‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 187 sur 252 · O : 0,225 CO · texte numérisé non relu

O : 0,225 CO

Hôpital de la Pitié.

Salle Saint-Louis, après 3 h. de fermeture des fenêtres. O : 20 766 CO2 : 0,098

Salle Saint-Raphaël (médecine) 0:20 700 CO2: 0,111

Salle Saint-Gabriel (chirurgie) O : 20 603 CO2 : 0,197

Enfin, dans certaines galeries de mine de houille, Gréhant a trouvé des chiffres variant entre 5 et 8 p. .10 000, et dans les galeries du Métropolitain on aurait noté 15 à 60 p. 10 000.

Sans doute l’homme peut vivre dans de tels milieux et il est difficile de fixer le taux de GO2 que l’on doit tolérer dans les milieux industriels par exemple. Les auteurs ne s’entendent pas à ce sujet.

Roth et Lex admettent qu’il ne faut pas dépasser 6 p. 10000.

Rarkes admet — — 8 —

Pettenkolîcr — — — 10 —

Leblanc (limite maximum) admet qu’il ne faut dépasser 50 —

Rrand et Rochard (limite maximum) admettentqu’il ne faut pas dépasser 40 —

Quoi qu’il en soit, le taux de GO2 dans l’atmosphère des habitations reste un test précieux pour se rendre compte de sa souillure.

B. Rôle des matières organiques et des poussières. — Sanarelli et Biffî, qui refusent à l’acide carbonique à peu près toute influence dans la viciation de l’air, font au contraire jouer un rôle très important aux matières organiques volatiles qui, d’après eux, seraient fabriquées dans l’intestin, absorbées dans le sang et exhalées par le poumon.

Brown-Séquard et d’Arsonval, d’un autre côté, ont montré que la vapeur d’eau exhalée au niveau de la surface pulmonaire pouvait servir de véhicule à des toxines organiques spéciales, mais de nature encore indéterminée.

Le dispositif adopté par ces auteurs est le suivant : une série de 8 vases métalliques bien isolés de l’air ambiant au moyen de fermetures hydrauliques communiquent les uns avec les autres par des tubes. Une trompe aspirante est adaptée au dernier vase de façon à faire passer un courant d’air continu à travers toute la série. Un lapin est placé dans chaque vase, de cette façon le premier seul respire de l’air pur et les suivants respirent l’air souillé par les précédents, la souillure est de plus en plus forte, à mesure qu’on se dirige vers le dernier. Les animaux ainsi disposés moururent très rapidement à l’exception de ceux qui occupaient la première et la seconde cases. Dans une seconde série d’expériences, afin d’éliminer le produit qu’ils supposaient être toxique, les auteurs ajoutent entre l'es deux premiers appareils un récipient rempli de perles de verre chargées d’acide sulfurique concentré; on soustrayait ainsi le poison autre que l’acide carbonique. Dans ces nouvelles conditions expérimentales les animaux restaient vivants. De cette seconde expérience Brown-Séquard et d’Arsonval conclurent que la mort des animaux vivant en air confiné n’était pas dù à l’acide carbonique, mais bien à un principe toxique volatil contenu dans l’air expiré par les animaux. On objecta à cette expérience que les animaux avaient été sans doute * empoisonnés par les émanations de leurs urines et de leurs matières fécales. Pour répondre à cette objection, les expérimentateurs laissèrent dans les cases les matières fécales et les urines afin d’augmenter l’intensité des émanations, les résultats restèrent identiques à ceux déjà obtenus. Il paraît donc probable que l’air expiré contient des toxines d’origine animale, qu’on n’a pu isoler jusqu’ici.

Nous avons repris ces expériences au laboratoire d’hygiène du Val-de-Grâce, non dans le but de rechercher la nature de cette toxine, mais d’en dégager la nocivité sur l’organisme animal. Nous avons eu pour but de nous rendre compte de l’action d’un séjour prolongé et intermittent dans l’air confiné sur le degré de réceptivité des animaux vis-à-vis d’une infection microbienne.

