ÉCLAIRAGE DES GIIAMBUES DANS LES CASERNES. 33V
I. Eclairage naturel. — La lumière iialLirelIe péiièlre dans les liabilations par les ouvertures qui y ont été pratiquées dans ce but, et servent également à la ventilation, les portes et les fenêtres. Nous avons suffisamment indiqué au paragraphe précédent l'importance de ces ouvertures pour n'avoir point à y revenir. Certains locaux particuliers, dans les établissements civils ou militaires, reçoivent la lumière au travers d'ouvertures pratiquées dans le toit et garnies de vitres. Au point de vue de l'éclairage, ce système est assez avantageux, la lumière tombe d'aplomb dans toutes les parties de la chambre, les ombres projetées sont presque nulles et l'on conçoit que ce dispositif convienne spécialement aux ateliers, aux salles de dessins, partout en un mol où l'on a besoin d'un éclairage intense et constant, ne variant pas aux dilîérentes heures de la journée.
Dans les casernes, ce système n'a point encore été mis en pratique, il ne serait pas toujours applicable du reste, mais il diminuerait peut-être les difficultés de la ventilation. La lumière pénètre donc obliquement dans ces constructions; la seule indication réclamée par l'hygiène à ce sujet est une suffisante diffusion de ce puissant agent de salubrité ; un éclairage bien entendu, s'élendant dans les moindres coins des chambres oij, sans cela, les immondices de toute nature ne tarderaient pas à s'accumuler en devenant moins ajiparents à l'œil des supérieurs, constitue le [)remier élément de la propreté des habitations.
IL Eclairage artificiel. — L'éclairage artificiel doit commencer dès que le soleil dispaï aît de l'horizon, il s'étend non-seulemenl aux chambres elles-mêmes occupées par les hommes, mais aux escaliers, corridors, salles de travail, corps-de-garde, cours, écuries, latrines, en un mol à tous les locaux où le soldat peut être appelé pour son service et ses besoins.
L'éclairage artificiel constitue l'un des chapitres les plus importants de l'hygiène des habitations; il agit sur l'air aujbiant dont il modifie la constitution en lui enlevanl de l'oxygène, en lui fournissant de l'acide carbonique, de l'eau, des produits volatils parfois empyreumaliques, souvent des produits solides comme le noir de fumée ; il a de plus une influence capitale sur l'organe même de la vision.
A ce dernier point de vue, les indications hygiéniques de l'éclairage artificiel se bornent à demander que l'œil ne soit pas frappé par les rayons direcis du foyer lumineux, que ce foyer soit suffisamment intense pour éclairer d'une manière complèle, distincte, égale et invariable tous les objets expo-
o/lO HABITATIONS DU SOLDAT.
SCS h la vision. L'action prolongée des rayons directs d'un foyer lumineux trop intense finit par amener une paralysie plus ou moins marquée de la rétine, lésion fonctionnelle due à des phénomènes congesiifs du côté de la choroïde; par contie, les elTorts d'accomrrioclalion auxquels l'œil doit se fournir, lorsque l'éclairage artificiel n'est pas suffisant pour le travail auquel on se livre, amènent des troubles physiciues dans les organes de la réfraction.
L'éclairage artificiel est basé sur la propriété que i)ossèdent certains corps de devenir lumineux lorsqu'ils atteignent une haute température, mais ils le sont à des degrés dillérents, et, dans la pratique, un j)elit nombre seulement de ces corps peuvent être employés coinme matières éclairantes.
Laissant de côté les éclairages à la lumière électrique, ceux dus à la combustion du magnésium, du platine dans l'hydrogène, etc. , que l'art militaire peut cependant employer dans certaines opérations, nous pouvons constater que tous les corps utilisés pour l'éclairage doivent cette propriété à la présence d'hydrocarbures qui se volatilisent, et brûlent au contact de l'oxygène de l'air, en fixant naturellement une grande proportion de ce gaz.
