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Vallin, Bull. Acad, de médecine, 10 novembre

samment stérile. Mais l’ébullition chasse en même temps l’oxygène et l’acide carbonique de l’eau : par ce fait même, les sels calcaires de cette dernière sont précipités et l’eau devient trouble et laiteuse, en même temps que fade, lourde et indigeste. Si elle récupère assez facilement son oxygène, il est beaucoup plus difficile de lui rendre son acide carbonique. Malgré cela, sa consommation est possible, soit à l’état pur, soit surtout en infusion de thé ou de café.

2. Distillation. - — On utilise sur les navires la distillation de l’eau de mer. L’eau ainsi obtenue est complètement dépourvue de sels et présente au point de vue alimentaire les mêmes inconvénients que l’eau bouillie. Quoi qu’il en soit, la distillation se présente souvent comme la seule ressource utilisable, lorsqu’on ne peut se procurer sur place que de l’eau de mer ou de l’eau saumâtre. Les Anglais l’ont employée à Souakim en 1884, et nous-mêmes à Madagascar, en Chine et à Casabianca.

Les soldats japonais buvaient également de l’eau distillée. Un grand appareil distillatoire installé à Takou fournissait de l’eau aux hommes de troupe combattants et aux malades des hôpitaux de toute la région *.

Au point de vue de la répercussion de l’usage de l’eau distillée sur la santé générale, on peut citer l’exemple de 41 forçats de nos ports de guerre qui furent soumis pendant trente jours, à l’usage exclusif de cette eau comme boisson. Ils ne cessèrent à aucun moment de

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présenter tous les signes d’une santé florissante.

3. Stérilisation sous pression. — La stérilisation sous pression par des appareils spéciaux est de beaucoup le procédé le plus important.

Il aurait en effet le grand avantage de conserver à l’eau son oxygène et son acide carbonique, ce dernier tenant toujours en suspension les sels calcaires que celle-ci renferme.

Tous les appareils utilisés présentent une constitution générale analogue. Ils se composent d’un calé facteur , sorte d’autoclave dans lequel l’eau est portée à 110° sous pression, et d’appareils appelés échangeurs ; ces derniers consistent en une double canalisation, d’une longueur considérable, dans laquelle les tubes qui amènent l’eau au caléfacteur et ceux qui en sortent sont accouplés et séparés par une cloison aussi mince que possible, de façon à ce qu’entre les deux courants se produisent des échanges constants de température. L’eau brute s’échauffe progressivement à mesure qu’elle approche du caléfacteur au contact de l’eau stérilisée qui en sort. Celle-ci, par contre, se refroidit de plus en plus au contact de l’eau

1. Lutrot, Épuration des eaux de boisson en campagne, th. Lyon, 1904.

EPURATION DE L’EAU DE BOISSON

brute, et sort n'ayant que quelques degrés au-dessus de la température d’entrée.

L’échangeur est la partie la plus importante de l’appareil et c’est à son perfectionnement que se sont attachés les ingénieurs.

Tous ces appareils présentent un inconvénient commun, ils sont d’un nettoyage difficile et il n’est pas toujours très aisé de savoir quand ce nettoyage doit se faire. Celui-ci est, de plus, particulièrement délicat quand l’eau contient des sels en grande quantité. Il est vrai que c’est là une complication assez rare depuis que l’on a ajouté aux appareils un détartreur. L’adjonction de ce dernier élément indispensable fait voir que la stérilisation sous pression, qui, théoriquement, devait, grâce à la conservation des gaz de l’eau et principalement de l’acide carbonique, empêcher la précipitation des sels, ne peut être pratiquée sans produire une certaine perte de ces gaz. Il est juste d’ajouter, d’autre part, que la composition chimique des eaux est d’ailleurs très variable et que la façon de se comporter des divers appareils de stérilisation est en rapport avec cette variabilité.

Trois procédés de stérilisation différents sont actuellement utilisés

dans l’armée. Ce sont ceux de Vaillard et Desmaroux (Salvator), de Malvezin (Pastor) et de Maiche-Cartault.

Chez tous, le caléfacteur est représenté par une chaudière avec foyer, destinée à fournir un supplément de température de quelques degrés à l’eau amenée par les échangeurs.

Ces derniers appareils seuls sont différents dans les trois modèles, c’est pourquoi nous limiterons notre description à ces éléments.

