CAMPAGNES DANS LES LATITUDES ÉLEVÉES ET EXPÉDITIONS POLAIRES
§ 1. — Campagnes dans les latitudes élevées.
Les climats froids sous lesquels la navigation et la pêche conduisent le plus souvent nos navires (mer Baltique et mer du Nord, mer Blanche, voisinage des mers antarctiques) ne leur ofl'rent d'autres dangers que ceux qui résultent de l'inclémence d'une température qui, bien qu'elle ne s'abaisse pas, en moyenne, au-dessous de zéro, présente cependant au-dessue de cette limite des oscillations assez étendues. Ainsi au cap Nord la température moyenne annuelle étant de + 1, celle de l'hiver est de — 4°, 6, et celle de la saison chaude de 6°,4. A Reikiavik (Islande) la moyenne annuelle est de -f- 4°; la moyenne hivernale de — 1°,6, ; la moyenne estivale de 12° c. A Terre-Neuve (SainL-Jean), on trouve: moyenne annuelle 3°, 5 ; moyenne hivernale — 4°,9 ; moyenne estivale — 12°,2. A Saint-Pétersbourg, moyenne annuelle 3°, 5; moyenne hivernale — 8°,4 ; moyenne estivale -f 15%7. En résumé il y a, entre la moyenne de l'hiver et de l'été un écart de 11° au cap Nord, de 13°,6 en islande; de 17°, 1 à Terre-Neuve; de 24°,1 à Pétersbourg. Or l'écart entre ces deux saisons est, pour Londres, de 12°,4 seulement. Les variations diurnes dans les pays froids sont au contraire peu étendues et il y a une certaine constance nycthémérale. Les vents y sont fréquents et leur
ooQ LA MER, LA NAVIGATION ET LES CAMPAGNES.
vilesse ne le cède en rien à celle des vents dans les régions tempérées, et de là une sensation physiologique de froid qui excède souvent l'indication du thermon:iètre. La diminution des pluies dans les latitudes élevées (à Saint-Pétersbourg il ne tombe que 460 millimètres d'eau par an); léur remplacement par des brumes qui augmentent l'impression du froid et atténuent l'intensité d'une lumière qui n'est déjà versée qu'avec parcimonie dans ces latitudes froides, etc., tels sont les traits de la climatologie générale des mers contenues dans ce que j'ai proposé d'appeler la zone hypothermique comprise entre les isothermes de -|- S° à -f- 10°. Si la navigation dans ces mers n'olTrait des fatigues exceptionnelles, elle serait plus salubre que celle des pays chauds, la température basse qui y règne supprimant toute influence zymotique sur leur littoral pendant la plus grande partie de l'année. Mais il y règne un froid humide qui, coïncidant avec peu de lumière, y produit une atonie générale étrangère au contraire aux climats secs et froids, et crée une prédisposition au scorbut. Les médecins de la marine qui pendant la guerre de Crimée ont croisé dans la mer Glaciale, M. Gallerand en particulier, ont constaté cette tendance du scorbut maritime à se développer dans ces conditions de climats et ont élé heureux d'avoir à leur disposition, dans le lime-juice^ un moyen de le tenir en bride.
Les moyens de résistance au froid et à l'humidité, cette double condition qui ne produit sans doute pas le scorbut, mais qui y prédispose, résument l'hygiène des campagnes dans le Nord. Il faut, de toute nécessité, que les équipages soient munis de vêtements imperméables ; il faut aussi que les compartiments habités soient chauffés. Les grands paquebots affectés aux navigations des hautes latitudes doivent être munis de calorifères à vapeur destinés à échauffer non seulement les chambres, mais aussi les postes de l'équipage placé sous le spardeck avant (1). La combinaison de la ventilation et du chauffage est une nécessité de la navigation dans les hautes latitudes, et on ne l'a pas encore assez senti .
§ 2. — Expéditions polaires.
Les mers dans lesquelles s'accomplissent ces navigations où l'homme donne la dernière mesure de son audace et de son génie appartiennent aux climats que j'appellerai athermiques et dont la température moyenne annuelle est inférieure à -)- 5°.
