CHAPITRE III
ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX DES EXERCICES
Accidents locaux des marches.
Accidents généraux. — Fatigue et surmenage; répercussion sur les divers appareils. Maladies engendrées ou favorisées par la fatigue. Accidents dus à la chaleur, au froid.
Accidents spéciaux aux travaux de certaines armes. — Terrassements, guerre des
mines, gonflement des ballons, gaz de la poudre sans fumée.
I. Accidents locaux. — Les accidents locaux des exercices consistent en contusions, entorses, fractures, hernies, etc., ceux de la marche en particulier sont des ampoules, des excoriations, des périostites et diverses lésions ou aggravations de déformations antérieures des articulations du pied.
Parmi tous ces accidents, les excoriations et les ampoules tiennent de beaucoup la première place; elles peuvent, par leur fréquence, devenir un obstacle sérieux à la mobilité d’un régiment.
Dues souvent à une chaussure mal adaptée à la forme du pied, elles peuvent relever aussi d’une prédisposition très commune à l’hyperidrose plantaire.
Ces accidents locaux de la marche peuvent être prévenus en grande partie par des soins appropriés. On ne saurait trop insister sur leur application.
Bien des moyens et un grand nombre de formules ont été préconisés. Nous ne parlerons ici que de celles qui ont fait leurs preuves.
Un des remèdes les plus anciennement connus est l’acide chromique, employé dans l’armée allemande1 en 1888 sur plus de 18 000 soldats. Un circulaire du 30 novembre 1888 prescrivit, pour éviter les accidents locaux inflammatoires et les empoisonnements généraux, de n’employer que de l’acide chromique pur et à un titre
1. Deutsche milit. Zeitschrift, 1889, p. 199, Revue d hygiène, 1890.
ACCIDENTS LOCAUX ET GÉNÉRAUX DES EXERCICES
inférieur à 5 p. 100. Le traitement donna 42 p. 100 de guérisons, 50 p. 100 d’améliorations et 8 p. 100 d’insuccès. Parfois, la suppression de l’hyperidrose a amené l’apparition de sueurs locales en d’autres points du corps, mais jamais d’accidents graves.
Le procédé consiste à badigeonner, avec un pinceau ou un tampon d’ouate, la plante des pieds et les interstices des orteils avec la solution à 1 p. 100. La peau devient jaunâtre et se durcit, au bout de quelques jours, elle s’exfolie et on répète alors l’opération. Le plus souvent, il faut deux ou trois badigeonnages à une ou deux semaines d’intervalle.
En 1898, le médecin principal Berthier 1 a préconisé la suintine, additionnée ou non de sulfate de cuivre dans la proportion de 5 p. 100. Le graissage du pied doit être fait tous les jours de marches militaires. L’instruction ministérielle du 30 mars 1898 semble préconiser de préférence cette dernière méthode.
On obtiendrait ainsi un certain degré d’imperméabilité de l’épiderme plantaire, qui empêcherait son imbibition par la sueur et neutraliserait les effets fâcheux de l’hyperidrose.
Une compagnie du 16° bataillon de chasseurs put faire, grâce à l’emploi de cette graisse, 64 kilomètres en vingt-deux heures, sans qu’un seul homme eut des lésions du pied. Avantage appréciable, la suintine ne coûte que 0 fr. 20 le kilogramme.
Stefanowski 2 a réussi, dans 20 cas sur 20, à faire disparaître la fétidité de la sueur et à en diminuer la sécrétion par le moyen suivant :
1° Lavage du pied avec l’eau ordinaire.
2° Friction de la plante des pieds avec du savon humecté d’eau, puis, au bout d’une à deux minutes, on dispose sur le pied une couche de savon presque sec, on chausse le pied sans essuyer.
En 1903, à la suite d’une note de Gardeck sur l’emploi de la solution de formaldéhyde, le médecin inspecteur général Vaillard, se reposant sur les expériences faites aux IIe, 76e, 141e de ligne, aux 6e et 13e bataillons de chasseurs (Viala, Folliasson), a donné le mode d’application de cette solution.
A titre préventif, on doit employer la solution à 50 p. 100 d’abord, puis pure en badigeonnage comme pour la solution chromique. Gardeck utilise 3 badigeonnages en six jours.
A titre curatif, il est recommandé de commencer par des solutions faibles de 2 à 8 p. 100, on tâte ainsi la susceptibilité du sujet.