INCORPORATION DES JEUNES SOLDATS
de santé, spéciales à chaque individu, pouvant être réunies comme les feuilles des registres matricules dans les corps de troupes, mais pouvant comme elles aussi, être détaciiées pour suivre l'homme dans toutes ses mutations.
En lOto, on inscrirait les résultats de la visite médicale faite au moment de l'incorporation et reproduisant toutes les inscriptions portées à la Feuille ethnologique dont il va être (luestion à l'article V. Puis, dans des colonnes différentes , le médecin porterait avec commentaires les divers événements relatifs à la santé du militaire pendant la durée de son service, les exemptions de service, les entrées à l'infirmerie, les envois à l'hôpital, aux eaux ou en convalescence, avec l'indication de leur cause et de leur durée. Lorsque le militaire serait envoyé dans un hôpital, la feuille de santé serait communiquée au médecin de cet hô|)ital, afin qu'il pût prendre connaissance des antécédents pathologiques de son malade; il y inscrirait, naturellement aussi, le résumé de ses observations sur la maladie, le tout d'une façon concise, mais suffisamment complète. Enfin, lorsque les militaires seraient libérés, les feuilles de santé pourraient être envoyées au conseil de santé des années, et devenir le point de départ de statistiques et de travaux d'une exactitude et d'un intérêt remarquables.
La statistique médicale militaire ne doit point être une simple réunion de chiffres, mais, pour chacune des unités qui concourent à les former, on doit pouvoir Irouverdesdocuments nets et précis réunis dans uncentrecommun ; au bout de quelque dix ans, le conseil de santé posséderait de la sorte une collection de faits considérable, à laquelle seraient admis à puiser tous ceux qui voudraient entreprendre des travaux d'ensemble sur l'Hygiène, la Pathologie et la Chirurgie militaires, travaux qui, bien évidemment, peuvent rendre à l'armée et à la science les services les plus signalés.
ARTICLE V. — Résultat des opérations du recrutement et aptitude
MILITAIRE physique DE LA POPULATION FRANÇAISE.
Après avoir étudié le recrutement de l'armée dans les divers détails qui doivent intéresser le médecin et l'oflicier, il convient de jeter un coup d'œil d'ensemble sur les résultats de ces opérations, afin d'apprécier quel est le degré d'aptitude militaire que présente la population française, et d'apprécier ainsi, s'il se peut, aussi bien la valeur physique de cette population, que la somme des efforts qu'elle peut faire à un moment donné, si
les circonstances obligeaient lu France à appeler sous les armes tous les hommes valides.
§ I. — Le rccriifcnicnt envisagé sur iVnsenihle de la France.
Nous ferons porter nos recherclies sur les vingt-cinq dernières années d'application régulière de la loi de 1832, soitde18û^ à 1868. La classe 1869 et la classe 1870 ont él6 lovées pendant la guerre, la classe 1871 a été soumise à une législation transitoire; les résultats de la levée de la classe 1872, levée en 1873 en application de la nouvelle loi du recrutement, n'ont point encore été publiés. De ISUk à 1868, le nombre des inscrits, c'esl-à-dire des jeunes gens arrivés à l'age de vingt ans, a toujours été supérieur à 300 OUO, à l'exception de trois années : en 1852, il n'y a eu que 292 762 inscrits; en 1857, 29^761; en ISO*?, 292 750. D'une façon générale, le nombre des inscrits a suivi une progression croissante : de 308 900 en 18^^,300 775 en 18/i5, 307 091 en 18ii6, 30^905 en 18^»7, il était monté à 321 Zi55 en 1861, 323 070 en 1862, 325 127 en 1863, 32ii56l en 186^, etc. C'est au milieu de cette situation favonible que tombe une année déplorable; en 1867, on ne trouve plus que 292 750 inscrits, nombre mininuim de toute la série des vingt-cinq années, différant de 33 325 d'avec l'année 1865, qui avait donné 326 075 inscrits, maximum de cette même série.
Une telle variation n'est pas fortuite, elle est due évidemment à des causes spéciales qu'il convient d'apprécier. Les inscrits de 1867 coi respondent aux conceptions de 18Zj6, et aux naissances de 1847. Or, 1846 fut une année de disette pour l'Europe et la France en particulier, i t l'année 1847 ressentit également l'influence du renchérissement de toutes les substances alimentaires. — Les enfants nés en 1847, après avoir été conçus en 1846, eurent à subir l'inHuence de 1848, année de chômage, d'ébranlements de fortunes et de révolutions, éléments peu favorables à l'hygiène générale et qui ont certainement augmenté sensiblement la mortalité déjà si grande des enfants d'un an; puis en 18^19 survint le choléra qui fit de grands ravages dans la population infantile.
Les trois classes 1866, 1867, 1868 correspondent, on le voit, comme naissance et comme première enfance, à des années réellement plus éprouvées que les précédentes; rien d'étonnant que ces classes présentent un déficit sur les classes antérieures, qui, elles, correspondent à celle période de paix et de prospérité publique s'étendantde 1824 à 1844. Par une fatale
coïncidence, ces trois classes 1866, 1867 cl 1868 fiirciil préci:H''ment levées en 1867, 1868 et 1869 et se irouviiieiit sons les drapeaux au moment où éclata la gnerre de 1870; h ce moment, l'armée fut frappée dans ce qui consliiucsa base uïème, dans le soldat (1).
