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EXERCICES MILITAIRES. PHYSIOLOGIE DES EXERCICES. DE LA MARCHE

Des exercices en général.

Physiologie desexercices. ■ — Agents du mouvement; effets locaux de l'exercice; son influence sur le fonctionnement des divers appareils; résultats constatés dans l'armée.

Règles à suivre dans l’exécution des exercices pour obtenir l'état d'entraînement. Des exercices en particulier. — Gymnastique, équitation, marche. Réglementation des marches.

I. Des exercices en général. — Les exercices physiques sont le complément des actes vitaux qui s’exercent au sein de notre organisme.

Les mouvements extérieurs qui les constituent ont pour but d’activer les échanges qui s’exécutent entre nos cellules dans l’intimité de nos tissus. Ils harmonisent les formes du corps humain, facilitent l’absorption de l’oxygène, élément de vie, activent l’excrétion des déchets de l’organisme qui, retenus dans nos tissus, ne tarderaient pas à devenir des éléments de mort; les exercices doivent avoir comme résultat de maintenir en équilibre parfait le fonctionnement de nos organes.

L’application méthodique d’exercices rationnels semble plus néces-. saire au début de la vie régimentaire qu’à toute autre époque. A ce moment, la constitution de l’organisme humain va s’achever, il possède la souplesse nécessaire à l’exécution de l’exercice, ses organes de vie et d’excrétion sont sains, rien ne s’oppose donc à cet entraînement dont la conduite prudente et scientifique sera le point de départ d’un essor décisif vers la santé.

On conçoit dès lors l’importance du rôle des hommes à qui sera confiée l’exécution des mesures destinées à accroître la force et la résistance des nombreuses générations de jeunes hommes venus à la caserne pour apprendre à défendre le patrimoine commun, ils

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devront en sortir en plein équilibre de vigueur physique et morale, si leur instruction a été bien conduite. Aussi, comme le rappelait M. T issié *, le médecin militaire doit il être considéré à ce point de vue comme un ingénieur, biologiste. Son rôle ne doit pas seulement consister à soigner les malades, mais à donner aux capitaines les meilleures formules d’entraînement physique pour leurs hommes.

Nous assistons précisément, en ce moment en France, à une évolution de la gymnastique qui doit attirer F attention des médecins. La gymnastique athlétique d’autrefois s’oriente vers des méthodes plus scientifiques, et si les exhibitions et les manœuvres de parade resteront encore longtemps une des attractions favorites du public, on voit déjà poindre à l’horizon une modification dans l’état des esprits.

Le règlement du 22 octobre 1902 sur l’application de la gymnastique dans l’armée, adopté par les sociétés de gymnastique et prescrit dans les lycées et collèges, marque à ce point de vue une étape importante, et fait œuvre de progrès.

D’autre part, des circulaires et des instructions multiples 1 2 prescrivent de prendre des mesures pour éviter la fatigue, le surmenage chez les hommes en réglant les marches et en faisant prendre des précautions pour éviter les accidents locaux et généraux des exercices.

IL Physiologie de l’exercice. — A. Agents dn mouvement. — L’agent principal du mouvement est le muscle , et l'acte fondamental qui préside au mouvement est la contraction musculaire. Le muscle, en effet, possède deux propriétés.: à l'état de repos, la tonicité; à l'état de mouvement, la contractilité. Par cette dernière propriété, le muscle transforme la force latente en mouvement sensible. L’exercice est le résultat de la mise en mouvement des différents leviers du corps. Les muscles sont la puissance, les articulations ou le sol, le point d'appui, la résistance est représentée par les poids divers supportés par les leviers, par les muscles eux-mêmes, ceux-ci sont donc à la fois puissance et résistance. Dans les mouvements de flexion, par exemple, le groupe des fléchisseurs doit vaincre la résistance opposée par le groupe antagoniste des extenseurs. Tous ces actes ont pour but

1. Tissié, La gymnastique dans l’armée, Revue scientif ., 1903, 1er semestre, p. 718; voir, d’autre part, M. Faure, Société de thérapeutique, 1905.

2. Instruction du 30 mars 1895, relative à la nécessité de l’initiative pour assurer le maintien de la santé des troupes. Instruction complémentaire sur le môme sujet du 21 janvier 1899.

d’établir un équilibre plus ou moins constant, tendant à l’harmonie des forces et des mouvements.

