HÉMISPHÈRE SUD
(type : réunion)
Saison sèche : 1er avril 31 octobre.
Hivernage : 1er novembre- 30 mars.
Les divers climats subissent d’autre part des variations locales dépendant d’autres inlluences atmosphériques puis de dispositions océaniques et telluriques que nous allons rapidement passer en revue.
La pression barométrique est une des modifications de l’atmosphère qui, avec l’état électrique de l’air, joue un rôle appréciable sur les fonctions pulmonaires et cutanées. Si on songe, en effet, qu’une pression de 1 millimètre de mercure correspond pour le corps humain aune charge de 23 kilogr., on comprend aisément l’influence que peuvent avoir les alternatives de pressions sur un organisme dont les divers éléments ont déjà perdu en partie leur équilibre primitif par suite de leur contact avec la chaleur et l'humidité. On sait que si la chaleur abaisse ce poids et permet par la congestion périphérique qu’elle provoque une meilleure répartition de la chaleur cutanée, elle a d’autre part l’inconvénient en abaissant la pression atmosphérique de diminuer le taux de l’oxygène de l’air, et de favoriser lanoxhémie.
Les vents sont en général un correctif de la chaleur; les alizés, vents réguliers, est, nord-est et sud-est, ont un rôle plutôt favorable; ilen est de meme des vents périodiques (Mousson) qui soufflent six mois dans un sens et six mois dans l’autre.
Ces vents apportent aux climats locaux des modifications importantes au régime des pluies; ils peuvent, par exemple, accumuler les nuages sur un vaste territoire, qui de ce fait subira des pluies torrentielles, et respecter, dans un meme pays, sous une même latitude, un territoire voisin séparé du premier par une chaîne de montagnes disposée en travers des courants aériens, de façon à les arrêter. C’est ainsi que les versants « est » de la Nouvelle-Calédonie et de file de la Réunion reçoivent des pluies torrentielles continues apportées par les alizés du sud-est, tandis que le versant « ouest » est sans pluie et sans brise. Le versant oriental de l’Amérique du Sud (Brésil) faisant face aux alizés du sud et visité par eux est très humide,
Iæmoine. -- Traité d'hypr. milit. 46
tandis que la côte occidentale (Chili) est très sèche. Cette influence des vents réguliers, qui en somme sont les grands répartiteurs des nuages, et les limites que leur imposent les chaînes de montagnes, expliquent la sécheresse désolante des régions désertiques.
Enfin régnent aussi les vents accidentels. Ils balaient l’atmosphère et jouent là comme chez nous un rôle purificateur. Les vents du sud, connus sous le nom de Sirocco, sont cependant pour l’hémisphère nord une cause d’aggravation de l’influence de la chaleur.
La température d’une même région varie encore sous l'influence des cours d’eau. Les fleuves que représentent les courants marins agissent dans ce sens. Les uns, partis du pôle antarctique, comme le courant de Humboldt, viennent rafraîchir la côte occidentale de l’Amérique du Sud; d’autres longent certaines côtes après avoir atteint l’équateur où ils ont emmagasiné de la chaleur, comme le courant équatorial, qui, se dirigeant ensuite vers le pôle, chauffe en passant les côtes du Brésil. Nous connaissons en Europe le Gulf- Stream qui, parti du golfe du Mexique, vient réchauffer l’ouest de la France et fait sentir son influence jusqu’aux régions froides de la Hollande. Ces courants expliquent en partie pourquoi deux pays situés sous la même latitude peuvent cependant subir des températures moyennes très différentes.
Les situations géographiques de certaines régions et la configuration du sol viennent encore faire varier la température dans les pays chauds et créer des climats régionaux souvent fort différents les uns des autres.
Le climat maritime , par exemple, sera plus constant qu’un climat continental ; le voisinage des grandes masses d’eau, moins sujettes aux oscillations de température que la terre, est une des causes très connue de ce phénomène. Le continent, au contraire, présente des vallées, des montagnes, de grandes plaines, des altitudes diverses, toutes causes qui rendent son climat éminemment variable. La composition et la structure du sol même modifient son pouvoir absorbant pour la chaleur. La végétation a aussi son action : les bois arrêtent les vents, entretiennent l’humidité, attirent les orages.
Il n’est pas jusqu’aux habitations qui n’influent sur le climat. On sait que les foyers des maisons, l’intensité de la vie accroissent légèrement la température.
Mais, de tous ces éléments, X altitude est celui qui joue le rôle leplus important en raison de l’immunité qu’elle confère vis-à-vis de certaines maladies infectieuses, telles que le paludisme et la fièvre jaune.
