CONTAGION NAUTIQUE
La longue durée de l'incubalion des conlages; l'absence ordinaire de récidives des maladies contagieuses ; l'affaiblissement successif des conlages au fur et à mesure qu'il ont traversé un plus grand nombre d'organismes, leur transmission facile des animaux à l'homme, et la difficulté habituelle de leur transmission en sens inverse, sont autant de caractères qui les distinguent.
Disons enfin que Và contagiosité d'une maladie quelle qu'elle soit, n'est pas un attribut permanent de cette maladie ; elle peut le dépouiller accidentellement, de même que des maladies auxquelles il n'appartient pas d'ordinaire peuvent, sous l'influence de causes dont le mystère nous échappe, le revêtir à l'occasion. C'est là le secret de ces interminables discussions qui sont encore ouvertes, et ne seront jamais fermées, sur la contagiosité ou la non-contagiosité de certaines maladies.
• Ces idées générales étant exposées je reviens à la contagion à bord des navires. Elle s'opère par le contact personnel (et dans quel milieu est-il plus facile ?), mais surtout par le contact aérien, ce procédé de contagion que l'on a voulu, je ne sais pourquoi, décrire à part et rattacher à l'infection, perpétuant ainsi, par cette confusion malheureuse des mots, une obscurité dans les idées qui leur est surtout imputable. Qu'importe que le pont jeté entre le contagifère et le contaminé soit solide ou liquide plutôt que gazeux? Cela change-t-il quelque chose à la nature de l'objet transmis et à l'acte de la transmission? Si l'on veut bien solidifier par la pensée une colonne d'air qui porte des contages, on verra qu'il s'agit là d'un contact tout aussi réel que le serait celui opéré par une couverture, un vêtement.
La scarlatine, la rougeole, la variole, la peste et toutes les affections incontestablement contagieuses sont susceptibles de s'établir et de se propager à bord. On comprend que, dans un milieu d'une densilé pareille, il n'y a pas un contage de perdu ; chacun d'eux recherche un organisme apte à être imprégné et devient centre de transmission, et les conlages agissent comme ces pierres qui, projetées à la surface d'une eau tranquille, deviennent chacune le centre de cercles ondulatoires dont les bords respectifs ne tardent pas à se toucher. La contamination par le contact pourrait, dans une certaine mesure, être conjurée; celle par transmission aérienne est en quelque sorte fatale dans l'atmosphère confinée d'un navire et si l'on ne prend des mesures énergiques de dissémination, quand elles sont applicables, tout ce qui n'est pas réfractaire par sa forme de santé, par son idiosyncrasie, ou par une imprégnation antérieure, à l'action des contages en subit les elfets. Alors, et très-habituellement, aux effets du contage se joignent ceux du méphitisme engendré par la réunion, dans un espace restreint, d'un grand nombre d'organismes malades et les maladies contagieuses ajoutent à leur aptitude à pulluler un cachet insolite de gravité individuelle.
Nous avons beaucoup de varioles et nous n'avons qu'une vaccine. Les
espérances qu'ont données jusqu'ici les essais d'inoculation de la scarlatine et de la rougeole n'ont pas duré et si ce progrès est promis à l'avenir (nul ne pourrait raisonnablement en douter), nous sommes actuellement à peu près désarmés en face d'une menace de ces fièvres éruptives. Je dis h peu près parce que, en ce qui concerne la scarlatine, l'action préservatrice de la belladone est reconnue, non pas certaine, mais très-probable. L'hygiène navale doit s'approprier ce fait. La belladone jouit en Allemagne comme moyen de préservation de lascarlatine d'une réputation bien établie. Hufeland croyait à son efficacité. Des statistiques de Schenk, Camper, Bernd, Bebr, Velsen, on peut, en rapprochant les résultats constatés dans diverses épidémies, tirer cette conclusion que sur 1051 individus soumis à l'usage préventif de la belladone, 32 seulement ont eu la scarlatine, oui sur 33 environ. Si l'on songe que ces essais ont été faits dans des milieux personnels très-aples à l'imprégnation scarlatineuse, on leur accordera une valeur réelle. Hahnemann, on le sait, a préconisé ce moyen dont l'action dans ce cas lui paraissait servir les intérêts de sa doctrine (1). Guersant et Blache ont eu recours au môme médicament. Le rapport lu à l'Académie par Martin-Solon sur un travail de M. Stiévenart de Yalenciennes (2) ne saurait laisser de doutes sur Tutilité de ce moyen . Quand on voit sur 230 personnes d'un village ravagé par la scarlatine, 200 soumises à l'usage de la belladone, être épargnées et les 60 autres offrir U cas de scarlatine dont 4 mortels, on se demande jusqu'oii il faudra pousser la démonstration pour arrivera convaincre. Aussi Martin-Solon concluait-il à la nécessité d'employer ce moyen inoifensif en temps d'épidémie, surtout dans les petites localités « où les elfels sont plus facilement observables. » i^\xQ\\& petite localité mieux qu'un navire convient à des recherches de ce genre ? Je crois pour mon compte, et pour l'avoir constatée, à l'efficacité préservatrice de la belladone, et Huet(3) a porté sur ce point un jugement confirmatif du mien. Je ne saurais donc trop engager les médedns navigants à employer ce moyen de préservation sur les hommes de leur équipage qui n'ont pas eu la scarlatine, et si un seul cas se présentait à bord. Les mousses exigeraient d'une façon plus particulière l'emploi de ce moyen (4).