SOUILLURES DE L’AIR

Le dispositif adopté est à peu de chose près celui de Brown-Séquard et d’Arsonval. Sous une série de cloches en verre plongeant dans un cristallisoir à moitié rempli d’eau, nous avons placé des cobayes d’un poids sensiblement égal. Les cloches communiquaient entre elles par des tubes en verre. A une des extrémités se trouvait placé un aspirateur de façon à déterminer dans les cloches un courant d’air insensible de 15 à 20 litres à l’heure et, par de multiples analyses pratiquées à l’aide de l’appareil Levy etPécoul, nous avons pu nous assurer que la quantité d’acide carbonique allait en augmentant d’une façon considérable de la première à la sixième cloche. D’autre part les analyses faites avec le permanganate de potasse sur l’eau de condensation des cloches nous ont permis de déceler une quantité de matières organiques progressivement croissante, allant jusqu’à 22 à 23 milligrammes par litre. Les animaux séjournaient chaque jour, d’abord deux heures, puis quatre, puis six heures en 2 et 3 séances de deux heures chacune pendant un mois. D’autres expériences durèrent deux et trois mois. Au bout de ce temps, les animaux furent inoculés les uns avec des cultures de b. coli, les autres avec du h. diphtériti que à virulence connue. Dans tous les cas, les animaux de la dernière et de l’avant-dernière cage qui avaient d’ailleurs maigri à la suite de ce traitement, succombèrent beaucoup plus rapidement (vingt-quatre heures à quarante-huit heures) que les quatre premiers. On observa en outre une différence sensible entre la réceptivité du premier et des suivants qui, malgré la conservation d’un bon état général apparent (pas d’amaigrissement), succombèrent au bout de 3 à 5 jours aux inoculations, alors que le premier resta indemne 5 fois sur 7. D’autre part, l’analyse des urines permit de déceler chez les derniers une albuminurie constante, tandis que les deux premiers n’en présentèrent jamais trace.

On peut donc conclure que, quel que soit le mode d’infection des animaux faisant des séjours prolongés dans l’air confiné, celui-ci augmente les prédispositions morbides. Ce fait expérimental confirme les résultats de certaines observations faites au cours d’épidémies de maladies infectieuses (rougeole, scarlatine surtout), où nous avons cru remarquer une plus grande gravité des cas, ou une plus grande fréquence des complications chez des soldats habitant des chambres d’un cubage relativement inférieur.

Quelle est la nature de cette toxine versée dans l’atmosphère par l’homme et les animaux?

I.a question n’est point résolue. Dans les accidents produits par l'air confiné il faut admettre, comme le fait d’ailleurs Formaneck, que les facteurs sont multiples : peut-être doit-on incriminer l’am-

moniaque, voire l’acide carbonique, mais il faut tenir compte également des modifications de la température extérieure, des troubles qui en découlent et aussi de la production des réflexes divers qui trouvent leur origine dans la respiration d’odeurs désagréables provoquant des troubles de la muqueuse pituitaire, de la diminution du nombre des mouvements respiratoires et consécutivement de l’anémie.

D’ailleurs des gaz, non plus d’origine pulmonaire mais provenant de la sueur (acide formique, butyrique, acétique, propionique, ammoniaque, etc.) ou du tube digestif (acides carbonique et sulfhydrique, ammoniaque, indol, scatol, phénol), contribuent à la souillure de l’air. Il n’est pas jusqu’au chauffage et à l’éclairage qui produisent aussi une série de gaz plus ou moins toxiques (CO, CO2).

Les dangers de l’oxyde de carbone sont relevés à propos de l’étude du chauffage.

A côté des produits gazeux se placent certains produits liquides : nous voulons parler ici de ces gouttelettes de salive ou de mucus pharyngé ou bronchique que rejettent continuellement autour d’eux les sujets sains ou malades. C’est là une cause puissante de viciation de l’air qu’ont bien mise en évidence Flügge et ses élèves.

C’est au moment de l’émission de la parole, de la toux, de l’éternuement que sont projetées dans l’atmosphère ces très fines particules liquides ordinairement vectrices d’agents pathogènes. La transmission de la tuberculose par ce mécanisme est aujourd’hui hors de doute.

D’ailleurs il est un fait qui a frappé les observateurs, c’est que l’air des locaux habités est beaucoup plus riche en germes microbiens que l’air des locaux restés un certain temps inoccupés. Aussi a-t-on été tenté d’en conclure que l’air expiré contenait des microbes qui venaient souiller l’atmosphère. Ce fait est faux.