La connaissance de cette particularité justifie des dispositions spé-
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ciales concernant le séjour des troupes dans les pays chauds. Below pensait devoir attribuer cette immunité des terres hautes par rapport aux terres basses à la richesse de l’air en ozone. D’autres auteurs y voyaient une conséquence de la diminution du taux de l’oxygène. Miquel, en émettant l’opinion que les éléments nocifs des terres basses étaient trop lourds pour s’élever, était le précurseur des découvertes modernes qui ont fait voir que les moustiques auteurs de ces affections ne quittaient guère leurs gîtes situés de préférence dans les régions basses et humides. Mais, en dehors de ce rôle prophylactique de l’altitude, nous devons ici considérer qu’elle apporte une atténuation marquée aux conséquences de la chaleur. Une simple élévation de 120 à 130 mètres procure un abaissement de 1°. On voit quelle ressource précieuse peut offrir semblable disposition pour l’aménagement de camps sanitaires pour les troupes européennes, de sanatoria pour les anémiés, les malades chez lesquels la chaleur aggrave les infections et en retarde la convalescence.
Acclimatement. — On appelle « acclimatement » le changement que subit l’organisme à la suite d’un séjour prolongé dans un lieu notablement différent de celui que le sujet avait jusqu’alors habité : l’acclimatation est l’ensemble des moyens par lesquels on peut favoriser ce changement; et on dit qu’un individu ou une collectivité sont acclimatés lorsque les modifications subies par l’organisme, loin d’entraîner la déchéance de celui-ci, augmentent au contraire sa résistance et lui permettent de proliférer.
J)’une façon générale, l’Européen qui arrive dans les pays chauds éprouve pendant les premiers jours une sorte d’excitation fonctionnelle qui le rend apte à supporter les travaux les plus fatigants sans souffrance; il semble que son énergie est décuplée. Mais bientôt cette activité tombe, les forces baissent, la réserve d’énergie s’épuise. Ces phénomènes sont en rapport direct avec les modifications subies par l’organisme.
Les mouvements de la respiration sont augmentés de nombre. Leur moyenne est de 23, 30 souvent, au lieu de 16 à 18 qui est la normale en Europe. L’homme, en effet, cherche à compenser la diminution du taux de l’oxygène, puisque l’air chaud à 40° présente 0 gr, 014 d’oxygène en moins que l’air inspiré à 0°. En outre, la pression atmosphérique étant diminuée, la tension de l’oxygène à la surface du poumon est amoindrie. A ces phénomènes entravant l’hématose s’ajoutent la diminution d’élimination de vapeur d’eau, l’air inspiré en contenant déjà 60 à 80 p. 100.
11 y a donc, par suite, pléthore aqueuse dans le sang et les tissus, I et diminution dans la perte du calorique.
En résumé donc : hématose insuffisante, trop faible évaporation de vapeur d’eau.
La osculation subit des modifications analogues. Au début le pouls augmente de fréquence et de tension. Un certain temps après, tout en conservant cette vitesse anormale, le pouls est plus faible, sa tension diminue. La cause de l’éréthisme cardiaque est la lutte active qui s’établit contre l’anoxhémie signalée plus haut; la diminution de tension est due à la vaso-dilatation périphérique qui vient encore pour son compte augmenter la tachycardie.
L'appareil digestif , après une excitation passagère parallèle à celle des autres organes, voit s’établir assez rapidement un état de dépression marquée. C’est le phénomène qui se produit dans nos climats au moment de l’été. Les sueurs continuelles et profuses, la congestion des téguments et l’anémie persistante des centres nerveux, la faible teneur du sang en sels minéraux et principalement en chlorure de sodium fourni aux glandes sudoripares, ont pour résultat une diminution des sécrétions gastrique et intestinale. Non seulement le suc gastrique est sécrété en moindre quantité, mais encore sa richesse en acide chlorhydrique est diminuée. De là les modifications qui entravent les fonctions des glandes duodénales et amènent peu à peu des fermentations secondaires et des phénomènes d’infection du côté du foie; celui-ci s’hypertrophie, la bile est secrétée en plus grande abondance que de coutume, d’où l’apparition d’un ictère longtemps localisé à la conjonctive. Les habitudes d’intempérance, amenées, il est vrai, par la chaleur, accentuent par la suite ces troubles des fonctions hépatiques et rendent cet organe très susceptible vis-à-vis des différentes causes d’infection.
La sudation abondante et l’abaissement de la tension sanguine ont pour résultat une diminution considérable du taux de l'urine et des substances qui y sont contenues. Seule sa toxicité est augmentée, alors que l’urée et les autres matières extractives tombent au 1/8 de ce qu’elles sont normalement.