Stérilisateur Salvator (procédé Vaillard et Desmaroux). — L’échangeur se compose de deux feuilles métalliques enroulées concentriquement, et laissant entre elles deu^ canalisations géométriquement égales. Dans lune de ces canalisations, E. B., circule le liquide froid allant vers le

caléfacteur ; dans l’autre, E. S., le liquide chaud progresse en sens inverse.

C’est pendant cette circulation des deux liquides en sens inverse, que s’opère, au travers de la feuille métallique qui les sépare, l’échange de température. Les deux canalisations sont ouvertes, l’une en haut, l’autre en bas pour en faciliter le nettoyage. Pour le fonctionnement de l’appareil, les

ouvertures sont recouvertes d’un joint en caoutchouc, maintenu par des plaque en fonte serrées par des boulons.

Il résulte de ce dispositif :

1° Le refroidissement de l’eau stérilisée qui présente à la sortie une température très voisine de la température originelle.

2° L’échauffement de l’eau à stériliser avant d’avoir subi l’action du

caléfacteur où elle pénètre à des températures dépassant 100°, et conséquemment, une très faible consommation de combustible.

Les échangeurs récupérateurs sont reliés entre eux et avec les serpentins par des tubes métalliques conduisant, l’un l’eau à stériliser, l’autre l’eau stérilisée. Le tube qui réunit la sortie du serpentin avec l’échangeur contigu est muni d’un thermomètre pour le contrôle de la bonne exécution de chaque opération.

L'ensemble est monté sur un support fixe.

Stérilisateur Pastor (Malvezm). — Il se compose de plaques métalliques

Fig. 41. — Schéma do la circulation de l’eau dans les plaques du « Pastor ».

P surperposées, de faible épaisseur, mais nervées, offrant ainsi une solidité à toute épreuve. Ces plaques sont fondues en bronze spécial, qui a le grand avantage, contrairement au cuivre rouge, de ne communiquer aucun goût au liquide traité; elles sont, en outre, étamées à l’étain fin absolument pur. Ces plaques se nettoient très facilement à ciel ouvert et se remontent sans difficulté, étant interchangeables.

Par la disposition spéciale de ces plaques, le liquide stérilisé ne peut en aucun cas être souillé par une molécule d’eau non stérilisée.

Une rainure R, ménagée dans chaque plaque, isole complètement les deux courants. Si une fuite se produisait, le liquide s’écoulerait au dehors par la rainure qui est à l’air libre, sans pouvoir entrer dans l’autre courant où la pression est plus élevée. De cette façon, si, par suite d’un desserrage accidentel des boulons d’assemblage, les joints venaient à fuir, cette fuite s’écoulerait à l’extérieur et l’eau stérilisée fournie par le caléfacteur ne pourrait en aucun cas être souillée par le courant non stérilisé.

L’eau circule en lames horizontales de faible épaisseur et de grande surface. Ces lames d’eau sont sans cesse retournées et brassées à chaque changement de direction. Aucune molécule ne peut échapper à l’action de la chaleur. Les courants peuvent être comparés à deux rubans en zig-zag entrelacés, et dont l’un aurait un mouvement de haut en bas tandis que l’autre serait animé de mouvements contraires.

Stérilisateur Maiche-Cartault. — Les deux échangeurs présentent une disposition spéciale.

Dans le premier échangeur, deux tubes en étain de 45 mètres de longueur, inclus l’un dans l'autre, ne forment qu’un setd tube enroulé en spirale autour d’un cylindre de bois. On obtient l’isolement de chaque spire par une lame de feutre, et un manchon de feutre entoure le tout.

Dans un deuxième échangeur, des tubes de cuivre de 25 millimètres de diamètre sont contenus dans un cylindre de cuivre rouge étamé. L’eau impure est dans le cylindre et l’eau stérile est dans les tubes.

L’eau circule dans l’appareil comme il suit :

Elle arrive dans l’espace annulaire de l’échangeur hélicoïdal en étain en H et s’échauffe en cheminant vers le réchauffeur; elle entre dans la partie annulaire du faisceau tubulaire du deuxième échangeur T, atteint le réchauffeur C et s’y stérilise à 110°; elle abandonne les sels insolubles sur un détartreur, descend dans le faisceau de tubes parallèles et continue de perdre sa chaleur en circulant dans le premier échangeur d’où elle sort par un robinet G qui commande le régulateur.

L’appareil peut fonctionner à peu près sans surveillance. Si, pour une cause quelconque, l’eau d’arrivée ou le gaz viennent à être arrêtés, le régulateur ferme les clapets de distribution, en sorte que dans aucun cas l’eau ne peut sortir non stérilisée.

