Portius, Loc. cit., p
4. Lamy en présenta plusieurs modèles, ainsi qu’un certain nombre de « fontaines domestiques ». Ils furent adoptés par l’Académie.
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Toutes les questions qui font encore aujourd’hui l’objet de nos études et de nos recherches, préoccupaient déjà les hygiénistes militaires et certaines solutions appliquées à l’heure actuelle se rapprochent de bien près de celles adoptées alors.
J. Colombier *, inspecteur général des hôpitaux, nous a laissé un Traité d hygiène (1775) et un Code de médecine militaire (1772) dans lesquels il s’étend longuement sur les mesures à prendre dans les casernes et dans les camps. Il insiste spécialement sur les méfaits de l’encombrement, se plaignant d’avoir vu jusqu’à 8 bataillons logés ensemble. Il relève aussi l’absence de précautions contre l’air confiné, la saturation des chambrées par les vapeurs infectes que dégageaient soit les aliments qu’on y prépare, soit les produits éliminés par l’organisme. 11 préconisait la construction des casernes « de manière qu’il n’y eut que deux corps de logis parallèles séparés par un espace large. C’est déjà le type 1874. Les fenêtres doivent être opposées et garnies de ventilateurs.
Colombier, préfère le camp au cantonnement chez l’habitant « où le soldat se livre à l’intempérance et au dévergondage » ; c’est encore souvent comme cela de nos jours. L’eau suspecte doit être bouillie avant consommation, on peut encore l’épurer par l’alun ou le nitre. Les fosses d’aisance doivent être comblées avec beaucoup de terre tous les huit jours, « car elles sont la source de propagation de diarrhées et de dysenterie ».
En somme, les préceptes de Colombier ressemblent à ceux de de Meyserey et à ceux que nous retrouvons dans nos traités d’hygiène militaire du xixc siècle. Les dangers de l’encombrement dans nos casernes, des matières usées accumulées dans les camps, de l’impureté de l’eau de boisson, sont toujours présents, et c’est à les diminuer et supprimer autant que possible que s’évertuent les médecins d’armée de tous les temps. Mais, plus heureux que nos ancêtres, nous possédons aujourd’hui pour cela des armes plus puissantes.
1. J. des Cilleuls, Un réformateur de l’hygiène militaire, J. Colombier, inspecteur général des hôpitaux militaires, Caducée, 9 novembre 1907.
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Viennent ensuite Read1, médecin de l’hôpital militaire de Metz (1767), puis du duc d’Orléans, du régiment de Béarn, du corps des hussards (1787), enfin correspondant de l’Académie royale des sciences et agrégé au collège des médecins de Nancy, et Rambaud (1725-1785), médecin de l’hôpital militaire de Givet puis de Sedan, qui soulignèrent à différentes reprises le rôle néfaste de l’eau dans la genèse des diarrhées, dysenteries, fièvre typhoïde. Read fit combler les puits de Metz qu’il incriminait comme la cause du mal lors des épidémies de 1770, 1781, 1782.
C’est aux écrits de Read que nous devons la constitution de la première Commission supérieure d'hygiène et de prophylaxie, réunie par Louis XVI sur la proposition de Turgot. Elle fut spécialement chargée de l’étude et de l’histoire des épidémies connues. Ses membres devaient correspondre avec leurs confrères les plus éclairés des provinces et des pays étrangers, puis réunir et comparer leurs observations pour en former un livre unique et complet sur les épidémies. Parmi les praticiens auxquels cette tâche était dévolue figuraient MM. de La Saône, premier médecin du Roi et « chef » de la Société royale de médecine; Vicq d’Azyr, Bouvart, Poisonnier, Lorry et Malouet.
Dehorne, médecin aux Rapports pour la salubrité de Paris et premier consultant des camps et armées du Roi, membre de la Société royale de médecine et rédacteur du Journal de médecine militaire , peut être regardé comme le précurseur des études prescrites dans ces derniers temps sur l’hygiène des cantonnements; il adoptait à peu de chose près la formule du médecinmajor Champeaux.
Dans un mémoire lu à la Société royale de médecine, le 26 octobre 1784, devant le prince Henri de Prusse, il exposa clairement ses vues et montra quel profit les armées pouvaient retirer de la connaissance exacte des villes et villages traversés dans les marches , comme aussi des causes principales d’insalubrité qu’on y rencontrait.
