I. Hôpitaux de fortune fixes. — Abris de réquisition. — On
entend par abris de réquisition les abris recherchés dans les villes pour soigner les blessés et les malades.
Ces abris de réquisition sont de diverses sortes, depuis la simple maison d’habitation jusqu’aux plus vastes bâtiments tels que les lycées et les usines.
Dans les maisons d’habitation particulières, l’hospitalisation est peu pratique à cause des difficultés de service, mais bonne au point de vue hygiénique lorsque ces maisons sont installées dans des conditions de confort suffisant.
En général, cependant, ce mode d’hospitalisation doit être tenu comme suspect, en raison de la difficulté de la surveillance concernant les rapports des malades ou des blessés avec la population civile ; des contaminations pouvant se produire journellement de ce fait.
La neutralisation de toute maison abritant un blessé (Art. 5 de la convention de Genève) avait rendu ce moyen d’hospitalisation très commun, mais on ne put jamais exécuter les prescriptions de la convention en raison même du nombre assez considérable des hospitalisations particulières se mettant dans ces conditions, et le dernier congrès de Genève de 1906 a supprimé purement et simplement cette clause.
Dans les châteaux, dans les usines, dans les écoles, dans les lycées, dans les grandes fermes, le service devient plus facile et ces sortes de bâtiments conviennent mieux que les maisons d’habitation pour servir d’abris de fortune en temps de guerre et en temps de manœuvres.
Les lycées et les collèges présentent tout particulièrement des conditions favorables pour l’hospitalisation des blessés et des malades.
Pendant la guerre de 1870 nombreux furent ceux installés dans les lycées par les armées allemandes et des deux côtés on n’eut qu’à se louer d’une semblable manière de faire.
Les services généraux peuvent y être installés comme dans de véritables hôpitaux.
Il n’en est pas de même des églises qui, au point de vue hygiénique, et en raison de l’obscurité et de la mauvaise aération, sont des locaux tout à fait impropres à l’hospitalisation.
Les mairies des villages sont aussi rarement utilisées. Elles servent le plus souvent à loger l’Etat-major à cause des renseignements qui peuvent s’y trouver,
Hôpitaux baraqués fixes. — Quelques principes généraux sont applicables à la construction des tentes et des baraques. Il est à peine utile de dire que le sol sur lequel on se propose de les élever doit être choisi avec soin et qu’il faut avant tout éviter de les placer dans
HOSPITALISATION DE FORTUNE
un endroit humide. Lorsque les tentes ou les baraques ne constituent que des annexes d’un hôpital ordinaire, le lieu de l’emplacement sera le plus souvent déterminé par la nécessité, mais, dans la chirurgie militaire, le terrain pourra presque toujours être choisi d’après les lois de l’hygiène, on devra donc établir un campement sur un sol sec, granitique, sablonneux, sur un terrain à l'abri des grands vents et, s’il est possible, un peu élevé, non seulement parce que l’air y est plus pur, mais aussi parce qu’il est indispensable d’obtenir la pente nécessaire à l’écoulement des eaux. Il faut aussi que l’on trouve à proximité une rivière ou une source suffisamment abondante. Les Japonais, dans la dernière guerre, ajoutèrent à ces qualités, en choisissant une région pittoresque et agréable aux yeux1 2.
Quelle que soit la nature du sol, il est toujours utile d'enlever, à l’endroit où doivent être placées les baraques et les tentes, la terre végétale qui s’imprègne facilement d’humidité et manque de résistance, on la remplace par du gravier, du sable, des débris de coke, des cendres grossières de houille. On pourrait, pour un établissement permanent, employer le bitume.
Faut-il placer les lits directement sur le sol ou vaut-il mieux établir un plancher? Pour les baraques, on a toujours eu recours jusqu’à présent au plancher posé à une certaine hauteur au-dessus du sol. Pour les tentes les avis sont très partagés et les partisans du parquetage invoquent à l’appui de leur opinion le danger de l’humidité, l’imprégnation du sol par la pénétration des souillures et de détritus de toute espèce. Le Fort repousse l’emploi des planchers, tels du moins qu’on peut les établir dans un campement improvisé. Dans ces cas les feuilles du parquet laissent presque toujours entre elles des fentes assez larges au travers desquelles l’eau, les poussières tombent sur le sol et l’cn a ainsi sous les pieds une source de miasmes qui, pour être cachée, n’en existe pas moins. Sous la tente élevée à l’hôpital Beaujon pendant les années 1875-76-77, Le Fort avait utilisé du gros graviers.
Baraques américaines. — Pendant la guerre de Sécession les hôpitaux baraqués furent disposés suivant des plans très variables (parallèlement ou en rayons roue). Les inconvénients résultaient de la mauvaise orientation d’un certain nombre de ces baraques. Les locaux annexes se trouvaient au centre pour être à proximité des diverses baraques.
L’hôpital Mac-Dougall a des baraques non parallèles.
Par contre, les baraques sont parallèles dans l’hôpital de Hampton.
