ÉCLAIRAGE DES CIIAMBUES DANS LES CASERNES
ilaiis la pioporlioli de 1 millième. La conibuslion du gaz s'écliappaiil au travcMS d'un orifice approprié est loin d'être complète, et donne lieu à des dépôts considérables de charbon, qui souille tous les corps environnants, ainsi qu'à l'émission d'acide sulfureux, de sulfure de carbone et d'acide sulfliydrique; de là vient l'odeur caractéristique des pièces éclairées au gaz.
Le nombre et le diamètre des orifices dont est percé le bec font naturellement varier la puissance de la flamme formée par la masse du gaz ; l'expérience a fourni les résultats suivants sur l'influence proportionnelle du nombre dos irous dont sont percés les becs.
Lumière
Dépense
Intensité relative. .
liocs Becs liées liocs Uecs
ù 8 trous. il 10 trous. à 15 trous. à 20 trous, i 30 trous.
Le nombre de vingt trous, géuéralenient adopté, paraît donc le plus productif; la dislance la plus convenable de ces trous est de 3 millimètres.
Dans les cahiers des charges pour l'éclairage public, le pouvoir éclairant est réglé ainsi qu'il suit :
1^^ Série. — Flammes consommant 1 00 litres à l'heure aj'antl'écl.-.t de 0,77 (l'une carcel consommant :'j2 grammes d'huile.
2° Série . — Flammes consom mant 140 litres à l'heure avec 1,10 de l'éclat de la même lampe.
3^ Série. — Flammes consommant 200 litres à l'heure, avec 1,72 de l'éclat de la même lampe.
L'expérience a fait adopter pour l'éclairage public la forme 54.
de flamme (lig. correspondant à une section verticale faite dans un bec de forme ovoïde, et pour les lieux d'habitation la flamme correspondant (fig. 55) à une série de trous percés sur un bec annulaire. L'emploi de l'éclairage au gaz dans les habitations doit être subordonné à beaucoup de précautions. La
Flamme de gaz pour l'éclairage public.
352 HABIIATlOiNS DU SOLDAT.
grande proporlion d'air que nécessite sa combustion, la quantité de produits qu'il déverse, auraient bientôt rendu l'atmospbère ambiante complètement irrespirable si l'on n'y suppléait par une ventilation trèsénergique. Peu utilisable dans les pièces destinées à l'habitation permanente, comme les chambres à coucher, il con\ient pour les escaliers, les cours, les corridors, mais encore faut-il que le gaz, s'écliappant de beCvS entr'ouverts ou de conduits plus ou moins détériorés ne vienne pas s'accumuler dans les pièces d'habitation. Le séjour dans une semblable atmosphère se traduit par de la dyspnée et des iri ilations à la gorge résultant de l'action corrosive des principes qu'il répand; à la longue, son
inlluence même entraîne des troubles plus ou nioiîîs profonds de l'hématose, et par suite une cachexie spéciale, à laquelle sont exposés les ouvriers travaillant le soir dans de pareils locaux ei plus encore ceux qui y couchent. A un degré plus élevé, le mélange de gaz d'éclairage à l'air aml)iant déterminerait ras|)hyxie , ou plutôt la n)ort par action toxi(pie. Dans ces proportions il expose, du reste, à un danger d'un autre ordre, celui des explosions, qui peu- (I. 'd. Cylindre de vent se produire ^dès que le gaz est mélangé à l'air dans la proportion de 111''; au-dessous il n'y a plus ni inflammation, ni détonation.
L'éclairage au gaz tend à élever rapidement la température des pièces où en l'emploie, pour peu que ces locaux soient resserrés; c'est une expérience que l'on fait chaque jour; l'échauiïement obtenu de la sorte.
l'ig. 55. — Flamme de gaz pour l'éclairage privé nal pour le gaz., — c, c. Anneau, verre.
c. Ca-
ÉCLAIRAGE DES CflAMHRES DANS LES CASERNES. 333
v'iant proporlioiinel à la vicialion de l'air, ne doit pas être recherché. Dans les expériences faites par Briquet, un bec consommant, par heure, 138 litres de gaz a émis une quantité de chaleur suffisante pour élever 151^ mètres cubes d'air de 0 degré à 100 degrés. A 0"',33 de distance d'un bec dont la llamme avait 0"', 029 de diamètre, et était entouré d'une cheminée de cristal, l'ascension thermométrique a été de 2 degrés; à 0'",162 de distance l'ascension a atteint 6 degrés.