Celte combustion donne lieu à la production d'une flamme, qui n'est autre chose (jue le faisceau des gaz, dégagés sous l'influence d'une haute température, tendant à gagner les parties élevées en '^'rt ff\î£Ûîio^'in fé! iem^^^ la laison de leur densilé moindre (|ue celle de l'air, ^^''|^^"^PaH^e"ceniralrob^ i-gsserrés enfin par la pression de cet élément; de scure. — c. d. e. Partie |à vient la forme allongée de la flamme. I.a théorie
rentrale très - (■flairante , . , ^, i • , i
véritable foyer lumineux, de la liamme est encore lom d être absolument d^^i;Va"nnnS'V^u''S\- cependant, si l'on en considère une, celle rante, mais a une haute d'une bougie, par exemple, on voit bientôt qu'elle température. . . . ■ ■ , ,o r»\
se compose de trois parties prmcqiales (fig. 51;,
une portion extérieure g, h, i, peu éclairante, mais à une haute température, une portion intermédiaire, c, d, e, qui est le véritable foyer lumineux, une partie centrale ^ b, obscure, peu éclairante et relativement moins ch.mdc; enfin en dessous, se trouve une petite portion a, o, di! couleur bleue. Les physiciens ne sont pas entièrement d'accord sur le mode de combustion dans ces dilTérenlcs parties; on peut dire néanmoins
ÉCLAIRAGE DES CHAMIUU-S DA.NS LKS CASERNES. 3^ll
(\w la combiistioii osi d'autant plus vive que l'on se rapproche davantage <le la périphérie de la (lammo, parce (pi'ou se rapproche davantage de l'oxygène, source première de la combustion. La portion centrale, obscure est le point ou les hydrocarbures se dégagent, mais sans se décom|)oscr encore ; dans la portion intermédiaire, éclairante, ces hydrocarbures se dédoublent, le carbone se transforme en oxyde de carbone au contact d'une certaine proportion d'oxygène; plus loin, lorsque l'oxygène devient plus abondant, l'hydrogène se combine avec ce dernier en brûlant et donnant de la va|)eur d'eau, et l'oxyde de carbone, s'oxydant davantage, se transforme en acide carbonique. On voit tout de suite que, si pourun motif quelconque l'accès de l'oxygène fait défaut ou n'est pas suiïisant, la cornb'.istion s'opère mal, la llamme est rouge, peu éclairante et donne lieu à MU épais dépôt de noir de fumée; ce dernier n'est autre chose qu'un mélange de carbone pur et d'hydrocarbures.
Dans les circonstances ordinaires, une matière éclairante pouvant brùleidans un air tranquille, sans donner lieu à la formation d'une flamme fuligineuse, doit contenir six parties de carbone pour une d'hydrogène ; si Li proportion du carbone diminue comme dans l'alcool, la flamme n'est pas éclairante; s'il csX en excès, il y a production considérable de noir de fumée, comme dans la flamme de la térébenthine; celle-ci contient sept parties et demie de carbone pour une d'hydrogène.
A. Matières éclairantes. — Les matières éclairantes les plus communément employées se divisent en : 1° matières solides à la température ordinaire, que l'oa eniploic sous forme de bougies ou de chandelles suif, huile de palme, cire, blanc de baleine, paralïine, acide stéarique et j)almili(|ue); 'i"' matières liquides, que l'on emploie dans les lampes, elles s ' divisent en a, huiles non volatiles (huiles de colz;i, d'ohve, de poisson);
huiles volatiles; celles-ci sont : soit des huiles éthérées, connue la campbJne (essence de térébenthine rectifiée), soit des huiles minérales obtenues par le traitement du goudron, de la tourbe, du lignite, etc. (huile solaire, phologène, ligroïne, tirosinc, etc.), soit enfin le pétrole et ses dérivés fournis directement par la nature: c, substances gazeuses qui se forment par distillation sèche de la houille, des schistes bitumineux, de la tourbe, du bois, desrési'ius de pétrole, des résines et graisses, etc. ; à une température élevée CCS différents corps se décomposent en un résidu solide, riche en carbone, en goudron et en gaz prenant naissance aux dépens du charb:)n; ces différentes substances éclairantes doivent être envisagées au point de vue de leur
3^l2 llABITATlOJfS DU SOLDAT.
pouvoir éclairant, de la vicialion de l'air qu'elles déterminent, enfin à celui de leur prix de revient.