1. Réflexions sur un projet médical à l'usage des troupes, 1787.
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Une géographie médicale ferait, en outre, mieux connaître les affections importées par les recrues.
Les nombreuses études de « topographie médicale » poursuivies au cours du siècle dernier, et signées d’un très grand nombre de médecins militaires montrent que les sentiments de Dehorne et de Read ont été partagés par leurs successeurs, en même temps qu’elles apportent pour l’épidémiologiste et l’hygiéniste des documents précieux. Il esta désirer qu’à ceux-ci soient joints des carnets sanitaires urbains analogues à la deuxième partie de nos registres de casernement. L’établissement du casier sanitaire de la ville de Paris1, inauguré par A. -J. Martin en 1892 et continué par Juillerat et Bonnier, marque un premier pas dans cette voie féconde en enseignements, et précieux pour nos garnisons.
Au cours des guerres de la Révolution et de l’Empire, le médecin hygiéniste occupe encore une place effacée, mais les chirurgiens ne se confinent plus exclusivement dans leurs fonctions d’opérateurs et de panseurs, et les écrits de Larrey, Percy, Desgenettes montrent qu’aux qualités techniques chirurgicales, ces maîtres joignaient les talents d’organisateurs et d’hygiénistes. C’est en l’an XIÏ que Revollat, d’autre part, écrit son Hygiène militaire. Un registre d’ordres journaliers du 48e régiment d’infanterie 2 permet de voir que même à cette époque les chefs de l’armée, bien que portant surtout leur attention sur les moyens de secourir rapidement blessés et malades, ne se désintéressaient cependant pas des mesures d’hygiène prophylactique. On y trouve les prescriptions relatives à la vaccination (ordre du 15 mai 1810), à la visite hebdomadaire des sous-officiers et soldats dans le but de s’assurer qu’ils ne sont points atteints de maladie.
A côté de la recherche des cas frustes ou latents de maladie contagieuse, on préconise Y isolement relatif des convalescents
1. Reille, Le casier sanitaire de la ville de Paris, Annales d'hyg. et de méd. légale, 1900, p. 43.
2. Lacronique, Mesures d’hygiène et de prophylaxie prescrites à l’armée d’Allemagne, 1810-1812, Fronce médicale, 1905, p. 378.
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et il est enjoint aux chefs de corps de ne point faire monter la garde aux hommes venant des hôpitaux qu’au moins 20 jours après la guérison. Suivent les prescriptions concernant le vêtement, la nourriture et l’eau de boisson. Ordre est donné (15 octobre 1811) de nettoyer tous les jours les tonneaux servant de filtres pour l’eau de boisson, d’y augmenter la quantité de sable et de renouveler la poussière de charbon. La tenue des camps entre aussi pour une grande part dans les soucis du commandement et du service de santé. Le médecin principal Gilbert, médecin en chef de l’armée d’Allemagne, signale en outre la mauvaise installation des hôpitaux qui deviennent des centres de contagion. Comme on le voit, l’influence de l’hygiène sur la santé des troupes n’était pas plus méconnue autrefois qu’aujourd’hui. C’était plutôt la science hygiénique elle-même qui souvent était en défaut, ou l’absence d’organisation du Service de santé qui, s’il pouvait faire entendre sa voix, ne disposait que rarement des moyens d’exécution. L’impuissance du Service de santé, de ce fait, ne ressort nulle part mieux que dans l’histoire de la campagne de Crimée, pendant laquelle le médecin inspecteur Michel Lévy vit toutes ses propositions réduites à néant parce qu’il ne pouvait les faire exécuter lui-même.