F, Choix d'un système iVéclairage suivant les différents locaux des casornes. — Lorsque la caserne se trouve située dans une ville possédant une usine à gaz, l'économie aussi bien que le besoin d'un bon éclairage doivent engager à utiliser cette ressource, en appliquant l'éclairage au gaz dans toutes les parties de la caserne qui ne sont point un lieu d'habitation, telles que cours, escaliers, corridors, cuisines. Pour les chambres mêmes des hommes, il peut y avoir une certaine hésitation, en raison de la vicialion rapide de l'air dans les pièces éclairées au gaz. Néanmoins, étant donné ce fait que l'éclairage proprement dit est suspendu à dix heures du soir, au moment de l'extinction des feux, nous penchons à conseiller le gaz, même pour les chambres, car il réunit les avantages de l'économie à une grande puissance éclairante.
Cependant, on pourrait diminuer la viciation de l'air en disposant audessus des becs une sorte de récipient demi-sphérique, avec ouverture en entonnoir, communiquant par un large tuyau avec l'extérieur, ou mieux avec la cheminée de ventilation. Les produits gazeux s'échapperont par cet orifice, le charbon se déposera sur les parois de la cloclie et l'on n'aura plus à craindre que la viciation de l'air produite par l'absorption de l'oxygène. L'extinction des feux une fois sonnée, il faut, ainsi qu'il a déjà été dit, conserver dans les chambres un certain éclairage, en manière de veilleuse; un bec de gaz doiU le robinet sera presque fermé remplirait parfaitement cet office et entretiendrait en même temps le courant ascensionnel dans la cheminée de ventilation.
On pourrait proposer de renfermer les becs à gaz dans des lanternes appliquées contre les murailles; en lui-même ce système ne présente pas d'inconvénients, et si la lanterne est munie d'un réflecteur métallique, l'éclairage de la salle y gagne notablement. D'un autre côté celte disposition n'est point commode pour les soldats eux-mêmes, lorsqu'ils veulent lire ou travailler le soir; un trop petit nombre d'hommes peuvent seuls trouver place au voisinage de la lanterne; si l'on adoptait, au contraire MORACHE. — Hyg. milit. 23
l'emploi de becs in(lé|)endanls, descendant des plafonds comme dans les bureaux, cafés, etc., on devrait les garnir d'abat-jour assez vastes pour réfléchir la lumière et la diriger sur les tables, autour desquels les hommes peuvent venir prendre place. Celte disposition n'aurait cependant pas d'utilité dans le cas où la caserne posséderait des chambres d'école ou des chambres de jour suffisamment vastes pour l'effectif des habitants.
Les lanternes avec réflecteur conviennent parfaitement pour les locaux de passage. Dans tous les cas, les robinets ne doivent point être laissés à la disposition des hommes, mais ne pouvoir s'ouvrir qu'au moyen d'une clef confiée, pour chaque local, au caporal de chambrée.
Dans l'infirmerie, la lanterne à gaz trouve également son application; mais dans la chambre de visite, aussi bien que dans celles des sous-ofTiciers, dans les écoles, les bibliothèques, les chambres de jour, les ateliers, partout en un mot où l'on doit pouvoir lire et travailler, les becs indépendants du mur et munis de larges abat-jour paraissent convenir de préférence.
A défaut de gaz, l'éclairage des casernes peut se faire au moyen des huiles volatiles, qui fournissent un éclairage beaucoup plus intense que les huiles non volatiles et sont plus économiques. Le matériel de lampes est aussi moins coûteux dans le premier cas el exige moins de réparations. Le danger d'incendie est, en fait, très-médiocre, surtout lorsque l'on fait usage d'huiles ne prenant pas feu au-dessous de kQ à 50 degrés; en somme, ce système d'éclairage peui être avantageusement recommandé.
