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Simonin, Revue d’hygiène, 1906, p

HYGIÈNE HOSPITALIÈRE

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pavillon a des di-

central et destiné à l’administration et au logement des infirmiers; de chaque côté est disposé un pavillon comportant un simple rez-dechaussée surélevé et destiné le premier aux diphtéritiques (15 lits), le second aux érisypélateux (15 lits).

Il a paru que ces deux catégories de maladies dont les germes infectieux, à vitalité particulièrement tenace, sont si fréquemment l’occasion de complications pour les autres affections, devaient être reléguées à une certaine distance du troisième pavillon destiné aux rougeoleux, aux scarlatineux, aux ourliens, et aux malades de diagnostic incertain à maintenir temporairement en observation.

Le troisième d’hospitalisation mensions beaucoup plus considérables, puisqu’il comporte, dans son ensemble, 253 lits.

La forme et les dimensions des terrains disponibles ont conduit à adopter un corps de bâtiment allongé avec trois courtes ailes, disposées perpendiculairement à l’axe du corps principal du bâtiment.

Ce troisième pavillon comprend un rez-de-chaussée et un premier étage; il est divisé dans le sens de la longueur en trois segments nettement distincts comportant chacun un tiers du corps principal et une aile en retour.

Fig. 69. — Plan schématique d’un pavillon à segments interchangeables.

A chaque catégorie sont affectés :

1° Des locaux permanents d’hospitalisation pouvant suffire à des besoins peu étendus.

2° Des locaux conditionnels destinés à une épidémie plus extensive. Ils sont interchangeables, c’est-à-dire utilisables pour le service voisin, lorsqu’une affection devient prédominante.

Les malades occupent des salles de faible contenance (4 et 6 lits), ou des box individuels dont le chiffre a été calculé en tenant compte de la fréquence plus ou moins grande des complications dans les diverses maladies contagieuses.

Le service des douteux, situé au rez-de-chaussée du segment du centre, ne comporte que des box individuels ; on a jugé bon d’y annexer un laboratoire pour les examens bactériologiques cliniques, une salle d’opérations avec préparatoire (arsenal et pharmacie).

Des escaliers distincts permettent d’accéder à chaque service catégorisé qui possède, d’autre part, tous ses organes accessoires : vestiaires et lavabos pour le personnel; vestiaire et salles de bains distincts pour les entrants et les sortants ; réfectoires servant aussi de salle de jour, lingerie, officine, cabinet pour les infirmiers, urinoirs, latrines et vidoirs.

Le pavillon des contagieux du Val-de-Grêce comprend en outre une étuve à désinfection différente de celle de l’hôpital général.

Comme on peut s’en rendre compte par la description succincte qui vient d’être faite, le quartier des contagieux répond bien aux desiderata formulés plus haut, il possède des petites salles communes pouvant être réservées aux malades guéris, et un nombre suffisant de chambres individuelles pour les douteux situés au rez-dechaussée, et pour les malades aux étages. Le prix du lit peut être évalué à 4 469 francs non compris le terrain et le mobilier. Mais ce chiffre devrait subir une diminution si on tenait compte des travaux considérables exigés par les fondations qui, à elles seules, ont coûté 40 000 francs.

Le modèle suivant, tout en restant divisé en grands compartiments, se rapproche du type cellulaire par ses dispositions intérieures.

Pavillon de contagieux de V hôpital militaire Bégin (Saint-Mandé). — Le service des contagieux on construction à l’hôpital militaire Bégin, à Saint-Mandé, est constitué par trois pavillons situés à 300 mètres environ en arrière de l’hôpital militaire général et donnant sur le bois de Yincennes. De ces trois pavillons, le principal, d’une contenance de 101 lits s’étend en ligne droite sur une longueur de 158 mètres, les deux autres de dimensions beaucoup plus restreintes flanquent à chaque extrémité le pavillon central, mais en sont com-

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plètement séparés. L’un de ceux-ci est destiné à l'hospitalisation des douteux, et comprend seulement 8 chambres à 1 lit avec locaux annexes, l’autre d’une contenance de 6 chambres à 1 lit seulement avec annexes également, est destiné aux diphtéritiques et aux cas exceptionnels.

