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VII. Classement des hommes du contingent. — A. Peloton des

Malingres. — L’armée reçoit chaque année dans ses rangs un certain nombre de jeunes gens faibles et suspects, dont l’aptitude militaire, sujette à caution, ne peut être définitivement jugée qu’après un essai d’entraînement où beaucoup d’entre eux peuvent et doivent trouver l’occasion de relever et de parfaire leur développement physique.

Ces jeunes gens forment deux catégories.

L’une, constituée par les faibles , comprend des hommes dont le développement est retardé par une existence anti-hygiénique et un travail au-dessus de leur force, qu’ils appartiennent au monde du commerce, de l’industrie, ou à celui des étudiants et des intellectuels. Leurs organes sont sains, mais leur organisme est déficient.

Appartiennent également à cette catégorie les convalescents de maladie grave.

L’autre, constituée par les suspects , comprend des jeunes gens à antécédents pathologiques héréditaires ou personnels, ne présentant au moment de leur incorporation aucune lésion appréciable. C’est dans ce groupe que se trouvent les prétuberculeux.

Or, ces deux groupes sont appelés à bénéficier de l’existence militaire, à condition de prendre vis-à-vis d’eux certains ménagements. Les éliminer a priori serait une mesure que ne justifient ni les données de la science ni l’observation des faits et qui infligerait à nos effectifs une perte actuellement incompatible avec les exigences de notre recrutement.

En effet, nos ressources en hommes s’épuisent avec les années. Il est donc nécessaire d’économiser notre capital humain et d’en tirer

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tout le bénéfice possible. Aussi la circulaire du 14 octobre 1908 a-t-elle créé les pelotons de malingres. Le travail que le médecin principal Simon et le médecin major Perrin1 ont consacré à l’étude de ces groupes dans l’armée permet de voir ce qu’un entraînement progressif bien conduit peut faire dans ce sens.

La moyenne des malingres dans un corps de troupes recevant de 5 à 700 hommes paraît être, d’après ce qui s’est passé au 74e régiment d’infanterie, de 30 à 40. Cet effectif réduit avait fait penser à certains médecins militaires qu’on pourrait réunir ces groupes en un ou plusieurs corps, situés de préférence dans des villes pouvant être considérées par leur situation géographique comme de bonnes stations maritimes ou climatériques. L’idée émise par les médecins majors Yiguier2 et Solmon3, notamment, est en effet assez suggestive au premier abord tafit par le choix d’une région thérapeutique par elle-même que par l’application d’une méthode d’entraînement qui, dans ces conditions, serait plus uniforme. Mais en dehors de la diversité des armes auxquelles appartiennent ces hommes, qui déjà est un premier obstacle à une semblable manière de faire, il semble que la réunion de tous les chétifs aurait un effet moral déplorable sur ceux qui en feraient partie. De plus, il faut compter qu’il se produira pour plusieurs un va-et-vient entre le service actif ordinaire et le peloton des malingres, et qu’on pourra verser momentanément dans celui-ci .des convalescents, des hommes appartenant au service auxiliaire, capables au bout d’un certain temps d'être versés dans le service armé.

C’est pourquoi leur instruction dans chaque corps de troupes paraît à la fois plus rationnelle et plus pratique. D’ailleurs, officiers et médecins s’intéressent de plus en plus à ces questions d’entraînement, et les instructeurs ne manqueront pas. Le programme d'instruction du 2 septembre 1909 réglemente d’ailleurs cette question en faisant instruire les malingres et retardataires dans leur compagnie. S’ils sont en trop petit nombre pour former une unité d’instruction, ils seront réunis à ceux d’une autre compagnie et pourront aussi être formés en un seul peloton. Le programme général de cet entraînement proposé par Simon et Perrin est résumé dans les deux propositions suivantes :

Chaque malingre sera soumis autant que possible à des exercices appropriés à sa constitution.

1. Simon et Perrin, Les malingres dans l’armée, Arch. de méd. milit., 1906.

2. Vignier, Ecole d’aptitude physique, Bul'. de la Soc. de méd. milit., 15 février 1908.

3. Solmon, Entraînement des malingres dans l’armée, Soc. de méd. milit., 21 mai 1908, et Baudin, Les services auxiliaires, le Journal, 5 juin 1908.

Ils devront vivre le plus possible au grand air1.

Une part excessivement large devra être faite, en tout temps, aux mouvements respiratoires et aux exercices d’assouplissement et de développement, aux jeux, à la marche.