(I) Je ferai une observation pratique à ce sujet, c'est qu'il faudrait recouvrir complètement de bois les tuyaux de calorifère au lieu de les protéger simplement par un treillis en cuivre. A bord du Weser, paquebot américain acheté il y a une quinzaine d'années par notre marine de guerre au commerce américain, j'ai vu, pendant une traversée, fort laborieuse du reste, entre Cherbourg et Brest, une lame déplacer la clair-voie et faire irruption dans les logements arrière pendant la nuit. L'oau de mer, au contact de ces tuyaux, se vaporisa et remplit cette partie du navire d'une vapeur asphyxiante.
LES CAMPAGiNES. 557
Les voyages tentés à la recherche du passage Nord-Ouest ont donné une idée de la limite inférieure de température que l'organisation humaine peut affronter impunément, au moins pendant quelque temps. Pendant l'hivernage de Parry et de ses compagnons à l'île Melville, au mois de novembre 1819, le soleil resta 84 jours au-dessous de l'horizon ; la température varia de ~ 20 à — 40° c. ; elle atteignit un jour — 47°. A ce degré, de l'eau versée de la mâture à travers une passoire était convertie en grêle en arrivant sur le ponl; le contact d'un métal enlevait l'épiderme comme eût pu le faire une brûlure ; le vinaigre se prenait en une gelée acide ; le rhum avait la consistance du miel ; on faisait des balles avec du mercure congelé et avec^de l'huile d'amandes douces. Le capitaine Back a constaté au fort Reliance en 1834 une température de
— 56°,7. « Les variations de température, dit M. J. Rochard (1) qui a fait des climats polaires une étude très-intéressante, y sont aussi brusques que partout ailleurs. Souvent le thermomètre s'abaisse en quelques heures de 10, 15 et même 20°. Lorsque ces oscillations s'effectuent pendant l'hiver et par un temps calme, elles sont à peine senties; ce ne sont plus que des différences entre un froid rigoureux et un froid excessif, que des nuances d'une même sensation. Il n'en est pas de même quand le vent souffle. Parry raconte qu'à l'île Melville ses compagnons pouvaient se promener à l'air libre par une température de
— 46°, mais la plus faible brise leur faisait éprouver à la fois une douleur brûlante, bientôt suivie d'un mal de tête insupportable (2). Le temps est d'une inconstance remarquable dans les régions polaires ; on voit succéder à un calme plat des coups de vents aussi brusques que violents. Tous les navigateurs parlent de ces bourrasques qui disloquent les montagnes de glace et menacent d'engloutir les navires sous leurs débris. En quelques heures, le ciel, jusque-là serein, se couvre de nuages quand la température s'abaisse ; l'atmosphère est obscurciepar des brumes tellement épaisses qu'on ne distingue pas les objets à quelques pas devant soi. Des brouillards froids et pénétrants mouillent comme la pluie. Les orages sont inconnus dans ces parages ; et, même pendant" l'été, jamais le bruit du tonnerre ne trouble le silence de ces mers désertes. Aux approches de l'automne, les brumes augmentent et la neige tombe avec abondance. On en observe, du reste, dans tous les mois de l'année. Les variations diurnes du baromètre sont beaucoup moins marquées que dans les régions tempérées; les oscillations irrégulières y sont au contraire très-prononcées. Rien ne peut peindre l'aspect sinistre de ces solitudes. L'œil n'y rencontre que des mers immobiles, des glaciers surplom-
(1) J. Rocliard, Nouveau dicl. de méd. et de chirurgie pratiques, t. VIII 18C8 article Climat, p. 218. ' '
(2) Bellot compare l'impression qu'on éprouve quand le vent s'élève h. celle d'un homme dont on cinglerait la peau avec des lanières de cuir; il semble que chaque bourrasque emporte des lambeaux d'épiderme (J. Bellot, Journal cité p 223}
banl d'immenses champs de neige à la surface desquels se dressent des rochers nus et dépouillés oia se dessine de loin en loin la silhouette d'un renne ou d'un ours blanc. Les rayons d'un soleil oblique traversant avec peine un épais rideau de brume, viennent se réfléchir sur ces grandes surfaces d'un blanc uniforme et les éclairent d'un jour douteux. Cette lueur monotone remplit le ciel pendant le cours d'un long été sans nuits et disparaît ensuite pour faire place pendant plusieurs mois à la clarté blafarde de la lune, à l'éclat des aurores boréales. Au cap Nord, le soleil reste pendant deux mois de suite au-dessus de l'horizon, pendant trois mois au Spitzberg, et au pôle, un jour de six mois succède à une nuit de même durée (1). »
