CHAPITRE XVIII
HABITATIONS ACCIDENTELLES DU SOLDAT
Casemates.
Camps. Conditions d’installation. Protection contre les agents météoriques. Baraques et tentes. Protection contre l'infection du sol. Évacuation et traitements des matières usées, latrines et fouillées, hygiène journalière.
Cantonnement. Expertise d'un cantonnement. Protection contre les maladies infectieuses et l’infection du sol. Equipes sanitaires.
Nous comprenons sous ce titre l’étude des locaux disposés pour recevoir les troupes en dehors des casernes. Quelques-uns d’entre eux sont occupés d’une façon permanente (camps d’instruction), mais le plus grand nombre (camps éventuels) donnent asile aux soldats pendant quelques jours ou quelques semaines, à l’occasion d’exercices spéciaux, exigeant pour leur accomplissement de grands espaces de terrain. Enfin en campagne, nous avons à considérer les habitations temporaires (camps et cantonnements) et les lieux de stationnement passager des troupes (camps, bivouac). Bien qu’occupées passagèrement, les habitations accidentelles doivent présenter autant que possible toutes les qualités exigées des habitations permanentes, car certaines d’entre elles peuvent servir de locaux de rassemblement au moment d’une guerre, ou à l’évacuation de malades ou de convalescents.
Souvent malheureusement l’hygiéniste est obligé pour leur établissement de tenir compte de nécessités militaires et ne peut obtenir qu’un minimum.
I. Casemates. — Ce sont des habitations creusées en sous-sol et recouvertes de terre. Au point de vue hygiénique elles n’ont que des inconvénients. Ceux-ci sont la conséquence de leurs dispositions mêmes. La situation souterraine entraîne comme conséquence le manque d’air et de lumière. Le nombre toujours exigu des étroites meurtrières qui leur donnent le jour ne peut qu’imparfaitement
obvier à ce défaut. Elles présentent en outre une grande humidité. Sans doute on s’efforce d’y parer par le dispositif du toit en dos d’âne et en béton, permettant l’écoulement plus parfait de l’eau au dehors et les murs sont à double parois. Malgré tout il existe plus de rhumatismes, de maladies de l’appareil respiratoire parmi les hommes qui habitent de tels casernements ; encore en temps de paix n’y sont-ils casernés qu’en petit nombre.
Aussi faut-il profiter de toutes les occasions pour sécher les locaux, pour mettre les hommes à l’air libre dès que les circonstances le permettent. Bref les précautions hygiéniques devront être d’autant plus minutieuses que les conditions d'habitation sont plus défectueuses. Si, en temps de guerre, les casemates sont des habitations de nécessité, il est à désirer qu’en temps de paix elles ne soient occupées que par des effectifs restreints.
Il ne faut pas qu’elles servent de casernement régulier, tout au plus doit-on s’en servir comme casernement éventuel . En temps d’occupation, notamment d’occupation intensive, il faut veiller à une ventilation active : combattre l’humidité et le froid par un chauffage énergique.
II. Camps et cantonnements. — Les habitations du soldat comportent toutes les mêmes dangers au point de vue hygiénique.
L’influence néfaste des agents météoriques, l’infection du sol et la difficulté des approvisionnements en eau de boisson constituent les facteurs principaux contre lesquels devront lutter les dispositions à prendre de la part de l’hygiéniste.
Enfin les groupes qu’elles abritent sont plus ou moins exposés à la contagion des maladies infectieuses. Le danger cependant est différent suivant les circonstances et les modes d’habitation. Le camp et le bivouac exposent plus aux affections a frigore que le cantonnement; celui-ci, par contre, est plus susceptible de devenir un centre de maladies infectieuses.
Quant à l’infection du sol qui entraîne souvent celle de l’eau, elle se produit dans toutes les circonstances où le soldat campe ou cantonne. Celle-ci semble réalisée au maximum dans les cantonnements resserrés et permanents comme ceux qu’ont pratiqué les Allemands sous Metz, à Sedan, sous Paris, et les troupes françaises après la guerre de 1870 dans les camps établis dans les environs de la capitale. On sait que la dysenterie et la fièvre typhoïde se propagent par les matières fécales et que le rôle du sol surtout dans le développement de la première semble considérable; or ces deux affections sont les compagnes habituelles des camps et des cantonnements mal tenus, et trop longtemps habités.
HABITATIONS ACCIDENTELLES DU SOLDAT
«La maladie des camps, par excellence dit Boisseau S celle qu’il est, pour ainsi dire, impossible de totalement éviter, la diarrhée, lorsque les précautions nécessaires ne sont pas prises, devient elle-même une cause de l’infection du sol, et contribue, de cette manière, à l’apparition de ces dysenteries graves qui ont plus d’une fois décimé les armées. »
On conçoit enfin que les approvisionnements d’eau de boisson seront en général plus faciles dans les cantonnements surtout lorsque ceux-ci se feront dans les villes, que dans les camps.
Encore y a-t-il lieu pour ces derniers d'établir une distinction entre les camps permanents qui pourront prévoir facilement un approvisionnement d’eau offrant toute sécurité, tandis que ceux du temps de guerre seront obligés d’utiliser les ressources souvent insuffisantes et suspectes du pays traversé.
Camps. — Au point de vue du mode d’habitation et de l’installation ou doit distinguer en France, parmi les camps du temps de paix, deux catégories :
Les camps permanents , c’est-à-dire ceux qui sont occupés par des troupes d’un bout à l’autre de l’année peuvent être regardés à peu près comme de véritables casernes.
Ces camps sont en général baraqués, comportant des constructions en briques assez confortables. On en compte onze :
Gouvernement militaire de Paris. Saint- Maur, Satory.
2e corps Sisonne (Aisne).
4e — Auvours (Sarthe).
6e — Châlons.
8e — Avor (Cher).
9° — Le Ruchard (Indre-et-Loire).
14° — Sathonay (Ain), La Yalbonne (Ain).
18e — Saint-Médard (Gironde).
20e — Mailly (Marne).
Les camps éventuels ne sont habités que pendant une partie de l’année, ils servent pour les tirs à longue distance de l’infanterie, pour des manœuvres ou pour les tirs d’artillerie. L’habitation est constituée par des baraques en bois ou par des tentes. Ces camps sont assez nombreux, nous en donnons ici la liste :
Gouvernement militaire de Paris. Maisons-Laffitte.
1er corps Dunkerque, Calais, Boulogne.
3e — Le Havre.
5e — Fontainebleau, Cercottes.