CAMPAGNES DES CLIMATS CHAUDS
Dans la première édition de cet ouvrage je suis entré dans de longs détails sur la climatologie physique des pays chauds. Je ne saurais ici aborder de nouveau cette étude, désireux que je suis de ne pas sacriûer à ces développements une place que je dois réserver pour des sujets qui sont plus directement afférents à l'hygiène navale. J'ai d'ailleurs dans un autre endroit indiqué les considérations de climatologie qui s'y rattachent (I). Un simple énoncé des fails les plus saillants de la climatologie tropicale suffira donc ici.
§ 1, Formule climatologique des pays chauds.
Les pays chauds, théâtre le plus habituel des navigations, sont ceux dont les températures moyennes annuelles sont comprises entre 15° et 30° cent. Les deux lignes isothermes qui limitent cette bande affectent la direction suivante. Celle de l'hémisphère N. part du détroit de Gibraltar, traverse l'océan Atlantique, puis l'Amérique septentrionale à quelques degrés dans le nord du golfe du Mexique, sillonne le grand Océan et l'Asie presque parallèlement à l'équateur, atteint le 40° de latitude N., coupe la mer Caspienne, descend vers le sud en approchant de la Méditerranée, côtoie tout le littoral de celte mer intérieure et va aboutir au détroit de Gibraltar d'où nous l'avons fait partir.
La ligne isotherme de l'hémisphère S. part de l'extrémité méridionale de l'Afrique, traverse l'Australie, suit la mer Pacifique, se rapproche un peu de l'équateur en se dirigeant vers l'Amérique méridionale, s'infléchit vers le sud en traversant celle-ci, et va rejoindre à travers
(l)Fonssagrives, Dicf. encyclop. des sciences médicales, 1815, 1" série, t. XVIII, art. Climat,
l'AlIantique la partie de l'Afrique oh nous avons placé son point de départ. Cette zone occupe dans sa plus grande largeur un espace de 60° environ. Elle est divisée en deux parties inégales par la ligne des maxima de température qui décrit au-dessus et au-dessous de l'équateur terrestre des ondulations irrégulières. Cet équateur de chaleur donne 27°,4 de moyenne dans le golfe de Guinée, 29°,6 dans la presqu'île de Malacca, 30°,2 dans le sud de la Malaisie, 29°,3 et 27°, 6 dans l'océan Pacifique, 27'',2 à Panama, 28°,6 à son entrée dans l'Atlantique, 28° en traversant celui-ci, et enfin 27°, 4 au niveau du golfe de Guinée (carte de Berghaus).
Cette zone des climats chauds se subdivise en trois parties : 1° climats cAaMû^s (1) proprement dits d'une température annuelle moyenne variant entre 15 et20° c. (Alger 17°,9 ; Buenos-Ayres 16°,9 ; Nangasaki 18°,3, Ville du Cap 19°,i, Madère 18°,7, ; Montévideo 19°,3; Ténérifîe 17°, j') 2° climats méso thermiques d'une température moyenne annuelle comprise entre 20° et 2o° c. (Tunis 20°,3 , Caracas 22°; le Caire 22°; Rio- Janeiro 23°; Honolulu 23°,7; Maurice 24°,9, etc.) ; 3° climats hyperther^ iniques, au-dessus de 25° c. (Madras 27° ; Bombay 26° ; Karikal 28° ; Paramaribo 29°, etc.).
Si l'on compare ces points du globe, sous le rapport de la température à la moyenne annuelle d'un chmat connu, celui de Montpellier par exemple, qui est de 13°,2, on a une idée delà quantité proportionnelle de chaleur qui est versée annuellement par le soleil sur ces divers points du globe.
Mais cette quantité de chaleur importe moins à l'hygiéniste que son régime, c'est-à-dire sa distribution dans les diverses unités de temps. Or les pays intertropicaux, dont je m'occuperai seuls dans cette étude, ont un régime thermologique bien autrement stable que celui des climats tempérés. C'est dire que l'écart entre le minimum et le maximum de l'année y est beaucoup moins ample. C'est ainsi que le climat de Pau ayant offert, de 1854 à 1864, un écart de 48° c. entre la plus haute et la plus basse température de l'année; celui de Nice un écart de 23°,2; celui de Menton un écart de 21°,8 ; celui de Cannes un écart de 22°' et l'écart entre le maximum et le minimum annuels à Montpellier ayant été en moyenne, pour une période de 36 ans, de 48°,5; cet écart moyen pour Surinam, Pondichéry, Madras, la Martinique a été de 19°,5.
De même aussi dans les climats hyperthermiques, y a-t-il entre les maxima et les minima mensuels des écarts beaucoup moins étendus que dans les pays tempérés. Dutroulau a donné un tableau indi-
(1) M. Jules Rochard dans son remarquable article Climat du Nouveau Dictionnaire iLl'ZTrrfjil "''^'■"''.'^^■'^ pratiques a adopté pour limite des climats chauds, les iso- ^lermes de + 25° et+ 15" (t. VIII, 1868). J'aime mieux établir une zone intermédiaire mésothermique, limitée par les isothermes de 20 et de 26°.
quant les maxima et les minima mensuels à la Martinique (i). Ils ne sont séparés, en moyenne, que par 8°, 9; ce qui indique, en réalité, une température mensuelle très-uniforme. Les mois d'hivernage sous les tropiques, c'est-à-dire les mois de grandes chaleurs, de calmes et d'orages sont ceux qui ont la température la plus fixe, c'est-à-dire qui présentent la moindre différence entre les maxima et les minima de leur température. C'est ainsi que d'un tahleau des écarts mensuels de la température à Brest et à Corée, dressé par M. Borius (2), on peut tirer cette conclusion que cet écart moyen pour les douze mois de l'année ayant été de 14°,8 à Brest, a été deS^S à Corée. Et cependant le climat de Brest est un climat relativement constant. Les oscillations nyclhémérales de la température sous les tropiques sont' peu étendues (3). M. Borius, qui a mis ce fait en relief, a comparé sous ce rapport Corée et Brest. Les moyennes des plus fortes oscillations nycthémérales de lannée 1859 ont été en effet à Brest de 10°, 3 et à Corée de 6°. Le maximum a été en septembre pour la première de ces deux localités (13°,6) et en février pour la seconde (10°) (4). Mais si, en temps ordinaire, la température nyclhémérale est plus constante dans les pays intertropicaux que sous les climats tempérés, les perturbations atmosphériques accidentelles y produisent au contraire des écarts d'une grande amplitude. C'est ainsi qu à Suez, M. Aubert- Roche a vu le thermomètre, abaissé par instants jusqu'à + 2°,4, monter, sous l'inQuence du khamsin, à 40° (5). A Moka et à Massouah (partie méridionale de la mer Rouge), quelquefois le thermomètre saute dans un même jour de 17 et 18° à 45 et môme 50°. Dans le fleuve du Sénégal, la température s'élève parfois brusquement, quand souffle l'harmattan, de 21 ou 23° à 34 et 35°. Les tornades de la côte d'Afrique, débutant par un calme plat sous une température de 28 à 30°, amènent un abaissement si sensible de température que les nègres grelottent et se couvrent autant qu'ils le peuvent et que les colons de Sainte-Marie de Gambie font allumer des feux dans l'intérieur de leurs maisons. Nous avons souvent éprouvé ce qu'a de pénible ce brusque abaissement de température. Mais, en dehors de ces variations accidentelles, le régime nycthéméral de la chaleur est très>constant dans les pays chauds.
En résumé : 1° élévation considérable de la température moyenne annuelle ; 2° variations nychthémérales ordinaires, peu amples; 3° va-
(1) Dutroulau, De l'endémie dysentérique à Saint-Pierre {Martimque), Reme colon.,
^^?2) A Boîins, nech. sur le climat du Sénégal. Paris, 1875, p. 56.
3 i-ail rect fier ici une erreur que j'ai commise îi ce sujet dans la première édition de cl oii ge p 3 8), erreur due i ce que. possédant peu de renseignements thermométriques, je jugeais cette question par la sensation physiologique qui accuse en effet des différences sensibles entre le jour et la nuit.
'('î Aib'n-Roci"; Ï«;,L?';,™< rf« Enro„éem da,. les pa,j>ck<.«ds (Ann. ^yg. 1" série, 1843, t. XXXI, p. 45).
rialions accidentelles considérables; 4° variations mensuelles peu étendues ; 5° réduction des saisons à deux : l'hivernage et la saison fraîche : telle est, au point de vue de la température, la formule de la climatologie tropicale.
Les climats chauds sont humides; on s'en rend aisément compte en songeant que dans les parties maritimes de cette zone la chaleur active l'évaporation et que l'air ayant une température élévée peut contenir une quantité considérable de vapeur d'eau à l'état invisible. M. A. Borius a établi que dans les mois de juin, juillet et août à Saint-Louis (Sénégal), la quantité absolue de vapeur d'eau est double de ce qu'elle est en France, et qu'à toutes les époques de l'année la tension de la vapeur y égale ou dépasse la tension de la vapeur dans les trois mois les plus chauds de l'année en France. Les pays intertropicaux ont, je viens de le dire, une grande constance thermologique, mais ils ont au contraire une grande inconstance hygrologique. Suivant M. Borius, la tension de la vapeur d'eau au Sénégal peut varier, dans l'année^ de 1™™,78 à 31""",57; et dans le même mois, de l'""',78 à le^^'^^Qâ. C'est ce qui explique le désaccord qui existe entre l'indication thermométrique et l'impression physiologique de chaleur. A degré égal de chaleur, l'humidité exagère l'impression de chaleur, si la température est élevée, en diminuant l'évaporation cutanée, et exagère l'impression de froid, si elle est basse, en augmentant la conductibilité de l'air pour le calorique.
