CONGÉLATION
Le froid, quand il ne dépasse pas le degré de fusion de la glace, a sur la santé une influence plutôt favorable que nuisible, surtout quand il s'allie avec peu d'humidité ; il met en exercice cette fonction de production de chaleur organique à l'aide de laquelle l'homme résiste à destempératures assez basses ; l'appétit est en éveil ; le besoin d'aliments spécialement destinés à fournir à la combustion respiratoire se fait sentir; le système locomoteur est invité à une activité nouvelle; toutes lesactions organiques, en un mot, prennent un surcroît de vitalité. La température excède-t-elle de beaucoup ces limites, le pouvoir thermogénésique de l'économie ne suffît plus, et des altérations générales oi& locales, plus ou moins graves, résultent de ce froid excessif (1).
§1. — Congélations locales.
Les congélations locales {frost-bites des Anglais) atteignent de préférence les extrémités découvertes du corps et celles éloignées du centrer circulatoire : les orteils, les doigts, les oreilles, le nez (2). Une sensation de fourmillement et d'engourdissement des tissus, leur teinte violacée, puis blanchâtre, comme si le sang s'en retirait, annoncent la congélation d'une partie du corps. M. Ad. Morio, qui a eu l'occasion d'étudier
- (1) J. Bellot, Journal d'un voyage au pôle, 1854, p. 45,
congélations imminentes par des frictions avec de la neiae Suivant M. Gras on emploie, avec une efficacité réelle à Miquelon des applications d'oio-no y cru sur les parues congelées (Gras, Une noie sur Miqueloii, 9 janvier 18G7) ^
cet accidenl sur un grand nombre de soldais revenant de l'expédition deKabylie du général Bosquet, lui attribue cinq degrés suivants, calqués sur la division classique des brûlures : 1" degré : simple rougeur avec engourdissement; mouvements difficiles dans la partie; 2'= degré : formation de pblyctènes; mouvements plus difficiles ; S-^ degré : eschares grisâtres occupant toute l'épaisseur du derme ; 4« degré : eschares occupant tout le derme et les tissus sous-jacents jusqu'à l'os exclusivement ; la pression sur elles ne détermine aucune douleur; 5^ degré : le membre est gelé dans toute son épaisseur ; les os se nécrosent.
Les congélations locales annoncées par l'engourdissement, le fourmillement et la décoloration des parties atteintes, ont leur remède tout trouvé dans des frictions faites avec de la neige; la sensibilité revientelle, on pratique alors sur elles des lotions avec de l'eau dont on élève graduellement la température ou avec des substances légèrement stimulantes. L'exposition immédiate à la chaleur serait le plus sûr moyen d'achever la congélation, l'asphyxie locale, et d'amener ultérieurement le sphacèle de la partie lésée.
§ 2. Congélation générale.
Sous l'influence d'un froid intense, l'économie éprouve des modifications opposées à celles que détermine la chaleur des tropiques : la tem- Tîérature animale s'abaisse ; le sang, chassé par l'astriction de la peau, engorge les vaisseaux profonds et les viscères ; la transpiration sudorale est au minimum et l'activité physiologique des reins la supplée; la sensibilité générale s'émousse, etc. L'influence antivitale du froid ne peut se prolonger sans que les changements qu'il suscite dans l'économie fassent franchir promptement à celle-ci la limite qui sépare 1 état physiologiaue de l'état morbide. Les désastres de la glorieuse retraite de Russie ont fourni les éléments trop nombreux d'une description de l'asDhvxie par le froid : la tuméfaction de la face, l'engourdissement des iambes. l'accélération, puis l'embarras de la respiration, une tendance invincible au repos, un état comateux conduisant promptement à la mort ont été les phénomènes les plus généralement observés
En ce qui concerne le traitement qu'exige Tasphyxie parle froid, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire la partie de l instruction du Conseil de salubrité de la Seine qui y a trait : ' , ^ „ ,
Ton portera l'asphyxié le plus promptement possible de l endroi ou il urait té trouvé au lieu où il devra recevoir des secours. Pendant e transport on enveloppera le corps avec des couvertures, ou à défaut de couTtures avec de la paille ou du foin ; on laissera la face hbre. On évitèrraussl d'imprimer au corps, surtout aux membres, des mouve-
"T» m'uTlCphyxie par le froid, il est de la plus haute importance de
de ne rétablir la chaleur que lentement et par degrés. Un asphyxié par le froid qu'on approcherait du feu, ou que, dès le commencement, on ferait séjourner dans un lieu échauffé, môme médiocrement, serait irrévocablement perdu. Il faut, en conséquence, le porter dans une chambre sans feu, et là lui administrer les premiers secours que réclame sa position,
3° Si l'asphyxie a eu lieu par un froid de plusieurs degrés au-dessous de zéro, et que le malade conserve de la souplesse, on le déshabillera et l'on couvrira tout le corps, y compris les membres, de linges trempés dans l'eau froide, qu'on rafraîchira encore en y ajoutant des glaçons concassés.
4° Si le corps était tellement frappé par le froid qu'il fût dans un état de rigidité prononcée, il y aurait avantage à le plonger dans une baignoire contenant assez d'eau pour que le tronc et les membres en fussent couverts. Cette eau devrait être aussi froide que possible, et l'on en élèverait la température par degrés, de dix en dix minutes.
3° Lorsque les membres auront repris leur souplesse, on fera exécuter à la poitrine et au ventre des mouvements dans le but de provoquer la respiration. On continuera en même temps des frictions sur le corps et les membres, soit avec de la neige, si l'on a pu s'en procurer, soit avec des linges trempés dans de l'eau froide.
6° Lorsque l'asphyxié commence à se réchauffer, ou qu'il se manifeste quelques signes de vie, on doit l'essuyer avec soin et le placer dans un lit qui ne soit pas plus chaud que le corps lui-même. Il ne faut pas non plus allumer du feu dans la pièce avant que le corps ait recouvré entièrement sa chaleur naturelle.
7° Aussitôt que le malade peut avaler, on peut lui faire prendre un demi-verre d'eau froide dans laquelle on a ajouté une cuillerée à café d'eau de mélisse, d'eau de Cologne, ou tout autre spiritueux.
8° Si au contraire l'asphyxié avait de la propension à l'engourdissement, on lui ferait boire de l'eau vinaigrée (1), et si cet engourdissement était profond, on lui administrerait des lavements irritants avec de l'eau salée ou avec de l'eau de savon. Il est utile de faire remarquer que de toutes les asphyxies, l'asphyxie par le froid est celle qui laisse, selon l'expérience des pays septentrionaux, leplus dechances de succès, môme après douze ou quinze heures de mort apparente ; mais d'un autre côté cette asphyxie exige aussi, plus que toute autre, une grande précision dans l'emploi des moyens destinés à la combattre, notamment dans le réchauffement du malade.
J'ajouterai que la congélation étant une asphyxie ou mieux une apnée, au sens étymologique de ce dernier mot, c'est-à-dire un enchaînement de la respiration par suite de la rigidité contracturale des muscles char-
(l)Le café à très-hautes doses conviendrait beaucoup mieux, Ji mon avis.
gés de mouvoir la poitrine, les pratiques de la respiration artificielle instituées dans le traitement de la submersion et dont j'ai parlé plus haut sont indiquées ici, concurremment avec les moyens précités.
La chaleur revenue, h réaction générale et locale qui suit, constitue une maladie dont le traitement ne saurait être llxé par avance et qui <loil encore être dirigé par un médecin,