Vincey, Revue d’hygiène, mai
LE TOUT A L’ÉGOUT
d’épurer annuellement 600 000 mètres cubes à l’hectare. Le ray-grass semé dans les prairies est mis en pâturage directement ou coupé. On a pu faire jusqu’à huit coupes par an. Quant aux terrains laissés en friche, on se contente de les labourer une fois tous les mois, ce qui a semblé suffire jusqu’à présent à empêcher le colmatage et l’infection du sol.
Dans le même ordre d’idées, M. Puech1 a fait des essais intéressants en 1904-1905 dans la plaine de Créteil, en employant le procédé utilisé pour l’épuration des eaux de boisson de la banlieue (installation du mont Yalérien). On avait à cet effet constitué trois bassins successifs, renfermant des graviers de différentes grosseurs, dans lesquels l’eau brute d’égout filtrait, à raison de 332 mètres cubes par jour, pour une superficie totale de 70 mètres carrés. Les matières en suspension dans l’effluent de dégrossissage étaient retenues mécaniquement dans les interstices des graviers, qu’elles finissaient par obstruer. Le dégorgement périodique du filtre était opéré par un contre-flux d’eau d’égout. Quant aux boues, elles étaient évacuées sur des terrains d’égouttement et de décharge, disposés à cet effet dans le voisinage. Le dégrossissage amènerait l’élimination de 90 p. 100 de l’ensemble des matières minérales et organiques en suspension dans l’eau brute.
L’eau ainsi clarifiée était déversée ensuite sur des prairies. On est arrivé à épurer 600 000 mètres cubes par hectare et par an; il est à présumer que, grâce à ces dégrossisseurs, 1 obstruction des pores du sol est moins à craindre que par les procédés précédents.
Ce serait donc un tort de considérer d’ores et déjà comme condamné l’épandage sur le sol naturel, et si, au lieu de prendre 1 exemple de Paris et de Berlin, dont les eaux-vannes représentent un volume colossal, on examine ce qui se passerait pour les villes moyennes comme Beims, par exemple, on viendrait à penser avec le médecin major E. Arnould2 qu’en telle ou telle localité, cette méthode en vaut une autre, si même elle n’est pas la méthode de choix.
Mécanisme de l’épuuatiox. — Vis-à-vis de la matière organique le sol ne joue pas le rble d’un simple filtre dont toutes les parties ont une action égale et analogue. Avec les différentes couches du terrain apparaît une action nouvelle qui variera, selon que nous considérerons la surface ou ses différentes couches profondes.
On peut distinguer en effet parmi celles-ci trois zones : zone de filtration; zone d’oxydation; zone de drainage.
I PUECH, Soc. de mcd. publique, 31 octobre 1906.
2. E. Arnould, Epuration biologique des eaux d'égout, Revue d’hygiène, 1907, p. 108.
A la surface agissent l’air et la lumière. Il se fait donc déjà là un premier travail d’oxydation, une première étape dans l’épuration.
La zone de filtration mesure de 20 à 25 centimètres environ. Dans cette couche s’arrêtent les corps volumineux ou insolubles et c’est là que nous trouvons les matières colloïdales.
Les autres produits sont en partie solubilisés par les anaérobies qui se trouvent dans la couche juxta-superficielle où ils sont à l’abri de l’air, grâce au colmatage passager que produit l’inondation. Ainsi liquéfiés, ces produits traversent la couche de filtration pour gagner la deuxième zone d' oxydation. Celle-ci présente la plus grande épaisseur (1 m. 50 à 2 m.) et c’est dans son sein que s’opère le travail le plus important, travail aboutissant à la désagrégation complète, à la transformation véritable de la matière organique. C’est dans cette zone que l’azote ammoniacal est repris par les ferments aérobies nitrificateurs pour aboutir à la formation des nitrates grâce à l’action des deux éléments vivants dont l’existence entrevue en 1877 par Schlœsing et Muntz a été démontrée en 1890 par Winogradsky :
Le ferment nitreux (Nitromonas), qui transforme l’ammoniaque provenant du travail des anaérobies en acide nitreux (nitrites).
Le ferment nitrique (Nitrobacter), qui, sans action sur l’ammoniaque, transforme l’azote nitreux en azote nitrique (nitrates).
Ces ferments essentiellement aérobies ne peuvent vivre que dans les terrains très aérés; de là la nécessité de terres légères, irriguées par intermittence. Déplus certains corps comme les acides gras, l’acide butyrique par exemple, nuisent à leur vitalité, d’où nécessité de ne pas déverser sur le sol certaines eaux industrielles ou d’arrêter les corps gras des eaux d’égout comme on l’a fait au camp de Sissonne.
Grimbert 1 a fait voir que la dégradation de la matière organique pouvait aller plus loin et que les nitrates à leur tour pouvaient être décomposés par des microbes dénitrifiants, comme le pyocyanique et le coli par exemple, et donner de l’azote pur.
La zone de drainage permet l’écoulement de l’eau épurée par les couches précédentes.
On doit choisir une terre arable ou sablonneuse. La première possède un pouvoir épurateur plus grand et elle peut être utilisée immédiatement puisqu’elle contient d’avance les germes nitrificateurs2, tandis que la seconde a besoin de mûrir, il faut attendre l’apport des germes véhiculés par l’eau à épurer.
Evaluation de la surface. — La quantité du terrain nécessaire varie évidemment avec sa nature. On compte généralement qu’un
Grimbert, Revue scientifique, 1905, p. 249, et Bull, de V Institut Pasteur, 1904, p. 23.