LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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AVANT-PROPOS
Si, de toutes les collectivités, l’armée semble la plus vulnérable par l’homogénéité du milieu, l’identité du mode d’existence, et surtout le groupement de ses membres dans de vastes habitations où la promiscuité est la règle, elle trouve dans ces conditions mêmes des éléments de défense. C’est au médecin de savoir les discerner, pour les faire servir à une organisation méthodique de l’hygiène militaire, dans les garnisons, les camps et les cantonnements suivant les circonstances de paix ou de guerre dans lesquelles il est appelé à accompagner les troupes.
L’homogénéité du milieu qui limite le champ d’observation facilitera l’étude des maladies épidémiques; l’identité du mode d’existence permettra d’en saisir plus facilement les lacunes, le groupement sur une surface relativement restreinte et la discipline qui en soude les divers éléments favoriseront les prescriptions de mesures prophylactiques absolument inapplicables ailleurs.
Pour obtenir ce résultat, il importe que le médecin militaire se pénètre de cette idée qu’il doit être avant tout un hygiéniste.
Son rôle d’organisateur du service de santé en temps de paix et en campagne réclame des connaissances approfondies de Lhygiène, surtout à notre époque où les agglomérations militaires deviennent par leur densité une proie de plus en plus facile pour les micro-organismes infectieux en multipliant les contacts et en leur créant un milieu de culture favorable.
Cette notion de la nécessité du médecin hygiéniste est aussi
AVANT-PROPOS
ancienne que la guerre. A Cyrus, qui se vantait d'avoir réuni auprès de lui les meilleurs médecins et chirurgiens, Cambise 1 répondait que les guérisseurs n’avaient que faire dans les armées... « Vous auriez, ajoute-t-il, un bien plus noble soin, si vous tâchiez de prévenir les maladies, et si vous empêchiez qu’elles se répandent dans vos troupes. » Même idée a été développée fort heureusement parle professeur Bard 2 : « Une fois mis en possession de l’autorité nécessaire à leurs fonctions dans l’armée, il importera que les médecins se pénètrent que leur rôle de guérisseurs, médical ou chirurgical, n’est qu’une face accessoire de leur mission et qu’ils doivent être avant tout des hygiénistes... La place rationnelle du médecin n’est pas à l’arrière-garde à ramasser des éclopés ; elle devrait être à l’avant-garde pour reconnaître les lieux de campement, veiller aux qualités de l’eau utilisée, surveiller le mode d’établissement des cantonnements, l’installation des lieux d’aisance, etc. L'arme sanitaire doit être appelée à faire entendre sa voix. Nombre de campagnes n’ont-elles pas échoué parce qu’on n’avait pas tenu compte des possibilités hygiéniques? Dans un plan de campagne la connaissance de la géographie médicale des régions à traverser importe tout autant que la connaissance des chemins, et les médecins seuls sont capables de l’établir avec clairvoyance. »
On ne peut mieux résumer en quelques lignes le rôle du médecin militaire en temps de guerre. Ce rôle, en effet, s’est transformé à travers les âges comme s'est transformée l’armée elle-même. Autrefois les contingents relativement restreints, rassemblés seulement au moment d’une expédition, ne réclamaient guère de notre art que l’habileté chirurgicale. On avait peu souci de la conservation d’effectifs dont on trouvait toujours à combler les vides faits par le feu de l’ennemi ou les maladies, et les chefs s’entouraient plus de chirurgiens, à l’exemple de Cyrus, que d’hygié-