(1) Hahnemann, Études de médecine homœopatigue. Paris, 1855, t. I, p. 598.
(2) Martin Solon, Rapport sur u?i mémoire inti/n/é : De lemploi prophylactique de la belladone {Bul/. de l'Acad. de méd., 13 déc. 1842, t. VIII, p. 5i.().
(3) Ch. Huet, Prr.p. de méd. et de physiologie. Thèse de Pans, 18i8.
(4 On pourrait utiliser pour eux la formule de Stiévenart qui consiste a faire dissoudre 0 15 d'extrait de belladone dans 30 grammes d'eau de candie en ajoutant 2 ^rammes d'alcool rectifié. On donne, matin et soir, autant de gouttes de cette mixture sur du sucre ou dans un peu d'eau que l'enfant a d'années d âge, mais sans dépasser 12 Ji 15 gouttes. On continue pendant trois semaines ou un mois à moins de signes d'atropisme, ce qui est exceptionnel («w//.'/e</'eVfl,>., 184 », t. XMV, p. Ii2) Schnoemann a attribué aux onctions graisseuses une double influence pour prévenu- les suites fâcheuses de la scarlatine et pour abréger la durée de la période pendant laquelle la scarlatine est susceptible de se transmettre par contagion. Webster a attribué la même
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La rougeole indique-l-elle aussi l'emploi prophylactique de la belladone? Les auteurs se taisent sur ce point qu'il importerait cependant d'éclaircir. En l'absence d'une inoculation possible chez les scarlatineux et morbilleux celte propriété de la belladone serait un bienfait immense si elle lui était décidément reconnue.
Pour la variole heureusement nous n'en sommes pas aux conjectures. Bien que des esprits chagrins aientvoulu, dans ces derniers temps, imputer au vaccin la diffusion contemporaine de certaines affections graves et voir en lui l'une des causes de la dégénéralion humaine, l'admirable découverte de Jenner a son avenir assuré, et les générations futures la béniront encore qu'elles auront oublié depuis longtemps les noms de ses contempteurs.
Dès que l'influence préservatrice de la vaccine fut mise hors de doute, des dispositions ministérielles assurèrent sa propagation dans les rangs des armées de terre et de mer, et la présence d'un certificat de vaccine devint la condition indispensable de l'admission sous les drapeaux et à bord des navires. Peu à peu, cependant, on se relâcha de la rigueur de cette mesure, et des dépêches durent rappeler à son observance. C'est ainsi qu'en 1819,1e ministre Portai, par des dépêches datées du 7 avril et du 20 juillet, invita les capitaines et les armateurs à se conformer à cette prescription et à munir de boîtes à vaccin ceux de leurs navires qui partaient pour nos possessions d'outre-mer ; enfin, le 19 janvier 1820, le ministre adressa aux intendants de la marine les ordres les plus sévères pour que toute personne embarquée, de quelque âge et de quelque sexe qu'elle fût, justifiât d'un certificat de vaccine ou de variole.
A plusieurs reprises depuis cette époque, de sévères injonctions ministérielles sont venues rappeler à la stricte observance des pratiques de l'inoculation vaccinale. C'est ainsi que l'article 102 du décret du 5 juin 1856 imposait la vaccination'à tout matelot admis à la Division des équipagesde ligne alors môme qu'il portait des traces d'une vaccination antérieure. Une circulaire du 10 juin 1858 exigeait que' mention de cette vaccination fût faite sur le livret et la feuille de compagnie. En 1865 le Bulletin officiel de la marme rappelait à l'observance de ces prescriptions à propos d'une épidémie de variole qui s'était développée sur un transport à la côte 0. d'Afrique. Une dépêche du 23 décembre 1868 interdi • sait d'accorder le passage gratuit à tout individu ou à tout enfant non vaccinés (1). Enfin le 30 novembre 1869, le ministre de la marine adres-
efficacité aux lotions vinaigrées. On peut employer ces ressources pour diminuer à bord les chances de dissémination de la scarlatine.