Dans les climats froids l'abaissement de la température hivernale change l'aspect des mers qui charrient d'immenses glaçons entre lesquels la navigation peut encore, à la rigueur, se frayer un passage; mais, à une distance bien éloignée des pôles, se dressent des glaces éternelles contre lesquelles l'esprit entreprenant des explorateurs est allé se heurter et qu'ils ne dépasseront peut-être pas. Si, dans les mers tropicales, l'excès de la chaleur ne modifie en rien la physionomie de la nature, l'excès du froid bouleverse, au contraire, la nature polaire et lui donne cette sauvage et menaçante grandeur dont la rude poésie parle à tous les esprits, même aux plus incultes. Ici la nature met peu de couleurs sur sa palette : avec le blanc éblouissant des neiges, la transparence verdâtre des ice-bergs ou montagnes de glace, le gris uniforme des brumes, les magnifiques teintes orangées du ciel, la splendeur des aurores boréales, elle forme des paysages austères d'une variété d'aspects infinis. L'émule futur des Parry, des Franklin, des Richardson, etc., Bellot, dont nous nous honorons d'avoir été le camarade d'enfance, a dépeint ces horribles magnificences avec un enthousiasme de style et une naïveté de poésie qui répandent sur son livre un charme indéfinissable. Nous voudrions reproduire celte page qu'un grand écrivain ne désavouerait pas. mais l'espace nous manque et nous invite à revenir aux réalités de ce sujet (2).
Si la vie surabonde dans les pays chauds, elle ne semble étendre qu'à regret son empire dans les régions polaires. Au lieu de ces végétaux gigantesques dont les proportions accusent la richesse du .sol où ils germent, des mousses et des lichens rares et rabougris; au lieu d'une atmosphère resplendissante de lumière et inondée de chaleur, un ciel brumeux et glacial ; au lieu d'un océan qui ouvre à l'industrie un essor facile et libre, une mer à laquelle les froids hyperboréens ont donné l'immobilité de la mort; telles sont les régions polaires qui étendent entre le génie de l'homme et le pôle une barrière qu'il finira par fran-
(1) J. Rocliard, loc. cit.
(2) Joseph Bellot, Journal d'un voyage au'pôle. Paris, 1854, p. 45.
chir. 11 n'y a pas loin'tles 82°,5, Nord où le lieutenant autrichien Peyer^^ du Tegethoff, a posé le pied le 12 avril 1874 et des 83°, 26 qu'ont atteint plus récemment les matelots du capitaine Naresà ce quatre-vingt-dixième degré plein de mystère et d'inconnu, mais où la science géographique annonce avec une grande vraisemblance une atténuation dans les sévérités de la nature polaire. On y arrivera, et puisse cet honneur insigne être réservé à mon pays !
On meurt de froid et de misères dans les expéditions arctiques, on n'y meurt guère de maladies. Toutes les relations des voyages polaires constatent la salubrité de cette zone désolée; le D' Hayes considère les régions arctiques comme salubres en elles-mêmes. Les Esquimaux n'ont ni le scorbut ni la phthisie ; la privation prolongée de la lumière paraît la plus nuisible des influences polaires: on peut en effet, nous le verrons tout à l'heure, se défendre contre le froid, on est au dépourvu en. présence de la pénurie de la lumière. M. A. Bellot a relevé les pertes éprouvées par les 30 expéditions arctiques qui se sont opérées depuis le voyage de V Enterprise dirigée par M. J. Ross en 1848-1849, jusqu'à celle du steamer américain le Polaris en 1871 ; elles se montent à 36 morts en y comprenant celles dues à des accidents (1). « Kotzebue, dit M. J. Rochard, a passé quatre ans dans les mers polaires sur le navire russe le Rurik et n'a pas perdu un seul de ses 27 compagnons. Sur les 23 hommes qui formaient son équipage, Ross n'en a vu mourir que 3... Une des dernières expéditions envoyées à la recherche de Franklin, celle de la Resolute, se composait de 10 navires formant ensemble un effectif de 300 hommes. Ils ont eu à subir des fatigues et des souffrances sans nom et pourtant il n'en est mort que 8 qui, presque tous, ont succombé à des affections du cœur (2j.
