Revue de l'Infanterie, 1905, vol. I, p
EXERCICES MILITAIRES
La marche est faite des trois éléments que nous venons de passer en revue : attitude du corps, longueur du pas, cadence.
La vitesse est égale au produit de la longueur du pas par celui de la cadence. Pour arriver à faire avec ces éléments de longs parcours, avec le minimum de fatigue, il faut que la troupe soit entraînée. On atteint ce but par la progression des exercices et par l’adoption de mesures hygiéniques qu’il nous reste à exposer.
On devra prendre comme base d’appréciation pour l’entraînement à la marche la résistance des hommes les plus faibles parmi ceux propres à faire campagne. Les malingres en sont exclus. Les hommes de petite taille seront placés en tête.
La vitesse et la durée de la marche ainsi que le poids du chargement entrent chacun pour une part dans la progression de l’instruction.
La vitesse moyenne doit être de 4 km. 500 à l’heure, halte horaire comprise, soit 1 kilomètre en onze à douze minutes.
Cependant, lorsque les soldats marchent par groupes restreints, par compagnie isolée, par exemple, on peut atteindre 5 kilomètres à l’heure. La durée totale doit être progressivement augmentée. De 16 kilomètres tout d’abord, elle doit être portée ensuite à 20 kilomètres sans charge, puis avec un chargement de 20 kilogrammes.
C’est dans ces dernières conditions qu’on commence en général les marches d’épreuve; celles-ci, qui couronnent l’instruction des recrues, ont maintenant lieu en février. Elles durent quatre jours, pendant lesquels les hommes font quotidiennement d’abord 20 kilomètres, puis 22, 24 et 26 kilomètres avec le chargement.
Les haltes devront être assez fréquentes au début, en rapport d’ailleurs avec la nature du terrain. Elles seront plus multipliées dans un pays accidenté que dans un pays plat. On fixera une courte halte avant de gravir une montagne, une longue après l’ascension, en ayant soin de choisir un endroit abrité du vent et du soleil pour y laisser reposer la troupe.
En temps et en régions ordinaires, on fait une halte de dix minutes après une marche de cinquante minutes, et de trente minutes après un parcours de trois heures. On place cette halte générale aux trois quarts de l’étape.
Enfin, il est nécessaire d’accorder vingt-quatre heures de repos après une certaine période de marche; le règlement est sage en prescrivant de faire séjour dans les cantonnements tous les quatre jours.
On devra éviter les haltes trop fréquentes, les à-coups, la mise en marche nécessitant un effort plus considérable.
On ordonnera l’enlèvement du sac pendant le repos.
L’heure du départ devra être fixée de façon à arriver au point initial exactement, de façon à éviter les stationnements, causes de fatigue.
En été <pu dans les pays chauds, la fixation de l’heure du départ devra tenir compte également du besoin de repos des hommes et de la chaleur. C’est ainsi qu’en temps de paix, lorsque la troupe est cantonnée, il semble imprudent de faire partir les hommes à une heure ou deux heures du matin.
Dans certaines communes, l’arrivée de la troupe est jour de fête et l’habitant oblige l’homme à dîner ou à boire assez tard dans la nuit. Si le réveil est trop rapproché, l’homme ne se couche pas et prolonge ses libations. Le départ à quatre heures du matin nous paraît préférable pour permettre d’arriver à l’étape entre neuf et dix heures. Hiller, sur un groupe de 258 isolés au cours d’une marche en a compté 208 entre neuf heures du matin et neuf heures du soir.
Il faudra autant que possible éviter les marches de nuit à cause de la fatigue excessive qu’elles provoquent non seulement par manque de sommeil, mais encore par la nécessité qu’elles imposent d’une tension cérébrale plus ou moins forte dans l’acte de se conduire à travers l’obscurité.
L’entraînement à la marche est forcément assez long, et celui-ci n’est vraiment complet qu’au bout d’une année. Les chiffres suivants empruntés à un mémoire du médecin major Drouineau1 en font foi.
Dans une étude sur l’influence des marches d’épreuve sur le poids des soldats, l’auteur a fait voir que souvent les hommes maigrissaient ou restaient stationnaires et qu’il existait une différence sensible entre les jeunes soldats, et ceux qui auraient plus d’une année de service, ces derniers étant beaucoup plus épargnés. En effet, dans un groupe de 115 hommes, composé de 65 jeunes soldats et de 50 hommes ayant plus d’un an de service, on a observé une diminution de 500 grammes à 3 kilogrammes chez 63,3 p. 100 des premiers et seulement chez 45,10 p. 100 des seconds. Il faut arriver à l’entraînement sans chercher à réaliser de grandes vitesses au début. La persistance des effets est toujours en raison directe de la durée de l’entraînement. Tous les animaux qui ont été une fois entraînés sont bien plus faciles à remettre en condition.
Les hommes seront souvent exercés à marcher par un, par deux, par quatre, sur des parcours mesurés et divisés en hectomètres et on les habituera à rendre compte à leur chef de leur état de fatigue. Les essoufflés devront être envoyés à la visite médicale. Il serait désirable
1. Drouineau, Influence des marches dites d’épreuve sur le poids des soldats, Caducée y 1904.
EXERCICES MILITAIRES
à cet effet qu’il existât dans les corps de troupes des rapports étroits entre les médecins et les officiers.
Il faut savoir faire reposer les hommes à temps. Un ou deux jours de repos accordés en temps opportun ne provoquent qu’une interruption insignifiante dans le service, mais sont cependant un préservatif suffisant contre un grand nombre d’indisponibilités et de maladies.
Ces repos seront de nature à maintenir l’entrain et la bonne humeur si nécessaires à la troupe. Enfin il est indispensable pour l’officier de connaître pour chaque homme les observations recueillies par le médecin lors de la visite d’incorporation, principalement pour la catégorie des malingres.