Murat, Médecine moderne, 23 septembre
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sant pour qu’il puisse se coucher à l’abri des intempéries de l’air et de la mer; il faut prévoir des installations spéciales, soit dans les entreponts, soit même sur le pont, dans des postes en toile; il faut même, comme l’a vu faire une fois le D1 Murat, dans certaines circonstances, installer, dans les cabines libres de 2e classe, les passagers de 3e pour consacrer intégralement les aménagements de 3e classe aux troupes dont la traversée est rendue plus tolérable.
Pour la propreté qui, par les mauvais temps, laisse souvent fort à désirer, Fauteur demande une série de minutieuses précautions, toutes très judicieuses, qu’il serait trop long d’énumérer, et qui rentrent, d’ailleurs, dans le service régulier d’un bâtiment bien tenu.
Pour Vaération, l’auteur indique de très efficaces mesures telles qu’ouvertures de certains hublots sous le vent, disposition de manches à air en toile rigide, cheminées d’appel d’air, ouvertures de panneaux, installation de ventilateurs à vapeur ou électriques, toutes mesures qui ne sont assurément pas nouvelles, mais dont il est indispensable d’imposer l’usage dans les parties du bâtiment où on a le plus à craindre l’encombrement.
Plusieurs précautions doivent encore être prises au cours de la traversée.
On prémunira les hommes contre les dangers de la traversée des zones chaudes; on lui fera connaître le péril qu’il y a à prolonger sa sieste trop près des sabords ou à séjourner sur le pont si l’on n’est protégé par les doubles tentes à rideaux qu’on installe dès l’arrivée dans le canal de Suez.
Ils devront au même titre redouter le refroidissement nocturne et y parer par le port de vêtements appropriés.
Les relâches ne sont pas moins l’occasion d’invalidations par les excès alimentaires, alcooliques et autres dont elles sont le signal : aussi ne permettra-t-on la descente à terre qu’à une élite d’individus, et pour un temps restreint, avant 9 heures du matin et après 4 heures du soir.
Les troupes européennes ne doivent débarquer que lorsque tout est prêt pour les recevoir : on doit donc charger une fraction du corps occupant de préparer longtemps à l’avance, deux ou trois mois s’il est nécessaire, le terrain de débarquement, les approvisionnements en vivres frais et en eau potable, les abris, les moyens de transport, etc. On évitera ainsi un séjour prolongé le long des bas-fonds vaseux de la côte pour gagner au contraire très rapidement les collines voisines ; là, le soldat, fatigué du régime du bord et des insomnies de la traversée, reprend quelque courage et envisage sans amertume la perspective d’un départ qu’il faut ménager aussi précoce et rapide que possible.
VI. Opérations militaires. — « C’est, dit Legrand, à ménager les forces de ses troupes, à soigner les maladies de ses hommes qu’un bon chef de corps s’emploiera en temps d’expédition coloniale. » Pour cela le soldat, en dehors de l’action elle-même, ne devrait faire aucun effort : la marche même devrait lui être épargnée et c’est, monté sur un âne, un chameau ou un mulet, qu’il devrait arriver aux avant-postes ennemis. On ne peut pourtant songer à monter ainsi toute l’infanterie coloniale, aussi devrons-nous nous borner actuellement à préconiser la réduction de la charge, à limiter à 15 kilomètres la longueur des étapes, à s’opposer aux marches en dehors des heures favorables, après 9 heures du matin et avant 4 heures du soir.
Les marches de nuit elles-mêmes sont mauvaises parce qu’elles privent le soldat de son meilleur sommeil, l’exposent aux brouillards du matin et aux piqûres des insectes nocturnes.
En bonne règle on marchera de 5 à 9 heures le matin et de
4 a 6 heures du soir, après un repas préalable et avec des haltes de 10 minutes toutes les heures, on veillera à ce que les hommes emportent dans leurs bidons des infusions légères de thé ou de café et on leur recommandera de déboutonner leurs vêtements de dessus, mais de ne jamais se découvrir la tête, même à la tombée de la nuit, ni de s’étendre à terre pour se reposer. À l’arrivée à l’étape, de rapides ablutions sont nécessaires afin de favoriser les sécrétions sudorales.
Pendant ces marches, les bagages et charges diverses, répartis en caisses de 30 à 60 kilogr., sont confiés, non à des voitures d’un emploi toujours problématique dans des pays sans routes, mais à des animaux de bât et à des coolies.
