Mlle Chaptal, Guide de L'infirmière
HYGIÈNE HOSPITALIÈRE 529
devance l’heure de son repas. L’idéal japonais de la garde-malade se rapproche de la famille et cherche à en donner l’illusion consolatrice au malheureux qui souffre et meurt loin des siens. »
La notice 27 du 22 juillet 1909 vient donc bien à son heure. Les infirmières laïques des hôpitaux militaires sont recrutées par voie de concours parmi les infirmières diplômées de l'Assistance publique et des écoles d’infirmières laïques publiques ou privées qui sont agréées par le sous-secrétaire d’Etat. Le personnel comprend :
Des infirmières stagiaires, des infirmières titulaires, des infirmières principales.
Les infirmières titulaires sont réparties en trois classes.
Les infirmières principales en deux classes, leur traitement est déterminé de la façon suivante :
Infirmières stagiaires : 800 francs.
titulaires 3e classe 1 042 —
— — lre — 1 250 —
principales 2e classe 1 354 —
— — lie — 1 458 —
En principe les infirmières sont logées et nourries dans l’hôpital; celles qui n’y sont pas logées reçoivent une indemnité de logement annuel de 400 francs à Paris et de 300 à 350 dans les autres villes ; elles reçoivent en plus une indemnité d’habillement de 100 francs par an. Dans les divisions de malades ou de blessés, les infirmières sont placées sous la seule autorité des médecins traitants, leur service spécial consiste à suivre les visites des médecins, à noter toutes leurs recommandations, à donner des soins aux malades et particulièrement à ceux qui sont gravement atteints. Ce sont elles qui exécutent les prescriptions médicales.
Les infirmières des sociétés de secours aux blessés ont été autorisées par lettre ministérielle du 29 juin 1909 à faire un stage dans les hôpitaux militaires. Les services qu’elles viennent de rendre en Algérie et au Maroc, ainsi que dans plusieurs de nos hôpitaux de la métropole nous ont donné la mesure de leur dévouement et de leurs qualités professionnelles, qui garantissent aux médecins militaires des aides précieux, ainsi qu’aux soldats des soins maternels, et ce réconfort moral qui console et guérit. Les fonctions de garde-malades demandent souvent plus de dévouement que de science. Les qualités morales priment l'instruction proprement dite. Pour être à la hauteur de leur tâche les médecins et infirmiers doivent toujours faire plus que leur devoir.
Lemoine. — Traité d’hyg. milit.
Aussi, le service de santé ne saurait trop s’associer aux vœux émis dernièrement par son directeur le médecin inspecteur Février1, qui espère : « que d’ici quelques années, grâce au dévouement et à l’esprit d'initiative dont sont coutumières les sociétés d’assistance françaises, le service de santé de l’armée disposera de précieuses et imposantes ressources hospitalières, dotées d’un nombreux personnel instruit et prêt à toutes les éventualités ».
IV. Fonctionnement d’un hôpital. — Dans l’étude du fonctionnement d’un hôpital il convient d’envisager successivement trois parties :
1° L’hygiène du malade.
2° L’hygiène du personnel.
3° Le sélectionnement des malades.
L’hygiène du malade. — A son entrée à l’hôpital, le malade, à moins de contre-indication prendra un bain ou tout au moins une lotion savonneuse, qui n’a pas les inconvénients d’un bain.
Les cheveux et la barbe seront coupés ras.
Il sera muni de linge et de vêtements spéciaux.
Les vêtements empaquetés seront emportés au vestiaire ou dans une salle spéciale s’il est contagieux. Le linge de corps sera envoyé à la buanderie et, s’il y a lieu, désinfecté.
Les ustensiles culinaires, marqués au numéro du lit, seront entièrement en métal et lavés après chaque repas, désinfectés soigneusement après maladie.
Des réfectoires en dehors des salles seront réservés aux repas des convalescents.
Le linge sera changé souvent, les draps tous les dix jours, les serviettes tous les cinq jours, le linge de corps tous les huit jours (Richard) et même tous les jours en cas de besoin.
L’hygiène dn personnel. — On a donné comme principe que le personnel hospitalier ne devait jamais contaminer, ni .jamais être contaminé.
Pour y satisfaire, les mesures suivantes sont de rigueur :
Port d'un vêtement spécial pour entrer dans la salle : le laisser à la sortie.
Lavage des mains et delà figure en sortant d’une salle de malades, d'où, nécessité d’installation sur le même palier que la salle, de lavabos destinés au personnel.
Repas pris en dehors des salles.
1. Lettre à Mme Nathaniel Johnston, présidente du Sous-Comité du Médoc. Les infirmières militaires, Bordeaux, 1909.
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Observations des règles d'une propreté rigoureuse. Un bain par semaine et même un bain-douche savonneux tous les jours dans les services de contagieux.
