Boisseau, Dict. Encyclop., Art. Camp, p
7e corps Valdation, Pontarlier.
8e — Bourges.
9e — Biard.
11e — Goetquidan (dépend du général commandant le 10e
corps bien que placé dans le 11e), Meucon.
12e — La Courtine, La Braconne.
13e — Bourg, Laitre.
14e — Chambarand, Villars-de-Lans.
15e — Carpiagnes, Les Garrigues, Saint-Florent, Toulon.
16e — Larzac, Le Causse.
18e — Souge, Ger.
19e — Hussein-Dey, Lourmel, Téléryma.
On devra pour l’établissement de ces habitations accidentelles du soldat procéder à des enquêtes identiques à celles poursuivies pour l’établissement des casernes, surtout en ce qui concerne les camps permanents.
Le choix et la nature du terrain ont une importance de premier ordre. C’est pour n’avoir pratiqué aucune enquête géologique qu’en 1885 les troupes du camp du Pas-des-Lanciers furent décimées par la fièvre typhoïde et que la division qui y fut rassemblée dut être dissoute après quelques semaines de séjour. Les assises du sol étaient constituées par des roches de calcaire compact recouvert de marais1. On reconnut ultérieurement que le terrain était en communication par de nombreuses fissures avec les couches de marne sous-jacentes dans lesquelles circulait la nappe d’eau souterraine. Il suffit de l’arrivée au camp d’un détachement du 62e régiment d’infanterie déjà infecté de fièvre typhoïde à son départ de Lorient pour infecter l’eau de la nappe souterraine, mal protégée d’autre part contre les souillures fécales.
On devra choisir un terrain perméable en pente, dont la surface sera éloignée de la nappe souterraine d’une distance suffisante, impossible à déterminer d’une façon exacte, puisque cette épaisseur est fonction de la constitution du terrain lui-même (sables, graviers, terre arable, craie compacte, etc.).
Les abris destinés aux troupes sont forcément construits d’une façon plus légère, on devra toutefois se baser sur l’instruction du 30 mai 1907 quant à la répartition et au fractionnement des unités. Ici l’achat du terrain n’est plus un obstacle comme dans les villes, on pourra donc réserver aux hommes une surface d’habitation analogue à celle des casernements Tollet et donner un cubage de 25 à 30 mètres par homme; les fenêtres seront opposées et suffisamment
1. Duchemin, De Pépidémie de fièvre typhoïde qui a sévi sur les troupes de la division de réserve du Tonkin au camp du Pas-des-Lanciers, Arch. de méd. et de pharm. milit 1896, p. 145.
HABITATIONS ACCIDENTELLES DU SOLDAT
multipliées; en somme, les baraquements se rapprocheront autant que possible de la caserne moderne déjà décrite plus haut.
L’approvisionnement du camp en eau de boisson de première qualité devra être entouré de toutes les garanties possibles; cette eau pourra être fournie soit parles cours d’eau avoisinant le camp, soit mieux par des captages faits dans la nappe souterraine à l’aide de puits creusés en amont du camp et entourés d’une zone de protection suffisante.
Les précautions à prendre pour l’établissement des prises en rivières ou des captages sont indiquées au chapitre qui traite de l’eau de boisson. Ces camps sont en somme analogues à de petites villes et il y aura lieu, d’une part, de faire une enquête sur les causes de souillure provenant du voisinage et, d’autre part, de pratiquer des analyses chimiqueset bactériologiques pendant six mois à un an avant l’établissement du camp.
Toutes les précautions prises dans les casernes pour l’emmagasinage et l’évacuation des matières usées devront être également l’objet d’une attention semblable pour les camps. Cependant, tandis que les premières peuvent bénéficier des travaux urbains faits dans ce sens (canalisations d’égout, service de voirie, traitement des matières usées, etc.), les camps doivent se suffire à eux-mêmes, et vivre par leurs propres moyens; il faut donc qu’ils soient dotés de moyens d’évacuation et de traitement des matières usées. (Voir chapitre consacré à cette étude.)
L’éloignement des centres urbains rend les approvisionnements difficiles; il faudra donc, dans le projet d’établissement des camps quels qu’ils soient, prévoir des routes d'accès ou voies ferrées à proximité. Les camps peuvent servir à des concentrations de troupes, réservistes et territoriaux en temps de paix, armées et corps d’armée en temps de guerre; ces voies d’accès sont nécessaires pour les faciliter. D’autre part le service de santé en a besoin pour l’évacuation de ses blessés et malades.
Enfin l’enquête devra s’étendre à l’état sanitaire des villages, hameaux, fermes environnantes.
