MISE EN ROUTE DES CONTINGENTS
composition de la coniinission départementale. En créant plusieurs bureaux <lc recrutement dans un même dé|)artement, il paraît logi(jue de créer aussi une commission spéciale auprès de chacun d'eux.
Lorsque le jeune soldat est reconnu impropre au service militaire, il est renvoyé dans ses foyers avec un congé de réforme n° 2 ; comme les infirmités motivant son renvoi sont antérieures à son incorporation, ce congé de réforme n° 2 ne saurait ouvrir aux frères de l'intéressé les droits prévus par le § 5 de l'article 17 de la loi du 27 juillet 1872, article qui dispense du service d'activité en temps de paix: l'individu dont un frère est « mort en activité de service, ou a été réformé ou admis à la retraite pour blessures reçues dans un service commandé, ou pour infirmités contractées dans les armées de terre ou de mer ». A la revue de départ, l'officier général prescrit l'envoi aux hôpitaux militaires des jeunes gens qui se trouveraient atteints de maladies vénériennes ou cutanées; ils ne doivent être dirigés sur leurs corps qu'après guérison complète.
Dans le cas où certaines maladies et mutilations paraîtraient le fait de manœuvres volontaires et coupables, l'officier général ferait entrer le jeune soldat à l'hôpital s'il avait besoin de soins, l'enverrait en prison dans les autres cas, et signilerait le délinquant au général commandant la division. Cet officier général le ferait poursuivre dans les formes voulues par la loi et le déférerait aux tribunaux civils.
II. Mi!<e en route des co^itinrjents. — Les jeunes gens, après avoir reçu, dans les magasins généraux de la région, les vêtements qui leur sont nécessaires pour faire la roule, et après avoir subi la revue de départ, sont mis en route et fuiment autant de détachements, commandés par des officiers ou des sous-officiers, qu'il y a de régiments à fournir.
Généralement les détachemenis de recrues sont dirigés sur leurs corps |)ar les voies rapides, quelquefois cependant par étapes ; il y a (juelques années encore, ce dernier système était même seul employé. Les considérations hygiéniques que nous dévelop|)erons, en traitant des marches, trouvent ici toutes leurs indications, mais il en est cependant de spéciales que l'officier doit connaître, que les chefs de détachement doivent faire observer.
Le jeune homme, à ce moment de son existence militaire, se trouve soumis à des influences physiques et morales particulières; elles peuvent réagir sur sa satité d'une façon d'autant plus vive qu'il n'y a point été préparé. Dans les premiers moments, le changement de milioux, l'iniprévu, le fait de se trouver réuni avec des jeunes gens de son âge peuvent l'exciter
MORACHE. — Hyg. miiit. ^5
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un peu el lui donner une certaine gaieté; mais bien souvent aussi, après l'cnllinusiasme des premiers jours, le souvenir de la famille qu'il vient de quitter, celui des liaisons violemment rompues, portent dans son âme un grand fonds de tristesse; il faut savoir respecter ces sentiments et en tenir grand compte. Aussi, ne saurait-on choisir avec trop de soins les chefs de détachements; on les prendra parmi des hommes mûris, à caractère à la fois ferme el égal, pouvant inspirer le respect sans éveiller la crainte et ne dédaignant point de montrer une cordiale sympathie au jeune camarade qu'ils initient à la vie militaire. Il va sans dire que les sous-officiers, chargés de cette mission, doivent se regarder comme les premiers tuteurs de leurs nouveaux soldats el, usant de leur inlluence et de leur autorité, les empêcher de gaspiller inutilement le petit pécule, qu'une ujère prévoyante a remis à son enfant et qui représente quelquefois de bien longues el de bien louchantes économies. Le chef de détachement veillera en pariicuHer à ce que les recrues ne se laissent point aller aux excès alcooliques; de pernicieuses habitudes peuvent prendre naissance dans ces premières heures de la vie militaire; elles influeronl peut-être sur toute la carrière du soldat. Aussi, dans les stations de cliemins de fer, dans les haltes, dans les séjours que le détachement devra subir, on maintiendra la (iiscipline la plus ferme, la plus rigoureuse, avec calme el surtout sans brutalité.
Les transports en chemins de fer ne sont pas, par eux-mêmes, bien pénibles, mais si la saison est rigoureuse on peut contracter alors des refroidissements qui dégénéreraient en aiïcciions sérieuses. En cons-équence. il serait à désirer que les effets délivrés aux recrues puissent comprendre une capote pour les hommes d'infanterie, un manteau pour ceux de cavalerie. Si la conduite du détachement se fait par étapes, la question de chaussure acquiert une importance toute spéciale. Habitués les uns au port des sabots, les autres à celui de chaussures adaptées à leurs pieds, les recrues souffrent parfois cruellemint et deviennent quelquefois momentanément incapables de marcher avec les souliers neufs et particulièrement rudes, que délivrent les magasins d'approvisionnement. De plus, beaucoup d'entre eux, les citadins surtout, ne sont pr.int rompus à la marche; aussi les étapes devront-elles être moins longues pour eux que pour les troupes exercées, les haltes plus fréquentes, les séjours plus rapi)rochés.