L’aménagement du grand bâtiment linéaire central est identique à un pavillon de l’hôpital Pasteur. Il est traversé dans toute sa longueur par un couloir central qui présente à chacune de ses extrémités une salle de 5 lits. Chacun des autres lits est compris dans une cellule de 10 mètres de surface et cubant 40 mètres. Toutes ces cellules sont desservies par le couloir central, et les fenêtres donnent des deux côtés sur des jardins. Chaque cellule est séparée de sa voisine par une cloison pleine, on a préféré celle-ci à la cloison vitrée qui, en cas de malade gravement atteint ou moribond, impose au voisin un spectacle pénible. Seule la paroi donnant sur le couloir est vitrée de façon à l’éclairer largement.

Toutes les chambres sont munies d’un vidoir, de robinets d’eau chaude et d’eau froide, d’une bouche de chaleur et d’un orifice d’aération, ces deux derniers éléments se trouvent forcément situés dans le mur extérieur, les cloisons séparant les chambres ne pouvant les admettre. Le sol est revêtu d’un carrelage céramique qui revient à 12 francs le mètre carré, — les parois sont recouvertes de carreaux de faïence sur une hauteur de I m. 35, — le reste est peint à l’huile avec une couche de vernis.

Le pavillon est d’autre part divisé en trois grands segments par un mur de refend : le segment médian contient 21 chambres et chacun des segments latéraux 40. On a poursuivi ici l’association du système cellulaire au système des compartiments interchangeables, le compartiment central le plus petit étant destiné à recevoir le trop-plein d’un des compartiments latéraux au cas d’extension d’une épidémie. Avec le système cellulaire, cette manière de faire semble n’avoir guère sa raison d’être, puisqu’un des avantages du système est de procurer au médecin la facilité de traiter dans chaque chambre des malades atteints d’affections contagieuses différentes. On a songé sans doute qu’il serait difficile de maintenir complètement enfermés pendant tout le cours d’une maladie le plus souvent bénigne des hommes provenant en général d’un même corps, se connaissant entre eux, et ayant le désir instinctif de se voir, de se rassembler, et on a estimé avec juste raison que, dans la pratique, il sera créé des services de rougeoleux, de scarlatineux, d’ourliens, etc., complètement séparés par des compartiments étanches.

C’est pourquoi le système adopté à l’hôpital militaire du Yal-de-

Grâce semble suffisant, car il possède d’un côté un assez grand nombre de chambres d’isolement et que, d’autre part, ses salles communes contiennent un petit nombre de lits et que ceux-ci sont suffisamment séparés les uns des autres.

L’un comme l’autre permettent de traiter individuellement chaque cas aigu et d’éviter ainsi les infections secondaires ; l’un et l’autre répondent donc parfaitement au but que se propose l’hygiène hospitalière; mettre le malade contagieux à l’abri des complications et supprimer les dangers qu’il peut faire courir à ses voisins de lit.

Les aménagements du premier étage et du rez-de-chaussée sont légèrement différents. Au rez-de chaussée se trouvent de nombreux locaux à destination spéciale. Le cabinet du médecin et son laboratoire, des cabinets pour les infirmiers, un vestiaire pour les entrants, un vestiaire spécial pour les sortants en communication avec une salle de bains contenant quatre baignoires. Ce vestiaire donne sur le dehors par une porte par laquelle le malade une fois sorti ne peut plus rentrer.

Le premier étage, qui contient le plus grand nombre des chambres destinées aux malades, possède aussi dans chaque compartiment vestiaire et salles de bains, ainsi qu’office, etc.