L 'évacuation des malades et des blessés doit être très rapide pour parer aux propagations épidémiques : mais là commencent les vraies, les plus grandes difficultés : les voitures d’ambulance, les voitures de réquisition, les brancards réglementaires, tout le matériel employé à la métropole sont inutilisables : il n’est pas même jusqu’aux litières et cacolets qui ne soient d’un usage problématique. Là encore il faut s’astreindre à imiter les procédés indigènes.
Le palanquin tonkinois, composé d’un filet suspendu à ses deux extrémités à un long bambou; la civière chinoise, avec sa toile à voile tendue aux deux extrémités par des tringles de fer, ses anneaux pour fixer une tige de bambou qui étaye la partie moyenne de la toile et son toit en natte, sont des moyens de transport pour malades bien préférables aux procédés européens. On compte, pour une armée de
5 000 hommes, un personnel de 2 000 coolies et 500 civières destinées à l’évacuation des malades et blessés; ces convois sanitaires s’arrê-
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tent au point le plus proche où l’on puisse assurer par la voie des cours d’eau le transport en jonques ou en bateaux.
Quant au campement des troupes valides , il n’est guère different du campement métropolitain. Son assiette devra être changée souvent. On ne fera pas succéder les différentes unités sur un même emplacement. Son installation, pourtant, doit être ménagée d’une façon telle que les lois de la prophylaxie spéciale aux tropiques y soient respectées; or quels sont les ennemis contre lesquels il faut toujours se tenir armés? Le soleil et le paludisme.
C’est donc sur une hauteur peu boisée, à mi-côte, pour éviter le contact des moustiques et les émanations telluriques, sur le versant opposé à la direction du vent dominant, qu’on établira le camp après que la hache et le feu auront, par la main des coolies, préparé suffisamment le terrain.
Le camp devra être éloigné des gîtes à anophèles, c’est-à-dire des cours d’eau, des mares, des sources, des habitations indigènes. On choisira un terrain plutôt rocailleux qu’argileux, car les pluies diluviennes qui tombent au début de l’automne embourberaient bêtes et gens. On creusera des fossés autour de chaque abri (tente, gourbi), et au besoin une tranchée transversale au-dessus du camp, destinée à couper le chemin aux eaux qui dévaleraient par la pente sur le camp.
Au Sahara, il faut toujours camper dans un endroit sableux, car toutes les ordures disparaissent vite dans le sable. Les hommes s’envelopperont la nuit, car au-dessous d’une croûte de mince épaisseur, conglomérée par l’humidité de la rosée, le sable reste meuble, possède une température plus basse que celle de l'atmosphère de 3 à 4°. De plus le rayonnement nocturne est considérable. Il faudra donc coucher sous un abri ou avoir soin au moins de se couvrir les yeux d’un mouchoir.
Le gourbi indigène, avec ses branches d’arbres et ses feuilles de palmiers reste la tente de choix; on en complétera l’installation en étendant sur le sol une toile imperméable. L^n lit pliant en toile, démontable, ou des lits de bambou élevés de 0 m. 80 au-dessus du sol, avec, complément indispensable, une bonne moustiquaire en gros lils serrés, constitue le mode de couchage par excellence.
Dans certaines conditions, les villages indigènes abandonnés pourront être utilisés à condition qu'ils soient désinfectés.
Une avant-garde composée de soldats et d’ouvriers noirs est chargée dans ce cas d’aller préalablement aménager les baraques, les hangars, les villages qui vont constituer les gîtes d’étapes.
Travaux de terrassement. — Dans ces travaux l’Européen jamais
ne devra procéder de lui-même aux constructions, terrassements, bouleversements du sol ; on sait le danger de ces terres chaudes et insalubres signalées à Panama, au Tonkin, en Algérie, à Madagascar. « Celui qui creuse la terre creuse sa tombe. » (Lind.) « Le travail de la terre est interdit sous peine de mort. » (Maurel.)
L’état inculte est une présomption d’endémie palustre, et il suffit de la mise à nu des couches terrestres sous-jacentes pour voir éclore la maladie.
Les exemples d’épidémie de fièvre palustre sévissant sur les ouvriers occupés à des terrassements sont innombrables. Au Congo belge, les agents du chemin de fer employés aux travaux de terrassements ont subi une mortalité de 44 p. 100, tandis que ceux des finances n’en présentaient que 18 p. 100. Les chiffres publiés plus haut accusent cette influence du sol d’une façon encore plus marquée. Les troupes du génie à Madagascar ont eu la plus forte mortalité du corps expéditionnaire, 69,5 p. 100, alors qu’elle n’a été que de 20 p. 100 pour les troupes sanitaires et d’administration.