L 'appareil cutané présente une suractivité considérable, alors que sa sécrétion entre pour 1/10 dans les sécrétions totales du corps : dans les pays chauds elle atteint 3/10 et même plus. Cette hyperfonction amène de l’amaigrissement et la faiblesse considérable qu’on constate chez les Européens ayant séjourné dans des pays chauds mais cependant salubres.
Il se dépose assez rapidement dans l’épaisseur des plans cutanés, une grande quantité de pigment : cette matière colorante protège un peu contre la chaleur; elle absorbe en effet une partie de l’excès des rayons chimiques et lumineux et réfléchit un certain nombre de
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rayons calorifiques. La pigmentation due à un trouble d’élimination devient donc un moyen de défense.
Le système nerveux est excité d’abord, déprimé ensuite. Eyckman et Grvus ont fait voir, par l’étude de la « réaction simple » électrique, que, après un séjour prolongé dans les pays chauds, les processus psychiques sont très ralentis.
L 'équilibre calorique physiologique est rompu : l’exhalation pulmonaire est diminuée par l'humidité de l’atmosphère, qui porte atteinte aussi aux fonctions de la peau ; celle-ci est couverte de sueur qui ne s’évapore pas, d’où accumulation du calorique absorbé. La température du corps s’élève de quelques dixièmes de degré à 1° ou 1°5 au-dessus de la normale.
En résumé le séjour des pays chauds est déprimant. Le résultat définitif peut être Y anémie dite essentielle, moins fréquente cependant qu’on ne le croit, si on élimine les anémies secondaires dues au paludisme, aux dyspepsies, etc. (Kermorgant et G. Reynaud *). Mais cet état s’atténue peu à peu : l’organisme s’habitue progressivement à cette nouvelle existence, pourvu qu’aucune maladie infectieuse ne vienne y apporter quelque perturbation.
L’homme de nos pays pourrait arriver à vivre et à se reproduire dans toutes les régions tropicales et équatoriales s’il n’avait comme ennemis que les agents météoriques.
En pratique il faut donc considérer les colonies d’après leur salubrité et non d’après leur moyenne de température. Telle colonie très chaude est salubre (Tonkin, Nouvelle-Calédonie), telle autre jouissant d’une meme température est plus humide et par suite difficilement supportée (Madagascar, Uasse-Terre, Indo-Chine, Guyane).
On reconnaît qu’une race est acclimatée à un pays lorsqu’elle s’y reproduit. Certaines semblent, à ce point de vue, plus favorisées les unes que les autres. Les Israélites, par exemple, les Espagnols, les Italiens peuvent s’acclimater facilement dans les pays chauds : le Français un peu moins, l’Allemand semble jusqu’ici mal s’adapter à ce nouveau milieu.
Quels sont les moyens que l’Européen peut mettre en œuvre pour lutter efficacement contre les diverses causes d’épuisement et de maladie qui l'assaillent?
En dehors de l’assainissement méthodique des contrées tropicales et des bienfaits qui résultent pour les indigènes d’une civilisation bien comprise, permettant de lutter efficacement contre la propagation du paludisme et des autres maladies exotiques, l’adoption de
I. Kermorgant et G. Reynaud, Annales d'hygiène et de médecine coloniales , 1900.
certaines mesures hygiéniques doit être conseillée, concernant l’alimentation, le vêtement, l’habitation etc. ; c’est ce que nous allons examiner, en envisageant la question de préparation d’une expédition coloniale.
Formation d’un corps expéditionnaire destiné à opérer dans les pays chauds. — Précautions hygiéniques à prendre au cours de ]a campagne. — MM. le médecin inspecteur général Kermorgant et le médecin principal Reynaud1 ont tracé de main de maîtres le programme à remplir dans toute expédition coloniale. Leur mémoire me servira de guide pour la rédaction de ce chapitre.
Les expéditions en pays chauds diffèrent notablement des expéditions européennes; les différences ressortent à des causes bien diverses : influences des agents climatiques, changement d’alimentation, difficulté du ravitaillement, fatigue des marches à travers des régions inexplorées, dangers des maladies épidémiques, affaiblissement moral des troupes éloignées de leur patrie, etc., toutes conditions inéluctables et dont le chef de l’expédition doit tenir compte.
De l’énumération des agents propres à déprimer l’organisme, une déduction s’impose qui établit l’importance du rôle du médecin dans ces expéditions et légitime l’opinion d’apparence paradoxale du Professeur Bard2, qui « confierait à un médecin le commandement suprême dans les cas où, comme à Madagascar, les généraux à combattre s’appellent la fièvre et les épidémies ».