En prenant pour unité de lumière la bougie stéarique, dont tout le monde fait usage aujourd'hui, l'ahbé Moigno (1) a déterminé ainsi qu'il suit la valeur éclairante des différentes matières éclairantes.
Rendement en lumière d'un même poids des principales matières
éclairantes.
Bougie de stéarine, prise pour unité de lumière 100
Chandelle ■ 95
Bougie de pnraffme 130
Huile de colza bien épurée (lampe Carcel ou à modérateur]. . . . 168
Gaz à la houille (à 0 fr. 30 le mètre cube) 70
Gaz au bog-head 3^0
Gaz à la graisse ou à l'huile 250
Pétrole d'Amérique brûlant à 21 0° 279
— de Schabwiller 261
La puissance de viciation de l'air atmospliérique par la combustion des matières éclairantes est très-considérable; il suffit de brûler 1 kilogramme de bougies stéariques dans un milieu de 50 mètres cubes pour y élever la proportion d'acide carbonique au taux de /i pour 100 en volume; d'autre pari :
Litre? il'air.
i kilogramme d'hydrogène carboné exige pour sa combustion .. . 13,620
— d'huile de colza épurée 11,219
— de suif 10,352
— de cire 10,419
Relativement au rendcmcntéconomique des diverses matières éclairantes, Payen (2) prenant pour unité commune l'intensité d'une lampe Carcel, brûlant en une heure 42 grammes d'huile de colza épurée, a établi comme H suit la dépense comparée des divers éclairages.
Valeur économique des divers éclairages comparés. Pourobtenirla même intcnsitélutnineusc pendant une heure, il faut brûler :
Ci'nliino?.
Bougies stéariques de 10 au kil 63 gr. à 3 fr. »» le kil. 19,00
Chandelles dont la lumière est très-variable. 80 gr. à 0 fr. 80 le kil. 14,35 Huile de colza épurée 42 gr. à 1 fr. 40 le kil. 5,88
(1) li'abbé Moigno, les Éclairages modernes. Paris, 1867.
(2) Payen, Chimie industrielle. Paris, 5° édit. 1868, t. II, p. 861.
ÉCLAIRAGl- DES CHAMBRES DANS LES CASERNES. 5ft3
OnliiiKîs,
100 litres de gaz de houille, becs usuels, . . 50 gr. à 0 fr. 30 le m. c. 3,00 85 litres — hecsà air chaud. /i'2 gr. — 2,55
66 litres — * -|- 2 gr. 80 de
carbones vola'ils 36 gr. — 2,iîi0
25 litres de gaz de bog-head 25 gr. à 1 fr. »» le m. c. 2,50
Ces données premières étant connues, nons dirons quelques mots des principaux appareils d'éclairage et des matières éclairantes qu'ils nécessitent.
B. Eclairage avec les corps solides, ^chandelles, bougies, etc. — Les chandelles de suif constituent encore le mode d'éclairage dévolu à de nombreux locaux militaires ; elles sont cependant peu avantageuses. En une heure les chandelles de six à la livre perdent 11 grammes de leur matière et consonunent l'oxygène de 0'"%322 d'air; pendant ce même espace de temps, elles émettent une quantité de calorique suffisante pour élever de 0 degré à 100 degrés S-^sSeO d'air. La flamme, en forme de cône allongé, a Zi à 6 centimètres de hauteur sur 10 à 12 millimètres de largeur. Son intensité lumineuse est de 10,66, celle d'une lampe Carcel de 29 millimètres étant 100. La flamme va en diminuant à mesure que la mèche .s'allonge, d'où la nécessité de couper cette mèche, sous peine de perdre les trois quarts de l'éclairage. La flamme de la chandelle est sans cesse agitée par des variations dans le courant des matières volatilisées, et par la succession des couches d'air échauffées au contact de la mèche en igniiion.