Les pluies y sont abondantes. A Paris, il ne tombe annuellement que 570°"" de pluie, et la moyenne udométrique de la France est de 810™™ (1) ; à la Basse-Terre (Guadeloupe) cette quantité s'élève à 300 centimètres ; à Cayenne, à 3"*, 513 ; à Calcutta il tombe 205 centimètres d'eau, à Bombay 208; à Mathouba cette quantité s'élevait à 714 centimètres, et Cherrapunji, le pays le plus pluvieux du globe, au pied de l'Himalaya, par une altitude de 1250 mètres, reçoit sur son sol, chaque année, 14'",200 de pluie (2). Dans les pays chauds, le régime des pluies y est violent et chaque pluie prenant le caractère torrentiel y atteint des proportions inconnues à celles des climats tempérés ; à Cayenne on a noté une pluie donnant 0'",28 d'eau par heure ; à la Réunion on a constaté 0"',73 d'eau en vingt-sept heures. Mais ces faits sont exceptionnels ; des averses qui donnent 0'",051 comme celle de Saint-Louis, en octobre 1873, ont déjà ce caractère. Dans les climats intertropicaux la pluie, ne tombe guère que dans l'hivernage qui correspond, pour le Sénégal, à juillet, août et septembre; mais dans la zone qui embrasse deux ou
(1) Levasseur, La France et ses colonies. Paris, 1808, p. 3.
(2) Au Sénégal les pluies sont peu abondantes; à Corée, où il pleut beaucoup plus qu'à Saint-Louis, la pluie tombée annuellement est de 5'",327. A Saint-Louis, la quantité d'eau tombée sur le sol est en moyenne de0'",408. En 1863, où la sécheresse a été excessive, il n'y a eu que 0",141 d'eau (A. Borius, loc. cit.). 11 pleut aux Antilles quatre fois plus qu'au Sénégal.
trois degrés sud et deux ou trois degrés nord, les pluies, quoique plus fréquentes dans une saison, s'y montrent avec une certaine permanence : Ce sont alors, comme je l'ai vu au Gabon, des petites pluies de peu de durée alternant avec un soleil radieux. Ce sont ces successions continuelles de chaleurs vives et de pluies qui donnent aux régions de cette zone la végétation qui Its orne, ce sont celles aussi qui favorisent la formation de ces miasmes qui font payer si cher la beauté de ces pays.
En France le nombre moyen des jours de pluie est de 113 ; à Corée il ne pleut que 33 jours par an; à Sainte-Marie de Madagascar il y a 136 jours de pluie; aux Antilles 200 jours; à Alger 95 jours, etc.
La rosée est abondante dans les pays chauds et dans une certaine zone, dite zone sans pluie, qui embrasse le Sahara, l'Arabie, une partie de la Perse, le Thibet, la Mongolie, le centre de la Nouvelle-HoUande, une partie du Chili, le Pérou, la rosée et le brouillard y remplacent les pluies.
L'électricité surabonde dans les pays chauds, et se traduit par des orages qui, dans certains parages, se produisent avec une intensité et une permanence qui ne peuvent manquer d'exercer sur la santé des équipages une influence très-réelle. La distribution géographique des orages indique qu'ils vont en augmentant de fréquence et d'intensité à mesure qu'on se rapproche de l'équateur; à Paris il n'y a que 12 orages par an ; à Smyrne 19 ; à la Martinique 39 ; à Rio-Janeiro 60; à Calcutta 60 (1), au Sénégal 28. Mais il faut tenir plus compte des jours orageux qui tendent les nerfs et fatiguent outre mesure par la saturation électrique et hygrométrique et par la chaleur extrême qui les signalent, que des orages réalisés et qui amènent au moins, à leur suite, une détente plus ou moins longue dans la température. Or, la saison d'hivernage est presque entièrement orageuse. M. A. Borius a compté au Sénégal 87 jours orageux pendant la durée de l'hivernage. Pendant cette saison, à Sainte-Marie de Madagascar, le tonnerre se fait entendre presque tous les jours, principalement le soir; on l'entend gronder au loin pendant l'après-midi ; le soir, au coucher du soleil, il se rapproche de la terre et chaque nuit le ciel est sillonné d'éclairs. Dans le golfe de Biafra, à Fernando-Pô, nous ne passions pas un jour sans orages. Au Sénégal les perturbations électriques de l'atmosphère sont intermittentes, mais elles se manifestent avec une violence inouïe par des ouragans qui ont une marche et une durée régulières, pendant lesquels les vents soufflant avec force et changeant incessamment de direction font habituellement le tour du compas, d'où les noms de tornades ou toniados par •lesquels on les désigne. Il y a des tornades sans orages et des lo:nales sans pluie ou tornades sèches. Les pampères de la Plala se rattachent aussi à des phénomènes de saturation électrique.
(1) Foissac, De l'influence des climats sur l'homme. Paris, 1867.
Telle est la formule générale de la climatologie tropicale : elle peul. être ramenée à ces termes : permanence et intensité de la chaleur ; régime Ihermologique constant ; humidité considérable et régime violent des pluies ; luminosité abondante, saturation électrique de l'atmosphère. Ces données relatives à la physique des climats chauds suffisent, quelque incomplets qu'ils soient, pour faire comprendre Tinfluence qu'ils exercent sur la santé des équipages.
§ 2. — Action physiologique des climats chauds.
Avant que l'Européen se soit indig énisé {^our me servir de l'heureuse •expression de M. Celle)', si tant est qu'il atteigne jamais ce résultat enviable, c'est-k-dire avant que sa santé se soit adaptée au milieu climatérique nouveau sous lequel il est appelé à vivre, des modifications 4ont les unes sont lentes et insensibles, les autres brusques et apparentes, se sont opérées dans son organisme.
Une élévation sensible de la chaleur organique, comme je l'ai indiqué plus haut d'après les observations de John Davy ; une dilatation générale des fluides et des solides que les nouveaux-venus mesurent à l'étroitesse insolite de leur pantalon et de leurs bagues et que Souty a considérée non sans quelque raison comme une cause possible de troubles généraux, de congestions, parfois même d'hémorrhagies (1); une anémie, variable quant au degré, mais s'étendant à toutle monde, et donnant au teint cette pâleur mate qui est l'un des attributs organiques des créoles, anémie qui ouvre la porte à une foule de maladies ou de prédispositions morbides et qui est la conséquence de causes complexes : de la langueur de l'appétit et des aptitudes digestives ; de l'imperfection de l'hématose ne disposant que d'un air raréfié (2); de la séquestration à laquelle on est incité par la chaleur; des déperditions sudorales énormes et peut-être aussi de l'action directe de la chaleur, comme le prouve la pâleur habituelle des gens de la machine ; une augmentalion dans le rhythme du pouls, signalée déjà par Souty et démontrée par les recherches plus récentes de M. J. Crevaux (3); une élévation liabituelle, mais non constante, du rhythme respiratoire ; une soif ardente ; un allanguissement des fonctions digestives accusé par la
II) J. A. Souty, Consïd. sur les maladies des Européens dans les pays chauds. Thèse de Montpellier, 1845, p. 10.
(2) Letellier a démontré que plus on respire dans un air chaud, moins l'exhalation de l'acide carbonique est active {Comptes rendus de fAcad. des se, 1845, t. XX, p. 795). Je crois que l'accélération de la respiration dans les pays chauds est la conséquence de celte imperfection de la dépuration du sang.
(3) Ifnd., p. 10. John Davy avait trouvé, au contraire, que dans les pays chauds, le pouls n avait que GO pulsations en moyenne ; je concluais, comme lui, au ralentissement de cette fonction et j'expliquais les résultats obtenus par Souty h ce qu'il avait compté le pouls sur des anémiques. Le travail consciencieux de M. Crevaux me paraît Juger cette question dans un sens opposé.
diminution de l'appélit, ce balancier du mouvement de réparation nutritive; la lenteur des digestions et la paresse de l'intestin ; une rupture de l'équilibre des sécrétions au détriment des muqueuses qui sont plus sèches, de la salive qui est plus épaisse, de l'urine qui est plu& concentrée, et au profit des sueurs qui deviennent d'une incroyable abondance pour maintenir l'équilibre de la chaleur organique (1) et des sécrétions sébacée et pigmentaire; une surexcitation nerveuse à laquelle concourent l'abondance des excitants calorifique et lumineux, l'appauvrissement du sang, la surcharge électrique de l'atmosphère, telles sont les modifications les plus saillantes que le climat des tropiques imprime aux constitutions européennes.
§ 3. — Influence pathologique des climats chauds.
Les affections des pays chauds peuvent être divisées, eu égard à leurs causes, en deux catégories : 1° maladies climatiques; 2° maladies zymoliques.
