Thémoin, Arch. de méd. navale
L’augmentation de la capacité respiratoire est, de tous les effets produits par des exercices rationnellement conduits, le plus constant et le plus évident. Cette influence sanitaire de la gymnastique a d’ailleurs aussi été remarquée par les médecins qui ont observé plus particulièrement des malades soumis à des exercices actifs ou passifs au point de vue thérapeutique.
Raymond 1 a établi que le volume du courant d’air que chaque sujet fait passer dans sa poitrine par l’arbre respiratoire était augmenté d’environ un cinquième à un quart, après trois mois de traitement, ce qui permet d’évaluer le bénéfice chimique obtenu à l’absorption d’un supplément de 100 litres d’oxygène par jour environ. On s’aperçoit d’ailleurs facilement soi-même des effets produits par les premières séances de gymnastique respiratoire et qui consistent en étourdissements et vertiges légers dont on peut en partie expliquer le mécanisme par l’ivresse oxygénique.
III. Règles à suivre dans l’exécution des exercices pour obtenir l’état d’entraînement. — - Une remarque s’impose tout d’abord au sujet des hommes auxquels vont être imposés les exercices militaires. Ces hommes ont vécu jusqu’à l’incorporation dans des conditions très différentes, les uns sont accoutumés aux exercices corporels, ils font appel constamment aux forces physiques, tels sont les agriculteurs, les charretiers, débardeurs, maçons, etc., travaillant en plein air et les ouvriers de certaines usines, les autres ne connaissent que le magasin ou le bureau. Or, il faut faire de tous ces hommes des marcheurs et des porteurs.
A vrai dire, la distinction à faire entre les hommes de différentes origines nous semble plus théorique que pratique, car au fond tous se ressemblent à peu près, au point de vue des exercices spéciaux auxquels ils sont soumis, et un agriculteur sera souvent plus fatigué un soir de manœuvre qu’un ouvrier de la ville, car bien différent est l’exercice fait par le premier marchant à pas lents tout le long des routes ou derrière sa charrue, avec ces mouvements brusques, cadencés qu’on lui demande au régiment. Quant à l’aptitude à la marche elle est tout à fait individuelle. On peut dire qu’en ménageant îine certaine progression dans les exercices et en leur donnant une allure et une direction scientifiques, tous les hommes du contingent, à part les faibles, peuvent être réunis les uns avec les autres pour apprendre la gymnastique et les autres exercices corporels.
La première règle à suivre pour qu’un entraînement soit utile et
1. Raymond, Revue médicale de la Suisse Romande et Société médicale de Genève, 1896.
EXERCICES MILITAIRES
sans danger est d’accomplir tous les jours un effort plus grand que la veille sans fatigue.
La seconde est de ne pas exiger un travail continu et de trop longue durée. Morache pense que le militaire peut fournir un travail de huit à neuf heures par jour; Roth et Lex, huit au maximum; nous nous rangeons à ce dernier avis en partageant le temps entre trois à quatre heures le matin et quatre heures le soir.
Le général Lewal condamnait les manœuvres à heures fixes avec une leçon conforme pour tout le monde qui « stérilisent l’instruction pratique par la monotonie et l’ennui ».
L’instruction ministérielle du 30 mars 1895 donne à ce sujet de sages conseils :
« L’entraînement qui a pour hut d’augmenter les forces de l’homme ne doit jamais être poussé au point de les affaiblir par le surmenage. » « Connaître le degré de résistance du soldat pour ne jamais aller au delà, entretenir et développer ses forces par une série d’exercices variés et appropriés : savoir le faire reposer à temps, arrêter les efforts quand une circonstance par trop défavorable intervient, les reprendre dès qu’on le peut, mener ainsi l’homme sans secousse et presque à son insu, à son maximum de souplesse et de vigueur, tel est le rôle de l’officier. » Les circulaires du 4 mars 1 903, 28 septembre 1905 et 10 octobre 1907 insistent à nouveau sur les règles à suivre dans l’entraînement des hommes.
IV. Des exercices en particulier. — Les exercices usités dans l’armée sont : la gymnastique proprement dite et le maniement d’armes, l’équitation et la marche. L’escrime n’est plus obligatoire depuis la circulaire ministérielle du 15 février 1894. Cependant elle est encore enseignée conformément à un règlement, approuvé par le ministre de la Guerre du 6 mars 1908.
A. De la gymnastique proprement dite avec ou sans maniement d’armes. — Il faut d’abord apprendre à l’homme à bien respirer. Pour cela, la bouche étant fermée, le sujet ayant les bras pendants le long du corps, doit exécuter une respiration lente et profonde en faisant passer l’air par les fosses nasales, c’est dire de suite l’importance de la perméabilité de ce dernier organe; tout obstacle de ce côté, rétrécissements, végétations adénoïdes, constituent de mauvaises conditions pour se livrer à la gymnastique respiratoire. Au début, le nombre de 18 à 20 inspirations de suite ne peut guère être dépassé, mais on arrive assez vite à contracter cette habitude.
Cependant, en raison de conformations fréquentes empêchant la respiration nasale, toutes les voies d’entrée de l’air devront être
utilisées, car avant tout c’est l’augmentation de la capacité pulmonaire qui doit être le but visé par l’instructeur : il faut permettre un apport maximum d’oxygène, suivi de rejet au dehors de la plus grande quantité possible d’acide carbonique et de déchets organiques.
Une expiration forcée devra suivre ^l’inspiration ; comprise ainsi , la gymnastique est un moyen puissant de purifier l’organisme.
Bientôt, l’exécution de mouvements suivant le rythme de la respiration normale (16 à 18 respirations par minute), augmentant l’intensité du travail, viendra acrcoître parallèlement le besoin de respirer, favorisant ainsi une épuration de plus en plus nécessaire.
Tout d’abord, les exercices seront modérés, coupés par des poses fréquentes. On évitera de les pratiquer soit immédiatement avant, soit après les repas. En passant aux exercices plus violents, l’attention du commandement sera attirée sur les hommes s’essoufflant facilement chez lesquels, d’autre part, l’accélération du pouls est considérable, montant à 140, 160 pulsations à la minute. Ceux-ci devront être arrêtés et mis au repos. L’attention soutenue est encore une cause de fatigue et doit entrer en ligne de compte lorsqu’il s’agit de l’instruction des recrues, comprenant mal ce qu’on leur demande et peu habituées à ces exercices spéciaux.
La gymnastique utilisée autrefois dans l’armée française répondait au type dit : Gymnastique athlétique; son but était de développer les masses musculaires et d’assouplir les articulations. Toute différente est la gymnastique enseignée aujourd’hui aux jeunes soldats. Le nouveau règlement du 22 octobre 1902, profitant des études poursuivies dans ces vingt dernières années, par les physiologistes, les hygiénistes et un certain nombre de professionnels, a imposé une méthode dite « rationnelle », qui, s’inspirant des procédés de Ling vise un tout autre but. Ici le développement des muscles et l’assouplissement des articulations passent au second plan.
Les mouvements doivent avoir comme principal objectif le rendement maximum de V appareil respiratoire. L’acquisition d’une grande quantité d’oxygène, dit Lagrange1, est le résultat le plus utile des exercices du corps. La capacité du poumon réglant la quantité d’air atmosphérique introduit dans l’organisme, il importe donc de diriger les exercices de telle façon qu’ils dilatent le plus possible cette capacité pulmonaire.
Pour y parvenir, Lagrange ne voit pas de moyen plus puissant que la marche et la course qui, forçant les alvéoles pulmonaires à se déplisser par le mécanisme de l’effort, fait porter principalement