De nombreuses années se sont écoulées avant que l’autonomie du corps de santé à laquelle contribua si puissamment mon cher maître, le professeur Léon Le Fort, ne vint fournir aux médecins militaires les pouvoirs nécessaires à l’accomplissement de leur tâche hygiénique. L’hygiène, d’autre part, depuis cette époque, a bénéficié de la révolution pastorienne. Comme l’a écrit Duclaux : « Tant que Pasteur n’a étudié que la levure il n’a fait que révolutionner la brasserie. Mais quand il a touché aux germes pathogènes, la maladie joue un tel rôle dans le monde, que c’est l’humanité tout entière qui a été remuée de fond en comble par le revirement d’idées sorti de ses découvertes. » — Pasteur, en matérialisant les miasmes, par la culture des germes, en démontrant dans ses admirables études sur la flacherie, la valeur du terrain organique, et par l’expérience de la poule refroidie l’importance des causes dites secondes appelées
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refroidissement, misère physiologique, etc., dans l’évolution des maladies infectieuses, adonné à l’hygiène le caractère scientifique qui lui manquait jusque-là.
L’hygiène, qui, d’après la définition d’Andral, était confinée dans « l’étude des causes des maladies », a pu dès lors aborder les questions de prophylaxie que les découvertes nouvelles permettaient de faire entrer dans le domaine pratique, en lui fournissant des données plus précises sur l’étiologie des maladies infectieuses et les causes de dépression de l’organisme. « Éloigner ou détruire les germes des maladies transmissibles, dit le professeur Chantemesse % rendre le corps de l’homme plus résistant et moins sensible à leur atteinte, n’est-ce pas les deux buts essentiels de l’hygiène que les travaux de Pasteur ont rendus visibles et accessibles presque à tout le monde. »
Plus que tous les autres, les médecins militaires, qui, par leurs fonctions mômes, doivent être hygiénistes, ont accueilli les enseignements de Pasteur avec reconnaissance. Ceux-ci confirmaient d’ailleurs en partie des observations faites antérieurement par leurs maîtres en leur enlevant ce caractère d’incertitude qui était la conséquence d’une étiologie obscure. Ces observations éclairées immédiatement d’un jour nouveau devinrent un guide sur pour les applications prophylactiques.
Les travaux de Michel Lévy, qui créa l’enseignement de l’hygiène au Val-de-Grâce, et ceux de L. Colin et Kelsch ne constitueront-ils pas toujours un ensemble de documents impérissables parce qu’ils reposent sur des faits et sur la pratique de l’hygiène dans un milieu idéal pour l’observation. C’est d’ailleurs à la nature de ce milieu qu’on doit attribuer la prédilection du médecin d’armée pour les études hygiéniques, et que nous devons d’avoir occupé la première place dans cette science à une époque où son enseignement était relégué au dernier rang dans nos facultés de médecine.
L’histoire de l’hygiène est en effet inséparablement liée dans la seconde moitié du xixc siècle à un groupe de médecins mili-
1. Ciiantemesse, L’évolution de l’hygiène et les doctrines pastoriennes, Bull, méd., 1904,
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taires dont les travaux font autorité. Ce sont les médecins inspecteurs Maillot et Boudin qui inaugurent la lutte spécifique contre le paludisme. C’est le médecin inspecteur Villemin qui, par la preuve expérimentale de la contagiosité de la tuberculose, présida aux mesures prises contre cette terrible affection; ce sont les médecins inspecteurs Michel Lévy, L. Laveran, Léon Colin, Kelsch, R. Roehard, E. Vallin, qui, par l’autorité attachée à leurs noms et à leurs travaux et par les nombreux rapports rédigés au cours de leur carrière sur l’hygiène et l’épidémiologie militaires, en firent pénétrer peu à peu les notions dans l’armée et préludèrent à des améliorations notables dans le régime de vie du soldat. Roehard s’applique surtout à l’étude de l’hygiène hospitalière; L. Colin obtint dans les casernes une distribution spéciale pour l’eau de boisson; Kelsch fait ressortir les différentes conditions épidémiologiques des milieux militaires; Vallin s’attache plus spécialement à l’étude de la désinfection dans les casernes et les hôpitaux. Fondateur, d’autre part, de la Société de médecine publique et de génie sanitaire, il sait donner à son organe, la Revue d'hygiène , une impulsion qui en fait le recueil hygiénique le plus répandu dans le monde scientifique. Le médecin inspecteur Richard, qui, par son Précis cl'hygiène appliquée et par son Traité d'hygiène militaire en collaboration avec le médecin inspecteur Viry, nous ont fait connaître d’une part l’outillage moderne de l’hygiène, et, d’autre part, les dispositions hygiéniques prises dans les armées étrangères; le médecin inspecteur général Boisseau, dont les études se sont fixées d’une façon particulière sur l’hygiène des casernes et des camps; le médecin principal Ch. Sarazin, professeur agrégé de la Faculté de médecine de Strasbourg, qui, avec l’ingénieur Tollet, inaugura en France le block-system anglais en l’appliquant pour la première fois dans la construction des casernes et de l’hôpital militaire de Bourges; le médecin principal Schindler, dont le nom restera toujours lié aux améliorations apportées dans l’alimentation du soldat; les médecins inspecteurs J. Arnould et Morache, professeurs d’hygiène aux Facultés de médecine de Lille et de Bordeaux, qui, par leur
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enseignement, formèrent une génération d’hygiénistes et acquirent au corps de santé militaire les bénéfices de leur notoriété personnelle.