Pour les chambres de sous-ofTiciers, les écoles et plus encore pour les officiers, sil'on ne veut cependant faire usage de pétrole, il conviendrait d'adopter des lampes modérateur brûlant des huiles non volatiles; les Carcels sont infiniment trop coûteuses et ne trouveraient place que dans les hôtels des officiers supérieurs. L'éclairage au moyen de chandelles ne doit point être accepté dans les casernes, quelque économique qu'il paraisse au premier abord; il offre tanld'inconvénienls et devient un tel obstacle à la propreté, qu'il semble devoir être absolument proscrit. La plupart des lanternes, fallols ou portejumière quelconques, exigés par le service, peuvent être disposés pour brûler soit du pétrole, soit de l'huile non volatile; à défaut, on doit y pouvoir placer des bougies préférablement aux chandelles; c'est un progrès que la marine militaire a accompli depuis longtemps ; on ne comprend pas pourquoi il n'en serait pas de même dans l'armée, car la raison économique ne saurait être invoquée en faveur de cette matière aussi primitive que peu éclairante.
OmETS M0151LIERS DES CHAMBRES DE CASERNES.
§ IV. — Objets inohilîcrs de** cliainlires «lo casernes. — Entretien lie la propreté dans ces locaux.
Dans l'état actuel des casernes françaises, le mobilier réglementaire affecté aux cliambres de soldats consiste dans: 1<* les lits et les objets de couchage fournis par une compagnie spéciale (la compagnie des lits militaires Clianïbry), (pii depuis lS5-^i a l'entreprise de toutes ces fournitures; 2" le matériel, eniretemi et remplacé par les soins du génie, comprenant les planches à bagages de 0™, 30 de largeur, à simple rang pour les corps d'infanterie, à double rang pour les corps de cavalerie, les chevilles, crochets ou boutons pour porter l'armement et l'équipement, les crochets, porte-souliers, les râteliers porte-brides, les râteliers d'armes, des tables de '2 mî'tres de long sur O'",70 de large (à raison d'une table par seize hommes;, des bancs de 2 mètres de longueur (deux bancs pour seize hommes), des planches à pain de O'",60 de largeur et d'un développement calculé à raison de 0"", 12 au moins par homme de l'effectif, des planchettes destinées à recevoir l'extrait de l'état des lieux et l'inventaire du mobilier; 3° le matériel, fourni et entretenu par les corps sur la masse générale d'entretien, et comprenant des planches destinées à recevoir les instructions, règlements, etc., et des étiquettes destinées â être placées à la tète des lits et au-dessus de chaque arme au râtelier (art. 60 du règlement du 30 juin 18.')6). Ce mobilier est, on le voit, peu luxueux, mais cette qualité ne doit point entrer en ligne de compte ; ce qui importe c'est que l'homme soit sainement et convenablement logé, et qu'il puisse trouver non pas précisément un certain confortable, mais au moins des installations suffisantes pour satisfaire aux différents besoins de son existence.
Ces conditions sont-elles rem|)lies actuellement? Nous nous permettons d'en douter et chercherons à le démontrer en entrant dans quelques considérations sur les différents objets mobiliers.
1° Matériel de couchage. — Ce matériel constitue évidemment la partie la fTlus importante du mobilier des casernes. Jusqu'en 182/i, les lits étaient en bois et devaient servir pour deux hommes, d'où le nom de camarades de appliqué jadis à ceux qui partageaient la même couche; il s'est conservé malgré la suppression de cette déplorable habitude, pernicieuse au point de vue de la décence comme à celui de la santé. Depuis 1826 chaque homme possède son lit, consistant soit en une couchette toute de fer, soit plus généralement en deux montants en fer sur lesquels on dispose les
planches (le bois. Les fournitures comprennent : une paillasse en toile lessivée, contenant 10 kilogrammes de paille, un matelas contenant 8 kilogrammes de laine et 2 kilogrammes de crin, un traversin contenant 1 kilogramme de laine et 1/3 de kilogramme de crin, une couverture de laine et en hiver un couvre-pied fait avec de vieilles couvertui es, une paire de draps renouvelée tous les njois.