I. — Il faut rattacher à l'influence de ces climats : la rareté des inflammations, leur peu de tendance à la suppuration, si ce n'est dans la peau et dans le foie appelés, par le fait du climat, à une grande exagération d'activité physiologique; les allures chroniques qu'elles prennent; leur fond d'asthénie qui obligerait les adeptes de la médecine broussaisienne à de singulières capitulations de système, et qui commande une extrême discrétion dans l'emploi des anliphlogisliques directs, des antiphlogistiques indirects ou hyposthénisants (2) et de la diète, •— la fréquence des bronchites favorisée par l'abondance de la sueur et des occasions incessantes de répercussions sudorales, bronchites plus tenaces qiie celles des pays froids, fournissant aux épines tuberculeuses une provocation redoutable, reposant sur un fond d'anémie et d'éréthisme nerveux et s'accommodant mieux des toniques que des antiphlogisliques et des anlimoniaux (3) ; — l'évolution rapide de la phthisie pulmonaire que l'on avait supposée, sous Tinflaence d'une croyance erronée, redressée victorieusement par M. Jules Rochard, devoir s'arrêter et guérir dans
(1) Suivant A. Guérard, un adulte produisant en moyenne 2,500,000 unités de chaleur par iour en perd les 3/5 par le fait de la double perspiration pulmonaire et cutanée (A. Guérard, Effet des bains et A^in. d'hjg., 184i, t. XXXI, p. 355). On estmic à 720 grammes environ par vingt-quatre heures la quantité d'eau fournie par la sueur. Dans les pays chauds cette quantité est doublée, si ce n'est plus. ^
(2) J'ai vu au Sénégal des hommes d'un riche développement sanguin être anémiés par une seule application de sangsues ou par l'emploi de la Hqueur de van Swielen. Je ne saurais mieux comparer, sous ce rapport, la médecine des pays chauds qu à celle des anciennes salles des condamnés de nos hôpitaux maritimes, et j'ai eu successivement sous les veux les éléments de cette comparaison.
(3) Voy. Fonssagrives, Hist. méd. de la campagne de la frégnle a vapeur 1 Eldorado.
Thèse de Paris, 1853.
les pays inlertropicaux et qui, en réalité, s'en accommode fort mal; la phthisie marche sous nos climats, elle galope sous les climats lorrides (1) ; — la fréquence etla ténacité de ces dyspepsies anémiantes que y hi décrites avec soin, contre lesquelles la médecine des pays chauds a constamment à lutter (2) et qui, après l'usage des vomitifs, nécessite l'inlervention des ferrugineux et du quinquina, — la gastralgie qui, comme maladie principale ou comme complication, joue dans ces climats un rôle considérable, — les diarrhées diverses, mais surtout les diarrhées bilieuses, effet probable d'un accroissement de l'activité sécrétoire du foie, et peut-être aussi d'un changement survenu autant dans les propriétés que dans l'abandance de la bile que cette glande verse dans l'intestin, — des constipations d'une ténacité souvent incroyable et que Texagéralion de la sueur, aussi bien que les conditions de la vie [nautique, conspirent à faire naître (3) ; — la fréquence des névroses dues à la fois à l'appauvrissement du sang et à la surexcitation nerveuse ; — différentes maladies dont nous aurons occasion d'étudier les causes, telles que l'insolation, la calenture (?), la méningite de cause extérieure, etc.^ enfin diverses éruptions telles que le lichen tropicus ou bourbouilles, le prurigo, le pemphigus, les angioleucites superficielles, l'ecthyma, lesabcès sous-cutanés, l'éczema, les furoncles, les herpès, etc., dus au surcroît de vitalité que présente dans les pays chauds l'enveloppe légumentaire chargée d'une sécrétion sudorale abondante et stimulée incessamment par l'action d'une chaleur élevée et d'une lumière vive, etc., telles sont les maladies imputables aux infiuences climatiques.
II. — Les maladies zymotiques dans les pays chauds ne procèdent pas directement du climat, mais elles en dépendent par ces trois raisons : 1° que la fougue de vie végétale et animale qui se constate dans cette zone n'existerait pas sans la chaleur, la lumière, l'hmidité et l'électri-cité qui y surabondent; 2° que la production de miasmes putrides est
(1) J. Rochard, Infl. de la nuvig. et des pays chauds sur la marche de la phthisie {Mém. de l'Acad. imp. de méd. Paris, 1856, t. XX, p. 75). L'Académie en couronnant ce remarquable travail a donné son adhésion aux propositions qui le résument. Je demande, en ce qui me concerne, à. établir quelques réserves, relativement à l'influence delà navigation libre et confortable, du yachting, qui peut être aussi favorable daiis des cas cliniquernent déter7)dnés que la navigation des navires de guerre est dangereuse pour les phthisiques, ou pour ceux prédisposés à le devenir. Quant à l'influence du climat intertropical, mon opinion est en tout conforme à celle de M. J. Rochard (Fonssagrives, Lettre à M. A. Lalour relativement à Vinfl. des climats chauds. Union médicale, 19 mars 1857, P, 137. — Thérapeutique de la phthisie pulmonaire. Paris, 1809).
(2) J'ai fait ressortir l'élément nerveux qui est le fond de ces dyspepsies comme il est celui des bronchites des pays chauds, et j'ai avancé que cette névrose des plexus viscéraux survenant à la suite de l'irritation prolongée de la muqueuse où les branches se distribuent est presque constant dans la pathologie de cette zone et a une immense portée thérapeutique (Voy. Hyy. nau., V édition, 185(!, p. 388).
(3) « Magna alvi adstrictione laborant quicumque maria peragrant » (Ramazzini, De morbîs ardficum diatritjâ, p. '28(j). .
S38 LA MER, Lk NAVIGATION ET LES CAMPAGNES.
favorisée par les mêmes conditions ; 3° que l'appauvrissement de l'économie par l'action des chaleurs tropicales la laisse désarmée contre l'influence de ces poisons organiques.
L'infection palustre domine, on peut le dire, toute l'hygiène et toute la pathologie des pays chauds, et les maladies même qui n'en dérivent pas en accusent l'empreinte par leurs modalités de forme comme par leurs besoins thérapeutiques. L'homme de mer puise cet infectieux lymnéen à deux sources :1e foyer lellurique, le foyer nautique. Ce dernier est sans doute bien restreint comme étendue et comme intensité d'action, mais je le dirai bientôt, il serait dangereux de ne pas compter avec lui. Quant au premier, la fréquentation des rades palustres, la navigation dans les rivières ou le long des côtes, les expéditions mixtes sur le littoral ou dans l'intérieur, soumettent les équipages à leur action, et cette partie de leur hygiène préservatrice appelle, par suite, la plus persévérante attention.
L'influence combinée d'une température brûlante, d'une radiation lumineuse vive, d'une grande humidité et d'une surcharge électrique de l'air impriment à la végétation des tropiques une activité inouïe, et il est d'observation que là où la vie végétale se développe avec une fougue de séve que le génie humain ne maîtrise pas, là aussi l'homme ne peut que disputer misérablement sa vie à des influences morbifiques puissantes. La décomposition incessante des matières organiques est leur source la plus active : des myriades de plantes croissent à l'ombre d'arbres séculaires, végètent, meurent et enrichissent de leurs cadavres un humus vierge auquel l'agriculture ne demande rien et qui nourrit et abrite une quantité prodigieuse d'animaux inférieurs dont les débris deviendront eux-mêmes une source d'émanations infectieuses. L'humidité considérable versée dans l'air par les forêts des tropiques ; l'obstacle qu'elles opposent à la circulation de l'air et à la pénétration de la lumière, en font d'immenses laboratoires de décompositions putrides que les vents ne peuvent traverser sans acquérir des propriétés délétères. Mais ce sont surtout les marigots, ces dérivations pélagiennes que des apports sédimenleuxont peu à peu isolés de la mer et qui ne lui ont laissé avec elle qu'une communication insufflsante, qui reproduisent, sous des proportions gigantesques, l'état d'une partie du littoral de la Méditerranée (1), dans lesquels s'opère ce mélange si funeste d'eau douce et d'eau salée, surfaces immenses, bordées de raangliers fébrigènes et abritant dans leur sein, sous une couche d'eau que le soleil échauffe, des détritus de nombreuses générations végétales et animales, qui exercent sur l'insalubrité des pays chauds l'influence la plus redoutable. Les deltas des fleuves à dépôts limoneux, ces berceaux fangeux du choléra, de la fièvre jaune
(l) Reey et Dellon, Assainissement du Hltornl médit errar.éen du département de PHéra Jt. Rapport au Conseil général. Montpellier, 1868. - Fonssagrives, hlude hygiénique sur les marais [Ann. criajg. puhl.y V série, t. XXXII, 1869, p. G/).
LES CAMPAGNES. b39
et de la peste, sont surtout, et en permanence, des foyers de paludisme, et la science sait, en particulier, ce que lui ont coûté de vies précieuses ces bouches méphitiques du Niger oh tant de voyageurs emportés par la noble passion des découvertes ont trouvé dans le poison des marais un obstacle jugé insurmontable, mais que les progrès de l'hygiène préservatrice lèveront sans doute .unjour.
Partout oh une matière organique se putréfie, qu'elle procède d'une plante ou d'un animal, un germe infectieux prend naissance. L'habitant des marais, le bûcheron, le fossoyeur qui met à nue des couches de terre végétale (Lind), le paysan qui entr'ouvre la terre pour l'ensemencer, l'ouvrier qui exploite une tourbière, sont exposés à l'action de ces miasmes qu'on a confondus sous le nom générique de miasmes paludéens et que j'ai proposé il y a vingt ans de distinguer en deux catégories : 1° les miasmes qui proviennent des substances végétales et produisent l'infection phyto- hémique ; 2° ceux qui proviennent des détritus animaux et produisent l'infection nécro-hémique . Ces deux sortes de miasmes sont inséparables et procèdent du même foyer local, mais leurs productions morbides sont, j'en suis convaincu, parfaitement distinctes. On n'est tenté d'attribuer à ce miasme des marais que la seule production des pyrexies paludéennes, et de le considérer comme un et toujours identique à lui-même. Eh bien ! ce point de vue me paraît essentiellement faux : les miasmes marécageux sont complexes de leur nature ; ce sont des molécules cadavériques végétales et animales à la fois, empruntées aux espèces les plus variées; rien ne dit qu'elles aient les mêmes propriétés pathogéniques, et l'on conçoit très-bien, au contraire, que des maladies de nature variée puissent être le résultat de leur absorption. Un marais alimenté principalement par des substances animales n'aura pas les mêmes propriétés infectieuses que celui où des matières végétales se putréfient seules. Il y a plus, on ne saurait évidemment affirmer que les infectieux qui procèdent de la putréfaction de deux espèces végétales ou animales différentes sont identiquement les mêmes. Ce point de vue éclaire singulièrement la pathologie des pays chauds ; il trace nettement au moins le domaine étiologique des maladies paludéennes et de la dysentérie coloniale.