Le chauffage est assuré ici par des radiateurs à vapeur à basse pression, placés tous dans le sous-sol. Il n’existe pas de radiateurs dans les bâtiments d’habitation. L’air pris dans le sous-sol s’échauffe au contact des radiateurs qui y sont disposés et le transporte ainsi par des gaines dans les couloirs et dans les chambres. On a voulu par ce moyen éviter la présence, dans les locaux, d’appareils difficiles à régler, légèrement encombrants et surtout exposés à recevoir des souillures et difficiles à nettoyer. Cette disposition semble préférable à celle adoptée au Val-de-Grâce,

L’extraction de l’air vicié se fait par des orifices placés à la partie supérieure des locaux conduisant dans des gaines cheminant à l’intérieur des murs jusqu’aux combles où elles sont reç ues dans des réservoirs communiquant avec l’extérieur par des lanterneaux à persiennes placés sur toit. Aucun appareil spécial n’opère l’aspiration de l’air usé, aucun n’introduit de l’air neuf, celui-ci est demandé à des orifices placés sous les fenêtres et aux portes. C’est peut-être encore là le meilleur moyen de l’obtenir. Il est regrettable, même au point de vue de l’hygiène, qu’on ne puisse expulser l’air vicié directement sans aménagement de gaines obscures, longues, dont les parois se tapissent de poussières qui, par le caprice des vents, pourraient bien être à un moment donné refoulées dans l’habitation.

Les combles contiennent encore des réservoirs d’eau chauffée à la

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vapeur, et renfermés dans des réduits clos de toutes parts de façon à en éviter l’altération. Ces réservoirs sont destinés à fournir l’eau chaude de distribution à tout le pavillon.

En arrière du bâtiment central est un petit pavillon destiné au logement de 10 infirmiers.

Dans un coin du jardin, à 50 mètres environ des services, est le local de la désinfection commun avec celui de l’hôpital général, et communiquant avec la buanderie.

Le service de l’alimentation, de la pharmacie, de la lingerie se fera par des tours établis à la limite du mur de clôture séparant le service des contagieux de l’hôpital général. Cependant il existera une grande porte de communication pour introduire les gros objets mobiliers ou autres. Ce sera affaire d’organisation et de discipline de limiter le plus possible et de surveiller ces entrées.

Le prix de revient est de 600 000 francs, soit 5 000 francs environ par lit, non compris le terrain et le mobilier.

Les services de contagieux devront encore comprendre des cours et jardins dans lesquels on ménagera des aires imperméables cimentées afin de pouvoir, en cas d’épidémie massive et d’insuffisance des locaux, élever des baraques ou des tentes.

Le type de l’hôpital Bégin est modelé sur l’hôpital Pasteur avec les quelques modifications que comporte notre clientèle spéciale.

L'hospitalisation cellulaire est l'hospitalisation idéale et il est à désirer qu’un jour elle se généralise. Au siècle prochain on s’étonnera en effet de l’existence des chambres communes, comme nous nous étonnons des lits communs à plusieurs malades du xvme siècle.

Le Fort, en 1868, parlant des désastres chirurgicaux et des complications des maladies contagieuses qui se transmettent d’un malade à l’autre, écrivait : « L’idéal de la thérapeutique serait donc logiquement d'isoler chaque malade. Dans la pratique, ce rêve est une utopie irréalisable , et c’est avec réserve qu’en 1889 on acceptait l’idée émise par le médecin inspecteur Richard à la Société médicale des hôpitaux, de pratiquer l’isolement individuel pour les malades atteints de maladie contagieuse. Le rêve est aujourd'hui réalisé.

Alimentation. — L’organisation de l’alimentation dans les hôpitaux civils et militaires avait été laissée jusqu’à ces dernières années à peu près d’une façon complète aux administrateurs. En 1901, M. le professeur Chauffard attira l’attention sur les modifications à faire subir au régime alimentaire dans les hôpitaux de Paris. Chargé d’un rapport en 1903 sur ce sujet et exprimant l’avis d’une commission spéciale instituée à cet effet par le directeur de l’Assistance publique, il établit la base d’une série de régimes en rapport

avec les conditions de traitement des différentes catégories de malades. C’est ainsi qu’à côté du régime normal, nous voyons l’établissement de régimes spéciaux pour les convalescents, pour les dyspeptiques, pour les brightiques (régime lacto-végétarien et régime lactéintégral), des diabétiques et enfin un régime de suralimentation constitué par un des régimes fondamentaux précédents plus deux œufs ou des sardines à l’huile ou 100 à 150 grammes de viande crue ou du fromage ou du beurre.

