Société de biologie
VÊTEMENTS
Un troisième point mérite de fixer l’attention. Le pied est asymétrique, c’est-à-dire que, divisé virtuellement en deux moitiés, celles-ci ne sont nullement semblables. Les deux pieds diffèrent même notablement l’un de l’autre.
Le gauche est ordinairement le plus grand, contrairement à ce qui se produit pour la main et cela provient, d’après Chevalier, de ce que, dans presque tous les mouvements que nous faisons, afin de laisser toute liberté au côté droit, le corps se repose surtout sur le pied gauche.
Le pied normal est rare et il n’y a pas de rapport à établir entre la taille ou le poids de l’homme et la grandeur ou la largeur du pied.
Il est donc nécessaire, pour confectionner des chaussures, de prendre mesure aux deux pieds, et si on ne peut, pour un motif quelconque, n’en mesurer qu’un, que ce soit le gauche, contrairement à ce qui se fait d’habitude.
De même, la mesure doit être prise plutôt le soir que le matin, parce qu’à ce moment le pied est plus ou moins gonflé.
Pour avoir la forme exacte du pied, il faut le poser à terre et rester debout. « C’est une faute, dit Salquin l, de prendre mesure pour des chaussures, l’homme étant assis. Le pied, dans ces conditions, n’a ni sa longueur ni sa largeur réelles. En effet, quand on marche, le poids du corps fait augmenter le pied de 2 centimètres. On applique donc le pied à nu sur un morceau de cuir ou de papier, et le cordonnier en décrit les limites, non pas en le côtoyant au moyen d’un crayon, qui, selon qu’on le tient droit ou courbé, pourra aller en deçà ou en delà du pied, mais au moyen de points tracés à l equerre ; en réunissant ces différents points, on aura exactement la forme du pied. »
Forme de la chaussure. — Une chaussure doit avoir une semelle asymétrique, mais elle ne doit pas être taillée suivant la méthode de Meyer.
Le modèle type d’une semelle vraiment rationnelle sera obtenu en prenant le contour d’une série de pieds bien conformés et en tenant compte de la légère abduction du gros orteil, que nous savons être
Fig. 51. — 1. Ligne de Meyer; ?. Ligne de Vallin ; 3. Ligne de Manouvrier.
1. Salquin, La chaussure du système rationnel, Berne, 1878. Lemoine. — Traité d’hyg. milit.
une déviation physiologique. La semelle du brodequin réglementaire de l’armée française a été déterminée par ce procédé.
La semelle doit être souple et assez épaisse : 1 centimètre à 1 centimètre et demi au moins; elle doit en effet isoler le pied du sol et lui éviter ainsi la sensation des cailloux et de rugosités diverses. La sensation de fatigue est de beaucoup diminuée par ce fait.
Comme longueur, elle doit avoir 2 centimètres de plus que le pied : elle débordera l’empeigne pour protéger le pied contre les
Fig. 52. — Coupe schématique de la constitution d’une chaussure. (Berthier.) — E. Empeigne. C. Cavité de la chaussure. S. P. Semelle première. CA. Cambrure. ED. Entre-deux. S. S. Semelle seconde.
chocs, mais elle devra cependant ne pas trop la dépasser, car alors elle alourdirait inutilement la chaussure et serait une cause de fatigue.
L’imperméabilisation à l’eau augmente beaucoup la qualité de la semelle. On l’obtient fort difficilement, comme on peut en juger d’après le nombre de procédés recommandés. Nous citerons le remplacement de la semelle seconde par une lame de gutta-percha, proconisée par Lorenz, l’imperméabilisation du cuir par la paraffine à chaud, de Berthier.
Le capitaine Castets a voulu en plus rendre la semelle élastique en remplaçant l’entre-deux par une lame de caoutchouc de 5 millimètres.
Cet officier et le médecin principal Colin ont insisté d’autre part d’une façon particulière sur l’intérêt qu’il y aurait à amortir le choc du talon en enchâssant dans celui-ci un bloc de caoutchouc.
VÊTEMENTS
La tige se compose essentiellement de l’empeigne. D’après A. Laveran, elle doit être asymétrique, le point le plus élevé étant situé en dedans de la ligne médiane pour permettre de loger le gros orteil et le premier métatarsien. La tige devra être assez élevée pour soutenir l’articulation tibio-tarsienne et maintenir les ligaments latéraux. Là aussi, les qualités de souplesse et d’élasticité sont absolument nécessaires. L’abandon des chaussures à empeigne de cuir par les marcheurs de plusieurs concours célèbres (Paris-Belfort, 1892) et leur remplacement par de simples espadrilles, donnent une indication dans ce sens.