Les produits de la combustion incomplète des chandelles, dégagés dans l'atmosphère aud)iautc, sont essentiellement nuisibles à l'organisme. Ils contiennent de l'hydrogène carboné, de l'oxyde de carbone, de l'acide carbonique, des acides stéariques, margariques, oléiques et sébaciques, de l'acide acétique, de l'eau, une huile volatile odorante, de l'huile empyreumatiquc et du charbon. Les gaz hydrogènes et carbonés peuvent être absorbés par la respiration et modifier l'oxygénation du sang; les autres gaz irritent les surfaces muciueuses ; le charbon porté sur la muqueuse respiratoire, fortement imprégné de matières pyrogénées, devient un agent très-irritant, détermine la formation de mucosités qui sont expectorées le matin ; elles ont une odeur et une saveur particulièrement acre, piquent à la gorge et contiennent une grande proportion de charbon qui leur donne un aspect noirâtre.
Les bougies constituent un progrès considérable sur les chandelles de
suif. On les fabriquait priuiilivement avec de ia cire, mais ce mode d'éclairage, fort coûteux, est à peu près abaudonué. L'industrie moderne fournit principalement : 1° des bougies stf'ar/fjues (ibtcnucs par Ja séparation de l'acide stéarique contenu dans l'huile de palme, le suif ou la graisse de porc; 2° des bougies dites d'Aj)olion faites avec un mélange de stéarine (union de l'acide palmitique à l'acide sléarique) et de paraffine; 3° dos bougies de paraffine, obtenues par la distillation sèche de ia tourbe, du lignite, du charbon de bog-head ou du pétrole [belmontine) ; h" des bougies de blanc de baleine, ou spermactti, corps gras provenant de plusieurs cétacés, notamment du cachalot.
Nous n'avons pas à entrer ici dans les détails de leur fabrication, de Tutilisation industrielle dos résidus qu'elle détermine (de la glycérine et de l'oléine eu particulier) ; cependant il convient de signaler le perfectionnement introduit par le naliage de la mèche, amenant sa combustion complète et ne nécessitant pas l'opération si désagréable du mouchage.
Au point de vue hygiénique, les bougies sont infiniment préférables aux chandelles, leur combustion est plus complète, et par conséquent entraîne moins de fumée et de dépôt de matières irritantes. Les bougies stéariques dégagent un peu d'hydrogène carboné, d'acide carb;)nique, une huile épaisse et du charbon ; les bougies de spermaceti donnent un peu d'acide oléiquc, margariqùe, acétique, de l'huile ompyreumalique et de la cérine, mais ces fumées sont moins irritantes que celle du suif; eu particulier elles ne contiennent point d'acide sébacique. Au début de la fabrication, on ajoutait une certaine proportion d'acide arsénieux dans les bougies pour en augmenter la transparence et la blancheur, mais ce procédé, interdit du reste par l'autorité, est actuellement abandonné.
Les diverses espèces de bougies perdent dans une heure de combustion iS'',9l à O^'.SS et consomment la mèttie quantité d'oxygène que les chandelles; dans le même temps elles fournissent une quantité de chaleur suffisante pour échauflor de 0 degré à 100 degrés, 3"" , 07 d'air. La flamme de la bougie est conique, moins xolumineusc, plus blanche que celle de la chandelle, elle atteint h à 5 centimètres de hauteur et S à 10 millimètres en largeur; ses oscillalioiis dans le sens vertical sont moins fré(iuenies et moins étendues.