Dans les hôpitaux militaires, le régime alimentaire est réglé par la notice n° 17 ; il n’y est absolument pas question de régimes spéciaux en rapport avec l’état des malades. Ceux-ci sont traités suivant trois régimes, savoir : grand régime, petit régime et régime des diètes. Ces régimes sont constitués sous forme de menus communs. Ceux-ci sont préparés à l’avance par l’officier d'administration gestionnaire avec & toute l’économie désirable de façon à varier les aliments à chaque repas. Ces divers menus sont soumis à l’approbation du médecin chef et envoyés à tous les médecins traitants qui sont tenus de les prescrire tels quels et sans la moindre modification». Comme on le voit, il ne s’agit aucunement de régimes médicaux et l’établissement de deux menus paraît absolument insuffisant, notamment dans les hôpitaux recevant un grand nombre d’officiers, de sous-officiers et de soldats rengagés qui, en raison de leur âge, présentent souvent des accidents de dyspepsie gastro-intestinale ou de brightisme nécessitant des régimes particuliers. Il y aurait donc lieu, dans les hôpitaux militaires1, d’apporter au régime alimentaire les mêmes modifications que celles appliquées déjà par l’Assistance publique de Paris.

Il faudrait pour cela laisser toute latitude à l’administration pour l’achat de certaines denrées au jour le jour et ne pas la lier constamment avec un adjudicataire. Si, par mesure d’économie légitime, on peut admettre l’adjudication pour les aliments principaux, pain et viande, il est difficile, quand on veut varier le régime suivant les indications thérapeutiques, d’aller au delà, car on doit user souvent d’une très grande variété de produits, impossibles à prévoir. D’autre part certains taux d’aliments devraient être révisés. On comprend difficilement les distinctions faites entre officiers supérieurs, subalternes, sous-officiers et soldats au point de vue de la quantité des aliments. Sans doute on doit tenir compte en bonne diététique d’habitudes alimentaires antérieures, mais ces habitudes visent plus la qualité que la quantité. C’est dans ce sens qu’il y aurait lieu d’orienter

1. Des essais prescrits par la 7e Direction et actuellement en cours, sont orientés dans ce sens.

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les améliorations à apporter au régime alimentaire de nos hôpitaux. Les dépenses occasionnées par le recrutement d’un personnel à la hauteur de sa tâche seraient vite comblées par les économies faites sur les quantités d’aliments que comportent certains menus réglementaires. En les réduisant et en les proportionnant non au grade mais aux capacités digestives des malades et des convalescents, on ferait œuvre de bon médecin et de bon administrateur. On a déjà prévu d’ailleurs des suppléments pour la suralimentation des tuberculeux. Deux œufs peuvent leur être alloués en plus du régime ordinaire. En résumé nos menus actuels sont des menus de bons restaurants, il faut qu’ils puissent devenir des menus de bons hôpitaux et des menus de malades. C'est ici que la question des cuisiniers acquiert une importance de premier ordre. Nous voudrions y voir un gradé commissionné comme chef et une cuisinière pour la préparation des aliments destinés aux malades graves, convalescents de maladies aiguës portant surtout sur le tube digestif, aux dyspeptiques, dysentériques chroniques, etc.

Personnel des hôpitaux. — Les médecins militaires sont appelés à donner leurs soins aux soldats dans les hôpitaux militaires et dans les hôpitaux militarisés depuis 1880; ces derniers ne sont autres que les hôpitaux civils de la garnison dans lesquels est réservé un quartier spécial pour le traitement des militaires. Dans toutes les villes ou le chiffre des hommes de la garnison est au-dessous de 300, le service est fait par "des médecins civils. Dans les hôpitaux militaires proprement dits, la direction du service appartient au médecin le plus élevé en grade ou le plus ancien dans le grade, il prend le titre de médecin chef et a autorité sur tout le personnel militaire attaché à l’hôpital; il assure par lui-même et par les médecins placés sous ses ordres le service médico-chirurgical, il fait établir par l’officier d’administration gestionnaire la répartition des officiers d’administration et des infirmiers militaires dans les différents services; son action s’étend à toutes les parties du service. Il prend part aux conférences concernant les travaux de construction, d appropriation, d’affectation et d’amélioration des locaux destinés au service de l’hôpital; les médecins traitants lui rendent compte de leurs services et en particulier des précautions prises contre la propagation des maladies contagieuses.