En lui-nièmc ce matériel est assez satisfaisant, son entretien laisse peu à désirer; cependant la paillasse pourrait disparaître sans inconvénients; elle ne constitue certainement pas un couchage insalubre, mais elle a besoin d'être brassée tous les jours, opération i\ui s'accomj)agnc d'une grande diffusion de poussière, et si l'on ne prend la précaution de mettre fréquemment la paille au contact du grand air, ou mieux de l'exposer au soleil, elle ne tarde pas à contracter une certaine odeur, indice d'un commencement de fermentation putride.
Dans l armée prussienne (règlement du '27 août 1867), le matériel de couchage est à peu près le môme (|ue dans l'armée française; il n'existe cependant point de paillasse, mais bien un simple matelas de crin. Les lits sont également en fer, aussi bien que dans les casernes anglaises et autrichiennes.
Nous estimons que la paillasse pourrait disparaître des fournitures de couchage; les planches du lit seraient alors remplacés par une toile fortement tendue, prenant point d'appui sur les deux montants et sur des traverses qui les maintiendraient écartées; on aurait alors quelque chose a|)procha!ît du lit à fond de toile, dont l'usage tend à se répandre de plus en plus dans la population. Dans le cas où l'on craindrait de voir celte toile s'user trop rapidement, on pourrait luisubstiiucr des bandesde fer élastiques s'entre-croisant à angle droit, de manière à former un appui suffisant pour le matelas et présenlanten outre une certaine élasticité. L'adoption d'un semblable couchage aurait l'avantage de présenter moins de volume, par conséquent d'augmenter dans une réelle proportion le cubage atmosphérique de la chambre, de rendre le matelas plus accessible à l'air qui le viendrait balayer par en des- • sous ; le lit serait encore suffisannnent chaud et certainement plus hygiénique. Au besoin, on pourrait augmenter légèrement l'épaisseur du matelas, en portaiU la quantité de crin à U kilogrammes, celle de la laine restant fixée à 8 kilogrammes.
Du reste, le système môme de literie, pourrait recevoir une modification plus radicale encore, appliquable au fur et à mesure du renouvellement du
OlUliTS MOr.ILlEKS DES CHAÎMIUIES DK CASERNES. o57
matériel. Tels qu'ils existent, les lits occupent une surface énorme dans les chambres et ne laissent point assez de place disponible jwur les divers services, pour le va-et-vient, pour le séjour même des hommes. La marine, disposant d'espaces plus rétrécis encore, a adopté le hamac en remplacement du lit, et, sans vouloir faire aucune comparaison, on a également introduit le hamac dans les prisons cellulaires, les colonies pénitentiaires. Soumise à des conditions d'agglomération h peu près semblables, l'armée n'aurait qu'à gagner en adoptant aussi ce mode de couchage qui, s'il n'est pas d'un usage habituel parmi nos pojndaiions, ne tarderait pas à trouver de nombreux partisans, dès qu'on en aurait vu les avantages dans les casernes; il est du reste en usage non-seidement sur les navires, mais encore dans les casernes des équipages de la flotte.
Le hamac consiste essentiellement en une double enveloppe de toile rectangulaire, percée sur les petits côiés d'orifices garnis de métal, d'où parlent des cordelettes venant se réunir h un anneau de fer. Si l'on suspend ce hamac par les deux bouts, l'action de ces cordelettes tend à donner à la toile une excavation dans le sens du petit axe et une légère courbure dans le sens du grand axe. Lorsque l'homme est couché, son poids tend à augmenter la concavité dans le sens transversal, mais diminue la courbure dans le sens du grand axe. Entre les deux doubles de la toile, se glisse un léger matelas de laine, et le reste de la literie se complète avec des draps et des couvertures. Les marins ont l'habitude de placer une petite pièce de bois entre les cordelettes extrêmes des deux petits côtés, l'araignée en terme technique, afin d'en augmenter l'écartement et d'élargir ainsi le hamac.
Les grands avantages que l'adoption du hamac semble présenter consistent en premier lieu à rendre toute la literie plus portative, de sorte que l'on peut facilement l'exposer au grand air lorsque le temps le permet, et en second lieu de n'occuper dans la chambre qu'une place excessivement restreinte. Au réveil, tous les hamacs pourraient être rouies et accrochés le long des murailles; la chambre serait alors absolument dégagée et présenterait l'aspect d'une vaste salle, facilement transtormaole en réfectoire ou en salle d'étude. Dans l'assiette actuelle de nos casernes, les chambres ne sont que des dortoirs; elles doivent cependant être plus encore, à moins que l'on n'adopte le principe des « chambres de jour » que nos casernements actuels ne permettent certainement pas de disposer.