D’autre part la morbidité comparative des divers groupes qui contribuèrent à la construction de la route, avec celle des troupes n’ayant pas été employées à ces travaux, est sensiblement différente, comme le prouvent les chiffres suivants :
Infanterie de marine non employée 1G3 p. 100.
Troupes du génie employées 184 —
Régiment colonial (cadres européens) employé 189 —
Régiment malgache (cadres européens) employé 193 —
Conducteurs d'artillerie employés 233 —
Il ne faut pas oublier que même les indigènes paient souvent un lourd tribut aux défrichements du sol. Les Marocains employés au chemin de fer du Soudan, les Tonkinois travaillant au chemin de fer de Langson ont été décimés par la fièvre. A Panama, les Chinois ont fourni une mortalité de 58 p. 100. Au Congo, la mortalité des Chinois et des Noirs des Barbades a été de 50 p. 100. 80 000 Annamites sont morts pendant le creusement du canal de Chaudoc au golfe de Siam.
En Cochinchine la mortalité est dix fois moindre depuis la cessation des travaux d’installation.
L’histoire du développement de l’Algérie consacre les dangers inhérents à la culture des sols vierges.
Aussi, au cours des expéditions coloniales \ il faudra éviter autant que possible la construction de routes. On utilisera les fleuves, et, si
1. Ueynaud, Bonvalet et Thierry, Précautions à prendre pour les expéditions coloniales, Congrès d'hygiène, 1900.
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on est obligé de faire un chemin pour le passage des troupes, on tracera d’abord une route muletière, quitte à en compléter l’aménagement plus tard. A l’avant il faut se borner au minimum indispensable.
Pourtant si la nécessité des terrassements s’impose on en confiera l’exécution aux ouvriers noirs, et on prendra des mesures destinées à les protéger.
Il importera autant que possible de n’exécuter le travail que pendant la saison sèche et de faire camper les ouvriers en dehors des travaux sur des hauteurs, à l'abri du vent des chantiers, dans les baraques protégées , et possédant des isolants du sol pour la nuit.
Les heures de travail seront réduites. On le commencera à 6 heures, après que le brouillard du matin aura été dissipé ; on le suspendra à 10 heures pour le reprendre de 3 à 6 heures du soir. C’est la journée de 7 heures qu’on ne peut prolonger sans danger.
L’alimentation sera enrichie de viandes et de toniques. Le thé on le café sera la boisson habituelle. Jamais les ouvriers ne partiront au travail sans avoir mangé et avoir pris 0 gr. 25 à 0 gr. 30 de chlorhydrate de quinine
On donnera des vêtements de jour et de nuit. Ceux-ci seront en laine.
Les travaux seront précédés d’allumage de grands feux le matin. On en fera autant le soir autour du campement. Le courant d’air déterminé par le feu diminue l’humidité et éloigne les moustiques. On comblera les mares, etc. (Voir désinfection).
Sanatoria. — Malgré toutes les précautions il est impossible de parer à l’éventualité de toutes les maladies endémiques des pays chauds : aussi toute expédition coloniale doit-elle posséder un matériel médical des plus riches, un personnel spécial, des sanatoria, des hôpitaux. Les besoins devront être prévus pour un chiffre de morbidité pouvant s’élever à 35 p. 100 des Européens et à 15 p. 100 des indigènes. Des pavillons élevés sur pilotis avec véranda circulaire, les transports-hôpitaux mouillés sur rade constituent les hôpitaux de la hase d’opérations, l/idéal serait l’évacuation sur la métropole, mais le rapatriement a bien ses dangers, longeur et fatigue du voyage, encombrement des transports, contamination à bord; aussi doit-on de plus en plus compter sur les bons résultats du sanatorium bien installé sur une hauteur ou sur les hôpitaux flottants.
