Épaulard, Presse médicale, 13 mai
ÉPURATION DE L'EAU DE BOISSON
se dégageant passagèrement et rapidement au cours de l’opération, l’action bactéricide du permanganate.
Quoi qu’il en soit du mécanisme invoqué par Fauteur, des expériences faites au Val-de-Grâce ont mis en évidence la supériorité du procédé Lambert sur tous ceux qui Font précédé. Une eau souillée artificiellement de b. coli en quantité considérable ne donnait plus, après l’opération, que 1 à 2 bac. coli par litre.
Le filtre Hij consiste en un tube métallique, recourbé en U, renversé, dont l’anse est destinée à embrasser le rebord du récipient dans lequel se trouve l’eau à traiter. Aux deux extrémités de ce tube s’adaptent des tubes de caoutchouc de 0 m. 01 de diamètre. L’un est terminé par une ampoule en caoutchouc destinée à servir de flotteur à la surface de l’eau et à y maintenir l’orifice de puisage, qui de cette façon ri aspire que de Veau décantée ; l’autre se termine par le filtre proprement dit, sorte d’entonnoir fermé en caoutchouc dont le fond est tapissé d’un morceau d’ouate hydrophile. Comme on le voit, l’instrumentation est très simple, facilement portative, légère et peu encombrante.
Pour traiter l’eau on se sert de deux poudres : l’une, n° 1, renfermée dans un étui métallique bleu, contient permanganate de potasse et alun; l’autre n° 2, de coloration jaune, contient le « réactif Duplex », constitué par des sulfates ferreux en poudre.
Le procédé Hy est employé d’une façon courante par les coloniaux. M. le médecin principal Conan a pu, grâce à ce filtre, poursuivre une campagne de six mois dans les régions désertiques du centre africain, sans jamais éprouver d'infection pouvant être rattachée à une origine hydrique, bien qu’ayant eu souvent à sa disposition des eaux marécageuses et chargées de boue et de détritus organiques.
Le filtre Ishitzi , employé dans l’armée japonaise, appartient à la même catégorie. Il est constitué par une sorte de grand entonnoir en toile à voile muni à sa partie inférieure d’un filtre composé
Fig. 49. — Filtre Hy. — Le mélange avec la poudre permanganatée et la réduction à l’aide d’un sel de fer se fait dans la cuve. L’eau est puisée à la surface seulement, grâce au maintient du tube aspirateur par un flotteur en caoutchouc. Le filtre renferme du coton hydrophile.
d’éponges et de charbon concassé. L’eau est traitée au préalable par une poudre représentant un mélange de permanganate de potasse, d’alun et d’acide tannique.
On a encore employé le permanganate de potasse pour la désinfection des puits b
Peroxyde de chlore. — Bergé, en 1899, montra que le composé
Fig. 50. — Filtre japonais Isliitzi, constitué par un entonnoir en toile à voile muni de 3 appendices contenant : — C, une boîte en zinc cylindro-conique munie à ses deux extrémités d'une toile métallique et contenant du charbon concassé; E, une série de rondelles d’éponges; E', le fond de l’entonnoir est également rempli d’éponges. C’est dans cet entonnoir qu’on jette l’eau préalablement additionnée d’une poudre alumino-permanganalée (Matignon).
désigné en chimie sous le nom de peroxyde de chlore donne, à très petite dose, une stérilisation complète des eaux.
Sous le nom de stériline, J. -A. Bergé a constitué une solution de peroxyde de chlore à 3 grammes par litre, se présentant sous la forme d’un liquide jaune verdâtre dont la conservation est indéfinie à condition qu’on la mette à l’abri de la lumière et d’une température trop élevée. Si celle-ci dépasse 50° la solution se décompose. Un flacon de 25 centilitres suffirait à la stérilisation de 250 litres d’eau de qualité moyenne. La stérilisation de l’eau serait complète et celle-ci ne subirait aucune modification de composition chimique ou
1. Delorme, Annales d’hy g. publique, 1900, vol. XLIV, p. 97.
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de goût. Quelques gouttes d’une solution d’amidon ioduré, versées dans l’eau stérilisée, permettent de s’assurer si la dose d’antiseptique a été suffisante. S’il se produit une coloration violette, c’est qu’une partie de l’antiseptique persiste dans l’eau.
On a préparé un matériel portatif pour les troupes en campagne. Pour un groupe de 10 000 hommes pendant cent jours l’appareil et les produits nécessaires ne pèseraient pas plus de 200 kilogrammes.