G. Forme de chaussures utilisées par l’armée. — La chaussure des troupes a subi depuis une quinzaine d'années des modifications profondes, qui ont consisté surtout dans l’introduction d’une coupe rationnelle et dans l’adoption d’une chaussure de repos qu’on s’efforce de rendre chaussure de marche occasionnelle afin de permettre aux hommes blessés au pied ou fatigués de continuer la route.
La plus ancienne forme, parmi celles actuellement usitées, est le soulier Godillot, du nom de son inventeur. C’est une chaussure sans tige, et qui ne peut être employée qu’avec des guêtres. Actuellement, le soulier Godillot est utilisé comme chaussure de repos, mais son poids est trop considérable. La vraie chaussure de repos doit être en effet légère et mettre le pied à l’aise. Le général Lewal a proposé l’espadrille avec semelle en corde tressée et dessus en toile; elle ne peut être utilisée que par les temps secs. Le médecin principal Berthier 1 a proposé une chaussure avec empeigne en toile imperméabilisée et une semelle corde-cuir, constituée par l’assemblage d’une semelle en corde tressée formant la semelle première et d’une semelle en cuir formant la semelle seconde ou extérieure.
Depuis 1906 on fabrique une chaussure de repos pouvant être utilisée par des marcheurs dont le pied est blessé. C’est un brodequin bas à semelle de cuir et empeigne en toile cachou. Mais le bord inférieur de l’empeigne qui fait suite à la semelle est en cuir sur une largeur de 0 m. 03 environ. Cette chaussure protège bien le pied et conserve une grande souplesse en même temps qu’elle favorise l’aération du pied. C’est là un excellent modèle de chaussure à deux fins. Pour les troupes d’Algérie l’empeigne est plus haute afin de mettre à l’abri des piqûres venimeuses.
En Allemagne et en Autriche, la chaussure de repos a la forme d’un brodequin; la chaussure autrichienne possède une tige en toile
1. Berthier, La chaussure de guerre du fantassin, Arch. de méd. et de pharm. militaire, 1901, et Chaussure militaire, Caducée , 1903, p. 319.
à voile de couleur brune et se lace sur le cou-de-pied, tandis que la chaussure allemande est confectionnée entièrement en cuir et se lace sur le côté.
En Italie, c’est un soulier porté avec des guêtres de toile.
En Espagne, une paire d’espadrilles, avec guêtres.
En Belgique, un soulier en toile avec bout en cuir.
En Danemark et en Suède, un soulier en cuir à lacets.
Aux Etats-Unis, un soulier de toile avec bout en cuir.
En Suisse, deux modèles sont en service, l’un en cuir, l’autre en toile.
Pour simplifier les approvisionnements , Maujan propose de n’adopter qu’un seul modèle de chaussure. Il y aurait intérêt, dans ce cas, à alléger d’une façon notable le poids de la chaussure réglementaire actuelle et de donner plus de souplesse à l’empeigne.
Le brodequin d'infanterie du modèle actuel a été créé en 1893, sur les indications des intendants Simon et Gasseron. Sa constitution est la suivante :
La semelle a une épaisseur de 13 à 14 millimètres; elle est légèrement débordante, 3 à 6 millimètres; elle doit avoir comme longueur deux centimètres de plus que le pied.
Le talon a une hauteur de 3 centimètres.
L’empeigne est battue au marteau. Elle porte six œillets de cuivre que l’on lace par devant.
Les quartiers sont renforcés à la partie inférieure, ils ont une hauteur de 16 à 18 centimètres.
Les clous de la semelle sont galvanisés. Comme pointure, il en existe sept pour la longeur, échelonnées de 26 à 33 centimètres, et quatre pour la largeur. Le poids est de 1 kg. 300 à 2 kilogrammes.
Avec ce brodequin, on emploie la jambière courte en cuir; elle présente le grave inconvénient d’amener de l’irritation et des écorchures au niveau de la partie moyenne du tendon d’Achille, en cassant le cuir au-dessus du talon et en produisant ainsi une saillie inférieure très dure.
Pour obvier à cet inconvénient on a prolongé depuis 1906 le contrefort du talon par une languette de cuir montant jusqu’en haut de la chaussure. Cette modification, en renforçant toute la partie postérieure de la chaussure le long du tendon d’Achille, maintient sa rigidité et empêche la cassure. On a aussi raccourci la jambière et. dans certains corps, on utilise des bandes molletières (chasseurs alpins, circulaire du 19 août 1903).