C’est enfin le professeur A. Laveran, membre de l’Institut, qui, par sa découverte de l’hématozoaire du paludisme et ses études sur son agent de propagation, permit d’entrevoir la conservation de millions d’existences et la mise en valeur de nos possessions coloniales. Il a été l’un des éducateurs de la génération actuelle des médecins militaires. Les enseignements dispensés à ses élèves, laissés à ses successeurs, constituent une doctrine, formulée dans un Traité d'hygiène militaire , devenu le véritable code du médecin militaire. Depuis sa publication, de nombreux desiderata formulés par le maître ont reçu satisfaction; l’hygiène publique, de son côté, a perfectionné ses méthodes et son outillage; l’hygiène urbaine, aiguillonnée par les exigences du Corps de santé militaire en faveur des troupes des garnisons, fait chaque jour de notables progrès; enfin l’application de la loi sur la Santé publique du 15 février 1902 a été, dans l’armée, le point de départ d’une organisation nouvelle. Il m’a donc semblé utile de marquer cette étape, tout en conservant pour guide les principes formulés par mes prédécesseurs. Je leur dois le meilleur de mon propre enseignement. A cette liste déjà longue, je pourrais ajouter les noms de nos chefs et maîtres encore en activité de service. Mais leurs travaux sont trop connus de la génération actuelle pour que j’aie besoin de les rappeler ici. Ils occupent d’ailleurs le premier rang dans nos formations hygiéniques militaires. Leur notoriété permet de présager que les élèves ne laisseront pas péricliter l’œuvre de leurs maîtres. Plus heureux que ceux-ci, d’ailleurs, ils vont avoir à leur disposition une organisation qu’il me reste à exposer.
Les services d’hygiène sont régis par deux groupes d’organes. Les premiers, dont les fonctions actives datent de l’autonomie du Service de santé, sont essentiellement formés d’éléments militaires. Les seconds sont constitués par les commissions mixtes au sein desquelles prédomine l’élément civil.
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Le Comité technique de santé1, composé uniquement de médecins inspecteurs de l’armée, d’un général et d’un intendant, est avec sa section technique à la tête du Corps de santé militaire. Il a dans ses attributions l’examen des questions d’hygiène et d’épidémiologie concernant l’armée. Il a de plus dans ses attributions la direction technique générale des médecins militaires, reçoit et analyse leurs travaux, procède à l’établissement de la statistique médicale et examine les dossiers des réformes et des retraites.
A côté du Comité technique et préposé plus spécialement à l’étude et à la prophylaxie des maladies épidémiques régnant dans l’armée, se trouve un bureau spécial relevant de la Direction du Service de santé au ministère de la Guerre2. Mais, dans ces derniers temps, en face d’attaques incessantes contre le Service de santé militaire, il a paru nécessaire au ministre de la Guerre d’avoir auprès de lui plusieurs commissions mixtes composées de sommités scientifiques civiles et militaires dont le rôle serait d’étudier et de solutionner les questions hygiéniques évoquées par le Parlement ou l’opinion publique.
Un décret du 31 mai 1904 a constitué une « Commission supérieure consultative d’hygiène et d’épidémiologie militaires » destinée à éclairer le ministre sur les questions d’hygiène et d’épidémiologie qu’il jugera à propos de lui soumettre.
Cette Commission, composée primitivement uniquement de médecins civils faisant partie de l’Académie de médecine et de médecins militaires du grade d’inspecteurs appartenant au cadre actif ou au cadre de réserve, nommés tous directement