11 est donc bien établi que l'homme ne trouve dans les régions polaires qu'un ennemi contre lequel il ait à lutter, ennemi âpre et sans merci il est vrai, c'est le froid, et que toute l'hygiène des navigations arctiques n'a qu'un seul objectif: lui résister. Le succès de ces expéditions est à ce prix. Les installations du navire ; le choix de l'équipage, les vêtements, le chauffage, le genre spécial de nourriture qui convient à ces régions sont les principaux moyens de résistance au froid.
1° Installation du navire. — Les expéditions nombreuses qui se sont succédé ont formé un fonds d'expérience pratique qui s'est augmenté à chacune d'elles, et qui a progressivement accru leurs chances de réus-
(1) A. Bellot, La prochaim expédition arctique anglaise [Revue marit. et colon., Î875,, t. XLV).
(2) J, Rochard, lac. cit. Sur les 30 expéditions arcliquos que j'indiquais tout îi l'heure 19 ont ramené leurs équipages intacts. M. Rocliard a fait ressortir ce double fait de la rareté de la phthisie dans les régions polaires et de l'apparition de rhumes avec courbature analogues à la grippe quand la température s'y élève au-dessus de 0" et quand, cette circonstance coïncide avec une grande liuniidité.
site. VAlert et la Discoverij naguère engagés dans les mers polaires résument ce que la pratique de la navigation dans ces mers a suggéré de mieux adapté à ce but.
VAlert est un aviso à hélice d'une longueur de 48'»,80, d'une largeur de Q'^jSO, muni d'une machine de 300 chevaux. Pour lui permettre de résister à la pression des glaces, on lui avait appliqué un matelas de teck portant l'épaisseur de ses parois à 0™,30 ; des arcs-boutants très-solides auc^menlaient la force de résistance des baux. L'avant avait été renforcé par des couches épaisses de chêne consolidées par de fortes bandes de fer de manière à lui permettre de se frayer un chemin au travers des glaces. Afin de préserver les mains des hommes contre les brûlures que détermine le contact du métal glacé, toutes les manœuvres avaient été garnies de toile ou de drap. Toutes les parties du navire, telles que les cabines, dans lesquelles on avait jugé utile d'attiédir la température, étaient tapissées d'une couche de feutre ayant 4 centimètres d'épaisseur. Les œuvres mortes étaient élevées afin de mettre à l'abri d'un froid trop intense et on avait disposé des lentes épaisses, faites d'une matière chaude et peu conductrice, pouvant être mises en place ou enlevées, exhaussées ou baissées à volonté; on pourrait ainsi habiter le pont supérieur sans éprouver les atteintes trop rigoureuses du froid ; VAlert était muni de 5 tonneaux d'esprit-de-vin pour cuire les aliments, de 10 tonneaux de pain et de 85 tonneaux de bœuf, porc, jambon, sucre, farine, viandes conservées. Les tuyaux des cheminées étaient enveloppés d'un manchon et l'espace qui les séparait était destiné à ÔLre rempli de neige dans les hautes latitudes. De cette façon, on avait constamment une provision d'eau. Les canots (partie essentielle de ce matériel spécial) étaient deux yoles de 25 pieds de long, deux canots de 20 pieds, six baleinières de 25 pieds et six traîneaux. Les yoles et les canots étaient construits avec une planche épaisse d'acajou recouverte d'une couche de glu marine et ayant par-dessus un revêtement de forte toile; ils étaient absolument étanches. Des ice-boats, trois étaient des yoles construites comme les antres canots, et trois avaient un revêtement de liège, recouvert d'une feuille de sapin et d orme. La fausse quille pouvait être enlevée par les glaces sans compromettre le canot et sans y produire de voie d'eau. Ces canots étaient destinés à être portés sur des traîneaux lorsque les navires auraient été définitivement arrêtés par les glaces (1).