(1. Eclairage au moyen des huiles non volatiles, lampes, etc. — Les lampes sont des récipients destinés à contenir les matières éclairantes; elles
ÉCLAIRAC.i; DES CIIAMBKLS DAiNS LLS CASERNES. 3^5
sont disposées de façon à pouvoir activer leur combustion. Elles peuvent être divisées, d'après la manière dont la matière éclairante est amenée an point où se fait la combustion, en : 1'^ lampes à aspiration, soit que le récipient d'huile se trouve an niveau ou un peu au-dessous de la flanune de la mèche, soit qu'il soit un peu au-dessus; 2" lampes à pression, dans lesquelles l'huile est sollicitée à gagner le niveau de la combustion, par une disposition physicpie ou mécanique.
Les lampes à aspù'at ion, dèrixéc^ de la lampe antique dont ou retrouve l'image dans tous les bas-reliefs, sont représentées dans la pratique par ces petites lampes à main que l'on a dans tous les ménages, par les lampes des lanternes, des falots, etc.; généralement elles sont améliorées par la présence d'une cheminée cylindrique qui, déterminant un courant d'air, active ainsi la combustion, la rend plus complète et donne plus d'éclat à l'éclairage. Les lampes en couronnes ou autres de ce genre sont à peu près abandonnées aujourd'hui; leur défaut capital est celui d'amener une dimiimiiondans l'intensité de l'éclairageà mesure que le niveau deriiuile baisse. Les lanipes à aspiration, mais avec réservoir supérieur au bec, présentetit comme type la lampe à tringle ou de bureau; au moyen d'un petit appareil à soupape, fonctionnant automatiquement, l'accès de l'huile est réglé d'une façon constante; mais connue la pression atmosphérique et la température de la chambre peuvent modifier cet accès, le fonctionnement de l'appareil est loin d èlrc assuré.
Les lampes à pression comprennent : 1° les lampes aéroslatiques, et les lampes hydrostatiques, basées sur le principe de l'équilibre de pression d'air ou d'eau, agissant sur la masse de l'huile, 2° les lampes statiques où l'on fait agir, sur la surface de ce liquide, le poids d'un objet particulièrement lourd comme une masse de plomb. Ces diiïérents systèmes sont à peu près abandonnés aujourd'hui, pour faire place aux hunpes dites mécaniques.
Les lampes mécaniques se divisent en deux grandes classes ; les lampes lioraires ou lampes Carccl, ainsi dénommées du nom de leur inventeur, Carcel, horloger à Paris, (jui les inventa en 1800 (voy. fig. 52) et les lampes à modérateur (fig. 53). Dans les carcels ; l'accès de l'huile a lieu au moyen d'une véritable pompe aspirante et foulante, mue par un mécanisme d'horlogerie M, contenu dans unecaisse C,quidirige l'huiledansun tuyau T, destiné à l'élever jusqu'au bec li de la lampe; l'appareil est réglé de façoiià faire arriver une quantité d'huile supérieure aux besoins de la combustion.
l'excès relombc dans le réservoir R. Cet éconlemenl non interrompu d'huile en excès a pour but d'assurer la combustion d'une façon permanente et égale, de plus de refroidir la mèche et d'empêcher sa carbonisation par laquelle son action capillaire deviendrait impossible. Le mouvement d'horlogerie, dont le ressort est tendu au moyen d'une clef, est construit de manière à marcher sans interruption pendant 12 à 15 heures ; dans les 7 ou 8 premières heures, le mouvement tiscensionnel est assez régulier.
Les lampes Carcel, légèrement modifiées depuis l'époque de leur invention, donnent un éclairage magnifique, mais leur prix est toujours fort
élevé ; les causes de dérangement des pendules agissent sur elles avec force, car le mécanisme, qui ailleurs ne met en mouvement que des aiguilles, s'applique ici à des pompes qui absorbent presque toute sa force; il suffit d'un épaississement de l'huile du réservoir pour que la résistance devenant supérieure h la puissance, le mouvement s'arrête. En fait, elles nécessitent de fréquentes réparations entre les mains d'ouvriers spéciaux.