L'adoption du système de couchage avec hamacs entraînerait la nécestilé de colonnes ou de poteaux suffisamment espacés les uns des autres et
35 s HABITATIONS DU SOLDAT.
garnis de crochets; en disposant leur rangée parallèlement aux murs mêmes du bâlinient, cette suite de poteaux ne gênerait point la circulation. Leur volume pourrait être très-peu considérable, à condition de les établir sous forme de légères colonnettes de fonie ou de fer. Le hamac est sans doute un peu plus froid que le lit, mais dans nos climats on a peu à lutter contre cette influence, et de deux inconvénients il faut savoir choisir le moindre; or, l'adoption du hamac, relativement bien moins volumineux que le lit, augmenterait sensiblement l'espace disponible et faciliterait beaucoup la propreté et la ventilation.
On ne doit point craindre d'imposer aux soldats une mesure contraire à leurs habitudes, lorsque l'hygiène la réclame; nous avons dans l'armée toutes facilités pour réglementer l'hygiène en la transformant en prescriptions; se laisser arrêter par des considérations d'usages et d'antécédents est absolument puéril. Si le hamac est bon, les soldats seront bien forcés de s'y accoutumer, ils comprendront très-vite les avantages qu'ils en retireraient.
Le règlement du 30 juin 185(3 (article 27) exige que les lits soient séparés par un espaee de 0iii,25 au moins : cette dislance est absolument insuffisante. En Belgique elle est de C^.SÔ, en Angleterre de 2 pieds (0"',60) environ. Les lils doivent, en outre, être écartés du mur de O",!!) afin que l'air puisse facilement circuler à l'enlour. Dans certaines casernes nouvelles, par exemple dans celle de St-Charles à IMarseille (voy. fig. Zh, p. 268), on a disposé les lits non point perpendiculairement aux murailles du bâtiment, mais dans le sens du grand axe des chambres et perpendiculairement à de légères cloisons en bois hautes de deux mètres. Ces cloisons, quoique dirigées dans le sens des courants d'air passant entre les fenêtres opposées, s'opposent cependant à la ventilation; la rangée de lils adossés à la même cloison est encastrée entre deux stalles qui, sans doute, arrêtent les courants d'air dont on a tant à cœur de défendre les soldats, mais qui arrêtent ussi toute ventilation. Cette disposition est particulièrement nuisible dans les chambres Zi2 du premier étage (fig. 3/i, p. 268), où l'on verra parfaitement combien les lits sont resserrés les uns contre les autres; elle doit êlre absolument abandonnée.
La destruction des punaises ou autres insectes est devenue réglementaire dans les casernes depuis 1861. L'instruction du 12 mars 1861 prescrit, pour cet usage, l'emploi de la poudre de Pyrèthre dont les corps doivent s'approvisionner dans les pharmacies militaires (décision du 5 octobre 1861)
OBJETS MOBILIERS DES CHAMlîllES DE CASERNES. 359
— L'opcM alioii doit être pratiquée, s'il y a lieu, deux fois par au, à la fin de mars ou au conimeucenient d'avril, époque correspondant à la ponte des œufs, puis une seconde fois en juillet. — La quantité de poudre nécessaire pour ciiaque opération est évaluée à 6 grammes j)ar homme, sur lesquels -';ou 5 grannnessont employés dans les chambrées, le reste est réservé pour les accessoires du casernemenl.