Dans la cavalerie, jusqu’à ces derniers temps, on se servait de la demi-hotte avec le pantalon basané. Actuellement, on a rendu réglementaires le brodequin et la molletière.
VETEMENTS
En Allemagne, la chaussure est la botte dans les armes à pied; la tige a de 29 à 31 centimètres de haut, 39 chez les hussards, 45,5 pour le reste de la cavalerie, de Tartillerie et le train, chez les cuirassiers et les gendarmes. La chaussure de repos est en cuir jaune souple, elle se lace sur le côté.
En Autriche-Hongrie, depuis 1889, chaque homme a une paire de brodequins auxquels on a ajouté en 1891 des guêtres que l’homme porte en hiver, sous son pantalon, dans son sac en été; par les temps de pluie, il engage le bas du pantalon dans les guêtres. La chaussure de repos est un soulier léger en toile à voile de coton doublée de toile de lin.
En Italie, l’infanterie a deux paires de demi-hottes et des guêtres de toile blanche se laçant sur le côté. Les troupes alpines ont le brodequin.
En Espagne, le fantassin portera une paire de brodequins à lacets.
En Suisse, depuis 1885, la chaussure est un brodequin de 20 centimètres de haut à double semelle et à talon haut de 3 centimètres sans fer à cheval; poids, 1 000 grammes.
En llussie, toutes les troupes portent la hotte haute, montant jusqu’au genou et pesant de 1 kg. 500 à 2 kilog. Chaque homme en a deux paires, pas de chaussure de repos.
En Angleterre, l’infanterie porte des brodequins bas de 1 kil. 130 à 1 kg. 180 et, par-dessus, des houseaux en cuir noirci qui montent jusqu’à mi-jambe et se boutonnent en dehors. Chaque homme porte dans son sac, comme deuxième paire de chaussures, une paire de pantoufles légères en toile à voile imperméable à l’eau.
Les pointures sont échelonnées, dans les différentes armées, de centimètre en centimètre (de 26 à 33 en France). Cette différence entre chaque pointure est excessive, et le résultat est que l’on délivre presque toujours des chaussures trop longues, par conséquent trop lourdes, et exposant le pied à des frottements. La pointure employée par les cordonniers civils est calculée en deux tiers de centimètres : 37 comme pointure civile correspond à 25 de la pointure militaire.
La règle ci-dessous permet de se rendre compte de la correspondance des pointures.
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Fig. 53. — Pointures militaires; pointures civiles.
D’après Ilrandt von Lindau, pour vêtir tous les pieds possibles,
113 formes suffisent, et pour les âges qui fournissent des soldats, il n’en faut que 52.
Dans les ateliers de confection allemands on a 19 pointures et, pour chaque pointure, 7 largeurs, par conséquent en tout 133 types.
Dans l’armée austro-hongroise, 20 types, 8 pointures et, pour chaque pointure, 2 à 3 largeurs différentes.
Dans l’armée anglaise, 8 pointures et 4 largeurs : 32 types.
Soins a donner a la chaussure. — Les qualités de la chaussure sont subordonnées non seulement aux conditions que nous avons citées plus haut, mais elles dépendent encore des soins qu’on lui donnera. On a pu même dire qu’une bonne chaussure ne valait que par son entretien.
Le premier de ces soins consiste à ne pas cirer la chaussure. Les divers produits qui entrent dans la composition des cirages sont nuisibles au cuir qu’ils rendent cassant et perméable.
La chaussure doit au contraire être graissée pour conserver toute sa souplesse et son imperméabilité.
Un produit recommandé est la suintine, qui contient un produit analogue à la cire d’abeille dans les proportions de 20 à 25 p. 100.
On a préconisé aussi le mélange d’huile de foie de morue et de graisse à parties égales.
D’autres mélanges sont encore indiqués par l’instruction ministérielle du 1er janvier 1888.
Une chaussure ne doit pas être approchée du feu.
Puis, lorsqu’une chaussure a été exposée à l’eau et traversée, on l’empêchera de se rétrécir et de se durcir en la remplissant de foin, ou mieux d’avoine, substances très hygroscopiques, qui suppriment l’humidité et ses inconvénients.
Les soins à donner aux pieds ont été décrits avec les prescriptions hygiéniques édictées pour les marches.