La marche de l’instruction devra être lentement et insensiblement progressive.

L’alimentation réclamera une place importante dans l’ensemble des mesures spéciales à leur appliquer.

Quant à l’instruction militaire proprement dite, maniement d’armes, escrime à la baïonnette, elle ne sera donnée que tardivement. Enfin, le port du sac, dans l’infanterie, sera l’objet d’une surveillance attentive.

Pour la réglementation de détail, elle devra être arrêtée par le commandant sur les conseils du médecin du corps appelé à noter les progrès ou les défaillances, et à constater les résultats définitifs.

B. Service auxiliaire. — Le recrutement des hommes de cette catégorie devrait être demandé aux sujets qui ont des vices de conformation légers ou un certain degré d’insuffisance des organes des sens. En aucun cas on ne doit y classer des malingres ou des faibles, les intentions du législateur à cet égard sont formelles.

Le rapporteur de la loi du 21 mars 1905 au sujet de la discussion de l’article 18 établissant l'échelle des aptitudes physiques d’après laquelle doit se faire la sélection, s’exprimait ainsi pour les hommes devant être classés dans le service auxiliaire :

« Nous vous proposons de classer, dans la catégorie des jeunes gens bons pour le service auxiliaire, ceux dont la constitution générale n’est pas douteuse et qui sont seulement atteints d’une infirmité relative, les rendant impropres à l’accomplissement du service armé. »

Malheureusement ce classement est plus théorique que pratique. Voilà en effet un conscrit présentant une taille de 1 m. 54, ayant juste le périmètre voulu, 0 m. 77, pesant 51 kilogrammes, il est pâle, semble légèrement anémique, mais il ne présente aucune tare héréditaire ou acquise, il a toujours été bien portant, l’auscultation de la poitrine ne permet de dévoiler aucune lésion, il en est de même de l’examen de l’appareil circulatoire.

Cet homme est évidemment loin d’être robuste. C’est un faible, pour lequel les premiers exercices seront pénibles, le sac un peu lourd. Prononcerez-vous l’exemption? Si oui, vous aurez un déchet considérable, car beaucoup sont dans ce cas; si non, vous verrez servir

1. Dans les régiments fractionnés, il y aura toujours avantage à grouper les malingres dans celui des centres urbains qui présente le plus de garantie au point de vue du casernement et de la santé publique.

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cet homme dans le service armé, alors qu’un homme robuste myope ou hypermétrope sera classé dans le service auxiliaire ! Ce serait là une décision qui paraîtrait absolument irrationnelle. C’est pourquoi le service auxiliaire, depuis qu’il fonctionne, a reçu un grand nombre d’hommes faibles de constitution et ce classement est même justifié par l’article 19 de la loi qui contredit en partie les déclarations du législateur.

En effet, cet article qui concerne la destination à donner aux jeunes gens ajournés à un nouvel examen du conseil de révision spécifie dans son quatrième alinéa que « ceux qui, lors de ce nouvel examen, ne sont pas encore reconnus bons pour le service armé, sans que leur état physique justifie pourtant une exemption définitive, sont classés dans le service auxiliaire et incorporés comme tels.

Or les ajournés sont représentés par les sujets faibles de constitution, les anémiques, les convalescents de maladie grave, etc.

La législateur accepte donc par là même V admission de faibles de constitution dans le service auxiliaire .

Les circulaires du 28 et du 30 décembre 1908 et du 22 janvier 1909 ont cherché à lutter contre cette introduction des faibles de constitution dans le service auxiliaire, en rappelant aux conseils de révision et aux commissions de réforme que les « faibles de constitution ne doivent pas être classés dans le service auxiliaire , mais bien réformés définitivement , soit immédiatement, soit après ajournement d’un an ».

Mais, d’autre part, on spécifie dans ces mêmes circulaires que les jeunes gens réformés temporairement et classés ensuite dans le service auxiliaire doivent, comme les ajournés, être examinés d’office par les commissions de réforme un an après leur rappel à l’activité.

Cette dernière disposition laisse d’ailleurs ouverte la porte du service armé pour ceux dont l’état se serait notablement amélioré.

La circulaire du 28 décembre 1908, notamment, admet donc implicitement que les faibles de constitution peuvent être classés dans le service auxiliaire, puisque ce sont les sujets faibles qui constituent les quatre cinquièmes des réformés temporairement.