Installés dans de bonnes conditions, les camps peuvent représenter des villes militaires plus salubres que les casernes, surtout si l’on y applique le block System dans toute sa rigueur, c’est-à-dire si on a soin de répartir les groupes militaires (compagnies) à des distances suffisantes pour, au besoin, pratiquer des isolements. Une distance de 50 mètres semble nécessaire entre ces petites unités et les bataillons devraient être séparés entre eux par un espace de 2 à 300 mètres au moins. Si l’éloignement des villes est un avantage, la proximité de villages installés dans des conditions hygiéniques le plus souvent
défectueuses est un danger que la surveillance et la discipline doivent faire disparaître.
L’ habitation, constituée en général par des constructions plus légères que celles des casernes, répond à trois types :
Construction en maçonnerie ou en bois, et les tentes. Nous n’avons guère à nous appesantir sur les premières qui, au point de vue de la protection qu’elles offrent contre les influences météoriques, ont les mêmes qualités et peuvent avoir les mêmes défauts que les constructions urbaines.
Les baraquements en bois protègent mal les habitants contre la chaleur et contre le froid. Pour obvier à cet inconvénient on a eu recours aux doubles parois, mais cette disposition est attaquable au nom de l’hygiène, car l’espace ménagé ainsi entre ces deux enveloppes de l’habitation devient le séjour des rongeurs et il s’y accumule des souillures difficiles à enlever. Un grand perfectionnement a été apporté à cette construction à Casabianca où, dans les baraques hospitalières, on a rendu mobile et démontable la paroi extérieure. De toutes façons on badigeonnera les parois au coaltar, au carbonyle ou au lait de chaux. Nous verrons plus loin ce qui a trait aux tentes.
Les infirmeries des camps devront être installées de la même façon que dans les casernes; construites à la périphérie, elles devront être suffisamment éloignées des habitations des hommes. L’aménagement de locaux d’isolement s’impose là d’une façon encore plus impérieuse que dans les casernes, car on peut être forcé d’y abriter au moins pour quelques heures sinon pour quelques jours des malades atteints d’affections contagieuses. Il ne faut pas perdre de vue que les camps peuvent devenir, à un moment donné, des camps sanitaires, abritant des agglomérations suspectes, provenant de centres urbains infectés, et qui, par mesure hygiénique, y ont été évacuées.
Des moyens de transport spéciaux devront être prévus pour les évacuations sur des établissements hospitaliers.
Dans les camps improvisés du temps de guerre la protection contre les agents météoriques est beaucoup plus difficile ; elle est surbordonnée, d’une part, à la nature et à la quantité de matériel affecté aux armées et, d’autre part, aux nécessités imposées par les opérations stratégiques. 11 ne peut être question de recourir aux abris que pour les camps de quelque durée, le bivouac n’en comportant pas. Les abris dans ces camps sont constitués par les tentes, disons de suite que plusieurs des camps permanents ou éventuels cités plus haut ne possèdent que ces sortes d’abris comme habitation; le camp sous tente était, en 1870 et dans les guerres antérieures, le seul exclusivement pratiqué par l’armée française. Inutile de dire que ce mode de
HABITATIONS ACCIDENTELLES DU SOLDAT
protection n’est qu’un pis-aller; cependant, dans certaines circonstances, le camp et le bivouac ont paru être moins funestes à la santé des troupes qu’un cantonnement trop resserré. Le service de santé allemand en 1870 a porté à ce sujet le jugement suivant :
« Le bivouac, même prolongé, par les mauvais temps a été moins funeste à la santé des troupes que leur entassement dans les quartiers de marche. » Quoi qu’il en soit, les tentes utilisées dans les armées peuvent constituer un abri suffisant à condition de préparer le terrain sur lequel elles doivent s’élever, de les aérer en les abattant assez souvent pour exposer le sol à la lumière et à la chaleur du soleil et au besoin en les changeant de place, enfin en drainant le camp de façon à éviter l’humidité.
Modèles divers de tentes employées en France et à l’étranger. — En France on emploie des tentes sans mat, des tentes à un mât, des tentes à trois mâts.
1° Tentes sans mat. — Ce sont les plus simples et à cause de cela les plus pratiques, mais non les plus hygiéniques. Avec un simple morceau de toile le troupier ingénieux se fabrique une hutte, un gourbi, soit qu’il fasse comme en Crimée, ou dans les campagnes coloniales, un trou dans le sol, sur le liane d’un escarpement et qu’il recouvre le tout de sa toile formant toit, soit qu’il jette cette toile sur quatre parois improvisées de fascines, de branchages; dans les deux cas, il a un abri pour quelques heures.
2° Tentes a un mat. — Tentes coniques. La plus employée est la tente conique destinée à abriter 10 à 16 hommes.
La tente conique (tente marabout), en usage dans notre armée est constituée par un mât central en bois de 3 mèlres de hauteur, cl’où rayonne une toile fixée par des piquets enfoncés en terre. Elle est percée de deux portes symétriquement opposées; à1 un chapeau abritant une ouverture circulaire d’aération. Pour faciliter l’aération la toile s’arrête à une certaine distance du sol et l’intervalle est rempli par la muraille (toile à pourrir), qu’on peut relever et qu’on enterre la nuit pour empêcher le passage de l’air. Le renouvellement de l’air se fait encore par l’ouverture des portes opposées.