Le médecin chef est responsable envers le directeur du service de santé de l’instruction du personnel, de la bonne tenue de l’hôpital et de l’exécution du service.

Les médecins traitants sont chargés du traitement des malades; ils font chaque jour, aux heures prescrites, la visite à l’hôpital et dans

la journée une contre-visite. Ils rendent compte au médecin chef de toutes les circonstances graves qui se présentent.

Le service de garde est assuré par les médecins aides-majors attachés à l’hôpital, ils dirigent l’instruction technique des infirmiers.

Le médecin de garde est chargé en outre de recevoir les entrants et de les diriger après examen dans les différents services. C’est pourquoi il est utile que la salle de garde soit aussi rapprochée que possible du bureau des entrées afin d’éviter aux malades un parcours long et pénible et afin que la sélection puisse être faite aussitôt que possible surtout au point de vue des maladies contagieuses. Les malades de cette catégorie, lorsqu’un local spécial n’est pas annexé pour eux à la salle de garde, doivent être dirigés rapidement sur le service spécial où ils sont déshabillés et envoyés dans les locaux affectés au traitement de leur affection.

Le pharmacien chef de service est chargé, sous l’autorité du médecin chef de service, de la pharmacie, des analyses chimiques et des expertises. Il concourt chaque jour, avec le médecin chef et l’officier d’administration gestionnaire, à la réception des denrées alimentaires.

Le personnel infirmier est constitué par des hommes recrutés directement dans le contingent. Il reçoit actuellement un assez grand nombre d’hommes du service auxiliaire.

Ce recrutement serait suffisant si trop souvent on n’envoyait dans les sections d’infirmiers des malingres qui devraient être exclus des hôpitaux d'une façon complète. La profession d’infirmier demande une constitution robuste et un certain degré d’instruction. C’est dire qu’il devrait être l’objet d’un triage soigneux. Quoi qu’il en soit, les hommes versés dans les sections d’infirmiers ne sont nullement préparés en général aux fonctions qu’ils sont appelés à remplir. C’est à l’hôpital qu’ils font leur apprentissage et, avec le service de deux ans, ils quittent la profession juste au moment où ils pourraient rendre quelques services. En effet l’instruction et l’éducation d’un personnel destiné à donner des soins aux malades exigent au moins deux ans, et les écoles d’infirmiers qui se sont fondées dans ces dernières années ne donnent un diplôme à leurs élèves qu’après deux ans d’étude et de pratique hospitalière.

Sans doute, il faut bien faire servir les hôpitaux militaires à l’instruction d’hommes destinés, en cas de mobilisation, à être répartis dans les formations sanitaires ; mais il faut bien aussi songer aux malades qui subissent cet apprentissage à jet continu et qui, probablement, n’ont pas toujours à se louer des soins que leur prodiguent ces hommes toujours apprentis en l’art du soignage. Nous ne doutons

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point du courage et de l’abnégation de ce personnel de passage dont un certain nombre, chaque année, mérite et reçoit du ministre de la Guerre la modeste mais glorieuse médaille qui récompense leur dévouement. Mais, encore une fois, ce n’est pas une instruction, même intensive, qui peut donner à ces braves gens l’habitude du malade et l’aptitude à donner les soins nécessaires. D’ailleurs, cette instruction comporte encore certains exercices qui n’ont rien à voir avec l’art de l’infirmier. Chaque jour figurent sur le tableau de service des exercices militaires : la manœuvre de la pompe, des exercices multipliés de brancard, les instructions sur la tenue des cahiers, l’établissement des relevés d’aliments et de médicaments... La plupart sont utiles, quelques-uns nécessaires, mais ils ne constituent pas cependant le soignage du malade.

La direction du service de santé a compris cette lacune et, par lettre ministérielle du 1er mai 1909, a ordonné la désignation d’infirmiers affectés exclusivement au service des malades et appelés « maîtres infirmiers ».