Pendant les routes, les recrues reçoivent le pain en nature et une allocation en numéraire, afin de se procurer des aliiiients. C'est à ce moment que le chef du détachement usera de son autorité pour diriger l'emploi de
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ces foiuls, veiller à ce que les liomnies soient convenablement nourris et consacrent à leurs achats les ressources personnelles dont ils peuvent disposer. C'est là une dépense de bon aloi, que les familles seraient heureuses do constater; l'autorité militaire doit, non-seulement la tolérer, mais même Tapprouver. Si le détachement fait séjour et que les recrues logent chez l'ijabilant, ce qui doit être évité autant que possible, II! chef du convoi veillera paternellement sur ses hommes pendant la jouriiée de repos, et s'il se peut, les détournera d'entraînements, excusables peut-être, mais dangereux pour les mœurs, autant que pour la santé.
III. Incorporation. — Arrivés enfin à destination, les itcruef? sont remis entre les mains des chefs de corps, qui les répartissent, suivant les besoins, dans les compagnies, batteries ou escadrons, donnent des ordres relatifs à leur habillement, leur instruction, toutes choses sur lesquelles nous aurons à revenir avec détail.
Mais avant d'être régulièrement incorporés dans le corps, les jeunes soldats doivent subir une nouvelle inspection très-minutieuse de la part des olïiciers du commandement, aussi bien que de la part du médecin attaché au régiment.
Cet officier doit procéder à cette visite avec toute la rigueur qu'il mettrait devant un conseil de révision, jiour examiner des hommes entièrement nouveaux. Il doit agir comme si rien n'avait encore été fait et comme s'il était appelé à |)r()noncer en première instance. C'est dire que les jeunes soldats devront être de nouveau soumis aux opérations du toisage, et examinés en suivant les règles énoncées pages 129 et suivantes, avec plus de rigueur encore, car le médecin a tout le loisir nécessaire pour procéder à l'inve.tigation la plus minutieuse. Il s'assurera, non-seulement de l'aptitude militaire générale, mais de l'aptitude spéciale pour l'arme dans laquelle le soldat doit être incorporé. Les sujets ne paraissent point remi)lir toutes les conditions nécessaires doivent être signalés au commandement; suivant le cas, on les fait présenter à la comu)ission spéciale en vue d'une réforme, ou l'on réclame leur changement de corps, dans les formes voulues pour ces mutations.
La vaccination de tous les hommes admis dans l'armée, à un lilic quelconque, a fait l'objet de plusieurs prescriptions ministérielles dont la dernière en date, celle du 31 décembre 1857, ordonne de vacciner nonseulement les jeunes gens qui ne porteraient jioinl de trace de vaccine cl de
variole, comme l'avait indiqué la circulaire du 6 mars 18^1, mais bien tous les hommes incorporés. Elle est conçue ainsi qu'il suit :
« 1° Tous les jeunes gens qui arrivent au corps, soit en contingent, soit isolément, et à quel titre que ce soit, devront, avant d'être soumis aux exercices, ou assujettis à aucune espèce de service, être mis à la disposition du médecin pour être vaccinés, qu'il existe ou non chez eux des traces de vaccine.
2" Pour les corps 'qui sont en Afrique et dont le service de santé au dépôt est assuré par un médecin civil, l'opération sera dirigée autant que possible par un médecin militaire délégué à cet eiïet. »
Les résultats de cette opération doivent être consignés sur le livret de chaque militaire avec la signature du médecin du corps attestant : 1" la situation dans laquelle se trouvait le militaire au moment de son arrivée au corps (vacciné, porteur de cicatrices de variole ou non vacciné) ; 2° l'issue de la vaccination ou de la revaccinaiion. De plus, le médecin fournit parmi les états statistiques qu'il adresse tous les trimestres au conseil de santé, un état spécial (modèle n° 5 annexé à l'instruction du Ik juin 1862) relatif à la vaccination et à la variole chez les militaires du corps auquel il est attaché. Dans leurs inspections annuelles, les généraux inspecteurs et les médecins inspecteurs s'assurent que ces ordres sont régulièrement exécutés.
Le médecin du corps de troupe doit consigner dans un registre spécial [Registre médical d'incorporation) les résultats de l'examen subi par l'homme, ainsi que ceux de la vaccination. Ce registre a une importance toute particulière; il constate, en eiïet, la situation exacte du militaire au moment de son incorporation, et doit cire tenu à jour par l'inscriplion des maladies, blessures ou accidents qui peuvent atteindre le militaire pendant son séjour sous les drapeaux. Au moment de sa sortie définitive du régiment, une dernière annotation complète ces documenis, en spécifiant l'état de sa santé à celte époque. Les médecins de corps ne sauraient apjwrter une trop grande exactitude dans la tenue régulière de ces registres d'incorporation ; ils peuvent fournir les indications les plus précieuses, dans l'intérêt de l'individu lui-même, comme dans celui de la science.
L'idée qui a présidé à la création de ce registre est donc excellente ; nous estimons qu'il y aurait lieu d'en perfectionner l'application en substituant au modèle actuel (instruction du l/i juin 1862), qui par sa disposition ne permet pas de donner aux annotations une étendue suffisante, des Feuilles