11 sérail superflu de démontrer l'origine infectieuse des fièvres paludéennes. On les voit naître dans le voisinage des marais, mais surtout dans ceux qui, mélangés d'eau douce et d'eau de mer, tuent à la fois les végétaux et les animaux d'eau douce et d'eau salée qui s'y développent et s'engraissent de leurs débris; près des routoirs; à bord des navires humides; sur le littoral de la mer; le long des rivières ; sur le bord des lacs, etc. ; partout, en un mot, où des détritus végétaux sont exposés, sous l'action du soleil, à l'influence alternative de l'eau et de l'air libre Leurs différences de type, de forme, de gravité, dépendent- elles de l'espèce végétale d'où procède le miasme fébrigène et qui a son cadavre spécial?
biO LA MER, LA NAVIGATION ET LES CAMPAGNES^
On peut ne pas adniellre celle hypolhèse; on ne saurail dire qu'elle blesse ni la vraisemblance ni l'analogie. Dix personnes se promènenl sur le bord d'un marais ; qualre sontimpaludées : l'une conlracle une Dèvre quolidienne, celle-ci une fièvre quarle , celle aulre une fièvre double tierce, celle dernière une pernicieuse cholérique. Dira-l-on que toules les quatre onl absorbé le même poison dont les effets n'ont emprunté leurs Formes diverses qu'aux conditions du terrain organique dans lequel il est tombé ? N'est-il pas plus probable que chacune a, dans ce foyer commun, pris des miasmes qui n'étant pas de nature identique ont, comme le dit la Genèse, produit chacun leur fruit différent, « faciens fructum juxtagems suum?» Le poison paludéen est-il introduit journellement dans l'économie, peu à peu et à doses altérantes, si je puis m'exprimer ainsi, il n'engendre pas de pyrexies; il produit cette cachexie palustre qui se manifeste si souvent dans les pays chauds soit d'emblée, soit à la suite de quelques accès insignifiants et qui, dans les hautes latitudes, n'auraient laissé dans la santé qu'une trace insignifiante, et l'on voit se reproduire. Irait pour trait, cet admirable portrait des impaludés du Phase tracé de main de maître par Hippocrate il y a vingt-deux siècles. Est-il pris à dose plus élevée, on voit se dérouler cette chaîne d'accès de types, de formes, de gravités diverses qui forment le fond de la pathologie des pays chauds; ces fièvres larvées ou névralgies paludéennes ; toute cette lignée, en un mot, de maladies qui, de même que les filles de Niobé, conservent, sous une ressemblance d'origine, la diversité de leur physionomie propre. Le miasme qui produit cette scène morbide si variée estil toujours le même ? Je n'en crois rien.
Quant à la dysenlérie coloniale, celle cruelle afi-ection qui exerce des ravages lents et continus, auxquels les désastres brusques mais passagers du choléra et de la fièvre jaune ne sauraient certainement être comparés, nous croyons sans doute qu'elle est infectieuse, mais que le miasme qui la produit ne procède plus de la putréfaction végétale, mais bien de la décomposition des matières animales, qui se putréfient dans les marais des pays chauds. La vie est un réactif délicat et qui dissocie des éléments que l'analyse est inhabile à séparer. Il serait superflu de rappeler les cas où la dysenlérie épidémique est née d'un foyer apparent de putréfaction animale : les ouvrages en fourmillent : ici c'est un champ de bataille ; là, une industrie maniant des matières organiques ; un cimetière mal disposé, etc. Le fait rapporté par Collas et observé par lui à bord de la Triomphante est loin d'être isolé (1). Le miasme dysentérique. comme l'appelait Kreysig, peut, pour produire la par deux vo^es : par l'air, par les aliments. M. Léon Colin a ^'éc^n^^n nt défendu cette opinion que l'ingestion des eaux marécageuses, inhabi e à produire l'empoisonnement palustre, était au conlra.re une cause très-
(1) Collas, îoc. cit.
habituelle de dysenlérie (1). J'admets ce dernier fait, démontré qu'il est par des exemples nombreux, empruntés à la pratique des médecins de l'armée et de la marine, mais je ne voudrais pas qu'incriminant l'eau des marais comme cause de dysentérie, on innocentât l'air de ces marais qui peut aussi faire pénétrer par la respiration le poison dysentérique comme il y fait pénétrer le germe des pyrexies paludéennes. Si l'on se rappelle que l'intestin est la voie d'élimination que recherchent de préférence les matières putrides d'origine animale (la diarrhée d'amphithéâtre chez les étudiants non habitués à cette atmosphère se produit de cette façon), on sera plus disposé encore à voir dans la dysentérie (2) des pays chauds paludéens le résultat de l'absorption de la partie animale du miasme complexe qui se dégage des marais. La fièvre pernicieuse dysentérique me semble être le type de l'action simultanée des deux éléments de ce miasme.
Je devais insister sur ce point parce qu'il me paraît être la clef de la pathologie des pays chauds, partagée aussi, dans ce qu'elle a de 'général, en maladies climatiques et en maladies infectieuses, celles-ci étant subdivisées à leur tour en maladies produites par l'infection phijto-hémique et en maladies produites par l'infection nécro-hémique.
§ 4. — Hygiène des campagnes dans les pays chauds.
L'hygiène des équipages des navires stationnés dans les pays chauds doit se proposer les fins suivantes : 1° résister à la chaleur; 2° résister aux miasmes infectieux ; 3° atténuer Tinfluence des vicissitudes climalériques. Le but de l'ensemble des moyens qui se rangent sous ces rubriques diverses est la conquête d'une assuétude, au moins relative.
^ L Résistance à la chaleur. — Les moyens propres à atténuer l'impression de la chaleur des pays torrides sont tirés : 1° de la nature des vêtements ; S-» du genre de nourriture ; 3" du renouvellement et de la réfrigération de l'air; 4" d'un bon gouvernement de l'activité physique ; 5° de l'emploi des ablutions froides et des bains froids.
1° Vêtements, — La liberté et l'ampleur des vêtements ; une disposition telle de ceux-ci qu'un bain d'air isole les diverses couches vestimentaires les unes des autres et, grâce à son action isolante, prévienne la pénétration du calorique extérieur ; de la laine sur la peau (3) pour
(1) Léon Colin, De l'ingestion des eaux marécageuses comme cause de la dysentérie et des fièvres intermiUenies {A?in. d'Injg., 2" série," 1872, t. XXXVIII, p. 241). (2) Je n'ai pas besoin de dire que je sépare complètement cette dysentérie maladie infectieuse, du catarrhe du gros intestin, de la colite simple qui est une maladie nro duite par la seule influence des variations de la température. Il y a entre ces deux maladies une distance égale h celle qui sépare la dotliiénentérie de l'entérite vilieuse
-^^^ "''^.°'?''* "^'^«««ité de la flanelle pour les matelots (liv. I", cl.ap. I. p 207 et j ai renouvelé le vœu formulé déjà par Pingeron, il y a cent ans, de voir des gilets de flanelle entrer dans la composition réglementaire du sac
absorber la sueur et prévenir ces répercussions si communes dans les pays chauds; et par-dessus des vêtements légers de fil ou de coton, avec cette restriction que les pantalons de drap doivent être portés la nuit ou dès que la température se rafraîchit sensiblement ; le choix, de préférence, de la couleur blanche qui réfléchit davantage la chaleur, appelle moins la rosée et qui enfin, suivant les recherches de M. James Slaik, absorbant moins les odeurs aurait la propriété (encore à démontrer) de s'imprégner moins facilement des miasmes (1), telles sont les particularités les plus saillantes de l'hygiène vestimentaire dans les pays chauds. J'ajouterai que la chaussure doit être large pour éviter les compressions douloureuses que produit le gonflement du pied et les excoriations qui en sont la suite, et que les officiers doivent éviter les chaussures en cuir verni qui s'échauff"ent sous le soleil et peuvent produire des brûtures véritables. J'ai parlé déjà de la coiffure des matelots en vue des nécessités de la vie coloniale. Les straw-hats des officiers, qu'ils les empruntent à notre chapellerie ou à la paille élégante de Panama [Carludovica palmata) doivent, par leur légèreté, l'ampleur de leurs ailes, l'élévation de leur cuve munie de ventouses, l'addition d'enveloppes blanches et de couvre-nuques, s'inspirer des nécessités des climats torrides. L'interposition d'un mouchoir humide ou, suivant le conseil de Tissot, de feuilles fraîches entre le fond du chapeau et la tête, est une bonne précaution qui ne fait, en rien, courir le risque de l'alopécie, quoi qu'on en ait dit, et qui n'aurait d'inconvénients que chez les personnes dont le crâne est découvert et qui sont en butte aux douleurs d'un rhumatisme épicrânien.
Le parasol, cette tente mobile, est dans les pays chauds une nécessité, et les offlciers qui vont à terre en dehors des obligations de service devraient toujours en être munis. M. Maher a exprimé le regret que l'étiquette en défendît l'usage dans la tenue de service. Les matelots ne pouvant en bénéficier, il est juste que les officiers en soient privés aussi. C'est une raison seulement pour n'exposer les équipages a l'action d'un soleil ardent que quand le service l'exige d'une manière impérieuse .