Dans tous les cas, c’est au Service de santé qu’incombe pour une large part, la préparation de la campagne, car c’est à lui d’amener au point voulu et de conserver jusqu’au moment décisif les effectifs nécessaires au succès final. Certaines expéditions avortèrent complètement par l’absence de préparation médicale. D’autres, au contraire, durent leur succès et leur faible mortalité aux précautions de cet ordre prises par le commandement. La guerre contre les Aschantis, en 1873-74, pendant laquelle un corps expéditionnaire de 4 600 hommes ne perdit que 80 hommes, dont un tiers de blessures, reçut avec raison de Lord Derby le nom de guerre d’ingénieurs et de médecins. Un médecin doit faire partie de la Commission ou de l’Etat-Major chargé de préparer la campagne. Il recherchera sur place ou à proximité des points où pourront être établis des hôpitaux, des sanatoria. 11 concourra à la détermination du point de débarquement. Comme les ennemis à combattre sont toujours le paludisme, la dysenterie et
1. Kermorgant et Reynaud, Précautions hygiéniques à prendre pour les expéditions et les explorations aux pays chauds, Annales d’hygiène et de médecine coloniales, 1900.
2. Bard, La mortalité et les maladies dans les milieux militaires, Presse médicale, 6 avril 1904
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la fièvre typhoïde, les approvisionnements devront comprendre en conséquence de grandes quantités de quinine, calculées à raison de 0 gr. 25 par jour et par homme pendant le séjour des troupes dans la colonie, de moustiquaires destinées à les protéger contre la piqûre des insectes, et de tous les éléments nécessaires pour épurer l’eau et désinfecter le sol. De grandes quantités de thé devront notamment être jointes aux approvisionnements de quinine, et on devra expédier en même temps des désinfectants en quantité suffisante. Tout doit être prévu, arrêté, préparé, avant la concentration des troupes; la formation du corps expéditionnaire ne comprend pas seulement l’appel et la réunion d’un groupe d’individus dans la région à occuper, mais leur recrutement, les prévisions alimentaires, le choix de l’équipement, les soins apportés à l’embarquement, au transport, au débarquement, à la marche des colonnes, à l’occupation du territoire, etc.
I. Recrutement. — Le recrutement doit faire une sélection parmi les soldats de la métropole : il ne faut pas seulement des hommes sains, le choix vise les plus aptes. Ce seront des soldats de vingtcinq à trente-cinq ans, résistants et éprouvés : plus âgés, ils sont exposés par les tares inhérentes à la maturité (artério-sclérose et modifications des émonctoires), aux accidents du surmenage, aux coups de chaleur, aux hépatites, etc. Moins âgés les hommes de troupe sont vite décimés. Le procès d’un tel recrutement a été fait depuis longtemps et encore récemment par la campagne de Madagascar. Ce corps expéditionnaire comprenait 14 000 soldats dont 6000 environ étaient âgés de moins de vingt-deux ans.
2 800 appartenant au 200e de ligne
il y eu
morts
40e chasseurs
08e artillerie
dénie
Train
Sect. inf. et ouv.
Rég. Algérie
1 3° inf. marine
2e artillerie
Equipage (lotte
Légion étrangère
L’expérience a appris à choisir parmi les vieux soldats les hommes d’une complexion sèche, à forte ossature, sans embonpoint et parmi eux les bruns plus vifs, plus actifs; on éliminera au contraire les obèses, les lymphatiques, les bilieux, les sanguins, les névrosés, qui sont prédisposés aux coups de chaleur et aux congestions.
Si la richesse en hommes ne permet pas cette suprême sélection, la visite de santé s’attachera à dépister les dyspeptiques, les cardiaques, les arthritiques, migraineux, eczémateux, hémorrhoïdaires, tous sujets aux dermatoses par le fonctionnement exagéré de la peau, prédisposés aux infections par l’insuffisance de leurs émonctoires. Les individus porteurs d’adhérences pleurales, exposés aux syncopes et à la mort subite, les alcooliques sujets aux ictères, aux congestions du foie et candidats à l’hépatite, les syphilitiques récents dont l’accident initial remonte à moins de quatre ans, et les anciens avariés qui ont négligé leur traitement.
Le Midi fournit en général des individus plus sobres et soutenus par un meilleur état moral : ce sont d’ailleurs des hommes petits, trapus, énergiques, dont la complexion organique répond au type de choix.
Le recrutement ne se borne pas là; les Européens ne doivent former que le cadre de la colonne. Il faut la compléter par un effectif indigène. La mortalité des Européens en campagne est en effet trois, quatre, cinq fois plus élevée que celle des indigènes; cette proportion s’atténue, il est vrai, après la victoire et l’occupation du territoire quand les améliorations apportées au logement et à l’hygiène alimentaire des troupes casernées les mettent dans des conditions meilleures de résistance.
Le tableau suivant démontre la supériorité de l’élément indigène :