Strauss et Dubreuilh ont fait barboter l’air expiré dans du bouillon qui servait ensuite à ensemencer des milieux de culture en plaques. Ils ont constaté que l’air expiré est presque complètement privé de microbes, ainsi que l’on peut s’en convaincre par la lecture du tableau suivant :

Air inspiré.

Air expiré.

C’est donc dans un autre ordre d’idées qu’il nous faut chercher la raison de cette viciation de l’air d’un local, lorsqu’il est habité. Il faut vraisemblablement incriminer la mise en mouvement des pous-

SOUILLURES DE U AIR

sières, opérée par nos propres déplacements, par nos vêtements, par nos procédés de nettoyage, balayage, époussetage, qui ne font que déplacer la poussière. Au contraire, dans un local inhabité où tout est en repos, l’air se débarrasse spontanément de ses souillures, qui, en vertu de leur propre poids, tombent sur le sol.

Aussi le nombre des microbes de l’air varie-t-il suivant les diverses circonstances où se trouvent réalisées les conditions précédentes de mobilisation des poussières et des germes. Ainsi, suivant les lieux, Miquel a trouvé par mètre cube :

A Montsouris .

Rue Monge.., A PHôtel-Dieu A la Pitié.

480 germes.

Le médecin major Régnier a trouvé dans une caserne de sapeurspompiers :

Avant le réveil 41 000 germes par m3.

6 heures après le réveil 220 000 —

L’après-midi (les hommes sortis) 32 000 —

M. I javeran, au Val-de-Grâce, a constaté :

A la visite du matin 16 200 germes.

Pendant le nettoyage 37 200 —

Dans ce même hôpital, au service des détenus, le professeur Richard a trouvé :

Tous les hommes étant couchés.. . . 2 700 bactéries et 350 moisissures

au mètre cube.

Après les lits faits 72 000 bactéries.

G. -II. Lemoine, encore au Val-de-Grâce, a trouvé, dans une salle de son service, 51 000 bactéries au moment du nettoyage.

Ces bactéries sont le plus souvent le staphylocoque, le streptocoque, le pneumocoque, le b. de Friedlânder. Il est hors de doute, d’autre part, que ceux-ci peuvent être conservés assez longtemps dans les poussières.

Le pneumocoque se conserverait I mois (Germano) et 50 jours lorsqu’il est renfermé dans des matières albuminoïdes.

Le streptocoque 120 à 150 jours (Germano). Le b. de la diphtérie I 40 à 50 jours à l’obscurité, 3 jours à la lumière diffuse. Le b. d’Eberth I 30 à 60 jours (UfYelmann). Le b. du choléra 4 jours (Germano).

Il suffirait d’un courant d’air de 1 à 4 millimètres à la seconde pour

charrier la plupart des poussières, d’après Flügge. Or on ne perçoit guère qu’un courant de 20 centimètres à la seconde. C’est dire qu’un mouvement imperceptible de l’air suffit à déplacer les poussières.

D’expériences poursuivies dans différentes casernes de Florence, Testi1 conclut à la souillure plus grande des quartiers de cavalerie.

Kelsch et Simonin2 ont recherché comparativement le degré de virulence des microbes contenus dans les poussières provenant d’une caserne et d’un hôpital.

Dans les poussières recueillies sur le plancher d’une salle de 6 lits de l’hôpital Desgenettes, à Lyon, occupés depuis plusieurs mois par des malades atteints d’affections médicales, ces auteurs ont pu isoler le staphylocoque pyogenes albus de Rosenhach, l’aureus, le pyocyanique, le pneumo-bacille de Friedlander, le b. coli. Dans celles recueillies sur les planchers du quartier de cavalerie de la Part-Dieu, les mêmes organismes ont été isolés, puis le mesentericus, le prodigiosus, etc., moins le pyocyanique et le pneumo-bacille.