2" Tables, bancs, armoires, etc. — Le règlement, avons-nous dit, alloue une table de 2 mètres sur 0",70 pour seize hommes, et deux bancs de 2 mètres chacun, également pour seize hommes. En supposant qu'ils y prennent tous place, chaque soldai n'aura que 0°',25 sur le banc, et sur la table un espace de 0™,25de large sur O'",o5 de profondeur. Ces dimensions sont illusoires; il est absolument impossible de faire asseoir huit hommes sur un banc de 2 mètres et de les faire écrire ou manger en ne donnant à chacun que 0'",25 sur la table. On pourrait objecter, il est vrai, que bien rarement les hommes d'une chambre sont tous présents à la fois et en humeur de s'asseoir en même temps, mais il n'importe, cela peut arriver, sinon pour toute une chambrée, au moins pour les individus correspondant à une nième table; or^ le soldat doit avoir sa place mar(|uée comme il possède son lit, pouvant en user toutes les fois oij, le service lui laissant un moment de liberté, il peut vouloir lire, écrire ou se livrer à quelque travail. Les chambres de caserne sont bien bruyantes sans doute, il est difficile d'y trouver le calme nécessaire au travail, et le soldat doit pouvoir se recueillir dans des bibliothèques, des «chambres de jour», mais, en attendant que ces amchorations soient introduites dans nos casernements, où trouvera-t-il un coin pour écrire une lettre, pour poser sa gamelle et prendre son repas ?
Les soldats n'ont actuellement rien de pareil, ils prennent leur repas dans les cours, les escaliers, debout contre les murs, assis sur leur lit; ce n'est point là une affaire de simple propreté, mais bien de convenance et de dignité. Nous devons considérer le soldat connue un homme réfléchi, soigneux, soucieux de son instruction, afin de le forcera acquérir ces qualités, mais encore faut-il que cela lui soit possible et que sa vie ne se passe pas dans un désordre continuel, désordre intellectuel pour ainsi dire, quoique compatible avec une parfaite régularité dans le service.
L'exemple de la marine peut être encore ici invoqué : dans les batteries des navires de guerre, hautes à peine de deux mètres, où se trouvent accumulés mille objets dont nos casernes sont heureusement privées, où de
grosses pièces d'artillerie occupeiil avec leur matériel un espace considérable, on a su .disposer cependant des tables et des bancs, suspendus au })laf()n(l au moyen de cordes, mais facilement relevés et maintenus alors au moyeu de crochets; deux fois par jour, les hommes viennent s'y asseoir pour prendre leur repas entre camarades, en causant, en échangeant par conséquent des idées. Trois fois la semaine, le samedi, le dimanche et le lundi, d'une heure de l'après-midi à (|uatre, les tables sont également abaissées et les hommes non de quart peuvent s'y installer pour raccommoder leurs effets, lire ou faire leur correspondance. ]N'est-il donc point possible de donner à nos soldats ces légères satisfactions que la marine trouve le moyen d'assurer en tous temps à ses matelots? L'armée doit êti'c une école, à tous les points de vue, mais aussi une école de civilisation et de dignité ; ces résultats ne s'oblieiment point sans des transformations même matérielles : celle que nous réclamons paraît petite sans doute, elle a néanmoins son importance.
Dans les chambres de caserne, l'homme ne possède aucun coin qui lui appartiemie en propre, il dispose ses effets sur les planchettes que le règlement lui alloue, mais il n'a pas un tiroir pour renfermer ces quelques objets qui rappellent la famille, des lettres, un portrait, un livre de prières, des livres d'études; ^a vie se passe dans une continuelle promiscuité. Dans les casernes prussiennes (§ B. du règlement du 27 aoûi 1867) (l), chaque homme possède une armoire et un tabouret sans dossier; par dix hommes, existe une table d'études cl une table de loiiette. Les armoires se composent d'une partie inférieure ouverte destinée à suspendre les babils, les armes et effets d'équipenient et d'une partie supérieure, fermée à clef, pour les petits effets.
Rien ne serait plus facile que de donner à nos soldats ce petit mobilier, à savoir un tabouret pour chaque homme et une armoire dont la porte serait disposée pour former table en s'abaissant; de grandes tables existeraient en outre au milieu de la chambre pour prendre le repas, elles seraient éclairées le soir par des becs de gaz avec abat-jour; les crochets du hamac seraient plantés au haut de l'armoire, sur laquelle ce dernier trouverait place pendant le jour. Chaque soldat aurait ainsi sa place marquée et serait chargé d'y entretenir la proprété la plus scrupuleuse.
(1) Nac/iirdye zur Einricliiunr/ und Aiisslatfung d-r Cnscrncn. — Beilage B •Verfiigung des militer-Oacon Dep. vcn 27 August 1867.