2° Renouvellement et réfrigération de l'air. — La ventilation qui est, sous tous les climats, une condition de santé, devient, dans la navigation des pays chauds, une nécessité absolue de bien-être, et si les navires étaient ventilés, on ne verrait plus se reproduire ces accidents qui signalent souvent la traversée de la mer Rouge et que M. Texier entre autres, a décrits dans son travail (2). Lepanka, sorte de grand éventail constitué par un cadre en bois de 2 mètres de long sur 1 mètre de large,
(1) James-Stark, De l'influence de la couleur sur le calorique et les odeurs {Ann.
''Î^fTe^xLr'tiS?;.::;!!^^ subite dans la mer Rouye en juillet im,
Thèse de Montpellier, 18G6,
LES CAMPAGNES. rjr^3
tendu de toile ou de coton, suspendu au plafond par des cordes et que l'on meut à la main ou en l'enchaînant au mouvement de la machine rend sans doute des services dans ces conditions, mais ses effets sont trop limités.
Quant à la réfrigération de l'air intérieur des navires, elle s'obtient par l'arrosage des ponts, mais cette mesure, prescrite dans l'intérêt de la conservation matérielle du navire comme dans celui du bien-être de l'équipage, fait payer la fraîcheur par l'humidité. Il est certainement permis d'affirmer que les moyens de préparer de la glace se perfectionnant et devenant plus économiques, on en arrivera à rafraîchir l'air poussé par des tarares en lui faisant traverser de l'eau à une température de 8 à 10° c. Je suis étonné que les paquebots de l'Inde, si intéressés à donner du bien-être à leurs passagers, n'aient pas encore inauguré ce progrès.
3° Abîmions et bains froids. — Les ablutions sont le pivot de la tolérance pour la chaleur sous les tropiques, et les médecins navigants feront bien d'en inaugurer les pratiques pour leurs équipages, et sauf bien entendu les exceptions commandées par certaines conditions de la santé. Les officiers savent le parti qu'ils en tirent, pourquoi les équipages n'auraient-ils pas aussi le bénéfice d'une pratique aussi simple, aussi facile à réaliser? J^ai indiqué plus haut l'utilité d'installer à bord un ou deux cabinets à jets d'eau pour irrigations; une pompe mue à bras suffirait à faire arriver l'eau à la partie supérieure et elle s'écoulerait ensuite a la mer. Avec deux cabinets-armoires de ce genre on soumettrait m hommes, par heure, à ces irrigations. M. Faucherand a démontré que les ablutions froides pratiquées le soir constituent le meilleur moyen de combattre l'insomnie, si commune dans les pays chauds (1) et M. Bestion. à bord de la Décidée, dans le Para, attribuant la même utilité à cette pratique, y soumettait tous les soirs son équipage et s'en trouvait très-bien (2). A défaut d'une installation plus confortable on pourrait au moins, sur les navires, embarquer un certain nombre de grosses éponges affectées à cet usage des ablutions.
La pratique des ablutions ne contre-indique ni ne remplace celle des hains Iroids. C'est un moyen de soustraire à l'économie, accablée par une chaleur surabondante, une quantité considérable de calorique f3). La baignade est de règle dans les pays chauds, que les équipages s'v livrent sur le bord de la mer, ou dans des bonnettes basses disposées le
rn!L^T-''^'^'^ut' ^T' '' "'^"'^^ habitudes des indigènes de la basse
£Zt7;Jt''" cle Montpellier, 1863, p. 31. Les Annamites sf serven pou ce foZ^ LZ Z^orl^^^^^^^ '^'""^ ^"'!^ remplissent d'eau et avec lequel ils se
(2) Bourël Ron ^re ,r ^,^777"^"*.'?"^"^ P''*'''^"^ bien. 3) A rnî , {Arc/i. de méd. 7iav., 1872, t. XVII, p. 122)
perd 10 000 unLVde cl^^^^^^^^ cl'un adulte immergé dans 160 litres" d'eau à 1 S»
qui n'est pas que fe c1^r„rhnî„ ?r ''^''^■^^^ ""^^^^^ admettant (ce
(auérard,ur;;:. 7!i:z:z:^^^z:^i t^;:^
long du navire, dans les parages à requins ou à courants rapides. M. Celle blâme les bains froids le soir, cette interdiction ne me parait en rien justifiée; j'y vois l'avantage, au contraire, de préparer un meilleur sommeil. Les bains doivent d'ailleurs, surtout quand on ne nage pas, être très-courts et consister dans de simples immersions. On a accusé les bains froids pris par un temps d'orage de provoquer des accès de fièvre intermittente; je n'ai rien vu de semblable et je crois qu'on a confondu des recbules avec une première atteinte. Cependant il ne répugne pas de croire que, dans les rivières intertropicales, la saturation électrique de l'air peut rendre plus active la décomposition putride des substances organiques qui fourniraient alors à l'absorption pulmonaire et cutanée des miasmes plus abondants. Jusqu'à ce que ce fait ait été bien observé, il sera prudent de cboisir de préférence pour les baignades les jours exempts d'orages.
Une question plus importante est de savoir si les bains froids sont contre-indiqués quand le corps est couvert de bourbouilles, et nous profiterons de cette occasion pour dire quelques mots de celle maussade éruption qui constitue un supplice véritable pour les Européens que la navigation conduit dans les pays chauds.
Cette éruption, tantôt simplement papuleuse, tantôt vésico-papuleuse, naît sous l'influence de la chaleur humide et devient d'autant plus confluente et plus générale que les sueurs sont plus copieuses ; étendu, d'ordinaire, à toutes les régions du corps, le lichen tropicus affecte de préférence les poignets, les aisselles, le devant de la poitrine, la partie interne des cuisses ; ses papules, isolées au début, se réunissent bientôt et forment, par leur agglomération, de larges plaques érythémateuses, saillantes, qui sont le siège d'un prurit incommode, peuventdevenir humides et sécréter à la manière des eczémas. La mobilité des bourbouilles est leur caractère le plus saillant : elles disparaissent et reviennent avec une très-grande rapidité, au gré des modifications atmosphériques et sans que leur rétrocession s'accompagne d'accidents. Leur abondance est en rapport avec la quantité des boissons ingérées ; un verre d'eau suffit quelquefois pour ramener cette sensation inopportune de picotement et de chaleur qui indique une poussée.
Suivant Bienvenue, chirurgien-major de la frégate P Aréthuse, une température de 26° c. est la limite où se manifestent les bourbouilles; audessous elles disparaissent (1). Ce fait serait intéressant à vérifier. La constance de la chaleur paraît être une condition de bourbouilles. La température dans le midi de la France atteint souvent 30° cent, les bourbouilles y sont relativement rares.
Celle éruption a été considérée comme salutaire et on lui a attaché, bien à tort, des idées de dépuration. Fleury ayant remarqué qu'à bord
(1) Bienvenue, Rapp. sur la camp, de /'Aréthuse, 1819-1820 (Collect. de Brest).
de la Zélée, à une époque où tout le monde était couvert de bourbouilies, ce bâtiment avaitpu séjourner impunément dans un foyer cholérique, attribua à l'éruption cette immunité (1). Le respect des bourbouilles et la crainte de leur répercussion, inspirés par des analogies éloignées avec la rougeole, la scarlatine, la miliaire, etc., sont des préjugés qu'il importe de combattre. Rouppe avait déjà démontré l'inanité de ces craintes que Lind et Duhamel, cédant à des préoccupations théoriques, ont manifestées à l'endroit des bains froids. L'expérience a prononcé sur ce point. Fleury cite un cas où des bourbouilles confluentes ayant déterminé chez un officier une véritable suppuration de tout un bras, des lotions avec l'eau ferrugineuse du fond des caisses tarit promptement celte sécrétion au grand avantage du malade. Outre la gêne extrême que détermine cette éruption, l'agitation nerveuse et la perte de sommeil qui résultent d'un prurit incessant, les bourbouilles peuvent suppurer dans les points où la peau est en contact avec elle-même, y produire de véritables intertrigos et devenir ainsi la cause d'une incommodité persistante, il faut y remédier avant que les choses en soient arrivées à ce point. Les bains froids, les ablutions froides et la discrétion dans l'usage des boissons sont les meilleurs moyens h leur opposer. Nous les avons employés sur nous-même, nous les avons conseillés souvent et sans jamais voir le moindre inconvénient résulter de leur emploi.
4° Boissons. — La soif, que de Haën'appelait a celle croix des malheureux malades {illa crux miserorum segrotorum), » n'est pas une moindre croix pour les Européens dans les pays chauds. « Le meilleur moyen d^étancher sa soif dans les pays chauds est de ne pas boire entre ses repas. Je maintiens la parfaite justesse de cette proposition sous l'apparence paradoxale qu'elle revêt. Quand on boit, on transpire; quand on transpire, on devient anémique ; quand on est anémique, on est la proie de toutes les endémies tropicales; il y a là une génération d'effets de plus en plus graves qui procèdent d'un fait en apparence insignifiant. C'est le clou du fer à cheval dont parle Franklin. L'anémie entre d'ailleurs par une autre porte : celle de l'affaiblissement de l'appétit et des aptitudes digestives qui se produit sous la même influence. Je n'hésite pas à affirmer (et je voudrais bien qu'on se le persuadât) que l'extrême sobriété dans l'usage des boissons, des boissons aqueuses comme des autres, est la clef de l'acclimatement dans les pays chauds. J'ai expérimenté par moi-même combien celle habitude était efficace, et combien, en même temps, il était peu laborieux de l'acquérir. La soif s'accroît, en effet, par les concessions qu'on lui fait, « elle vient en buvant; » on ne gagne donc rien de ce côté et on perd tout du côté de la sécurité. L'ivrognerie de l'eau n'est pas la moins redoutable; celle des acides, je le dirai bientôt, a
(1) Fleury, loc. cit.