Enfin l’introduction des faibles est même prévue dans les rangs des combattants par la circulaire du 22 janvier 1909. Celle-ci dit, en effet, que les réformés temporairement rappelés qui primitivement appartenaient à un corps de l’Est ou habitant un climat rigoureux seront affectés à des corps de troupes stationnés dans la région d’où ils sont originaires afin de leur éviter un changement de climat trop brusque. Les faibles de constitution sont seuls susceptibles de motiver ces précautions, bien légitimes du reste, auquel tout hygiéniste militaire doit souscrire.

Gomme on le voit, malgré tout, on est entraîné à verser des faibles dans le service auxiliaire et même dans le service armé. La loi et les circulaires qui l’ont suivie autorisent une pareille manière de faire. Il ne peut en être autrement. Pour éliminer d’une façon absolue du service auxiliaire ce qu’on appelle les « faibles de constitution », il aurait fallu commencer par déterminer d’une façon exacte ce qu’on entend par ce terme. Nous avons vu qu’une telle détermination ne peut être mathématiquement fixée.

Toutes les fois qu’on s’est avisé de vouloir tracer des limites réglementaires à cet égard, les mesures prescrites ont dû être rapidement rapportées en face du nombre considérable de sujets ne présentant pas les conditions requises.

Pour le médecin expert, la tâche est donc fort délicate, mais elle n’offre pas de difficultés insurmontables pourvu qu’il soit admis que l’aptitude physique au service militaire pour les faibles de constitution se juge souvent par l’accomplissement de ce service, que par conséquent on ne peut exiger du médecin militaire toujours et en foute circonstance une décision définitive au conseil de révision ou à la visite d’incorporation, et qu’on accepte officiellement la division de la classe des services auxiliaires en deux catégories : les bons avec difformité ou insuffisance des organes des sens, et les « faibles de constitution ».

Les 'premiers affectés définitivement aux postes qui leur sont réservés dans les régiments. A ces hommes seulement s’appliquerait la circulaire ministérielle du 25 août 1909 interdisant le maniement d’armes.

Les seconds formant dans chaque corps un groupe spécial dont le médecin surveillera T entraînement. Le passage dans le service armé, le maintien définitif dans le service auxiliaire, le retour au peloton des malingres, ou enfin la radiation définitive étant laissés à l’initiative de celui-ci.

Le médecin militaire devra, de son côté, éliminer définitivement et rapidement tout homme présentant une lésion en évolution, et pour les faibles de constitution le terme lésion veut dire, phénomènes suspects localisés au sommet du poumon.

Nous devons ajouter que la sélection devra rester très sévère et qu’il ne faut pas se faire trop d’illusion sur les bénéfices qu’on retirera des pelotons de rohusticité. Sous prétexte de réserver une place dans l’armée à ces écoles d’aptitude physique dans le but légitime d’accroître la force des effectifs, il ne faudrait pas en enfler les cadres et en multiplier les éléments, car l’armée doit grouper avant tout des hommes assez robustes pour recevoir l’instruction militaire complète et supporter les fatigues d’une campagne.

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VIII. Classement dans les différentes armes. — Pour celte opération nous suivrons l’instruction ministérielle du 22 octobre 1905.

Pour la répartition des jeunes soldats entre les différentes armes ou services, les commandants de recrutement se baseront d’après les indications données par les médecins , sur les conditions d’aptitude suivantes :

Infanterie. — L’aptitude à l’infanterie comporte :

1° L’aptitude à la marche, qui nécessite la bonne conformation et le bon fontionnement des membres inférieurs.

2° L’aptitude à porter le fusil, les munitions et l’équipement, aptitude qui nécessite une grande vigueur.

3° Une acuité visuelle se rapprochant autant que possible de la normale, au moins pour l’un des deux yeux.

Cavalerie. — L’aptitude à la cavalerie comporte :

1° L’aptitude physique à l’équitation qui demande plus de souplesse que de vigueur et une longueur suffisante des membres inférieurs; la conformation des jambes et celle des pieds peuvent d’ailleurs n’être pas irréprochables.

2° Une acuité visuelle se rapprochant autant que possible de la normale pour l’un des yeux, et un champ visuel assez étendu.

Abstraction faite de la taille, le poids maximum est de 75 kilogrammes pour les cuirassiers, de 70 kilogrammes pour les dragons et de 65 kilogrammes pour la cavalerie légère.

Artillerie. — L’aptitude à l’artillerie comporte :

Pour les hommes affectés à l’artillerie à pied ou aux batteries de campagne, et pour les servants des batteries montées :

1° L’aptitude à la marche, qui nécessite la bonne conformation des membres inférieurs.