Nourriture substantielle. Ne pas manger dans les salles de malades.
Ne pas multiplier les gardes, qui occasionnent de grandes fatigues et diminuent la résistance de l’organisme.
Enfin, instruire les infirmiers des dangers de leur profession, dangers considérables s’ils ne prennent pas de méticuleux soins de propreté.
Sélectionnement des malades. — C’est là une question fondamentale.
A son arrivée à l’hôpital le malade examiné par un médecin doit être l’objet de la part de celui-ci d’une décision rapide et d’un classement dans l’un des trois groupes :
Malades non contagieux;
Malades suspects;
Malades contagieux.
Dans un hôpital civil le premier diagnostic s’établit à la consultation. Dans un hôpital militaire, ce premier diagnostic est fait par le médecin du corps ; le médecin de garde, après vérification et au besoin complément du diagnostic, classera le malade dans une de ces trois catégories.
A. Malade non contagieux.
B. Malade suspect. Envoyé dans une chambre d’isolement, où il reçoit un bain et des vêtements spéciaux. Les vêtements qu’il quitte seront placés dans une tinette métallique bien close, expédiés à la buanderie ou à la désinfection. Le malade aura ses cheveux coupés ras et la barbe rasée.
C. Malade contagieux. Le malade est dirigé sur la salle où sont soignés les hommes atteints de l’affection relevée chez lui. Là il est procédé aux mêmes soins que dans le cas d’un malade suspect (envoi du linge à la désinfection, bains, etc.).
Le médecin de garde devra considérer comme contagieux non seulement les malades dont l’isolement est légal, mais encore ceux dont les affections, dites banales, sont cependant susceptibles de contaminer les voisins de lit, telles que : angines simples, bronchites, broncho-pneumonies, etc. Les malades de cette catégorie qui doivent être dirigés sur les services généraux de fiévreux doivent y être placés immédiatement dans une chambre d’isolement.
Chaque hôpital militaire doit tenir un registre de casernement1 qui est mis à jour parles soins du médecin chef. Ce registre comprend cinq chapitres.
i. Instruction du 20 juin 1898, déjà citée.
A. L'installation de V hôpital, où. des données sont précisées sur :
1° L’historique de l’hôpital (usage auquel le terrain était affecté avant la construction des bâtiments).
2° La topographie de l’établissement
3° La nature du sol (humus, roches, terres rapportées; profondeur de la nappe souterraine).
4° Plan général et type de la construction, son orientation.
5° Conditions de voisinage et notamment la densité de la population du quartier environnant, la salubrité de ce quartier, etc.
La rédaction de cette première partie est complétée par une appréciation générale sur la valeur et la salubrité de l’hospitalisation ; on doit y ajouter tous les desiderata qu’elle comporte.
JL Le milieu urbain où sont étudiés : la topographie médicale de la ville ou de la région, les eaux d’alimentation (origine, qualité, quantité, canalisation, réservoirs, distribution, causes de souillure); les égouts, la voirie, les dépôts d’immondices.
Une place doit être réservée pour les établissements et les industries insalubres, proches ou éloignées de l’hôpital.
On insiste enfin sur les endémies, les épidémies régionales, la nature habituelle des maladies transmissibles qui y régnent, enfin la réceptivité comparée de la population civile et de la population militaire aux influences pathogènes de la région.
C. L' épidémiologie de la garnison : « Sous ce titre, à la suite des renseignements historiques qui auront pu être retrouvés, seront mentionnées annuellement les épidémies de quelque importance. » On insistera sur les origines et les causes probables de leur localisation.
D. Les conventions ( hospices mixtes) passées entre les administrations civiles et l’administration de la guerre pour le traitement des malades militaires.
E. L'état du personnel de l'hôpital , tenu par ordre chronologique d’une part pour les médecins chefs, d’autre part pour les médecins en sous-ordre.
Nous ne pouvons terminer ce chapitre consacré à l’hospitalisation des militaires sans émettre le vœu que des établissements spéciaux soient désormais réservés aux convalescents et aux militaires de carrière atteints de maladies chroniques consécutives soit à des traumatismes reçus en service commandé, soit à des affections contractées à l’occasion du service.
Il existe déjà des dépôts de convalescents1 à Porquerolles, près
1. J. Simonin, Les convalescents militaires, Bull, de VUnion fédérative des médecins de la réserve et de la territoriale, 1908.