Mais si le muscle est l’agent principal du mouvement, ce n’est pas le seul, et le système nerveux joue un rôle important. Pour certains auteurs même, il jouerait le rôle principal, le muscle n’étant que la terminaison, « la plaque terminale du nerf » (Tissié).

La volonté est en effet la genèse de tous les actes musculaires de la vie de relation : courant nerveux plus ou moins puissant suivant les sujets, elle met en jeu la contractilité.

Les expériences de Ferrier et de Bartholozzi, le premier sur le chien et le second sur l’homme, démontrent l’existence de centres moteurs bien spéciaux, siégeant le long du sillon de Rolande. Ces centres transforment l’énergie potentielle en énergie actuelle.

D’une façon générale donc, les nerfs agissent de deux façons, soit comme éléments de transmission, soit comme éléments de direction.

Le cerveau entre pour la plus grande part dans l’origine des mouvements volontaires, tandis que la moelle est le siège des mouvements réflexes, mais il arrive que certains mouvements habituels qui, au début, exigent un grand effort cérébral, se font au bout d’un certain temps sans la moindre attention et deviennent en quelque sorte des réflexes. C’est ainsi que l’enfant qui commence à marcher fait un grand usage de ses cellules cérébrales et de ses centres moteurs ; pour l’adulte, au contraire, la marche devient un acte purement réflexe, du moins pendant le jour.

B. Effets de Texercice. — Les effets locaux de l’exercice peuvent se ramener aux phénomènes biologiques et chimiques qui se passent dans le muscle.

Celui-ci est constitué par des cellules unies entre elles par du tissu conjonctif dans lequel cheminent les vaisseaux et les nerfs qui commandent la nutrition de l’organe.

Les matériaux qui entrent dans sa composition sont de deux ordres : les uns azotés constituent l’organe lui-même, ce sont les albuminoïdes (myosine, syntonine), qui, sous l’influence de l’oxygène et des combustions qu’il provoque au sein du muscle même lorsque celui-ci est à l’état de repos, se transforment en produits plus ou moins oxydés, tels qu’acide urique, créatine, xanthine, hypoxantine, etc. L’urée représente le degré d’oxydation complet. Il existe en outre un corps qui, bien que de nature azotée, l’inogène, se transformerait comme les hydrocarbonés en acide carbonique, eau et acide lactique (Hermann).

Les substances non azotées constituent les réserves de force du

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muscle. Ce sont l’inosite, la graisse et surtout la matière glycogène qui fournit le glucose, lequel se transforme en eau, acide carbonique et acide lactique, sous l’influence du travail. Le glycogène est la source principale de l’énergie. Si la contraction musculaire est produite jusqu’à épuisement, le glycogène musculaire disparaît (Chauveau et Kaufmann). Mais il n’est pas l’unique source, car, d’après Luchsinger, les muscles complètement dépourvus de glycogène peuvent encore effectuer un certain travail. Celui-ci pourrait être produit même aux dépens des éléments azotés (Ranke).

Le muscle vit d’une vie propre, il respire, il absorbe de l’oxygène et rejette de l’acide carbonique. Le premier phénomène se produit surtout la nuit, il a pour but d’emmagasiner une réserve destinée à être brûlée et transformée en acide carbonique pendant le jour.

Le muscle se contracte, il se congestionne, alors les vaisseaux, artères et veines se dilatent et permettent au sang d’arroser plus largement la masse musculaire, d’où apport d’oxygène en plus grande quantité et oxydation plus rapide et plus complète des substances qui entrent dans la constitution du muscle.

L’oxygène porte d’abord son activité sur les substances non azotées, c’est-à-dire sur les hydrocarbones et les sels. Le produit de l’oxydation est de l’eau, de l’acide carbonique et de l’acide sarcolactique. Dès lors, la réaction du muscle, qui était alcaline, devient acide. C’est au sang circulant qu’incombe alors le rôle de saturer au fur et à mesure de sa production l’acide sarcolactique, de façon à rendre au muscle cette alcalinité qui est la condition « sine qua non» de sa vie et de son fonctionnement. Le sang, d’autre part, se charge de produits de décomposition et de déchets, d’acide carbonique surtout, et il devient acide. Tant que le muscle reste alcalin, il ne se fatigue pas. Kronecker, en pratiquant des injections de permanganate de potasse, a pu pousser très loin l’exercice, sans déterminer la fatigue, mais dans les conditions normales il arrive un moment où l’alcalinité du sang n’est plus capable de neutraliser l'acidité du muscle, la réaction acide apparaît et le muscle se fatigue. Dès lors le muscle va consommer ses substances azotées, c’est-à-dire qu’il va vivre sur sa propre substance.