Kermorgant et Keynaud prévoient deux emplacements différents pour les sanatoria. Les uns, situés à une altitude de 500 mètres, dits sanatoria d’atlenle, destinés à abriter les malades pour lesquels une altitude plus élevée serait un danger. A cette catégorie appartiennent
« les sujets de constitution éréthique, les albuminuriques, goutteux, rhumatisants, neuro-arthritiques, artério-scléreux, tuberculeux ayant dépassé la première période, les emphysémateux, les convalescents de pneumonie, les hépatiques, les dysentériques chroniques, les paludéens ayant eu récemment des accès hémoglobinuriques graves et ceux qui sont arrivés dans un état avancé de cachexie accompagnée d’affaiblissement cardiaque. Les seconds, situés de 1 000 à 1 200 mètres, sont destinés à une cure d’air pour tous les anémiques qui ne rentrent pas dans la catégorie que nous venons de spécifier, en somme les paludéens et les convalescents de maladies infectieuses. Après une station de 4 à 10 jours dans le sanatorium d’attente employés à prendre de la quinine, des bains, et à se munir de vêtements chauds, ces malades seront dirigés sur le sanatorium d’altitude pour y être traités. De ce groupe, les uns seront rapatriés lorsque leur état aura été amélioré, et les autres, susceptibles de reprendre du service, y feront un séjour de 1 à 3 mois. A ce moment on pourra choisir pour eux des postes d’une salubrité relative.
Les sanatoria devront être construits autant que possible en maçonnerie. Les portes et les fenêtres seront munies de tambours garnis de toiles métalliques de façon à permettre l’ouverture permanente des portes et des fenêtres. On veillera avec un soin particulier à l’illumination des locaux, à ce qu’il n’existe pas de pièces obscures, retraites de choix pour les insectes. Pour les mêmes raisons on exigera une bonne ventilation. Il conviendra enfin de garantir l’habitation contre la chaleur. Pour cela l’exposition sera nord-sud et chaque façade sera abritée par une vérandah ou galerie couverte. Les parois seront creuses, soit qu’on les construise en larges briques perforées, soit qu’on établisse deux cloisons en briques légères séparées par un matelas d’air. Il ne faut pas perdre de vue cependant que cette cavité peut servir de retraite à un grand nombre d’animaux. On en fermera les issues par des toiles métalliques. La toiture sera
Fig. 89. — Tambour en toile métallique.
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munie d'une cheminée d’aération, armée de toile métallique, et doublée d’un plafond.
Le général JofTre a basé tout un système d’aération sur la conductibilité des toitures métalliques. Chaque pièce communique par des ouvertures avec le grenier compris entre les plafonds et une toiture métallique, en tôle ondulée par exemple, munie d’une cheminée. Pendant le jour, le soleil échauffe rapidement la tôle, et Pair du grenier qui s’échappe par la cheminée est remplacé par celui des chambres, qui est moins échauffé. Dès qu’arrive la fraîcheur du soir, la tôle se refroidit très vite et rafraîchit l’air du grenier. Il s’établit dans les pièces un double courant, l’un d’air frais qui descend, l’autre d’air chaud qui monte. Ce système donne, paraît-il, de tels résultats que quelquefois on est obligé de fermer la communication avec le grenier à cause du refroidissement nocturne.
Enfin le sanatorium possédera un matériel composé de brancards avec supports, de lits d’hôpital avec literie complète et moustiquaires, de tentes Tollet ou Ilerbet, d’appareils à glace et de moyens d’épuration pour l'eau de boisson, puis des salles de bains et de douches plus nécessaires encore aux pays chauds qu’en Europe. Le confortable de l’habitation aux colonies est une nécessité.
Le séjour au sanatorium constitue le plus souvent la dernière étape du soldat colonial loin de la métropole : apte souvent, grâce à un traitement approprié, à envisager la possibilité d’un séjour ultérieur aux colonies, il ne quitte guère pourtant le sanatorium que pour revenir en Europe : il n’entre plus dans le cadre de notre sujet de l’y suivre à nouveau, mais il nous appartient cependant de fixer l’époque de son retour. L’arrivée en hiver expose à des accidents dus à la dépression produite par le froid, et aux retours du paludisme. Des accès pernicieux sont souvent la conséquence de cette manière de faire. Les rapatriés devront donc être dirigés de préférence sur les hôpitaux ou les garnisons du littoral méditerranéen.
Toutes ces prescriptions hygiéniques commandées par une prophylaxie complexe à la fois étiologique, symptomatique et compensatrice, apparaissent trop souvent aux yeux des chefs d’expéditions comme le dernier mot de la minutie et de l’exagération médicale : il n’en est rien.
Pour ce qui est de l’argument trop souvent employé contre elle, celui de la grande dépense, il est particulièrement juste d’y répondre, avec MM. Kermorgant et Reynaud; que, lorsqu’il s’agit d’expéditions coloniales : « toute dépense judicieusement faite en faveur de l’hygiène est une économie réalisée ».
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