FossAG RIVES, Hyg. nav.
S4e LA MER, LA NAVIGATION ET LES CAMPAGNES.
aussi ses dangers; l'eau mineuse, le café très-étendu et la bière sont^ dans les pays chauds, les boissons les plus inoffensives et les plus désaltérantes. Je signalerai surtout la dernière, qui étanche la soif, nourrit et excite par son amarescence l'appétit qui est toujours languissant dans les pays chauds ; augmentant les urines, elle a d'ailleurs, par«e fait, l'avantage de ne pas pousser aux sueurs comme fait l'eau qui transforme presque instantanément le corps en une sorte d'alcarazas (1). Le thé froid, très-léger et peu sucré, est aussi une excellente boisson dansles pays chauds. Quant aux spiritueux, pas n'est besoin d'en démontrer les dangers. Les vins austères de bonne qualité, c'est-à-dire les vins de Bordeaux surtout, sont, au contraire, parfaitement adaptés aux besoins de la vie créole.
Boire froid, ou tout au moins frais, dans les pays chauds, est une nécessité de la vie. Les navires à passagers ont des glacières; beaucoup de navires de l'État embarquent maintenant pour le service des malades et pour celui des tables des appareils à fabriquer de la glace. Les Anglais ont tiré de ces appareils, dont l'usage ira se généralisant de plus en plus, un excellent parti dans leurs, expéditions d'Abyssinie et des Aschantis. Mais il y a une mesure dans cet usage des boissons froides qui sont moins inoffensives dans les pays torrides qu'elles ne le sont sous nos chmats tempérés. Guérard a publié un excellent travail sur les accidents qui peuvent succéder à l'ingestion des boissons froides quand le corps ruisselle de sueur. Il démontre que des lésions fonctionnelles du système nerveux pouvant aller de simples troubles passagers jusqu'à une sidération (2) véritable ; des vomissements incoercibles ; des accidents cholérifôrmes (3) ; une péritonite aiguë, une ascile brusque, des hémoptysies, des pleurésies (4), des pneumonies, etc., peuvent être la conséquence de l'usage des boissons froides dans ces conditions. L'eau très-fraîche, à 10 ou 12° par exemple, est plus dangereuse que l'eau à 0°, sans doute parce qu'on la boit plus rapidement et que son action est plus brusque. La précaution de boire à petites gorgées (5), l'usage du chalumeau, de la bombilla dont on se sert dans l'A-
(1) Cette expression imagée est do Tavei nier qui comparait le corps, dans ces cas, \
une véritable gargoulette. , , . , , , •
f2) J'ai expliqué ces accidents de sidération par une anesthésic du plexus solaire sous l'influence du froid qui s'exerce sur eux à travers la face postérieure de l'estomac.
m M Bienvenue, chirurgien-major de VAréUmse, a observé en 1819 des accidents cholérifôrmes chez un oflicier qui, après une longue course, avait bu deux verres d eau glacée (Antilles, 1819-1820, Collect. de Brest). r -
^ (4) J'ai vu un jeune homme qui, buvant au milieu de l'été un grand verre d eau frappée, fut pris instantanément d'une violente douleur au côté droit. C était le début d une
^'ÎsTm! Celle a fait cette remarque intéressante que, dans les pays chauds, les animaux nui boivent en lappant comme le chien ne sont jamais incommodés par l eau fraîche, îàndis nue ceux qui boivent en humant, comme le bœuf, le cheval et le mulet, contractent souvent, dans ces conditions, des maladies de la poitrine et du ventre.
mérique du Sud pour prendre le maté, sont des moyens des conjurer ces accidents (1).
Quant aux aliments, quand j'aurai indiqué l'appétence instinctive qui, dans les pays chauds, porte de préférence vers une nourriture végétale et vers les condiments de haut goût, et que j'aurai signalé l'opportunité de la suivre, dans une certaine mesure, j'aurai dit à peu près ce qu'il est essentiel de savoir sur cette partie de l'hygiène des navs chauds. ^
Exercice, sieste et sommeil. ~ Dans les pays chauds, on est excité au repos par l'énervement que détermine la chaleur, et la nonchalance proverbiale des créoles est la conséquence de cette inactivité qui de besoin, devient à la longue habitude. Il faut y résister de son mieux, et le capitame d'un navire peut, par un choix judicieux des heures où'se font les travaux du bord et le batelage, donner à ses malelotsle bénéfice d une activité qui est un puissant moyen d'hygiène, et en l'alFranchissant de tout péril.
M. Bourel-Roncière a traité d'une manière très-judicieuse et trèspratique, cette question de la suppression de stravaux maritimes pendant les heures chaudes de la journée.
« En toute saison, dit-il, sauf peut-être dans les deux ou trois mois les plus frais et lorsque l'état sanitaire du pays n'indique rien de suspect, Il y aura heu de suspendre pendant la partie chaude de la journée tous les travaux de force, les exercice des voiles et les travaux de mâture sous l'ardeur du soleil. Sur les frégates espagnoles qui ont stationné en même temps que nous sur cette rade (2), les exercices de voiles avaient lieu à 6 heures du matin et n'étaient pas repris dans la journée. On se rend trop esclaves, sur nos navires, de règlements appropriés à nos climats tempérés et qui deviennent inapplicables sous les latitudes chaudes. Les hommes affectés aux travaux de l'extérieur : ratiers peintres calfats, etc., ne seront pas envoyés le long du bord, passé 8 heures du matin ; on aura soin de les faire travailler du côté de l'ombre ce qui est toujours facile en raison des évitages réguliers du navire sur'les rades de Rio et de Baia; de défendre aux patrons de séjourner en plein soleil dans leurs canots pendus en abord où ils se réfugient ordinairement pour échapper, autant que possible, à la surveillance du capitaine d'armes ; de ne pas laisser sans tentes les canots amarrés sur les tangons- de n envoyer les canots au sable que de grand matin et de les faire rentrer pour 8 heures au plus tard ; à Montevideo, en été, plusieurs cas d'érvttieme suite d'insolation du tronc, se sont produits parmi les canotiers envoyés au sable sous le Gerro. On devra éviter les corvées de chaloune sous le soleil et les faire exécuter par le grand canot à vapeur si le naviL
(2) Kio-Janeiro. ' ^
en a un ; enfin la tenue doit s'adapter aux circonstances de la saison et
du pays(l). »
La sieste est, dans les pays chauds, un moyen excellent de rafraîchissement et de restauration des forces et je m'y arrêterai un instant.
L'étymologie du mot sieste {siesta, repos) indique l'origine castillane de l'habitude à laquelle il s'applique. C'est le sommeil diurne et généralement périodique des pays chauds. Dans les climats tempérés ou froids, le sommeil de la nuit suffit à la réparation des forces; dans les pays lorrides, au contraire, où la vie ne commence, en quelque sorte, pour l'Européen, qu'après le coucher du soleil, les quelques heures qu'il consacre au repos de la nuit seraient inhabiles à réparer les pertes considérables que l'action de la chaleur impose à l'organisme, et le sommeil de la journée, la sieste, devient un besoin impérieux; elle est comme un aveu de l'impuissance des organisations européennes à lutter contre ce climat énervant : aussi son usage dans les pays chauds est-il très-général.
Ce n'est pas que cette habitude n'ait ses détracteurs, et beaucoup de médecins la considèrent comme propre à faire naître des accidents variés, et notamment à entraver la marche régulière des digestions, quand on s'y livre aussitôt après le repas. M. Celle (2), entre autres, croit que si \3i sieste est salutaire dans les pays chauds et secs, elle devient une habitude fâcheuse dans les pays chauds et humides. Nous croyons, pour notre compte, et pour l'avoir souvent éprouvée, à l'influence bienfaisante d'une sieste de peu de durée. Elle est, du reste, fort en usage à bord de la plupart des navires qui stationnent entre les tropiques, surtout dans les campagnes où la rareté des distractions invite à ne pas lutter contre le besoin du sommeil. L'officier. s'y livre itendu sur sa couchette ou sur le canapé du carré, le matelot choisit un poste à canon, et les uns et les autres goûtent les douceurs de la méridienne jusqu à ce que les exigences du service viennent leur en indiquer le terme.
On a reproché à la sieste : 1" d'énerver et de maintenir dans une sorte de torpeur physique et intellectuelle ; 2° de s'opposer à la perfection du travail digestif; 3° de compromettre, au profit d'un repos factice, le repos naturel et réparateur du sommeil nocturne ; 4" de constituer une habitude qu'on ne peut plus interrompre sans malaise. Voyons ce qu U faut penser de ces inconvénients.
Quand on n'est pas encore rompu aux habitudes des P^^ ^^'^^f S' premières séances de sieste jettent, il est vrai, dans un élat de ma aise caractérisé par de la pesanteur de tête, un fonctionnement in e ctue difficile de l'anorexie, etc., malaise tout à fait analogue à celui que t!o^, dans nos climits, un sommeil prolongé ,au delà de son terme
pays chauds.
(2) Celle, op. cit., p. 267.
habituel ; mais celle initiation est courte, et quelques jours ne se sont pas écoulés que la sieste a perdu ses inconvénients et a développé tous ses avantages. Quand elle laisse après elle de la fatigue et de la torpeur au lieu d'une sensation délicieuse de calme et de rénovation corporelle et mentale, c'est qu'elle a été faite en temps inopportun, ou que sa durée a été trop longue.