Son diamètre inférieur est de 6 mètres; elle cube 30 mètres et peut abriter 16 hommes, mais souvent est occupée par 10 hommes seulement. Elle a l’inconvénient d’être lourde et encombrante; de plus on ne peut se tenir qu’au centre à cause de l’obliquité de la toile. Poids ; 57 kg. 500.
Le généra 1 Mey rier1, dans le Sud-Oranais, avait fait perfectionner
1. Lémure, Annales d'hyg. publique , 1896, vol. XXXV, p. 229.
ce genre de campement en créant un petit mur de 0 m. 50 de hauteur, dans lequel étaient maçonnés des pieux ou des tiges de fer auxquels s’attachaient des cordeaux de tente.
Quatre ventouses étaient pratiquées dans ces petits murs pour l’aération et pouvaient être obstruées au moyen de pierres en cas de mauvais temps, les murs avaient l’avantage d’abriter la tête; les pieds se trouvaient tournés du côté du centre.
Tente du conseil (Modification Guilloux). — Analogue dans son essence à la tente conique, elle présente à sa partie supérieure une
série de mâts secondaires disposés en rayons de roue et qui peuvent se rabattre sur le mât central, comme les baleines d’un parapluie.
3° Tentes a deux mats. — Tente-abri. — Autrefois chaque homme possédait un sac de campement dans lequel il s’enfermait au bivouac. Les soldats eurent bientôt l’idée de découdre ces sacs et, les réunissant deux par deux, d’en faire les parois d’une tente très simple montée sur 2 mâts. C’est là l’origine de la tente-abri adoptée sous le second Empire et qui fut employée pour la première fois sous cette forme par le colonel Changarnier, commandant alors le 2e léger en Algérie en 1836.
La tente-abri comprend : 1° une toile ; chaque homme est porteur d’une toile de 1 m. 90 sur 1 m. 60 pesant 1 kilogramme, qu’il réunit à la toile d’un camarade; un certain nombre de groupes de 2, par exemple 4, 6, 8 peuvent être réunis pour former un seul abri; les toiles sont fixées sur : 2° une corde centrale tendue à une certaine hauteur par : 3° deux supports en bois en 2 morceaux et fixés au sol à l’aide de : 4° piquets.
Cette tente est facile à monter, elle pèse peu (1 kg. 820 pour
HABITATIONS ACCIDENTELLES DU SOLDAT
chaque homme) mais elle a Finconvénient d’être peu stable, d’être facilement enlevée par le vent, de ne pas couvrir suffisamment, d’être trop basse et trop étroite.
Tentes a plusieurs mats. — Tente de marche. C’est une sorte de tente-abri mais les montants, au lieu d’être verticaux, sont inclinés; ils suivent les bords des toiles et s’insèrent en haut sur un montant transversal. Elle a une longueur de 2 mètres, une hauteur de 1 m. 10, une largeur de 1 mètre; elle est peu spacieuse, on le voit, et peu stable. Elle n’a pas quitté l’Algérie, seul pays où elle est employée. Les tentes d’officiers dans les pays tropicaux sont de ce type; elles présentent des toiles doubles, de façon à ménager un matelas d’air plus ou moins épais, destiné à préserver l’intérieur d’une température trop élevée.
En résumé, à l’heure actuelle dans l’armée française, les tentes supprimées après 1870, conservées pour l'Algérie ont été réintroduites en 1877 dans l’armée; elles font partie du matériel de guerre; elles sont de trois types :
1° tente-abri.
2° tente conique de 16 hommes.
3° tente conique (modification Guilloux).
La toile est imperméabilisée à l’acétate d’alumine. (Circulaires du 5 octobre 1877 et du 23 avril 1899.)
Abri passager suffisant, la tente est inférieure dans les pays chauds aux gourbis, aux huttes de feuillages construites par les indigènes, comme l’avait préconisé M. Ballot à Madagascar. Même les tentes à double paroi permettent le développement d’une température absolument insupportable. Sous la grande tente de l’hôpital de Suberbievillc à Madagascar on releva communément 38° au chevet des malades et 42° entre les deux toiles1. Aussi les constructions à la malgache, en raphia, très élevées au-dessus du sol, à double paroi, avec vérandah, furent-elles préférées aux tentes.
Pour l’étude de ces divers abris de fortune nous renvoyons au livre si bien documenté de notre collègue le médecin principal Ferrier2.
Armées étrangères. — Allemagne. La tente-abri a été adoptée dans l’armée allemande à la suite d’expériences prolongées pendant trois ans, dans divers corps d’armée. L’exposé des motifs dit : « En raison de l’augmentation des masses que présenteront désormais les armées en campagne, le cantonnement sera l’exception tandis que le bivouac deviendra la règle pour les troupes sur le théâtre des opéra-