0I5JLTS MOlULlEKS DES CHAMIÎUES DE CASERNES. 361;
Les sous-officiers et mC'nie les oniciers passeraient de fréquentes inspections (les armoires pour s'assurer qu'elles ne se transforment point en réceptacles de choses prohibées ou même de détritus de toute nature, mais il serait admis ([ue celte inspection ne pourrait se faire qu'en |)résence de l'homme, pour bien affirmer son droit de propriété et lui montrer qu'il est quelqu'un.
Les armes ou autres effets d'équipement trouvent une place naturelle dans les chambres des hommes. Il est bon, il est noble qu'ils les aient toujours sous les yeux ; leur parfait entrelion en est du reste faciliié. Mais il n'en est pas de même des objets de sellerie; longtemps les selles étaient accrochées à des porte-selles dans les chambres, actuellement on les place encore trop souvent dans les corridors, les paliers el dans le voisinage des chambres; les brides, le couvre-fonte, le lapis de selle, sont suspendus dans les chambres : tout ce cuir, enduit de cirage ou de graisse, pénétré de la sueur des chevaux, exhale une odeur parlicidièrement pénible el déverse dans l'atmosphère des principes organiques en abondance. L'hygiène la plus élémenlaire réclame l'éloignement de tout ce matériel et son renn'sage dans des selleries placées au voisinage des écuries; il y sera sans dangers. Ces installations existent dans l'armée anglaise et devraient se généraliser dans la nôtre.
3" Lava/m. — La question de la propreté individuelle viendra naturellement dans une autre partie de cet ouvrage ; mais au point de vue du matériel, elle doit cependant être mentionnée ici mênie.
Dans nos casernes la seule disposition prise à cet égard consiste en robinets d'eau dans les cours, aux(iuels l'homme doit aller se laver; l'article IjU du rt-g louent du 2 novembre 1833 sur le service intérieur, infanterie, et 209 cavalerie, charge en effet les caporaux ou brigadiers de chambrée de veiller à ce que les hommes se lavent la tête et se nettoient le visage et les mains; mais on ne leur donne aucune facilité pour ces soins de la |)ropreté la plus élémentaire. Le soldai se lave la figure et les mains, mais n'a point d'ustensile de loilelte, ni de serviette pour s'essuyer, en sorte q\vi\ doit faire ses ablutions à la pompe de la cour de la caserne, et remonter en courant dans la chambrée pour s'essuyer à ses draps. La sollicitude des chefs de corps ne peut modifier cet état de choses, qui est imposé par l'absence de tout règlement spécial, de toute installation; si même un homme plus délicat voulait, à ses frais, posséder une cuvette et des serviettes, il n'aurait pas de place pour les loger»
et ne larderait pas à se les voir enlever, si même il n'encourait une punition pour désordre dans ses effets.
Les choses étant ainsi, etpersonne ne saurait le contester, on peut dire qu'il y a là une véritable révolution a accomplir. La question est du reste pendaiiie, car plusieurs médecins et officiers l'ont déjà signalée. On a proposé d'installer dans les cours des casernes de vastes hangars sous lesquels seraient disposés des lavabos recevant l'eau d'un tuyau courant le long du mur d'appui et percé d'autant de robinets qu'il existe de récipients. Une planche, disposée à quelques décimètres au-dessus du tuyau, permettrait aux hommes d'y déposer leurs effets pendant la toilette; les serviettes seraient fournies par les lits militaires au nombre de une par homme et j)ar semaine. La fréquentation des lavabos serait obligatoire, et chacjue compagnie s'y rendrait successivement sous la conduite de ses sous-officiers. Étant donné que chaque homme dût y passer cinq minutes au minimum, on calculerait le nombre des robinets de telle façon que toute la troupe pût y passer en une demi-heure, c'est-à-dire à raison d'un robinet pour six hommes d'effectif (1). Si, du reste, la disposition de la caserne le permet, les lavabos pourraient être montés dans les corridors; cette disposition aurait l'avantage de ne pas exposer les hommes aux refroidissements, surtout en hiver, et, en plaçant l'eau plus à leur portée, les engagerait à venir se laver plusieurs fois dans la journée, après les exercices, par exemple, les repas ou l'astiquage des armes et de la sellerie.