1. Matignon, Les hôpitaux baraqués de Tokio, Caducée , 1906, p. 216.
2. Le Fort, OEuvres éditées par Lejars, Chirurgie hospitalière.
Citons enfin l’hôpital de Hammond, où toutes les baraques sont du même type (Ch. Sarazin).
Les dimensions sont : 55 mètres de longueur, 8 mètres de largeur, 6 m. 25 de hauteur.
Chaque baraque possède 24 fenêtres.
Chaque pavillon comprend :
Une salle commune centrale dont les dimensions sont de :
49 mètres de longueur, 8 mètres de largeur, 6 m. 25 de hauteur, ce qui donne 8 m2 16 pour chacun des 48 lits que comprend 1a, salle.
Les cabinets pour le personnel infirmier occupent une petite salle située à une extrémité de la salle centrale; à l’autre bout du bâtiment sont ménagées des salles de dimensions réduites, pour les latrines et la salle de bains.
Les baraques du Luxembourg furent établies en 1870 sous l’inspiration de Michel Lévy sur l’emplacement actuel de l’avenue de l’Observatoire. Là, furent édifiés 22 pavillons dans le genre des baraques américaines. Le plancher était surélevé à 1 m. 50 du sol par des piliers en maçonnerie. .
Les baraques présentaient les dimensions suivantes : 38 mètres de longueur. 10 mètres de largeur, 4 mètres de hauteur (au niveau du toit), 8 mètres de hauteur (jusqu’au faîtage ou surtoit).
Elles étaient constituées par des constructions en planches avec double couvre-joints : 12 fenêtres étaient disposées de chaque côté, mesurant 2 m. 10 de hauteur et 1 m. 10 de largeur.
Une fente longitudinale de 0 m. 03 de largeur régnait sur toute la longueur de la base de la lanterne.
La hauteur du faîtage occupait le tiers de la longueur du toit. Elle était garnie de châssis vitrés mobiles de 1 m. 10 de haut pouvant s’ouvrir et se fermer facilement grâce à un système de charnières.
Deux portes se trouvaient aux deux extrémités de la baraque surmontées de larges châssis vitrés et mobiles.
Le toit était en voligeage simple recouvert de carton bitumé.
En plus de la paroi extérieure faite en planches de sapin de 0 m. 02 d’épaisseur, avec double couvre-joints, il y avait une cloison intérieure de 2 mètres de hauteur.
La face intérieure de la paroi était en outre tendue d’une forte toile recouverte de papier bulle.
Chacune de ces baraques était destinée à recevoir 20 lits, des cabinets pour le personnel et les annexes (salles de bains, laverie, linge sale).
Les baraques du Luxembourg présentaient au point de vue hygiénique une supériorité incontestable sur les baraques américaines.
HOSPITALISATION DE FORTUNE
Les latrines étaient situées en dehors du pavillon. Elles étaient construites en briques cimentées, bien isolées de la baraque et pourvues de tinettes filtrantes mobiles recevant les matières solides. Les matières liquides étaient conduites à l’égout. Les matières solides étaient vidangées 2 ou 3 fois par semaine avec la plus grande facilité.
Il n’y eut jamais accumulation de matières au voisinage des malades comme on eut à le déplorer pendant la guerre de Sécession. Une conduite venait se greffer sur celle des bains et de l’évier. « On n’a rien fait de mieux jusqu’ici », disait Ch. Sarazin, 1872.
Depuis 1870 de nouveaux progrès ont été accomplis et les modifications au type p ré cèdent devraient être les suivantes :
Double paroi pour le toit et la muraille avec air circulant entre les deux en été, immobilisé en hiver.
Ouverture dans le plancher de bouches d’appel d’air.
Adoption de matériaux de construction pouvant subir la désinfection.
Orientation identique de toutes les baraques qui devraient être séparées les unes des autres par un espace égal à deux fois la hauteur.
Baraque japonaise. — Lors de la dernière guerre Russo-Japonaise, on a été obligé de recourir encore à l’usage des baraques et on a pu élever ainsi en peu de temps des abris pour les 281 587 évacués de Mandchourie1.
Le baraquement type était une construction en bois, de 100 mètres de long, 8 de large et 5 de hauteur du parquet au plafond, et de 9 à 10 mètres du sol au sommet du faîtage.
A Taoyama comme à Shibuya, les constructions se dressaient sur une hauteur, reposant sur un sol légèrement argileux avec une pente assurant l’écoulement des eaux, au milieu d’un joli parc.
Les baraquements étaient groupés par fi ou 12, réunis par des galeries couvertes, courant sur l’un des bouts des baraquements où les réunissant par leur milieu.
Ces baraques ne reposaient pas sur des soubassements de pierres. La construction s’appuyait directement sur le sol fortement tassé. Le plancher était à environ 45 centimètres du sol. Mais extérieurement, les planches formant paroi descendaient jusqu’à quelques centimètres du sol, s’opposant à une ventilation trop énergique et partant au refroidissement du parquet.
La toiture à crête très vive, sans doute à cause de la neige, était recouverte de tôle ou de carton bitumé. Les murs étaient à double