L'opinion qui considère la méridienne comme une entrave à la digestion n'est pas plus fondée; la plupart des animaux tombent, après leur repas, dans un état de torpeur digestive, et leur estomac n'en digère pas moins des aliments parfois très-réfractaires ; les enfants qui se livrent au sommeil aussitôt après le repas du soir, tant dans nos maisons que dans les collèges, les paysans qui passent de la table au lit, n'en mènent pas moins à bonne fin leurs digestions. La sieste, il faut bien le remarquer, ne ressemble qu'en apparence au sommeil proprement dit ; si celui-ci éteint l'activité cérébrale au point même d'exclure souvent ces opérations mentales avortées qui constituent les rêves, la sieste, au contraire, ne fait en quelque sorte qu'émousser la vie sensorielle et cérébrale, et, pour peu qu'on en ait l'habitude, on en arrive à ne pas perdre complètement conscience de son être, et à conserver la connaissance de l'état d'anéantissement délicieux dans lequel on est plongé. La sieste est une diminution de la vie cérébrale, le sommeil en est l'anéantissement temporaire. Dans l'une et dans l'autre, les rouages de la vie organique, au lieu de s'arrêter, semblent prendre au contraire une activité insolite, et les opérations qu'ils exécutent sont plutôt activées qu'elles ne sont suspendues.
Quant à la crainte devoir la sieste compromettre l'intégrité du sommeil normal de la nuit, elle ne serait fondée que si l'on prolongeait sa méridienne au delà d'un temps assez court, mais ce serait à l'abus seulement que le reproche s'adresserait.
Il est bien vrai que la sieste est une habitude tyrannique dont on ne saurait se sevrer sans ressentir un malaise et une fatigue inusités, sans même éprouver quelques atteintes de migraine ; mais, dans le cas où accidentellement on ne pourra s'y livrer, une tasse de café noir préviendra ces légers inconvénients, et quand il s'agira d'y renoncer tout à fait, le retour dans des climats frais et l'abanflon de l'existence nonchalante des pays chauds pour une vie plus active et plus intellectuelle opéreront tout naturellement la désassuétude.
A bord des navires qui stationnent dans les pays chauds, l'heure la plus convenable pour la sieste est de une heure à deux de l'après-midi ; • elle est indiquée de préférence par l'énervation plus grande que produit alors la chaleur, et parce qu'un intervalle égal la sépare des deux repas principaux.
La durée de la sieste varie suivant les habitudes, mais on peut, en général, donner le conseil de ne pas la prolonger au delà d'une heure. On
arrivera facilement à se régler sur ce point en se faisant réveiller au bout de ce terme pendant quelques jours. Nous avons vu des personnes ne faire durer leur sieste que dix minutes ou un quart d'heure, et en retirer néanmoins un bien-être très-sensible. Une courte sieste repose le corps et rafraîchit l'esprit, une sieste de plusieurs heures fatigue l'un et alourdit l'autre. C'est là un contraste qu'il ne faut pas oublier.
Une question très-controversée, et qui se rattache directement à l'hygiène des campagnes sous les tropiques, est celle relative au sommeil sur le pont. M. Lagarde, médecin-major de la frégate la Vengeance dans les mers de Chine, a soutenu qu'il y avait avantage à autoriser les hommes qui ne sont pas de quart à coucher sur le pont à l'abri des tentes. 11 dit que, pendant trois ans, son équipage a profité de cette tolérance et que,bien que son navire ait passé par les latitudes les plus diverses du nord de la Chine à Saïgon, il n'a eu ni rhumatismes, ni héméralopies, ni bronchites. Le besoin de respirer primant tous les autres et ce besoin n'étant nullement satisfait, en l'absence d'une ventilation méthodique, je crois aussi que, pendant les nuits très-chaudes, lorsqu'il n'y a ni pluie ni forte humidité, les tentes faites, et les hommes s'enveloppant de leur couverture, il y a avantage pour eux et bénéfice pour ceux qui sont dans leur hamac, à ce qu'on leur permette de coucher sur le pont, sauf à donner le signal de descendre si le temps changeait et ne justifiait plus cette tolérance. Pendant près de dix-huit mois, dans le golfe de Guinée, j'ai passé la plupart de mes nuits sur la dunette, fuyant une chaleur accablante et cédant ma chambre aux cancrelas qui l'avaient envahie, et je n'en ai éprouvé aucun inconvénient. On a certainement exagéré les dangers de cette pratique.
J'ajouterai enfin que la reprise temporaire de la haute mer est un moyen de rafraîchir les équipages et dont il faut user le plus souvent qu'on le peut, et que l'envoi, ne fût-ce que pour quelques jours, de portions de l'équipage choisies parmi les anémiques, les convalescents, dans des sanùarium de hauteurs, organisés d'une mamère permanente ou improvisés, les refait et leur procure souvent les bénéfices d'une assuétude qu'ils n'atteindraient pas sans cette précaution (1). La libérale et aimable hospitalité d'un propriétaire portugais de l'île du Prince, dans le golfe de Guinée, M. Carneim, nous a permis souvent de constater les effets heureux de celte habitation temporaire des hauteurs.
II. Résistance aux miasmes paludéens. - Ce que nous avons déjà dit de l'active reproduction des miasmes des marais dans les pays chauds, indique suffisamment le prix des précautions qu'il convient de prendre pour se garantir de leurs effets. Le choix des relâches et des mouillages,
(1) L. V. Carpentin, Élude hyg. et médicale du camp. Jacob, sanitarinm de la Guadeloupe {Arch, méd. nav., 1873, t. XX, p. '4»3).
LES CAMPAGNES. îîiJl
'la séqueslralion à bord et l'administralion prophylactique du quinquina •ou de la quinine résument les moyens de préservation dont on dispose.
1° Choix des relâches et du mouillage. —Il importe tout d'abord d'acquérir, si on ne les possède déjà, des connaissances suffisantes sur la topographie médicale de la rade oh. l'on jette l'ancre : étudier les gisements des marécages, les obstacles que les miasmes trouvent sur leur passage ou les circonstances de terrain qui leur permettent au contraire d'arriver jusqu'au mouillage, la direction habituelle des vents qui doivent leur servir de véhicule ; autant de soins dont on comprend tout d'abord l'importance et qui incombent naturellement au médecin du ■navire.
Il est des rades oti un mouillage peut mettre au vent d'un marécage infect ; il faut le préférer à tout autre. Un embossage peut procurer la ^même immunité, il devient de rigueur. Des deux rives d'un fleuve, l'une est basse, inondée, couverte de palétuviers, l'autre est abrupte, sèche, et par conséquent salubre : c'est celle-ci qu'il faudra choisir, à moins d'exigences bien impérieuses, pour y mouiller. Une île s'interpose entre le navire et une plage marécageuse, il conviendra de profiter de •cet abri naturel, etc. (1).
Les navires de commerce n'ont pas toujours le choix des saisons pour séjourner dans les pays marécageux; les époques de récoltes ou de troque sont celles de leur arrivée, et ils subissent presque fatalement des influences morbifiques auxquelles ils n'échapperaient qu'en sacrifiant leurs 'intérêts de spéculation. Les navires de guerre ne sont pas dans le même cas ; à moins de missions pressées, ils peuvent, dans les croisières étendues, sur la côte ouest d'Afrique par exemple, fuir en quelque sorte les hivernages et trouver partout cette saison sèche pendant laquelle l'activité des miasmes palustres est à son minimum. Un chef de station qui, gratuitement, s'affranchirait de cette préoccupation, encourrait une .grave responsabilité morale, si ce n'est ofQcielle. Le séjour prolongé dans des rades insalubres ne pouvant être que nuisible, il importe de prendre de temps en temps le large, ne fût-ce que pour quelques jours : c'est ^un moyen de ventiler le navire, de distraire les hommes que la monotonie du service en rade fatigue constamment, et d'interrompre la continuité de cette intoxication paludéenne que l'équipage subit tout entier, alors même qu'elle ne se révèle que chez un certain nombre de matelots.
2° Séquestration à bord. — Si l'on s'est conformé aux précautions d'hygiène que nous venons d'indiquer tout à l'heure, relativement au mouillage, le navire deviendra un abri d'une efficacité relative, contre
mililî^\?ornts''l1^ni''^'°'*^'^"^ : ^ ^''^ ^^""^ espagnoles ayant
momiit trop près de la plage marécageuse de Santo-Domingo, eurent des fièvrp/in
termittentes, tandis que les autres navires fiu'ent épargnés (Bo^relToLièro sLrr.r
du Brésil et de la Plata (Avch. de méd. nav., 1872, t. XVII, p 3GJ
l'infeclion palustre, et les excursions à terre, détruisant cette immunité^
ne devront plus être permises qu'avec une certaine réserve.
C'est une question grave d'hygiène que celle qui, mettant en parallèle les dangers du séjour à terre pour les équipages et ceux d'une séquestration h peu près absolue à bord des navires, fixe un choix entre ces deux partis.
La sécurité n'est pas dans la solution absolue qu'on lui donne dans l'an comme dans l'autre sens. Elle doit être déterminée par les conditions où l'on se trouve. On sait que si la fréquentation de la terre pendant le jour dans des lieux marécageux présente des dangers habituels qu'il est licite d'affronter pour laccomplissement d'un service ou la satisfaction d'un plaisir, le séjour de nuit dans les mêmes lieux doit être absolument interdit. Sous l'influence de l'abaissement nocturne de la température, une rosée miasmatique véritable couvre les vêtements, le refroidissement que subit l'organisme pendant le sommeil, aussi bien que l'activité plus grande que prend alors l'absorption cutanée et pulmonaire, ouvre aux miasmes palustres un accès dangereux. Il ne serait pas difficile de citer des exemples de la nocuité du séjour dans les lieux marécageux pendant la nuit. Les cuisiniers ou maîtres d'hôtel qui Passent la nuit à terre pour y réunir les approvisionnements de bouche dulendemain, ou les canotiers-majors qui attendent quelquefois les officiers jusqu'à une heure assez avancée de la nuit, mais surtout les charbonniers, sont exposés principalement aux dangers de l'infection palus- Ire (1)
Le fait de l'équipage du Phémx cité par Lind démontre surabondamment le danger des émanations marécageuses pendant la nuit. 11
. faut donc, autant que possible, ne pas envoyer d'embarcation à terre après le coucher du soleil (2). Par une dérogation bien malheureuse ^.