La Discoverij, conserve de VAlert, offrait des installations analogues et devait s'arrêter au lieu d'hivernage du Polarùen 1871-1872, tandis que l'A/eW devait pousser sa course plus avant (2).
Telles sont les précautions prises pour cette expédition dont les résultats n'ont sans doute pas été ceux qu'on avait rêvés pour elle, mais
(\) The Engineering. Our Arctic Expédition, IG avril 1875, p. 322.
(2) Voy. a: Roussin, Les dermères expédiions au pôle ^ord {liev. viard. et colomale
1875, t. XLVI, p. 5).
LES CAMPAGNES. gg^
qui a reculé les limites des points explorés jusqu'ici (1) et fourni aux futures explications arctiques des faits d'expérience dont elles sauront profiter.
2° Choix de Véquipage. - Les Anglais ont une marine arctique leur offrant des hommes rompus aux dangers et à la pratique de cette étrange et dangereuse navigation, et ils n'ont que l'embarras des choix quand une nouvelle expédition se prépare. Pas n'est besoin de dire qu'il faut choisir les hommes un à un et avec le soin le plus méticuleux: examiner leur poitrine; interroger leurs antécédents et rejeter tous ceux qui n offrent pas des garanties exceptionnelles de vigueur (2) de santé et aussi de trempe morale. Les malades, dans des expéditions de cette naure sont des impédiments dont on n'a que faire. Des hommes assez eune pour avoir la plénitude de leurs forces et produire aisément de Ja chaleur organique, mais assez faits cependant pour supporter sans en être émus les luttes qu'ils vont aborder ; donnant aux essais dynamométriques et spirométriques des garanties rassurantes; à gencives et à dents mtactes ; n'ayant jamais subi d'atteintes du scorbut ; d'une grande
Tarl'lléTr"'' '"T"' "'^^ ^'^"^^^^"^ P-' ^'^"-^^ -ta't qu parlmtérêt à ces expéditions, tels sont les vrais matelots arctiques
tudes ^nautiques et leur tempérament, mieux adaptés à ces expédi-
CondUiomâ^hygiène.-^. Vêtements. - Pour cette navigation l'usage
Iws^r '''''''''' «-^^'^ n
app.iques sur la peau; de coiffures abritant la nuque ou les oreilles; de
chaussures épaisses et fourrées, est absolument indispensable - l'imnar
faite conductibilité des tissus de laine s'oppose, en effet arraZne-
ment du calorique animal, et prévient les congélations. Bellot reproche
cependant à ces tissus, quand le froid est excessif, de reten r dans leur^
5rtné7hlm^ '^f'' ^^^^^^^i::^ Za m '1! ' préférence aux vêtements de peau
de daim. L usage du cache-nez de laine, si précieux pour se défendre
mers du Nord, lui semble aussi, pour les voyages aux pôles, avoir plus (I) L'expédition a atteint 83o,26 de latitude.
Canadien d'originelraraise aufs 7"'^''' " "^''"^ '^'^'^ ^-é^i^tance du
anglaise; l•opinii^deTar^ev nni . lP ^ """" ^^"^dien d'origine
Hanovriens/les Russes .S Hoilandaisf s
<luMidi de l'Europ^ CeUeopin ô r '"^^^ ^'ésistaient les petits soldats
pour qu'on n'admette pa q?e TaL ToTf^u^^^ loi de l'assuétude
neutralisées par d'autC condition, n ^""''^^^^^'"^'^ imnaunités d'origine ont été iholoyie ethnique. Ann J^jZ IZ^^^^^^^ ^^'^«^'^^^ P^'
FoNssAGniVES, Hyg. nav.
