l'extrémité méridionale (lu département de la iManche pour aller aboutir h celui des Hautes-Alpes en passant au nord des déparlements de la Mayenne, de la Sarthe, du Loir-et-Cher, du Loiret, de l'Yonne, de Saône-et-Loire, à l'est de la Loire et de la Drôme, divise la France en deux régions bien distinctes. L'ensemble des déi)artements à teinte foncée se trouve au sud de cette ligne,
MORACHE, — Hyg. milit. 7
RECRUTEMENÏ DES ARMÉES.
les (lépartenienls placés au nord sont au contraire à leinle claire. Or, l'élude ethnologique de la France démontre que ces déparlements foncés sont précisément ceux oii prédomine l'élément celtique, tandis que les déparlemenls blancs sont ceux au contraire dans lesquels s'est fixée la race kymrique, modifiée en beaucoup de points par l'élément germanique. Au voisinage de la grande ligne de démarcation existcnl des départemenls kymro-ccltiques, où les deux races se sont plus ou moins mélangées (Loiret, Eure-et-Loir, Nièvre, Saône-el-Loire).
Parmi les départements à teinte mixte, on remarque un groupe bien prononcé silué au sud-oucsl de la France, appartenant au bassin de la Garomie; il correspond à l'ancien pays des Aquitains germanisés par les AVisigoths. Ce groupe se prolonge jusqu'à la vallée du Rhône, où se trouvent même des départements complètement blancs, les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse ; de même à l'embouchure de la Loire cl dans le bassin de ce fleuve on trouve un groupe mixte se réunissant h celui de l'Aquitaine; deux départemenls, la Charbnte-Inférieure el les Deux-Sèvres, sont complètement blancs; ces exceptions s'expliquent facilement; les invasions germaniques descendant du nord-est au sud-ouest pour se diriger vers l'Espagne laissaient ou expédiaient de nombreuses colonies dans les régions les plus riches et les plus fertiles qui, alors comme aujourd'hui, se Irouvaienl au voisinage des grands cours d'eau; pendanl ce temps, la population celtique refoulée avait une tendance naturelle à gagner les régions montagneuses, les plateaux. Aussi voyons-nous les départements celtiques correspondre Irès-cxactemenl aux pâlés montagneux des Alj)es, à celui de l'Auvergne, puis à celle ligne oblique de hauteurs qui, séparant le bassin de la Seine de celui de la Loire, vont se terminer en Bretagne pour former les montagnes Noires.
Le tableau suivant, que nous empruntons à Broca (1), fait ressortir neltement le rapport qui existe en France entre la laille el le groupement des races.
Répartition de la taille en France suivant les races
Moyenne générale des exemptions pour défaut de taille, dans les 86 départements, 76,9 sur dOOO conscrits.