Tous ces micro-organismes ont été inoculés aux cobayes, et les résultats obtenus ont permis de se rendre compte que leur virulence était plus accusée lorsqu’ils provenaient de l’hôpital. Des recherches analogues faites par les médecins majors Braun et Niclot3 ont abouti aux mêmes résultats. Faut-il conclure de ces expériences que l’air entre pour une certaine part dans la propagation des maladies contagieuses. A. Laveran 4 pense que la contagion de la fièvre typhoïde peut se faire par l’air lorsque la fièvre typhoïde est épidémique et que les typhoïdiques sont nombreux dans les salles insuffisamment ventilées. A. Laveran rappelle encore ces épidémies qui éclatent dans certaines villes dont le sous-sol est fortement souillé toutes les fois qu’on exécute des travaux de voierie.

Cet auteur explique aussi l’origine de la fièvre typhoïde par les poussières fécales ramenées dans la chambrée par les chaussures des hommes qui vont à des latrines trop souvent mal tenues. Enfin les effets de lingerie, la literie des malades pourraient aussi servir à la dissémination des germes dans l’air; s’il en était ainsi la contagion de la fièvre typhoïde, de la pneumonie et d’autres affections seraient peut-être plus fréquentes qu’elle ne l’est en réalité. Pour ma part,

l: Testi, Recherches sur les causes déterminées d’insalubrité dans les locaux militaires, 2e Congrès international de l’Assainissement de l’habitation, 1905, p. 446.

2. Kelsch et Simonin, Note sur le rôle pathogénique des poussières, Bull, de V Académie de médecine, o octobre 1897.

3. Marchal, Du rôle des poussières dans la contagion de la tuberculose, Th. Lyon, 1903, et Braun et Niclot, Congrès pour l’avancement des sciences, 4 août 1900.

4. A. Laveran, De la contagion de la fièvre typhoïde, Arclx. de méd. milit., 1886, et De la contagion -dans les salles d’hôpital, Méd. mod., 1890, p. 221.

SOUILLURES DE L'AIR

je n’ai guère observé de cas intérieurs de fièvre typhoïde que dans des circonstances tout à fait spéciales 1 (usage de vases à déjections communes à des typhoïdiques et à des rhumatisants retenus au lit par leur maladie et forcés de se servir de ces objets). Tout en admettant la possibilité d’une contagion de cet ordre, elle doit être assez limitée.

Les dernières expériences de Kuss2, Lenoir et Camus3, relatives à la mobilisation difficile des poussières de crachats tuberculeux, plaident dans le même sens.

Enfin les recherches de Kelsch, Boisson et Braun4 entreprises dans les casernes de Lyon et celles de Rouget5 à Bordeaux démontrent l’innocuité des poussières de ces habitations au point de vue de l’origine de la tuberculose pulmonaire.

Si les maladies infectieuses spécifiques ne semblent pas se propager fréquemment par les poussières desséchées qui flottent dans l’atmosphère de nos habitations, on ne peut nier cependant que la souillure de l’air des hôpitaux cause assez fréquemment des infections surajoutées chez les sujets en état de moindre résistance qu’ils abritent. Nous n’en voulons pour preuve que ces angines, bronchites avec fièvre qu’on observe souvent au lendemain d’un nettoyage important des salles, pratiqué en disséminant dans l’air d’épaisses poussières. Le médecin major Ligouzat0 attribue le méphitisme des chambrées aux souillures des lits.

A côté des poussières microbiennes nous citerons les poussières inertes qui n’ont d’autre inconvénient que d'obscurcir l’air ou d’y répandre des odeurs désagréables. C’est surtout l’industrie qui est responsable de leur production. Ces poussières, ces odeurs déterminent, elles aussi, des troubles d’une façon indirecte; car on respire incomplètement dans un air chargé de fumées et de produits mal odorants, et cette anoxémie entraîne à la longue de l’anémie.

C. Autres causes de souillures. — En résumé les dangers de l'air confiné proviennent moins de la diminution de l’oxygène et de l’augmentation de l’acide carbonique que de la richesse de cet air en

1. G. -H. Lemoine, Étude sur la contagion de la fièvre typhoïde dans les hôpitaux à propos de 4 cas intérieurs, Revue d'hygiène, 1892.

2. Kuss, Mobilité et dissémination des poussières infectantes dues au balayage des crachats tuberculeux. Bull, méd., août et novembre 1908.

3. Lenoir et Camus, Kecherche du bacille de Koch dans l’air des salles occupées par les tuberculeux, Annales d'hygiène publique, janvier 1908.