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Hyères (Var); le chiffre des lits s’y élève à 228. Il en existe plusieurs en Algérie, à Arzew, pour la Légion étrangère, créé en 1884 (188 lits), et dans des garnisons réputées salubres comme Sidi-bel- Abbés, Tlemcen, Saïda, Mascara, Aflou et Tiaret; il en existe également pour les bataillons d’infanterie légère d’Afrique au camp Suzzoni, à Laghouat (province d’Alger) et à Mécheria (province d’Oran). Pour les compagnies de discipline et les exclus : Aumale, Mécheria, A'ïnel-Hadjar, Biskra, fort Sidi-Mérid. En Tunisie, les convalescents des corps d’épreuve sont placés en subsistance dans les détachements occupant les postes de Zarzis et d’Aïn-Drahim. Dans tous ces postes, la plupart du temps les hommes sont reçus dans des salles de l’hôpital réservées aux convalescents ou simplement dans des corps de troupe. Ces derniers vivent en général à l’ordinaire, mais il peut leur être alloué un supplément de nourriture à la demande et sur les indications du médecin chef de service. Les hommes ne sont astreints à aucun service militaire; ils peuvent sortir isolément et ils jouissent de la liberté qu’ils pourraient avoir dans leurs familles sous réserve d’être rentrés à l’heure des repas et de l’appel du soir.
En Allemagne, il a été créé pour les convalescents et les malingres douze stations de convalescence, comportant 611 lits et se répartissant de la façon suivante :
Biesenthald (Garde prussienne) 93 lits.
Suderode (4e corps) 27 —
Landeck (6e — ) 42 —
Dribourg (7e — ) 48 —
Nordeney (10e — ) 30 —
Sulzbourg (14e — ) 67 —
Rothau (15e — ) 66 —
Lettenbach 1 (16e — ) 93 —
Hochwaser (17e — ) 40 —
Glasewalds Rube (12e — , Saxon) 30 —
Grunbach (19e — ) 25 —
Waldeck (13e — , Wurtemberg) 50 —
Total 611 lits.
La durée du séjour étant de deux mois, sauf exception, on peut évaluer à 3 700 le nombre de places actuellement disponibles dans ces diverses stations.
Personnel. — Le personnel comprend : 1° pour la direction médicale et l’administration de l’établissement, un médecin-major de lrc classe, qui est d’ordinaire détaché de la garnison voisine et dont les fonctions durent un an au minimum ; à défaut de médecins du cadre actif, on utilise des médecins militaires en retraite; 2° pour la disci -
1. Laval, Caducée , 13 septembre 1906, et Policabd, Caducée, 6 janvier 1906
pline des militaires en traitement et la conduite de leur instruction, un officier du grade de lieutenant, le plus généralement convalescent lui-même et par là même peut-être mieux en situation de se rendre compte du travail à imposer à la troupe dont il a la direction.
Le personnel de complément est représenté par un sous-officier de santé, marié autant que possible, dont la femme est préposée aux soins de la cuisine, et un ou deux infirmiers (Krankenwârter).
La Belgique a suivi cet exemple en évacuant sur le camp de Beverloo tous les hommes sortant de l’hôpital qui ont encore besoin de repos, et principalement ceux atteints d’affection des voies respiratoires.
En Bussie, les troupes cosaques ont même des maisons de santé où peuvent être soignés non seulement les militaires, mais aussi leurs femmes et leurs enfants.
Il serait à désirer qu’il en fût de même en France1. Un grand nombre de malades, en effet, convalescents de maladies graves, ne trouvent pas chez eux une alimentation suffisante, une habitation hygiénique et le repos nécessaire, et souvent ils reviennent au corps aussi malades qu’à la sortie de l’hôpital, quelquefois même aggravés. Les difficultés budgétaires qu’on oppose à ces projets d’installation sont peut-être exagérées si, comme le dit le médecin major Ponsot2, on réfléchit à toutes les dépenses occasionnées par les frais de route, les décomptes des envois en convalescence, la somme des journées d’hôpital nécessitées par les récidives et les rentrées réitérées, le nombre des gratifications et des pensions qui leur succèdent.
D’autre part l’hospitalisation des tuberculeux demandant des installations spéciales, il y aurait lieu de transformer certains hôpitaux, situés dans des régions favorables, en sanatoria avec des dispositions permettant le traitement de ces malades dans des locaux isolés par groupes de deux à trois tout au plus ou mieux dans des chambres individuelles. On y organiserait en même temps des galeries de cure absolument nécessaires au traitement de ces malades. Quant aux malades atteints d’affection chronique qui, par suite de la suppression des Invalides, sont obligés aujourd’hui de demander asile aux hospices qui reçoivent d’autre part les malheureux que recueille la charité publique, il serait juste de prévoir pour eux un asile militaire peut-être en réorganisant tout simplement l’hôtel des Invalides comme le demande le médecin major Sabatier3.
1. Sudre, Sur l'opportunité des maisons de convalescence, Soc. de méd. railit., avril 1908.