d'inconvénients que d'avantages, à cause de la congélation des vapeurs qui se dégagent du nez et de la bouche. Les longues barbes ne rendent pas non plus, dans ces conditions climalériqiies, les bons offices qu'on serait en droit d'attendre de cet abri naturel pour les joues; elles s'entremêlent de glaçons, se pliquent, en quelque sorte, se fixent quelquefois, en se congelant, sur la poitrine, et les ciseaux doivent en faire justice'. Les matelots du Pnnce-A/^er^ furent obligés de s'en débarrasser. Keraudren a discuté jadis avec beaucoup de sagacité la nature des vêtements qui doivent être embarqués pour les régions polaires. Il recommande l'usage de gilets de peaux de chèvre ou de mouton encore garnies de leur laine, et fait remarquer que les indigènes eux-mêmes de ces latitudes élevées s'astreignent à l'usage des fourrures. Il indique aussi la nécessité de bottes fourrées ou fabriquées avec des peaux dont le côté velu est retourné en dedans, et l'utilité de gants de même nature ; il pense enfin que l'usage d'un masque préviendrait ces congélations fâcheuses qui atteignent souvent le visage ; et afin d'atténuer l'action qu'exerce sur la vue la blancheur éblouissante des neiges, il propose d'adapter à ce masque, au niveau des yeux, deux trous fermés par des verres colorés. Il ne faut pas que l'étrangeté de cette idée fasse tort à ce qu'elle a de réellement utile. Un voyage aux pôles est une lutte mcessante contre les âpretés d'un cUmat destructeur, toutes armes sont bonnes pour lui résister. « Pour l'expédition deVAlert eiàel^Discovery. dit M. Rochefort, l'habillement a été très-soigneusement étudié. L'étoffe adoptée pour les vêtements est une sorte de molleton de laine d'un tissu très-serré qui s'épaissit au lavage et qu'on désigne sous le nom de duffle. On utilisera également les vêlements de peau de phoque et même les fourrures, malgré leurs inconvénients connus de tous les hommes compétents. Dans ces climats en effet, chaque poil de la fourrure ne tarde pas à devenir le centre et le noyau d'un glaçon ; le vêtement est rendu, par suite, imperméable à la transpiration cutanée, d ou une humidité nuisible du corps et des habits. L'expédition possède des bottes de divers modèles, les unes à semelle de cuir, les autres à semelles de Uége; toutes ont les tiges garnies de molleton, assez hautes pour dépasser le genou et protéger les cuisses. Pour marcher dans la neige, on pourra faire usage du mocassin en forte peau de chamois.
« Yoici le détail du costume adopté pour les voyages en traîneaux : la tête est enveloppée d'une sorte de perruque en molleton dite tvelsh tcug qui couvre le front, lu nuque et qui est analogue à ces coiffures en Ssage chez certaines populations de la côte de Bretagne à Koscoff t au bourg de Balz par exemple (1). Un bonnet de peau de phoque recouvre le tout. La face est protégée par une sorte ^«.^-''^^f ^ L yeux par des lunettes bleues entourées de lo.le métallique et dont
(1) C'est ce qu'on appelle dans certains pays un pacse-monlagnes.
a monlure est garnie de peau de chamois. Deux ou Irois vareu.P. rl„ a.ne ou de flanelle et un large vêtement de molleton eonvren le "nt On passe ensuite un ample pardessus de forte toile de Hollande r emembres mféneurs sont protégés de la m6me manière: le ^ssonl nveloppés de deux paires de bas dépassant le genou, et par-dessû tout cela la vaste botte arctique. Chaque homme porte sur fa poU deux pa,res debas de rechange. Les mains sont couvertes de deu^ " i res de m.tames : l'une en laine, l'autre en molleton, le tout est nfermé dans des gants de peau de phoque. Les traîneaux n' mport ro„t a Z simple tente de toile pouvant couvrir six ou douze hommes Dè nû'ëll sera dressée on étendra sur la neige une toile cirée, pu s uné îarL P^ce de molleton; chaque homme tirera ses bottes, e. placera I so'
d":ht"d:tii::r,r.f''^ " ^"^-^ - --^^
b CAauffage. - Le chauffage des navires et des tentes est bien en end„, dansées conditions de climat, une nécessité absolue Les x cou" ches q„, constituent les parois de VAle,, e. du Disco^er, leur om déià de puissants moyens de se préserver du froid, mais il a f!llu les chluffir directement au moyen de calorifères à air chaud dont le tuva ", e
ventilation n ait été 1 objet d aucune installation spéciale sur ces navi : res; 0 est une lacune que les expéditions à venir feront sans doute dYs
parn,.re Quan au chauffage des tentes ou des A««„oA de nei.e it I lampes à alcool sont destinées à y pourvoir ° '
Alimentation. - L'hygiène des expéditions arctiques a eu l'heu rr use chance d'être représentée dans la deuxième tenLive des foats
Slur' intirdf "'"d^'h ^" '"""^ par un „a :
-gaieur intrépide, le D' Hayes qui a étudié avec soin les condition.