4. Kelsch, Boisson et Braun, De la virulence des poussières des casernes, notamment de leur teneur en bacilles tuberculeux, Bull, de l'Acad. de méd., 1898.

5. Uouget, Étiologie de la tuberculose pulmonaire dans l’armée, Arch. de méd. I milit., 1901.

0. Ligouzat, Couchage des troupes, II0 Congrès de l’assainissement de l’habitation, 1906,

poussières et en microbes. A cette cause essentielle il faut ajouter, pour expliquer certains désordres observés, la température parfois excessive des locaux longtemps habités sans aération suffisante et les odeurs désagréables que dégagent parfois les agglomérations humaines.

Enfin la vapeur d’eau apporte aux échanges respiratoires un obstacle qui se traduit par des malaises, de la dyspnée, de l’angoisse et parfois de la syncope.

II. Moyens d’apprécier la souillure de l’air. — A. Moyens physiques. — L'odorat permet déjà de percevoir les souillures d’une atmosphère plus ou moins confinée ; mais c’est là un moyen par trop subjectif. FettenkofTer pense que l’odeur de renfermé correspond à une souillure de 7 p. 10 000 de CO2.

L’examen optique pratiqué par Tyndall consiste à rechercher si un rayon lumineux projeté dans une chambre y laisse sa trace en éclairant les poussières présentes dans l’atmosphère.

B. Analyse chimique. — Elle a principalement pour but le dosage de l’acide carbonique. Il existe plusieurs procédés :

Celui de Régnault consiste à faire barboter l’air dans une solution de potasse; l’augmentation de poids représente la quantité d’acide carbonique contenue dans le volume d’air analysé.

Le procédé de Pettenkoffer et Hesse emploie une solution de baryte titrée de telle sorte qu’il faut 1 centimètre cube d’acide carbonique pour neutraliser 1 centimètre cube de cette solution. On recherche tout d’abord quelle quantité d’une liqueur d’acide oxalique il est nécessaire d’employer pour neutraliser un certain volume de la solution de baryte; ceci connu, on agite avec l’air à analyser une quantité déterminée de la solution titrée. L’acide carbonique se combine à la baryte et la neutralise en partie. Pour connaître le volume d’acide carbonique ainsi fixé, on recherche au moyen de la solution d’acide oxalique la quantité nécessaire à employer pour obtenir la saturation de la liqueur de baryte.

On obtient la teneur de GO2 par différence.

L’analyse chimique permet encore de doser la teneur de l’air en matières organiques ; on obtient ainsi l’indice du degré d’oxydabilité de l’air; dans ce but on se sert d’une solution de permanganate de potasse; malheureusement on n’obtient pas toujours d’excellents résultats, car cette opération est difficile par elle-même, et, de plus, le permanganate se laisse facilement altérer; sans compter qu’en outre des matières organiques, l’acide sulfureux, l’acide sulfhydrique, l’ammoniaque qui peuvent être contenus dans l’air ont eux aussi un

SOUILLURES DE L’AIR

certain pouvoir décolorant et troublent par conséquent les résultats obtenus.

Dans ces derniers temps MM. Léwy et Pécoul ont imaginé un appareil facilement transportable et suffisamment perfectionné pour donner un résultat appréciable au point de vue hygiénique.

Cet appareil se compose d’un réservoir métallique A de cinq litres et demi de capacité, et d’un barboteur spécial en verre B rempli d’un liquide absorbant.

Le barbotteur est relié par une de ses branches au tube de Mariotte C soudé au réservoir. Un niveau D indique constamment la hauteur de l’eau dans l’appareil.

Le tuyau en caoutchouc E sert à l’écoulement de l’eau.

L’appareil est complété par un râtelier supportant deux pipettes graduées et deux flacons compte-gouttes pour le dosage.

Fonctionnement. — 1° On rem plit le réservoir avec de l’eau ordinaire par l’entonnoir F et on revisse le bouchon métallique sur lequel on verse quelques gouttes d’eau pour assurer un joint hydraulique.

2" On verse dans la branche Fig ,0 Apparoil dc L6vy ct Pdcon, pom. la

de droite du barboteur 20 centi- recherche do l'acide carbonique.

mètres cubes de liqueur alcaline.