Dans le domaine de la pratique, la lampe Carcel est remplacée par la lampe à modérateur inventée par Fhrancot en 1836; sa grande simplicité, son prix peu élevé, son fonctionnement à l'abri de tout dérangement, l'ont fait universellement adopter en Europe et ont valu à son inventeur le grand prix de mécanique de l'Institut en 1854.
Comme on le voit, figure 53, elle se compose essentiellement d'un cylindre dans lequel se meut un gros piston P muni d'une garniture convenablement disposée; ce piston repose sur la surface de l'huile, presse le liquide par l'intermédiaire d'un ressort B adapté à sa partie supérieure et le pousse dans un tube étroit E, t, t' , qui conduit
Fig. 52. — Lampe dircel à réservoir de cristal. — ]\. Réservoir d'huile. — G. Caisse faisant fonction d'une pompe aspirante et foulante. — o o'. Ouverture fermée par des sacs de baudruche. Les extrémités de ces sacs sont fixées sur deux pistons dont le mouvement alternatif est produit par un mécanisme d'horlogerie M fixé au-dessous. L'huile est chassée par les clapets ce' dans le tuyau T jusqu'au bec de la lampe b.
ÉCLAIRAGE DES CHAMBRES DANS LES CASERNES. .'î67
riinile au brûleur. Au pislou est fixé une tige de laiton C qui, dans presque toute sa longueur, est garnie de dents dans lesquelles s'engrènent les dents d'un pignon p adapté à la clef qui sert à monter le piston. Sous l'influence de la pression du ressort, le piston descend; ce ressort est disposé de telle façon qu'il peut pousser le piston jusqu'au fond du réservoir à huile sans qu'il soit complètement détendu; il est exactement ajusté et son expansion est égale au volume de l'huile qui brûle, aussi le niveau de celle-ci reste-t-il constamment le même. Si l'ascension de l'huile dans le tube t avait lieu sans obstacle, non-seulement la lampe serait rapidement épuisée, et il serait nécessaire de la remonter dans un temps très-court, mais il pourrait encore arriver que I huile fût projetée. Un dispositif assez simple a, le modérateur (d'où le nom de la lampe), s'oppose à cet accident; il fait varier le calibre intérieur du tube E, t, et contre-balance l'efl'et des variations d'action du ressort. Dans quelques lampes récentes, on a adopté un indicateur qui montre toujours à quel niveau se trouve le piston, ou bien, lorsque ce dernier est arrivé en bas de sa course, il frappe un timbre adapté à la lampe. De cette façon les personnes présentes sont invitées à la remonter.
La quantité d'huile consommée par heure varie naturellement suivant les lampes et le diamètre de leur bec ; la lampe Carcel de 15 lignes brûle 60 grammes par heure, de toutes les lampes elle est celle qui produit la flamme la plus blanche et le moins de fumée; elle peut en un** heure élever 20'"M67 d'air à 100 degrés; par une température ambiante de IS^'.O, le thermomètre placé à 1 pied de distance est monté à lu^ degrés.
Les bonnes lampes à huile donnent peu de fnmée, mais les mauvaises dégagent une fumée épaisse, fétide, contenant du charbon, do l'hydro-
¥\g. 5:5. — Lampe iiiodératcur à réservoir rie cristal . — P. Pislon de cuir embouti qui s'appuie sur la paroi : z' . Le cuir est traversé par un tube extensible E//' qui contient une lige coniques. Une crémaillère c, qui engrène le pignon permet de relever le piston I», en tendant le ressort \\. Ce ressort, en se distendant, fait monter l'huile par le tube t; la tige cor.iquc a modère l'ascension.
3'l8 llAr.lTATlONS DU SOLDAT.