Ces maîtres infirmiers sont recrutés parmi les caporaux et les soldats rengagés ou commissionnés. Ils sont nommés après obtention d’un certificat d’aptitude délivré à la suite d’un cours d’instruction théorique et pratique d’une durée de trois mois.

Les infirmiers majors peuvent aussi concourir pour l’obtention de ce titre. Ces infirmiers, dans l'esprit de la lettre ministérielle, ne peuvent être distraits de leurs fonctions, lesquelles ont pour objet la personne même du malade, le service des salles d’opération et des salles d’autopsie. Ils servent de guide, en ce qui concerne les soins matériels à donner aux malades, aux soldats du contingent employés dans les salles (infirmiers de visite et infirmiers d’exploitation).

Les maîtres infirmiers reçoivent une indemnité journalière de fonction de 50 centimes.

On a voulu créer ainsi des infirmiers de carrière capables de devenir les aides directs du médecin.

A côté d’eux, la notice du 22 juillet 1909 a organisé un personnel d 'infirmières laïques dans les hôpitaux militaires. C’est là une heureuse initiative, caria femme semble avoir des aptitudes particulières pour le soignage proprement dit du malade.

Ilourneville, depuis longtemps, avait signalé l’incompétence du sexe masculin pour le rôle de garde-malade. Il conseillait même d’éliminer graduellement les hommes de ces fonctions. Cette élimination complète, disons-le de suite, ne peut être admise dans l’armée, car il nous faut des infirmiers instruits pour les formations sanitaires de l’avant. Il n’en est pas moins vrai que, dans les hôpitaux du temps

de paix et dans ceux de l’arrière en temps de guerre, l’assistance des infirmières paraît indispensable.

En Angleterre, tous les hôpitaux militaires sont dotés de « nurses » qui ont à leur tête une directrice, la « matron », investie d’une grande autorité et chargée de régler les services intérieurs.

L’enseignement théorique et pratique est donné chaque année pendant six à dix mois par un médecin ou un chirurgien de l’hôpital. Il comprend des notions élémentaires de physiologie, d’anatomie, de médecine, de chirurgie et d’hygiène. La « matron » fait des conférences sur le côté pratique des soins à donner aux malades.

L’enseignement technique est donné dans les salles mêmes des malades. Les nurses sont en général au nombre de une par salle.

Cette institution est très répandue à l’étranger, en Amérique notamment, où les jeunes filles appartenant à la partie saine de la population ont fini par constituer un corps d’infirmières devenu en très peu d’années le premier du monde. La raison du succès remarquable de ces « Training Schools for Nurses » est tout entière dans la situation pécuniaire et morale faite aux jeunes filles qui en sortent graduées.

Être infirmière en Amérique c’est exercer une profession vraiment libérale, c’est occuper dans la société une place presque aussi marquante que celle du dentiste, voire du médecin. (Marcel Baudoin et Hue i.)

En France, sous l'influence des sociétés de secours aux blessés, d’une part, et, d’autre part, grâce à des initiatives particulières, on commence à imiter l’étranger et de tous côtés se forment des écoles copiées sur celles dont nous venons de parler. Mme Nathaniel Johnston 2, dans une étude remarquable et Mlle Chaptal 3, dans son Guide de V infirmière , nous ont fait voir le programme à suivre pour mettre ces écoles à la hauteur de leurs congénères étrangers. La société japonaise de la Croix-Bouge pendant la guerre mandchourienne a fourni un contingent d’infirmières qui fit l’admiration de Miss Newcombe, nurse en chef américaine venue à l’hôpital de Hiroshima. « Les malades ne sont pas des numéros, dit-elle, l’infirmière japonaise traite chaque malade individuellement et lui consacre plus de temps que dans les hôpitaux où tout se fait militairement et d’après une règle inflexible. Si un malade dort, on attend son réveil pour prendre sa température. S’il a faim, la garde

1. Hue, École d’infirmières aux États-Unis, Normandie médicale , 1908, et Tribune Médicale, 11 janvier 1908.

2. Mme Nathaniel Johnston, Les Infirmières militaires à l'étranger, Bordeaux, 1909.

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