-cette règle d'hygiène, c'est presque toujours ce moment que les otliciers, affranchis des exigences de service, choisissent pour leurs excursions ou leurs promenades ; heureusement leur prudence fruU d'une culture intellectuelle plus élevée, et la facilité qu ils ont de se vêtir chaudement les prémunissent contre des dangers qui trouvent les
matelots désarmés. . ,
3" Administration prophylactique du quinquina et de la quinine. - i^e miasme paludéen qui a son antidote dans la quinine trouve-t-.l aussi un préservatif dans ce médicament? Cette opin.on a optée r un pet nombre de thérapeutistes est au ^"^Iraire accréditée parmi les r^^^ cins de la marine et elle a une telle imporlance qu on «r"^^ ^^^^^ insister un peu longuement. Lind ^-^—'"J^^J^^^^^^^ se livrent à quelque occupation dangereuse dans les pays marécageux
(î) Celle, Ilyffiènc des /^"f f/'«»;^Jv,„,,„^,„, ^ays chauds. Paris, 1. 1, p. 298.
(2) Lind, Essai sur les maladies des M) opeens aans te* ^ y
Tusage d'une infusion composée de quinquina, de rhubarbe et d'ail (1). Gonzalès recommandait de faire macérer de l'écorce de quinquina dans de l'eau, et il rapporte qu'au siège de Belgrade, le comte de Bonneval et ses gens qui usaient de ce moyen se préservèrent de la fièvre au milieu des autres troupes qu'elle décimait (i2). La Peyrouse, sur le conseil de son chirurgien-major, fit aussi distribuer du grog au quinquina à ses matelots ; mais comme on s'arrangea de manière que l'équipage ne s'aperçût pas de l'addition de ce médicament, il est permis de douter qu'il ait été donné à une dose suffisante pour avoir une action prophylactique bien réelle (3). Raoul a recommandé de prendre matin et soir pendant deux ou trois jours, h la suite des corvées de nuit à terre, une dose de 50 centigrammes de sulfate de quinine comme moyen préservatif (4), l'usage du vin de quinquina lui paraissait aussi indiqué lorsque le bâtiment mouille près d'une terre marécageuse dont les émanations lui sont apportées par les brises régnantes ou quand il sort des rivières pour prendre le large, condition dans laquelle cet excellent observateur avait remarqué, je l'ai dit plus haut, que les accès simples se transformaient aisément en accès pernicieux. Ch. Huet avait soutenu la même opinion et en avait fait l'une des propositions de sa thèse inaugurale (5). Nous tenons de M. Gestin, médecin en chef de la marine, un fait on ne peut plus démonstratif en faveur de l'action préservatrice de la quinine. A Assinie (côte ouest d'Afrique), les officiers de la Pénélope firent une excursion dans la rivière marécageuse, le Tanoë, qui vient se jeter dans le lac d'Ahy : tous avaient pris par précaution du sulfate de quinine ; un seul, M. L***, commissaire de division, se fiant à son immunité habituelle, s'en abstint; huit jours après, il fut pris de-violents accès de fièvre intermittente bilieuse ; deux seulement parmi les autres éprouvèrent un léger malaise. M. Siciliano a également préconisé l'administration prophylactique de la quinine (6). M. W. Van Buren, dont l'ouvrage fait partie de la collection de \a. Commission sanitaire des Etats-Unis, -à publié un traité sous ce titre : « Quinine as a prophylatic ogainst malarious diseases. » Les médecins américains croient à cette vertu préservatrice de la quinine à des doses journalières de 15 à 20 centigrammes (7).
(!) Cet emploi de l'ail était basé sur les propriétés alexipharmnques attribuées à cettesubstance.
(2) H. Rey, Les médecins navigateurs. Gonzalès, {Arc/i. de méd. nai;., 1871, t. XV, p. 202). M. Rey dit s'être bien trouvé lui-même de l'usage du vermouth quinine (1 gramme de sulfate de quinine pour une bouteille de vermouth) et paraît croire, dans une certaine mesurp, à la vertu prophylactique de ce moyen (H. Rey, loc. cit.).
(3) La Pérouse, Voyage, op. cit., p. 104.
(4) Raoul, Guide liyg. des navires de commerce à la côte occidentale d Afrique. Paris, 1851, p. 8 et 25. Cette dose me paraît exagérée.
(5) Ch. Huet, Pro}). de méd. et de physiologie. Thèse de Paris, 1848, p. 9.
(G) Siciliano, Quelques consid, sur l'infection palustre à bo)-d des navires. Thèse de iMontpellier, 1870.
(7) Berchon, Elude crit. sur la Commission sanitaire des Étals-Urns, in Arch. de méd, nav., 18GC, t. VI, p. 108.
Au dire du directeur de la Compagnie du chemin de fer de Panama, €et emploi de la quinine a permis aux équipages de fréquenter sans danger le port si insalubre d'Aspinwall. La ligne de bateaux qui dessert une fois par mois treize points de la côte occidentale d'Afrique entre Madère et Fernandô-pô n'aurait pas, en prenant cette précaution, perdu un seul Européen en sept ans. Dans l'expédition des Ashantis, le général Wolesley put faire faire à ses troupes 33 kilomètres sous un soleil -ardent et dans des terrains inondés, sans avoir un seul malade grâce à la précaution de donner à ses hommes une dose de quinine au départ (1), etc.
Voilà une grande masse de témoignages. M. Brassac a combattu mais timidement cette opinion. « Cette méthode, dit-il, a des faits en sa faveur, mais ces faits ne sont pas assez nombreux pour lui donner une base sérieuse; que de fois cette méthode est restée sans résultats {Expédition du Niger en 1841, voyage de Livingstone au Zambèse), et •dans ces cas négatifs ou à peu pî^ès négatifs n'est-ce pas épuiser sans aucun bénéfice l'action physiologique ou thérapeutique du médicament «ur un sujet exposé à la fièvre, mais encore indemne (2)? » Cette argumentation par les faits négatifs n'est pas de nature à impressionner l'esprit dans un sens défavorable à cette opinion, et le mot : « Rhetor non semper suadebit, nec medicina semper sanabit, » est applicable ici. li suffit, et le fait est démontré, que, dans un bon nombre de cas, cette action prophylactique ait été constatée pour qu'on doive en invoquer le bénéfice. Quant à l'argument d'une assuétude préjudiciable aux «ffets curalifs de la quinine, il perd sa valeur si, à la dose curative, on ajoute la dose prophylactique. De cette façon tout inconvénient serait écarté.
Arrivera-t-on par cet ensemble de précautions à un acclimatement absolu, c'est-à-dire à une indigénisation complète? Non sans doute. Je crois qu'on peut s'acclimater dans une certaine mesure aux miasmes palustres, mais qu'on ne s'acclimate pas à l'action des chaleurs torrides , lesquelles affaiblissent et usent peu à peu les organismes européens et les obligent à aller retremper leur vigueur dans l'air des pays froids ou sur les hauteurs. M. Celle nie l'acclimatement, même relatif, aux miasmes des marais (3). Boudin ne croit pas non plus à cette assuétude, et il établit son opinion sur des faits d'accroissement, chaque année, du nombre des malades dans une localité où des travaux de terrassement venaient de créer un marais (4). Nous croyons celte opinion trop
(1) Bev. marit. et colon., 187't, t. XL, p. G8I.
(2) Brassac, Pevue des ihèses des nuhlecins de la marine [Aivh. de mêd. nav., t87i, t. XXII, p. 333).
(3) Celle, Hiigiètie des Ëiiropéetis dans les pays chauds, p. 100.
(4) Boudin,' Colonisation française en Algérie [Annales d'hygiène, 18i8, t. XXXIX, p. 347).
absolue ; un miasme doit à la longue, quand il ne modifie pas assez puissamment la vie pour la compromettre, produire une sorte d'assuétude analogue à l'assuétude médicamenteuse ; une dose d'infectieux iiisuffîsanle pour produire une maladie chez un individu qui l'absorbe journellement la fera évidemment éclore chez un nouveau venu. Le paysan delà Saintonge et de la Sologne nerésiste-l-il pas dans des localités où un étranger sera nécessairement voué aux accidents de l'infection palustre ?La fièvre jaune, dont l'origine infeclieuse est si voisine de celle qui produit les fièvres intermittentes, ne monlre-t-elle pas, dans toutes les épidémies, son respect pour les assuétudes anciennes? le colon n'y est-il pas moins disposé que l'équipage d'un navire qui arrive de France ? Le mithridatisme palustre (qu'on me pardonne cette expression) est un fait que l'expérience et les analogies les plus puissantes ne permettent pas de tenir en doute. iMais cet acclimatement, plus réel que celui à la chaleur, n'est que relatif; et les équipages après deux ou trois ans de séjour dans les pays chauds sont énervés, ont une moindre résistance vitale et ont réalisé des aptitudes morbides dont Timminence s'accroît avec le temps. Quand on arrive de France, on apporte avec soi sa provision de santé, de vigueur et de résistance ; il ne faut pas attendre, pour revenir, qu'elle soit usée.
ARTICLE m