Le modèle Cartault installé à la caserne Babylone à Paris et dans un grand nombre de casernes de la garde, utilise de plus un dispositif spécial permettant de distribuer l’eau sous pression dans toute la caserne.

Le fonctionnement des stérilisateurs sous pression a été l’objet d’une enquête en 1905, confiée à une commission nommée par le ministre de la Guerre et composée' d’un médecin et d’un capitaine du génie. Cette enquête a relevé certains défauts d’installation des appareils et certaines lacunes dans l’organisation du service et du contrôle que la notice du 25 juin 1905 a pour but de corriger.

ÉPURATION DE U EAU DE BOISSON

La qualité de fraîcheur est celle qui a semblé la plus compromise aux membres de la commission.

Les réservoirs, qui devront avoir une capacité égale à la moitié ou aux trois quarts du débit d’une journée, soit 2 500 à 3 000 litres pour 1 000 hommes, seront en métal et installés dans un local bien clos, isolé, plafonné. Ils seront protégés par un revêtement de paille

ou de bois. Il conviendra autant que possible de ne pas choisir les combles (des réservoirs en cave seraient préférables).

Leur nettoyage se fera à l’aide d’une solution d’acide chlorhydrique à 50 p. 100 s’il existe des dépôts calcaires. La regalvanisation sera opérée ensuite. Cette opération ne sera exécutée que sur l’ordre exprès du médecin.

En temps ordinaire, la paroi interne sera brossée avec une solution de permanganate de potasse à 2 p. 100 et lavée ensuite à l’eau stérile.

On cherchera à conserver la fraîcheur de l’eau hrute qui a un rôle si important dans le rafraîchissement de l’eau stérilisée, en protégeant la canalisation d’amenée, et en diminuant le débit horaire de l’eau stérilisée.

Enfin, on mélangera de la glace à l’eau brute. La circulaire du 26 août 1907 alloue pour cela la prime éventuelle n° 1 sur l’autorisation du général commandant le corps d’armée.

La pureté de l’eau sera contrôlée au moyen d’analyses faites au laboratoire régional et portant sur deux échantillons différents : l’un pris à un robinet spécial placé à la sortie de l’appareil, l’autre recueilli à un robinet de puisage des réservoirs.

Procédés basés sur l’emploi de l’Ozone. — Les premières expériences de stérilisation des eaux par l'ozone sont dues à Siemens et Halske, et la première application industrielle a été réalisée en 1893 par Tindal, Yan den Sleen et Scheller. En 1896 Tindal fut autorisé à monter, à l’usine municipale Saint-Maur, une installation qui n’eut pas grand succès. Mais elle fut reprise par le système de Frise, qui fonctionne actuellement dans d’excellentes conditions. MM. Ogier et Bonjean *, pour le compte du Conseil supérieur d’hygiène publique de France, ont étudié ce dernier procédé ainsi que l’action de l’ozone sur l’épuration de l’eau. MM. Ogier et Bonjean ont constaté que l’ozone jouit de propriétés antiseptiques presque instantanées à la dose de 0 gr. 00006 p. 100 d’eau. Le mécanisme de cette puissante action antiseptique reste encore inexpliqué. Il est cependant intéressant de rappeler qu’en 1896 Otto avait signalé une lumière violette dans l’eau chargée d’air ozonisé. L’ozone dans l’eau se dégage ou se décompose instantanément et totalement au libre contact de l’air. La stérilisation s’effectue d’une manière parfaite, c’est-à-dire que les germes sont bien tués et ne peuvent en aucune façon être revivifiés (Roux, Calmette1 2, Ogier, Bonjean). Les propriétés biologiques de l’eau sont conservées, car l’eau se repeuple facilement de germes nouveaux apportés par l’atmosphère ou les récipients avec lesquels elle est mise en contact. La composition chimique subit des variations insignifiantes. Les propriétés organoleptiques ne sont pas modifiées et la température ne varie pas; enfin les propriétés physiologiques sont celles de l’eau pure. L'eau qui, au sortir des appareils, possède un goût d’ozone, le perd très rapidement; un parcours de 2 ou 3 mètres à l’air libre suffit à l’ozone pour disparaître complètement. Il est cependant une condition indispensable à l’action stérilisante de ce gaz,

1. Ogier et Bonjean, Recueil du Conseil supérieur d’hygiène publique, 1904 et 1905.

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