3° Ayant placé l’appareil dans l’atmosphère à examiner, on produit l’écoulement de l’eau en décrochant de son cran d’arrêt le tube de caoutchouc E; l’eau s’écoule en produisant une aspiration dans le barboteur.

L’air entre par la branche de droite et passe bulle à bulle dans la solution alcaline à laquelle il abandonne tout son acide carbonique.

Dosarje l. — Quand toute l’eau du réservoir s’est écoulée, on détache le barboteur de l’appareil (retirer la broche F) et, le maintenant de

1. Liqueur acide : Acide sulfurique pur à 66°: llgr6. Eau distillée 1 000 cm3 1 cm3 de cette liqueur = 2 cm3 de GO2

Liqueur alcaline : Hydrate de sodium pur 10gr. Eau distillée 1 000 cm3

20 cm3 de cette solution doivent être saturés exactement par 20 cm3 de la solution acide en présence de phénol-phtaléine.

la main gauche, on introduit, toujours dans la branche de droite, 19 centimètres cubes de liqueur acide.

On agite ainsi qu’il est indiqué plus loin.

Il se présente alors deux cas.

Premier cas. — La solution reste incolore.

On en conclut que l’air examiné contient plus de 10 dix-millièmes d’acide carbonique et par conséquent qu’il est insalubre.

Deuxième cas. — La solution devient rose fixe.

On en conclut que l'air examiné contient moins de dix-millièmes d’acide carbonique et par conséquent qu’il est salubre.

Si l’on veut aller plus loin et connaître exactement la proportion d’acide carbonique, on fait usage des flacons compte-gouttes.

Si la solution est restée incolore (premier cas) on verse dans le liquide du barboteur, par gouttes, de la solution alcaline et l’on s’arrête lorsque, après agitation, la teinte rose persistera.

Chaque goutte ainsi agitée représente un demi-dix-millième audessus de 10.

Exemple : Le liquide du barboteur étant resté incolore, on ajoute 8 gouttes de la solution alcaline pour obtenir, après agitation, la teinte rose fixe.

Ces 8 gouttes valant 4 dix-millièmes d’acide carbonique, l’air analysé contient : 1 0 — (— 4 = J 4 dix-millièmes.

Si, au contraire, la solution du barboteur est colorée (deuxième cas), on verse par gouttes la solution acide jusqu’à décoloration complète.

Chaque goutte ainsi ajoutée représente un demi-dix-millième d’acide carbonique au-dessous de 10.

Exemple: Le liquide du barboteur s’étant coloré, on ajoute 8 gouttes de la solution acide pour obtenir la décoloration.

Ces 8 gouttes valant 4 dix-millièmes d’acide carbonique, l’air analysé contient : 10 — 4 = 6 dix-millièmes.

Analyse bactériologique de l’air. — Procédé de Lacer an. A. Laveran emploie un dispositif fort simple, peu fragile et qui donne des résultats très exacts. Deux tubes de A^erre A et B fermés à leur extrémité inférieure sont réunis au niveau de leur tiers supérieur par une tubulure horizontale C. Chacun des tubes verticaux est obturé à sa partie supérieure par un bouchon de caoutchouc traversé par une pipette D, E, qui plonge jusqu’à la partie inférieure de l’appareil. Un des tubes porte un trait gravé sur le verre et délimitant une capacité de 10 centimètres cubes à partir du fond du tube; une des pipettes est graduée en dixièmes de centimètres cubes; l'orifice supérieur de chaque pipette est obturé par un tampon d’ouate ; dans le tube jaugé

SOUILLURES DE L'AIR

on place 10 centimètres cubes d’eau sucrée à 1 p. 100. Puis l’appareil est stérilisé à l’autoclave.

Pour l’usage on enlève le tampon de coton garnissant la pipette qui plonge dans l’eau sucrée et l’on met l'autre pipette en communication avec l’aspirateur. L’air aspiré barbote dans l'eau sucrée, passe dans la première brandie, s’engage dans le tube horizontal, descend dans la deuxième branche et s’échappe par la pipette en communication avec l’aspirateur . On peut faire passer ainsi une très grande quantité d’air dans l’appareil.