Pour rester dans les limites exactes, il faut néanmoins tenir compte, à partir de l'année 1861, de l'augmentation du nombre des inscrits résultant de l'annexion des déparlements des Alpes-Maritimes, de la Savoie et de la Ilaule-Savoie, qui ont fourni, année moyenne, 6918 inscrits pendant la période 1851-1869. Ce serait donc 6900 hommes à déduire des itjscrits des dernières années, si l'on veut comparer leur total à celui des années précédentes.
Dans l'avenir, nous aurons également à tenir compte, mais en sens inverse, de la séparation des départements du Haul-Rliin, Bas-Rhin et Moselle du reste de la France. Pendant les onze années de 1859 à 1869, le nombre moyen des inscrits s'élevait dans ces trois départements à lU 809 hommes. Ces chiiïres prouvent malheureusement (jue la perle faite par la France est bien plus forte que le gain obtenu lors de l'annexion de la Savoie et du Comté de Nice; ils j)euvent être un peu atténués par la conservation de certaines parties du territoire de la Moselle, rattachés au dé()artement de la Menrthe pour former celui de Meurthe-et-Moselle, et enfin par la conservation de Belfort et du territoire avoisinant, auquel nous maintenons le nom de déj)artemenl du Haut-Rhin, nom qui doil être à la fois un souvenir et une esjiérance.
Le département de la Meurlhe avait donné pendant les onze dernières années 1839-1869 une moyenne de 3750 inscrits; en 1872, celui de Meurthe-et-Moselle en a présenté 5973 : on peut donc en inférer qu'il a acquis celte annéc-lii 2223 inscrits provenant des territoires de l'ancienne Moselle et des départements du Rhin ; le département actuel du Ilaul-Rhin, resserré autour de Belfort, a fourni, en 1872, 1792 inscrits, qui, joints aux 2223 inscrits en plus dans Meurthe-el-Moselle, donneraient un total de /i015 inscri!s qu'il faudrait diniinuer du nondjre de 1/4809 inscrits perdus par la séparation de nos trois départements.
Voici du reste, présentés sous une autre forme les résultats de ce calcul.
(1) Général Vinoy, V Année française en 1873. — Études sur les ressources de la l'iancc et les moyens de s'en servir, p. 15. Paris, 1873,
RECHUTLMENT DES ARMÉES.
Pertes résultant de l'annexion de l'Alsace-Lorraine au point de vue du recrutement annuel
Moselle. . . Û3 312 inscrits de 1859 à 1869. ; Augmentation en 1872 du nombre
Bas-Rliin.. 03 810 » »
Haut-Rhin. 55 782 « »
Total. . 162 904 inscrits.
Moyenne des 11 années. ... 14 809 hommes.
des inscrits dans Meurthe-et- Moselle comparativement à la Meurlhe pendant la même période 2223
Haut-Rhin en 1872 1792
Total 4015
Balance 10,794 inscrits perdus.
Ce calcul est évidemment très- approximatif, car il n'est pas douteux qu'un grand nombre de jeunes Alsaciens-Lorrains sont venus en 1872 se faire insciire dans les départements de iMeurthe-ct- Moselle et dans le département du Haut-Rhin, afin de se soustraire au service dans l'armée allemande et rejoindre au contraire le vrai drapeau national. Ce mouvement ne pourra persister dans les années suivantes, et le nombre de 10 19U inscrits auquel nous évaluons provisoirement les pertes résultant de l'annexion de l'Alsace-Lorraine devra évidemment être augmenté.
Le total du nombre des inscrits dans la France entière s'est élevé depuis neuf ans, c'est-à-dire depuis l'annexion de la Savoie (1861 à 1869), à 2 8Zi8 050 hommes, soit 316 5^0 hommes en moyenne. En évaluant approximativement les pertes résultant de l'annexion de l'Alsace-Lorraine à 10 Tûk hommes, resteraient 305 IkQ, mais ce nombre de lu 794 est, sujet à augmenter dans l'avenir, ainsi que nous l'avons démontré; on serait donc plus près de la vérité en évaluant à 305 000 hommes le nombre des inscrits sur lesquels nous pouvons compter dans l'avenir.
Le nombre de 305 000 hommes doit être diminué de tous les individus exemptés pour infirmité, défaut de taille, des dispensés, etc. afin d'évaluer ce que ces 305 000 hommes pourront fournir d'individus aptes à être incorporés. Pour prévoir l'avenir, il faut apprécier le passé, c'est ce que nous ferons en recherchant ce qu'aurait pu fournir la France en soldats depuis vingt-cinq ans; ces données sont résumées au tableau inséré p. 233.
Dans la colonne 1 figure l'indication des classes, qui, on le sait, sont toujours examinées et levées dans l'année qui suit immédiatement; la classe ISkk est examinée et levée en 18Zi5, etc. La colonne 2 fournit l'indication du contingent demandé. Les contingents se trouvent être de 80 000
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