Il y a dès lors surproduction des produits de désassimilation azotée, créatine d’après Liebig, créatinine d’après Sarakow, acide phosphorique ou phosphates d’après Landois.

En même temps la température est accrue et Becquerel et Brochet ont montré que des contractions répétées pouvaient faire monter la température de 0o,f> en 5 minutes.

Effets généraux. — Le premier résultat général de l’exercice est de

déterminer l’accélération de la circulation, et cette accélération s’explique par plusieurs raisons. Dans l’exercice, toutes les masses musculaires du corps entrent en contraction, leurs innombrables vaisseaux se dilatent, ce qui amène une chute de la pression sanguine générale, entraînant comme conséquence une accélération de la circulation. Pour expliquer celle-ci on peut encore faire intervenir une action purementmécanique, produite par les muscles eux-mêmes, comprimant pendant leur contraction les vaisseaux qu’ils contiennent et facilitant ainsi la progression du sang. Quoi qu’il en soit, les battements du cœur sont aussi augmentés de force et ces modifications produisent un véritable balayage de l’appareil circulatoire des déchets organiques, ainsi qu’une oxydation de ceux-ci plus rapide et plus intense.

D’après les faits précédents, nous avons pu voir le rôle important joué par l’oxygène dans les phénomènes de l’exercice musculaire, nous pouvons dès lors comprendre le rôle de l'appareil respiratoire qui permet au sang de se charger du gaz nécessaire aux oxydations et de se décharger de l’acide carbonique dont il est encombré. Les mouvements respiratoires vont s’accélérer et vont en outre augmenter d’amplitude, accroissant ainsi au maximum la surface d’absorption et d’évaporation.

L’exercice apporte réellement avec lui le remède aux maux qu’il peut causer.

L’exercice fait également sentir ses effets sur X appareil digestif , niais de façon diverse. Il peut faciliter la digestion par l’excitation directe des organes. La contraction des muscles abdominaux favorise l’absorption et l’évacuation des produits usés. Il peut agir aussi indirectement par la consommation plus grande d’aliments et avoir comme conséquence l’amélioration de l’état général; mais, d’autre part, il peut diminuer l’activité digestive par la congestion des organes périphériques qu’il détermine, provoquant, de cette façon, une anémie des muqueuses dont les glandes ne peuvent plus trouver que difficilement les éléments nécessaires à leur sécrétion.

Après un violent exercice à bicyclette, par exemple, l’appétit a souvent disparu, au moins momentanément. Les exercices violents avant le repas sont absolument contre-indiqués au point de vue hygiénique.

Le système nerveux, appelé à régulariser la circulation, est chargé de maintenir l’équilibre organique. La sensation de fatigue d’un côté, de l’autre la volonté, sont des éléments de défense en général suffisants. Il n’en est pas de même lorsque le travail porte sur le système nerveux lui-même. Il se produit alors de ce côté des phénomènes de

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congestion analogues à ceux qui se passent dans le muscle après un temps d’excitation ; des produits de déchets spéciaux s’y accumulent et peuvent produire de la fatigue cérébrale, du délire, des hallucinations, etc., voire à plus ou moins longue échéance, des lésions matérielles (Hiller).

Les sécrétions cutanées sont augmentées. La peau, grâce aux glandes sudoripares, constitue un appareil régulateur important. Son fonctionnement est en rapport avec l’intensité du travail ; il est d’autant plus actif que le sujet est moins entraîné.