2° L’aptitude aux manœuvres de force.

Pour les conducteurs des batteries montées et pour les conducteurs servants des batteries à cheval :

1° L’aptitude à l’équitation comme pour la cavalerie.

2° L’aptitude aux manœuvres de force.

Pour tous les canonniers servants :

Une acuité visuelle se rapprochant autant que possible de la normale, au moins pour l’un des yeux.

Génie. — L’aptitude au service du génie comporte :

Pour les hommes à pied (sapeurs mineurs, sapeurs aérostiers, sapeurs du régiment de chemins de fer, sapeurs télégraphistes) :

1° L’aptitude physique nécessaire à l'infanterie, surtout au point de vue de la marche.

2° L’aptitude aux manœuvres de force.

3° L’aptitude à distinguer nettement le vert du rouge pour les hommes du régiment de chemins de fer, les pontonniers et les télégraphistes.

Pour les conducteurs :

1° L’aptitude à l’équitation comme pour la cavalerie.

2° L’aptitude aux manœuvres de force.

Sapeurs-Pompiers. — L’aptitude au service dans le régiment des sapeurs-pompiers comporte :

1° Une constitution très robuste, l’intégrité absolue des organes de la respiration et de la circulation, l’absence de tendances aux varices et à la dilatation des anneaux inguinaux.

2° Une aptitude particulière aux manœuvres de force et aux exercices gymnastiques.

3° L’acuité visuelle remplissant les conditions définies à l’art. 77 mais sans correction par les verres.

Gendarmerie et Garde républicaine. — L’aptitude au service dans la gendarmerie et dans la garde républicaine comporte les conditions exigées pour l’infanterie et la cavalerie, suivant qu’il s’agit de candidats se destinant à l’arme à pied ou à l’arme à cheval.

Train des Équipages militaires. L’aptitude au train des équipages militaires comporte pour les conducteurs de mulets de bât :

1° L’aptitude à la marche,

2° L’aptitude aux manœuvres de force.

Les autres cavaliers du train doivent posséder l’aptitude physique à l’équitation.

Artificiers, Ouvriers d’ Artillerie et d’ Administration, Infirmiers militaires. — Pour les ouvriers d’artillerie et les artificiers, pour les commis et ouvriers militaires d’administration et les infirmiers militaires, il y a lieu de tenir compte surtout des aptitudes professionnelles. En outre, les infirmiers devront être choisis parmi les hommes vigoureux. On pourra se montrer moins sévères en ce qui concerne certaines défectuosités physiques qui ne seraient pas compatibles avec le-service de l’infanterie, de la cavalerie, de l’artillerie.

En outre des aptitudes exigées pour les différentes armes, le médecin militaire doit aussi se prononcer sur le classement de certains hommes dans les catégories exigeant un travail spécial.

C’est ainsi que les vélocipédistes doivent être l’objet d’un examen particulier. Le médecin militaire assiste la commission qui délivre les brevets. (Instruction ministérielle du 5 avril 1895.) Il doit s’assurer de l’intégrité absolue des appareils respiratoire et circulatoire. La poitrine devra être large et bien développée. On devra porter son attention sur l’état du rhino-pharynx, pour éliminer tous les sujets

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affectés de déviation de la cloison avec ou sans rhinite chronique, ou porteurs de végétations adénoïdes. Le candidat devra encore être examiné au point de vue de ses prédispositions aux hernies, aux varices, aux affections articulaires. Il devra enfin posséder une excellente vue, avec acuité visuelle normale d’un œil et une demie au plus de l’autre et ne pas présenter de daltonisme. Les vitesses qui leur seront imposées ne devront pas excéder 15 à 18 kilomètres à l’heure. L’épreuve en Allemagne comporte 30 kilomètres en deux heures, et, en France, 60 kilomètres en moins de six heures.

Les employés ouvriers, secrétaires, etc., devront être empruntés au service auxiliaire. Aucun faible de poitrine ne devra être admis dans leurs rangs , et on devra se conformer strictement aux intentions du législateur qui ne comprend dans cette catégorie, comme nous l’avons vu, que les déficients par vice de conformation, ou insuffisance des organes des sens. Leur logement devra être l’ohjet d’une surveillance spéciale, et l’emploi du temps devra comporter des exercices en plein air; la circulaire du 2 septembre 1909 ratifie d’ailleurs cette façon de voir.

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