^èiic protoraiboné, dos carbures hydriques, de l'oxyde de carbone. Il se dépose alots du charbon sur la muqueuse des fosses nasales et des bronches, cl il se manifeste une sensation d'àcrcléù la gorge. Si la fumée est très-abondante, il pourra même survenir, à un faible degré il est vrai, les accidenis auxquels sont cxj)osés les ouvriers qui cuisent les huiles, c'est-h-dire des douleurs de tête, de la toux, des vertiges et de Toppression.
D. Eclairage au moijen des huiles voloiiles. — Les huiles minérales, huilesolaire, pyrogène, photogène, pétrole, huile pélrosolaire,kérosine, etc., sont toujours brûlées dans des lampes à aspiration; le mouvement ascensionnel y est favorisé parla volatilité de la matière éclairante. En raison de la grande proportion de carbone que présentent ces substances, il est nécessaire que cette combustion ait lieu en présence d'une grande proportion d'oxygène, ce que l'on obtient par la présence du verre et par l'adoption d'une petite capsule métallique, placée par-dessus l'ouverture du tube qui porte la mèche, et présentant un orifice d'un pluspelit diamètre qu'elle. Il on résulte qu'au-dessous de la capsule les vapeurs du liquide se mélangent avecde l'air; on brûle donc un mélange de gaz et d'air. Les lampes à modérateur ne peuvent être utilisées pour la cond)ustion des huilesminérales, mais l'industrie présente tous les jours de nouveaux appareils, dans lesquels on cherche à obtenir une combustion plus complète des vapeurs et à empêcher réchaufîement de la masse du licpiide.
Sur l'avis du conseil d'hygiène de Paris, le préfet de police, par une ordonnance du 2 janvier 1868, a partagé les huiles minérales en deux sections : la première comprend celles (]ui émettent, à une température inférieure à 35 degrés, des vapeurs susceptibles de prendre feu au contact de la flamme d'une allumette; la deuxième, celles qui n'émettent ces vapeurs qu'à une température supérieure à 35 degrés. Ces dernières doivent seules être appliquées à l'éclairage.
Los huiles minérales entrent de plus en plus dans la consommation publique; l'importation des pétroles américains, l'exploitation des gisements européens, la distillation des li(piidcs, de la tourbe, etc., prennent une extension considérable, et l'avenir scnible appartenir à ces matières éclainnles, qui se recommandent toutes par leur gi-andc économie. Jusqu'à j)résent le principal obstacle à leur généralisation n'est autre que le danger do leur emploi, danger que des distillations mieux conduites, des appareils plus perfectionnés, tendent journellement à écarter.
ÉCLAIRAGE DES CHAMBHES DANS LES CASEU^ES. 3/l9
Parmi cos dcrriifis, il convienl de signaler en parliculicr les appareih Mille, qui utilisent les huiles légères, en ne brûlant que leurs vapeurs mélangées à l'oxygène de l'air, sans aucun mécanisme, par la seule pression almospliéri([ue; le récipient contient un corps spongieux (coke, éponge, etc.), imbibé d'huile minérale ; l'air, en le traversant, se charge de vapeurs, s'alourdit et sort par un tuyau placé au bas du réservoir; au bout de ce tuyau, le mélange s'enllanune comiïie le gaz à éclairage. Ce mélange peut circuler à tous les étages par un tuyau de fonte, de caoutchouc ou de plomb, il peut être utilisé pour approvisionner de gaz la machine Lenoir, si précieuse dans une foule d'applications. Dans les ménages, ce système trouve encore son emploi par la vulgarisation de petites lampes portatives dites à essence, qui réunissent la simplicité et l'économie poussées à leur dernière limite. Les huiles légères nécessitent il est vrai de grandes précautions dans les manipulations et sont fré(iueniment causes d'incendies.