La sécrétion urinaire subit une diminution en ce qui concerne la quantité des urines. Elle est modifiée également dans sa composition surtout lorsque l’exercice dépasse certaines limites en rapport avec la constitution de chacun. Dans ce cas, il y a élimination d’une grande quantité d’acide urique et d’urates. Parfois l’albuminurie apparaît L

L’augmentation de température des masses musculaires en activité entraîne une élévation thermique du corps tout entier, pouvant aller jusqu’à 39°, 5, comme l’a constaté Ililler2, et, s’il ne se produisait des déperditions de calorique par les divers appareils que nous venons de passer en revue, la machine humaine ne tarderait pas à se détraquer.

En définitive, l’effort nous apparaît comme le phénomène résumant les effets du travail musculaire. Dans cet acte, le thorax immobilisé en inspiration forcée par la fermeture de la glotte donne un point d’appui fixe aux muscles qui viennent s’y insérer et déterminent à la fois une dilatation forcée des poumons, une compression du cœur et des gros vaisseaux intrathoraciques et un afflux de sang vers le cerveau et les organes périphériques, muscles des membres et surface cutanée. La circulation de ce fait subit un arrêt en surpression momentané et on comprend facilement le danger qui en résulte pour les sujets présentant quelques tares du côté des organes intrathoraciques ou du cerveau. La congestion périphérique est ici un phénomène compensateur de la plus haute importance, diminuant la tension centrale et contribuant à abaisser la température par l’exposition d’une plus grande quantité de sang aux influences rafraîchissantes de l’air ambiant et par la sécrétion sudorale.

Ainsi dans le muscle est l’organe d’exécution, le système nerveux l’organe de direction, le cœur, les poumons et l’appareil digestif les organes de résistance; enfin le rein et la peau des organes de sûreté. Tissié a bien résumé le rôle de chacun de nos principaux organes dans l’accomplissement du travail par l’aphorisme suivant : « On

t. Trêves, Congrès d'hygiène, 1903, p. 27.

2. Hiller, Die Gesundheitspflege des Heeres, p. 287, Berlin, 1905.

Lemoine. — Traité d’hyg. milit.

marche avec ses muscles, on court avec ses poumons, on galope avec son cœur, on résiste avec son estomac, on arrive avec son cerveau. »

G. Résultats sanitaires constatés dans l’armée. - — L’influence sanitaire de l’exercice a été bien étudiée par Marey et par un certain nombre de médecins militaires (ChasSagne et Daily 1).

Les expériences de ces derniers auteurs ont consisté à mettre en observation deux groupes de sujets choisis parmi les plus robustes appartenant à l’école de gymnastique de Joinville-le-Pont, au nombre de 401, puis à noter pour chaque individu à des intervalles de 3, 5, 12 mois, les modifications survenues dans le périmètre thoracique, dans l’amplitude du thorax, dans la capacité respiratoire, dans le volume des muscles, dans le poids et dans la résistance physique à la fatigue. Les auteurs se sont livrés à 16 330 mensurations, pesées et dynamométries :

Résultats (au bout de 5 mois).

Périmètre thoracique . . . .

— des bras

— • de l’avant-bras

— de la cuisse

— de la jambe (mollet)

Force de soulèvement de

Diminution du poids de

augmenté de 2 cm. 5 chez 76 p. 100.

1 cm. 2 — 82 —

0 cm. 17 — 62 —

1 cm. 38 — 64 —

0 cm. 82 — 56 —

28 kilogr. — 86 —

1kg. 359 — 63 —

Toutes ces expériences peuvent donc se résumer ainsi :

Le périmètre thoracique, l’amplitude thoracique, la capacité pulmonaire, le volume des muscles sont augmentés, de même est accrue la résistance physique mesurée par une morbidité moins grande. Une seule chose a diminué ou du moins est restée stationnaire, c’est le poids des sujets en expérience, 1 kg. 339 de perte chez 63 p. 100 d’entre eux; on attribua alors ce fait à la mauvaise nourriture. D’autres auteurs ont vu en effet que, après un entraînement rationnel et progressif, le poids augmentait. U diminuait toujours dans les trois premiers mois pour se maintenir ensuite et augmenter enfin progressivement.

C’est ce qu’a constaté Dettling 2 sur les jeunes soldats et les stagiaires de l’école de gymnastique de Joinville-le-Pont, comme le démontre le tableau suivant :

1. Chassagne et Dally, Influence précise de la gymnastique, Paris, Dumaine, 1881,

2. Dettling, Le corps humain. — Influence de l'exercice sur l'organisme, Paris, 1905.

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