‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 26 sur 252 · Lagrange, Physiologie des exercices du corps · texte numérisé non relu

Lagrange, Physiologie des exercices du corps

EXERCICES MILITAIRES

leur action sur le poumon dont le développement entraîne celui de la cage thoracique. D’autres physiologistes, sans nier cette heureuse influence de la marche et de la course, font de ces derniers le complément d’exercices gymnastiques méthodiques, ayant pour hut de porter l’action d’abord sur la cage thoracique elle-même. Il n’y a point à vrai dire d’opposition entre les deux systèmes, comme le prétend Lagrange. Il n’y a là qu’une différence d’appréciation. Les prescriptions du règlement procèdent de la seconde façon de voir.

En effet, comme dans la gymnastique dite suédoise, les premiers exercices consistent en mouvements qui redressent le thorax, élèvent les côtes, abaissent le diaphragme. Dans ses positions fondamentales, cette gymnastique commence par redresser la colonne vertébrale en provoquant des contractions concentriques dans les muscles rhomboïde, trapèze, angulaire de l’omoplate, grand dentelé et grand dorsal, qui ont comme résultat la fixation des omoplates en arrière1. Celles-ci servent ensuite de point d’appui aux muscles élévateurs des côtes; mais, comme le fait remarquer avec raison Tissié2, cette fixation ne s’obtient que par la fixation préparatoire et auxiliaire de toutes les articulations du corps, de sorte que l’acte respiratoire, pour être physiologiquement et complètement accompli, exige la mise en action de toutes les masses musculaires, aussi bien celle des membres inférieurs que celle des membres supérieurs, en même temps qu’une profonde inspiration abaisse le diaphragme .

Celle-ci suffirait à l’ampliation du thorax pour Lagrange. On ne peut nier cependant que les mouvements spéciaux, tels que ceux des bras, par exemple, favorisent la dilatation du thorax, et que ces mouvements répétés ne soient d’une réelle utilité, non seulement par eux-mêmes, mais encore par les phénomènes d’effort qu’ils provoquent, tout autant que la marche et la course3.

La soif d’oxygène, si nécessaire à la ventilation pulmonaire, se produit dans les deux genres d’exercice. Les premiers ont l’avantage de pouvoir être mieux dosés par des instructeurs sachant leur métier et de servir ainsi de préparation rationnelle aux seconds.

Les premiers exercices de gymnastique imposés aux recrues par le nouveau règlement semblent donc rationnels et s’adaptent parfaitement à un entraînement progressif.

Dans l’exposé de la méthode d’instruction, on a eu l’heureuse

1. Desfosses, Gymnastique de l’omoplate, Presse médicale, 5 juin 1907.

2. Tissié, Du développement thoracique par la gymnastique respiratoire, Bull, de la Soc. méd. milit., 1907, p. 491.

3. Léard, Contribution à l'élude des résultats obtenus par l’éducation physique dans l’armée, Arch. de méd. milit., 1908, p. 24.

pensée de répartir les hommes en petits groupes et de commencer l’instruction par des exercices individuels dans lesquels chaque sujet donne ce qu’il peut en se conformant toutefois aux indications réglementaires données par l’instruction. Ce n’est que plus tard qu’on procède à des exercices d’ensemble pour obtenir une cadence uniforme, pour Simuler les soldats et faire produire aux moins énergiques d’entre eux des efforts plus intenses.

Puis on a prévu des catégories à part pour les hommes de consth tution faible et pour les anciens soldats.

Une même séance de gymnastique comprend toujours des mouvements variés généralisant l’exercice à toutes les parties du corps, les uns destinés à activer la circulation du sang et la respiration, à dilater la cage thoracique, à développer le système musculaire et à corriger les attitudes vicieuses, les autres à rendre l’homme adroit et à le préparer ainsi à l’exécution des exercices d’application.

Tissié critique le maintien des agrès qui sont restés à peu près ce qu’ils étaient dans la gymnastique athlétique, et qui comprennent entre autres la barre fixe, au lieu de ne figurer que comme un moyen de faciliter l’appui du corps pour mieux en fixer les positions fondamentales.

Il semble cependant exagéré de repousser d’une façon absolue le maintien de certains exercices de l’ancienne méthode qui ont comme résultat de varier la leçon et de distraire en demandant à l’homme le développement de qualités de souplesse et d’agilité toujours utiles au troupier.

Le nouveau règlement représente une sorte de compromis avec la méthode suédoise1, et marque un progrès réel sur les anciennes méthodes. Son application, si elle est judicieusement conduite, ne peut manquer de donner d’excellents résultats.

L’instruction de la gymnastique pour l’armée allemande date du 24 octobre 1895 et comprend 2 :

Des exercices libres, des exercices avec armes, des exercices aux appareils : corde, poutre, barre, échelle, des exercices de gymnastique appliquée : sauts de fossés, de barrières, escalades, etc.

Ils doivent être continués pendant toute la durée du service.

B. Équitation. — L’équitation est un exercice spécial aux corps de cavalerie et d’artillerie. Au point de vue hygiénique elle peut être considérée tantôt comme un exercice violent, tantôt comme un exercice passif.

Pour les recrues, l’équitation est toujours un exercice actif

1. Lefébure, L'Éducation physique en Suède, Paris, Maloine, 1904, p. 69.

Page 1