Le barbotement terminé, on aspire doucement l’eau sucrée dans la pipette d’entrée, de manière à laver, puis on fait passer le liquide dans la deuxième pipette, à plusieurs reprises différentes, pour recueillir les germes qui ont pu s’y déposer; il ne reste plus alors qu’à prélever l’eau sucrée à l’aide de la pipette graduée pour la répartir dans les différents milieux de culture (plaques de gélatine, plaque de gélose).

Si, par exemple, il est passé 200 litres d’air dans l’appareil et que l’ensemencement en plaque de gélatine d’un centimètre cube d’eau sucrée donne 12 colonies, nous avons :

200 litres d'air contiennent 12 x 10 germes aérobies, t mètre cube d'air contient 12 x 10 x 10 000

6 000 germes aérobies.

Fig. 71. — Appareil de Lavoran pour l'analyse de l’air,.

Laveran.

Cette méthode présente l'avantage de fournil un matériel d’ensemencement abondant, représentant une grande quantité d’air et permettant la préparation de nombreuses plaques d'isolement et aussi la pratique des recherches spéciales des microbes pathogènes.

III. Moyens de remédier à la viciation de l’air. — A. Air atmosphérique. — La souillure de l’air est en somme causée surtout par les poussières, qui, chargées de matières organiques mortes ou vivantes, peuvent par inhalation ou injection provoquer dans l’organisme des infections diverses.

Ces poussières peuvent se produire non seulement dans les milieux habités où leur nocivité est renforcée par l'adjonction de gaz délétères et toxiques, mais encore en plein air. Dans les milieux urbains, les déchets de la vie, les fumées qui s’échappent des divers foyers de combustion, des usines surtout, ainsi que le mouvement intense qui y règne, en faisant obstacle à leur précipitation et à leur séjour sur le

sol, contribuent à augmenter sans cesse la souillure de l’air que nous respirons.

Aussi tous les efforts de l’hygiéniste doivent-ils être dirigés vers la suppression des poussières. La loi du 11 juillet 1903, d’ailleurs, prévoit l’élaboration de règlements concernant l’évacuation des poussières et des vapeurs, ainsi que l’aération et la ventilation des locaux occupés par les ouvriers. On a cherché à supprimer les fumées 1 en exposant celles-ci à la combustion de foyers dégageant une chaleur intense. Pour diminuer la poussière urbaine, les chaussées ont été revêtues de pavés, d’asphalte, etc., et des arrosages plus ou moins fréquents font tomber la poussière. La circulation de plus en plus active sur nos routes macadamisées a provoqué d’autre part des essais destinés à étendre à celles-ci le bénéfice de nos voies urbaines. Mais il fallait ici recourir à des moyens moins dispendieux. Imitant une pratique américaine, M. Guglielminetti 2 a proposé l’arrosage avec l’huile lourde de pétrole, puis le goudronnage.

On pourrait appliquer ce procédé aux cours de nos casernes.

B) Air des locaux habités. : — La propreté des locaux et de tous les objets qui y sont déposés est la première condition de la pureté de l’air qu’ils contiennent.

Dans ce but, il faudra donc éviter de secouer les draps et les couvertures dans l'intérieur des habitations et ne plus tolérer dans les chambres, l'astiquage de l’équipement, le nettoyage des chaussures et le brossage des vêtements.

Dans les chambres et salles des hôpitaux, on supprimera les rideaux et les tapis et on remplacera ces derniers par du linoléum. Tous les vases à déjection et les crachoirs devront toujours être couverts et contenir un liquide antiseptique. Enfin, lorsqu’on fera le nettoyage des appartements, le mieux sera d’utiliser le nettoyage humide, ou bien on imprégnera le sol d’enduits pulvérifuges, destinés à agglutiner les poussières et à permettre ainsi un balayage à sec dès lors sans danger.

La ventilation constitue le second moyen de garder à l’air sa pureté. Il est difficile de fixer le moment exact où l’air a besoin d’être renouvelé, le taux d’acide carbonique pourrait sans doute nous renseigner, mais sa recherche demande une analyse qu’il n’est pas toujours facile défaire. On peut admettre avec Pettenkoffer qu’une atmosphère est confinée lorsqu’elle commence à répandre une odeur appré-

1. Tobiansky, d’Alloff, Suppression radicale et utilisation de la fumée par récupération de ses éléments. Bruxelles, Imprimerie Lesèque, 1903.

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