(1) M. Beaumanoir a insisté avec raison sur les dangers de l'omission de cette mesure. Il a eu, à bord du fi/aVî, des passagers non vaccinés qui ont été pris de variole. 11 fait remarquer judicieusement que, les passagers embarquant à la dernière heure, et quand le bâtiment a quelquefois levé l'ancre, il est difficile de prendre cette précaution ; le vaccin fait d'ailleurs défaut et quand on en a, c'est du vaccin en tubes ou en plaques d'origine incertaine, et en tout cas faillible. Il émet le vœu que le soin de vacciner les passagers soit commis au médecin-major de la Division des équipages de ligne.
sait aux préfets maritimes une circulaire qui contient les prescriptions les plus récentes relativement à la vaccination. Nous croyons devoir la reproduire m extenso à raison de son importance.
LE MINISTRE DE LA MARINE ET DES COLONIES A MESSIEURS LES PRÉFETS MARITIMES.
Paris, le 30 novembre 1869.
Rappel des prescriptions relatives aux vaccinations et revaccinations.
Messieurs, la circulaire du 29 décembre 1860 {Bulletin officiel, page 567), résumant les dispositions adoptées par les départements de la guerre et de la marine, en ce qui concerne les vaccinations et revaccinations a établi les règles auxquelles il y avait lieu de se conformer à, l'avenir pour la pratique de ces mesures prophylactiques.
Par suite de faits observés récemment à bord de certains bâtimenis, où la variole s'est déclarée à l'état épidémique, il me paraît nécessaire de renouveler d'une manière formelle les prescriptions relatives à la vaccine et d'en étendre l'application à diverses catégories de personnel, qui n'y avaient point été astreintes jusqu'ici.
Après avoir pris à cet égard l'avis du Conseil supérieur de santé, j'ai donc décidé ce qui suit :
1° Tout homme admis dans la marine, à quelque titre que ce soit, et quelle que soit sa provenance, devra être vacciné dans les huit jours qui suivront son entrée au service, alors même qu'il offrirait des traces de vaccinations antérieures ; il n'y aura d'exceptions que pour les hommes présentant des cicatrices nombreuses et incontestables de variole ;
1° La vaccination sera, autant que possible, pratiquée de bras à bras, et on devra toujours choisir comme sources de virus vaccinal des pustules appartenant à des hommes de constitution vigoureuse et indemnes de contamination sypliiiiiique ou autre;
3° Il sera fait à, chaque bras, trois piqûres avec un instrument abondamment chargé de virus vaccinal, et toutes les précautions seront prises pour assurer la marche régulière de cette inoculation ;
4° L'indication de cette opération, avec sa date et ses résultats, sera inscrite au livret de toute personne sur laquelle elle aura été pratiquée ;
5° Tous les ans, les médecins chargés du service dfi santé dans les divisions des équipages de la flotte, les corps de troupes, etc., devront, indépendamment des rapports généraux qu'ils ont h fournir, exposer séparément dans une note spéciale, à la date du 31 décembre, les conditions dans lesquelles ce service a été accompli pendant l'année, et les résultats positifs, douteux et négatifs, dont ces opérations auront été suivies.' En ce qui concerne particulièrement les divisions des équipages de la flotte, les commandants de ces divisions continueront à faire connaître, dans leurs rapports trimestriels, les résultats des vaccinations et revaccinations opérées pendant le cours de chaque trimestre ;
G" Seront particulièrement soumis aux règles indiquées ci-dessus :
Les élèves du Borda, au moment de leur entrée h bord du vaisseau école; les étudiants des écoles de médecine navale, lors de leur inscription pour suivre les cours, ou loi s de leur admission dans le corps de santé, pour ceux qui ne passent pas par lesdites écoles, et, en général, touJt le personnel appelé à embarquer sur les bâtiments de la marine impériale;
7" A bord de tout bâtiment armé, le commandant fera vérifier par le médecin-major quels sont les officiers, mariniers, marins et agents qui se trouvent dans le cas d'être vaccinés de nouveau. L'attention du médecin-major sera appelée plus particulièrement sur les agents inférieurs des vivres et les agents de service, qui, pour la plupart, passent directement de la vie civile sur un bâtiment de guerre. Les revaccinaUons reconnues nécessaires seront opérées le plus promptcment qu'il sera possible.
Je vous invite à donner les ordres les plus précis pour que la présente circulaire soit