Désinfection des puits et citernes par le peroxyde de chlore. — Le
pharmacien principal Allain, ayant eu à s’occuper de la stérilisation pratique des puits du camp de Châlons, songea à reprendre la réaction de Millon et une autre réaction analogue (action du perchlorure de fer sur l’eau oxygénée).
Mode opératoire pour la stérilisation d'un puits ou d'une eau de citerne. — On détermine le volume approximatif de l’eau à stériliser; une fois le cuhage connu on verse pour chaque mètre cube :
75 grammes d’une solution de chlorure de chaux à 1 p. 15 et 20 centimètres cubes d’une solution de permanganate de chaux ou de potasse à 5 p. 100.
On remue par un moyen quelconque (perche, etc.) le fond du puits ou de la citerne si la chose est possible, on verse alors 20 grammes de perchlorure de fer (pour 15 mètres cubes).
On remue de nouveau et on laisse reposer pendant vingtquatre heures.
Si, par une prise d'essai, on constate que l’eau est décolorée, celle-ci peut être considérée comme très mauvaise au point de vue potahilité, ou bien que le puits n’est pas étanche (infiltrations).
Pour trancher l’un ou l’autre cas, on recommence une nouvelle opération; si après quarante-huit heures, l’eau est encore décolorée, c’est qu’il y a infiltrations, le puits doit être abandonné.
Le procédé Duyk produit au sein r^ême de l’eau à épurer l’oxygène à l’état naissant ou ionisé, par la réaction en solutions diluées à 2 p. 100 et 5 p. 100 de deux corps très répandus, peu coûteux et faciles à manipuler : l’hypochlorite de chaux (chlorure de chaux du commerce) et un sel de fer ou d’alumine. Cette réaction engendre, en même temps qu’elle produit l’oxygène, des précipités colloïdaux qui clarifient l’eau par collage.
L’eau filtrée est absolument limpide et incolore, le goût de l’eau traitée s’améliore dans un grand nombre de cas. Le procédé Duyk, d’après Bonjean, a sa place particulièrement indiquée là où d’autres procédés pourraient échouer, lorsqu'il s’agit de traiter des eaux très polluées, troubles, chargées de matières organiques ou de fer, et
lorsqu’il s’agit de juguler une épidémie d’origine hydrique par une installation immédiate de stérilisation1.
3° Procédés bactéricides . — L’emploi de corps agissant par leur action bactéricide directe est représenté par un grand nombre de produits : le brome, l’iode et les acides citrique et lactique y trouvent la première place.
Le brome (procédé Schumburg2) a surtout été appliqué en Allemagne. On ajoute à un litre d’eau 2 dixièmes de centimètre cube de la solution suivante :
Brome 21,9
Iv. Br 20
Eau.. 100
On laisse agir cinq minutes et on neutralise l’excès de brome à l’aide de pastilles de sulfate de fer. Schumburg et Piefke ont rapporté qu’il suffisait de 0 gr. 06 de brome libre par litre d’eau pour tuer en trente minutes tous les germes qu’elle contient. Le capitaine médecin Testi3, professeur d’hygiène à l’Ecole d’application de médecine militaire de Florence, par de nouvelles recherches a confirmé l’action bactéricide du brome sur les microbes de l’eau et préconise cette méthode pour l’approvisionnement des troupes en campagne.
D’après cet auteur 16 millions de germes par centimètre cube serait la proportion moyenne au delà de laquelle la purification par le brome deviendrait douteuse. En Chine, les troupes italiennes ont utilisé cette méthode avec des appareils dont le modèle avait été donné par Testi. L’appareil se compose de deux cuves, l’une destinée au dégrossissage de l’eau, l’autre au traitement épurateur proprement dit.
Les solutions employées étaient les suivantes :
(Brome 6êr
N° 1 < Bromure de potassium. 5 ,5
( Eau distillée 27
jy0 9 ^ Hyposulfite de soude 9 ,5
\ Carbonate de soude. 4
Pour 100 litres.
La méthode a été employée aussi par les Allemands pendant la campagne de Chine, à la suite des résultats encourageants des expé-
1. Congrès des Services municipaux techniques et des Travaux publics de 1909.
2. Schumburg, Méthode pour obtenir de l’eau pure de germes, par addition de substances chimiques, Krojfenst. a. d. C-eb.d. Militar , 1900.