:du régime qui convient à ces, régions désolées. Un p emier f! t !u
'-■oïd (2). Les Américains ne recrutent leurs matelots arcli„„e= joarm, les abstènies d'alcool, les tesetotalers. Je c™t ^ ^ aT mois ,1 ne faut pas oublier que le vin n'est pas de l'alcool et oX„ ' neau-de-vie, employée comn^e ^é,ican,cnt,\enl à un Imel donnë
(1) Rochefort, loc. cit., p. 454
réchauffer les matelots d'une manière utile ; l'usage permanent est seul incrirainable.
Un second fait intéressant est l'appétence instinctive que l'on a pour les matières grasses dans les régions polaires. Les Esquimaux doivent de résister aux rigueurs de leur affreux climat à l'abondance et à la nature de leur alimentation qui est exclusivement animale. Hayes évalue de 12 à 15 livres de viandes, contenant un tiers de graisse, la ration quotidienne d'un Esquimau en chasse. « Plus, dit-il, nous nous accoutumions au régime des Esquimaux, pliisnousdevenions capables de supporter avec facilité les basses températures. Nous étions insatiables de nourriture animale et surtout des graisses qui, dans nos latitudes, nous semblent si dégoûtantes. L'huile de baleine gelée, elle-même, me paraissait un mets agréable. » Ce fait est très-correct au point de vue de la chimie physiologique, qui nous enseigne la nécessité, dans les pays froids, d user surtout d'aliments hydrocarbonés ou respiratoires. Les marins en étaient arrivés, pendant la dernière partie de la campagne, à vivre comme les Esquimaux et s'en trouvaient très-bien (1). Le capitaine Weyprecht du Tegethoff se loue de la valeur inestimable qu'eut pour eux, au moment où ils abandonnèrent le navire, le large approvisionnement de chocolat qu'ils devaient à la libéralité de M. Kluge, de Prague (2). En fait d'aliments spéciaux, je signalerai le pemmican préparé avec de la viande de bœuf dégraissée, cuite, desséchée lentement, puis imprégnée de graisse, desséchée de nouveau, pulvérisée et réduite en pains de 50 livres environ (3); du biscuit-viande dont la farine a été mélangée de pemmican, la saucisse aux pois, ce mets expérimenté par l'armée allemande dans la dernière guerre et dont le capitaine Weyprecht a consta é l'utilité. Le thé et le café ont été essayés avec succès, Kane préférait le café le matin; il lui semblait diminuer l'engourdissement produit par le froid et émousser la sensation de faim ; le thé était réservé pour le soir. On peut dire que le thé est la véritable boisson arctique L Alert et la Discovery ont emporté des marmites ingénieuses doublées de molleton et qui leur permettaient de procurer dans toutes les conditions à leurs équipages le bénéfice de cette boisson salubre.
d Régime moral - Si le froid est un ennemi des explorateurs arctiques, l'ennui en est un autre avec lequel il faut aussi compter. La
(1) Hayes. De l'alimentât, dans les régions polaires (^menc. Journal oASc.e«c.5. Jaly 1859 "radu t par Beaugrand, in Ann f ^V. P- m-
avec une cer aine décef^t on scorbut et des obstacles
reptlels' ;:oTp^:r fergres^oSt caus. nnsucc^s relatif de cette tentative pr.parée av ec tant de soin et conduite avec tant d énergie.
gaielé, ralacrité du caractère sont des conditions à rechercher dans le recrutement des équipages destinés à cette navigation, et les Ross, les Parry, les Franklin, les Kane, ont compris l'importance de ce grand intérêt et ont soutenu le moral de leurs matelots en les distrayant pendant les longues heures des voyages polaires et en élevant leur âme par les consolations et les pratiques religieuses à la hauteur des grandes luttes auxquelles ils les conduisaient. C'était là encore de l'hygiène et ils le savaient bien. Nous reviendrons au reste sur cette question en nous occupant du rôle que jouent les influences morales dans l'hygiène de l'homme de mer.