‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 168 sur 252 · Richahd, Précis d'hygiène appliquée · texte numérisé non relu

Richahd, Précis d'hygiène appliquée

Ses dimensions et le chiffre maximum des habitants;

Sa construction et ses aménagements intérieurs;

L’alimentation ;

Le personnel et le fonctionnement.

Comme nous avons en vue l’hospitalisation militaire, nous devons examiner en chacune de ces questions lés conditions particulières qui nous sont faites de par la nature de cette clientèle spéciale, qui, en dehors de toute autre considération, comporte le traitement presque exclusif de maladies aiguës, et souvent contagieuses1.

I. Emplacement d’un hôpital. — Un hôpital peut être construit au centre ou à la périphérie d’une ville.

Au centre d’une ville , l’hôpital présente des avantages, plus administratifs que médicaux. Il est à proximité des approvisionnements et de la population et favorable aux opérations d’urgence. En revanche, ses inconvénients viennent de cette proximité même qui présente de réels dangers de contamination, que celle-ci soit le fait d’importations venant de l’extérieur ou que les malades, les convalescents ou le personnel portent au dehors, dans les habitations voisines, des germes de maladies.

L’impureté de l’air des villes avait autrefois attiré l’attention des chirurgiens, qui lui attribuaient leurs insuccès opératoires. Le Fort, dans son enquête sur les maternités, avait fait voir qu’en Angleterre la mortalité opératoire était plus élevée au centre des villes, 39 p. 100, qu’à la périphérie, 24,2 p. 100.

Aujourd’hui ces chiffres n’offrent plus le même intérêt, la sécurité des opérés étant plus le fait de la propreté du chirurgien que de celle de l’air qui l’entoure.

A la périphérie ou en dehors des villes . — L’air est plus pur, plus oxygéné et, d’autre part, le terrain est moins cher, ce qui permet de donner à l’hôpital une plus grande surface. Enfin l’éloignement des collectivités scolaires et ouvrières, etc., en rendra les abords moins dangereux, mais cet isolement nécessitera des moyens de transport pour les malades et les opérations d’urgence seront plus difficiles à exécuter en temps voulu. C’est pourquoi Le Fort demandait qu’un tel établissement fût complété par un hôpital de premiers secours construit au centre des villes et par des moyens de transport perfectionnés.

Quant aux hôpitaux spéciaux de contagieux, constituent-ils un danger pour le voisinage?

1. A. Laveran, De la contagion dans les salles d’hôpital, Méd. moderne, 14 mars 1890.

HYGIÈNE HOSPITALIÈRE

Les relations du personnel et des fournisseurs sont plus à craindre que la présence des malades eux-mêmes. Le danger n’en existe pas moins, dans la pratique, à moins de posséder un personnel de premier ordre se soumettant à une discipline très stricte. L’exemple fourni par l’hôpital Pasteur est absolument concluant à cet égard. Situé au milieu d’un quartier populeux, il n’a jamais constitué un centre de propagation pour les maladies infectieuses qui y sont traitéès depuis dix ans. Le personnel qui approche les malades s’impose, il est vrai, une réclusion volontaire.

Choix du terrain. — En général on n’est pas libre de choisir le terrain destiné à la construction d’un hôpital. La nécessité peut le rapprocher autant que possible de l’habitation normale du soldat et, d’autre part, des considérations financières imposent l’emplacement. Cependant, autant que possible, on choisira de préférence un sol non remblayé, perméable, situé à mi-hauteur d’une colline et à l’abri des vents habituels de la contrée; de plus, ce terrain doit être d’un accès facile et sûr, éloigné de tout établissement insalubre et surtout de tout établissement collectif. Il doit être assez étendu pour qu’on puisse y aménager de vastes réservoirs d’air sous forme de cours, plantées d’arbres et de jardins. Il ne faut pas négliger cet accessoire nécessaire destiné à donner aux habitants de ces demeures qui renferment tant de tristesses et de douleurs, tout ce qui peut contribuer à leur réconfort moral.

IL Dimensions des hôpitaux. — A. Superficie. — La'superficie doit s’accroître non pas proportionnellement au nombre des malades, mais d’une façon progressive.

Le conseil de santé des armées exprima cette opinion dans ses instructions de 1873 pour la construction de l’hôpital militaire du camp de Châlons.

Pour un hôpital de 100 lits, 50 mètres carrés sont demandés par malade comme minimum par la Société de chirurgie, 25 mètres carrés par Le Fort. Tollet, en 1883, exige 100 mètres carrés. On fut par la suite plus exigeant et les surfaces indiquées par les hygiénistes sont les suivantes :

120 m2 par lit pour un hôpital de 150 lits, soit

Un hôpital moderne

de 500

lits comporte

une surface bâtie

de 10 000 mètres carrés,

soit un

hectare (Tollet).

Mais il y a lieu de

Lemoine, — Traitë d'hyg. milit. 32

tenir compte de la ville où l’hôpital doit être construit, de la cherté du terrain, et des nécessités locales et de circonstance. Le service central de l’inspection des hôpitaux au ministère de l’Intérieur demande un minimum de 50 mètres carrés par lit d’hospitalisé. L’instruction du 27 août 1907 prévoit 200 mètres carrés par malade pour un hôpital militaire de 300 lits.

B. Nombre de lits. — Il doit être envisagé par rapport à la population à secourir. Dans la population civile, on doit prévoir en général un lit pour 1 000 habitants. (Loi du 15 juillet 1893.) Dans la population militaire ce chiffre doit être plus élevé, car nombre d’affections pour lesquelles le civil n’entre pas à l’hôpital nécessitent pour le militaire une hospitalisation. On compte 4 lits pour 100 hommes d’effectif.

Par rapport à la population hospitalisée. — Il faut éviter, autant que possible, l’accumulation d’un grand nombre de malades dans un même local. Un hôpital ne doit pas renfermer plus de 400 lits pour Michel Lévy, de 300 lits pour Marjolin, de 200 lits pour Yerneuil, de 500 lits pour la Société de chirurgie et de médecine. Few 1 estimant que plus un hôpital contient de lits, moins il est facile d’en surveiller les services, pense que les petits hôpitaux sont préférables aux grands.

Pour des raisons financières et administratives L. Martin 2 pense qu’on ne doit pas créer d’hôpitaux d’une contenance inférieure à 500 lits et supérieure à 800 lits. Dans le premier cas les frais généraux seraient trop élevés, dans le second la surveillance et l’administration deviennent difficiles.

Il n’y a pas lieu dans les hôpitaux militaires de prévoir des salles de rechange , le nombre des malades diminuant à certaines périodes de l’année de façon à permettre les travaux de désinfection et de réfection des salles.

Ces données générales concernant l’emplacement des hôpitaux, leurs dimensions, la densité de leur population ont, au point de vue hygiénique, moins d’importance aujourd’hui qu’autrefois. Le chirurgien sait bien que les complications des plaies ne sont pas le fait du mode d'habitation. Les beaux résultats obtenus par Lucas-Championnière après la guerre de 1870, dans les baraquements ayant servi à l’hospitalisation des varioleux, démontrent en l’espèce qu’il faut en chercher l’explication dans la valeur de l’antisepsie chirurgicale. Les médecins à leur tour commencent à suivre l’exemple des chirur-

Page 1