Ceci rentre du reste dans le domaine de l'application, et ou tranchera les difficultés le jour où on le voudra réellement.
Remarquons que dans toutes les autres armées, cette organisation existe avec un degré de perfection plus ou moins grand. Nous avons vu (fig. 36 et 38) les lavabos placés à côté des chambres dans les casernes anglaises, ce sont de véritables cabinets de toilette, avec urinoirs à côté. Dans les casernes prussiennes, nous venons d'indiquer l'existence d'une table de toilette pour dix hommes : elle est garnie de cuvettes et l'on délivre une serviette par semaine à chaque soldat. Dans l'armée américaine les « ablution-rooms » sont situées, tantôt à côté des cuisines, tantôt près des dortoirs (2); on le voit, nous sommes absolument en
(1) Des lavabos pour les troupes dans les casernes (Bulletin de la réunion des officiers, 1872, p. 391).
(2) Circulaire n" 4. Loc. cit.
ENTRETIEN DE LA PKOPUETÉ DANS LES CASERNES. MVi
retard sur les autres armées; ce progrès est l'un des plus urgents, parmi toutes les améliorations que nous avons encore à acquérir.
4." Entretien des c/ianiùres. Soins de propreté. — Le règlement du 2 novembre 1833, sur le service intérieur prescrit, article 159 inf. et 209 caval., que les chambres seront journellement balayées, les salles et les bancs nettoyés par un honnne de corvée, la i)oussière enlevée sur le râtelier d'armes et la planche à pain, les ordures déposées dans les corridors. Les caporaux ou brigadiers de chambrée conmiandent un honnne h tour de rôle pour ce service. Les sergents de sections ou maréchaux des logis de i)eloton (articles 138 inf. et 179 caval.) doivent de plus faire procéder le samedi à un nettoyage à fond, et faire battre les couvertures et matelas; les olliciers de semaine (articles 101 à 105 inf. et 233 caval.) s'assurent que ces prescriptions sont exécutées et que le nettoyage ne se borne pas aux chambres, mais aux corridors, escaliers et autres lieux de passage alTérant h leur compagnie ou leur escadron. Enfin l'officier supérieur (chef de bataillon ou d'escadron de semaine) (articles 25 inf. et 26 caval.) visite souvent les chambres, particulièrement à l'heure des repas, et rend les officiers de section ou de peloton responsables de leur bonne tenue.
Dans une certaine limite le médecin-major du régiment a qualité pour intervenir dans l'entretien des chambres, car, en vertu de l'article 56 inf. et 70 caval., il doit, dans sa visite journalière au quartier, observer tout ce qui intéresse la salubrité des chambrées, rendre compte au lieutenant-colonel de ses observations et « lui proposer les mesures d'hygiène qu'il croit utiles ».
Le règlement est donc fort précis en ce qui louche la propreté et la salubrité des chambres, en tant qu'elle est com|)atibIe avec l'état de choses existant. De nondîreuses circulaires ministérielles, notamment celles des U Juin 1861 et 29 septembre 1871 ont rappelé aux chefs de corps toute l'importance de la propreté, de la ventilation des chaïubies au point de vue de l'hygiène; d'un autre côté, la propreté, ainsi entretenue, est assez superficielle, elle se borne à enlever la poussière et les autres détritus de toute nature, mais on ne fournit point aux honnnes un matériel suffisant pour la pousser beaucoup plus loin. Ils n'ont à leur disposition que des balais, mais point de linge pour essuyer les objets nuibiliers, point de fauberts pour nettoyer le plancher. Ce sont là des desiderata qui pouriaienl facilement être obtenus; dans quelques régiments on parvient
à y suppléer, mais la chose n'est point réglementée. Dans l'armée prussienne, le § Casernenstuben-ordnung du règlement précité du Gesc/iaflsordnung fur die Veriraltung der Garnison Anstalten entre à ce sujet dans des détails beaucoup plus précis; leur importance nous engage à en reproduire quelques paragraphes qui semblent démontrer une vigilance bien remarquable en ce qui touche celte partie de l'hygiène du casernement.