E. Eclairofje au moyen des gaz combustibles. — Le principe sur lerpiel repose l'éclairage au gaz est absolument le même que celui sur lequel reposent les autres méthodes d'éclairage, car, scientifiquement, ce sont toujours les («jaz hydrocarbonés qui éclairent, en se combinant avec l'oxygène ; seulement, dans la pratique, on entend par éclairage au gaz les procédés ayant pour but d'amener l'élément comburant tout volatilisé sur îe point même où il doit êire consommé. Théoriquement, on peut donc faire du gaz à éclairage avec toutes les matières éclairantes; économi(|uement, on est obligé d'en écarter un grand nombre.
La nature, en certains points, s'est chargée elle-même de procéder à celte distillation, et dans quelques localités on peut, au moyen de trous de sonde descendant dans des couciies bitumineuses, dans des dépôts de sel geinnie, etc., obtenir directementungaz éclairant. D'autres fois même ce gaz s'échappe par les fissures du sol comme à Bakou, sur le littoral thî la mer Caspienne, et en Chine, dans la province du Sze-tchouen. L'industrie locale s'est quelquefois emparée de ces dégagements pour les utiliser.
En Europe, les matières brutes em|)Ioyées pour la préparation de gaz à éclairage sont le bois, la résine, le pétrole, le schiste, le lignite, et de beaucoup le plus communément la houille, dont notre sol contient d'énormes dépôts.
La distillation de la houille, opérée dans nos usines, amène la décomposition de ce produit en coke, gaza éclairage, goudron et eau ammoniacale.
Cette (léconiposilion |)eut être mise en évidence par le schéma suivant que nous empruntons à AVagner (1) :
Carbone 78,0 ,
, Mydroffène .'i,0 \
Ici/, /Coke 70 à 75
2^1 Azote 1,5 1 (
~ „ 1 I \ Gaza éclairage
<o j Soufre 0,8 I donnent •
H ] Eau chimique combinée... 5,7 ',■ f
« gf Eau hygroscopique 5,0
i Goudron I 30 à 25
^Eauammoniacale )
Cendres 5 \ 100
Nous avons déjà parlé du coke en traitant du chauffage; le goudron de houille a pris depuis quinze ans une importance toute spéciale; l'industrie du goudron, qui fournil, entre autres produits, le benzol ou benzine du commerce, la naphtaline, les acides phoniques, picriques, lebrai ou asphalte artificiel, a transformé pour ain.si dire toute la chimie tinctoriale en donnant les magnifiques couleurs à base de nitrobenzine, de naphtaline, etc. ; l'eau anmiouiacale ou eau de condensation contient du carbonate d'ammoniuni, elle est utilisée pour la préparation du sulfate d'annnoniaque.
Le gaz à éclairage présente une composition très-complexe; ses deux principes essentiels sont : l'hydrogène et l'hydrure de méthyle; viennent ensuite l'oxyde de carbone, de l'éthylène, du diélhyle, de l'azote, de l'oxygène et de l'acide carbonique.
Le gaz, préparé dans les usines, emmagasiné dans les gazomètres, est ciiassé dans l'intérieur des villes et des habitations au moyen d'un vaste réseau de canalisation avec une vitesse de 26 mètres par seconde, même sous une pression de kl millimètres d'eau seulement. Des fuites se produisent assez souvent au point de jonction des tuyaux, le gaz imprègne le sol ambiant, et cette action s'étend, si la fuite est considérable, dans un rayon de plusieurs mètres. Parfois il gagne même les égouts, qui le conduisent alors fort loin, ou pénètre dans les caves des habitations.
Dans les locaux habités, les conduites de gaz sont de plomb, substance sur laquelle le gaz n'a point d'action, mais qui se perce quelquefois et laisse passer le gaz ; ce dernier donne lieu à une odeur trèsappréciable de sulfure de carbone, dos qu'il est mélangé à l'air ambiant
(1) R. Wagner, Nouveau traité de chimie industrielle, éditio7} française sur la 8° éd. allemande, traduction de L. Gauthier, t. II, p. bliO, Paris 1872.