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CHAPITRE II

Après avoir examiné d'une manière rapide comment les matériaux de construction et d'entretien d'un bâtiment peuvent modifier son hygiène, il convient d'étudier maintenant au même point de vue l'influence de ses approvisionnements. La destination de ceux-ci les partage naturellement en deux catégories :

lo Approvisionnements nautiques ou servant à l'entretien ou à la

marche du navire;

(Ij Versmann et Oppenheim, Sur la valeur conservatrice de certains sels pour rendre les substances fibreuses non inflammables, publié et annoté par A. Chevalier (j4?jn. hyg. pubL. 18G1, t. XVI, p. 50).

(2) Revue marit. et colon., n° de décembre 1873.

2° Approvisionnements alimentaires affectés à son ravitaillement. Les premiers vont d'abord nous occuper.

l. Lest. — On donne le nom de lest à un ou plusieurs plans de corps pesants déposés au fond de la cale et destinés à assurer la stabilité du navire. Le lest est distingué en lest fixe qui est inamovible, et en lest mobile, qui, transporté au besoin d'un point à l'autre, met le bâtiment dans les lignes d'eau les plus favorables au développement de ses qualités nautiques.

Le lest des bâtiments de guerre est aujourd'hui constitué exclusivement par des gueuses ou parallélipipèdes de fer, dont l'arrimage est des plus faciles en même temps qu'elles offrent un avantage non équivoque de salubrité; ce n'est que dans le cas où certains navires de l'État sont affectés à des transports d'approvisionnements ou de charbons, qu'ils embarquent au point de départ un lest mobile constitué habituellement par des pierres dont ils se débarrassent au port de chargement.

Il n'est pas indifférent pour l'hygiène que les navires prennent arbitrairement les pierres destinées à leur servir de lest : les galets plats, bien séchés et soigneusement débarrassés par le balayage des débris de fucus ou d'algues qui y sont adhérents, doivent être choisis de préférence ; les pierres calcaires, hérissées d'aspérités qui retiennent les matières organiques, et les blocs ferrugineux, dont la surface irrégiulièreest creusée de galeries au fond desquelles l'eau de mer a apporté des dépôts fermentescibles, doivent, à moins d'impossibilités absolues, être rejetés de la formation d'un lest volant. Delivet a fait remarquer avec raison combien leur porosité les rendait propres à fournir des miasmes délétères. On ne saurait trop signaler ce danger aux navires de commerce qui prennent souvent leur lest sur les bords des rivières limoneuses de la côte c^uest d'Afrique, et qui, par incurie, établissent ainsi en permanence dans leur cale un foyer palustre non moins délétère que les marais terrestres au milieu desquels ils viennent de séjourner (1).

Lorsque les circonstances de la navigation ou les exigences des spéculations commerciales obligent les navires de commerce à prendre pour lest des matières susceptibles de se décomposer par l'humidité et de fournir des émanations putrides, il importera, du moins, dans l'opération du lestage, que ces substances soient séparées de la carlingue

(1) Autrefois certains bâtiments de commerce qui descendaient la Charente prenaient pour lest de la terre limoneuse recueillie sur le bord de ce fleuve. Il n'est pas besoin de signaler les dangers attachés à cette pratique.

FoNSSAGniVES, Hyg. nav. 3

par un plancher volant, pour qu'elles ne plongent pas dans l'eau fétide des parties basses, et pour que le jeu des pompes d'épuisement ne soit pas compromis par l'engorgement de leur pied.

La brièveté du séjour des matelots du commerce sur les navires qui rapportent en France les produits coloniaux rend sans doute moins délétère pour eux que pour les équipages qui habitent pendant plusieurs années le même bâtiment de guerre l'influence d'un lest mal choisi et mal disposé; mais il importe de ne point oublier qu'un bâtiment, une fois mis dans des conditions d'insalubrité, y persiste souvent pour le reste de sa durée, malgré tous les efforts d'assainissement; qu'il s'imprègne de miasmes avec une facilité extrême, et que son hygiène présente ne saurait être compromise sans que son hygiène à venir le soit du même coup. Les équipages qui se remplacent sur un même navire se transmettent la fatale hérédité des maux qu'a engendrés leur incurie successive.

IL Cordages. Voiles. — Les cordages et les voiles d'approvisionnement ne sollicitent d'autre prescription hygiénique que celle qui aurait trait à la nécessité de les exposer fréquemment à l'air et à la lumière, sur le pont, et, les règlements y ayant pourvu, la salubrité en bénéficie indirectement.

IIL Matières grasses. — Quant aux corps gras solides et liquides, ils entrent pour une masse si considérable dans l'approvisionnement des navires à vapeur, que l'hygiène doit s'en préoccuper : les uns sont solides comme le saindoux, les suifs ; les autres sont liquides, tels que les différentes huiles siccatives ou non siccatives. Leur usage est très-général : tantôt on s'en sert pour lubrifier deux surfaces en rapport de frottement, pour favoriser le glissement des manœuvres, prévenir l'oxydation du fer poli exposé à l'humidité, tantôt comme luminaire, etc.... La consommation des matières grasses est surtout considérable dans les machines qui utilisent le suif pour la lubrification des pistons, et les huiles pour celles des jointures.

Il est indispensable que le suif d'approvisionnement soit épuré : s'il contenait encore des débris de cellules adipeuses ou du sang, c'est-àdire des matières protéiques, celles-ci joueraient le rôle de ferment, activeraient la décomposition de la substance grasse, et des produits gazeux nuisibles prendraient naissance. Les huiles doivent aussi être de qualité supérieure, convenablement épurées, et celles qui sont siccatives, l'huile de lin par exemple, demandent à être placées dans des récipients bien fermés, autant pour prévenir les chances d'incendies que l'altération de l'air qui résulterait de leur résinification. Il est indubitable que, dans une machine à vapeur qui fonctionne depuis quelques jours, l'élévation de la température, le frottement, la dif-

fusion des corps gras sur de larges surfaces, sont autant de conditions favorables à leur oxydation, et l'odeur âcre et repoussante qui s'en dégage semblerait indiquer la formation de certains produits volatils, notamment d'acroléine; mais il n'est nullement prouvé que cette odeur, très-offensive pour l'odorat, le soit également pour la santé. Ces corps gras vicient l'atmosphère des machines d'une autre manière, en lui enlevant de Toxygène et lui donnant de l'acide carbonique; aussi nulle autre partie du bâtiment, et pour ce motif et à cause de sa température élevée, n'exige-t-elle plus impérieusement une bonne ventilation.

Dans son excellente thèse sur la campagne de VArchimède, notre ami, M. Le Roy de Méricourt, alors chirurgien de première classe de la marine, a fortement insisté sur l'insalubrité qui résulte, à bord des bâtiments à vapeur, du mélange des matières grasses de la machine avec les eaux de la cale. Ces matières grasses mal épurées renferment des substances animales sulfereuses susceptibles de produire par leur décomposition du gaz acide sulfhydrique. Il n'hésite pas à attribuer à cette cause l'insalubrité très-réelle qui a pesé sur son bâtiment pendant toute sa campagne, et il émet le vœu, actuellement rempli, que des plateaux de réception pour les matières grasses soient placés au-dessous des pièces à lubrifier. Sans admettre, avec ce médecin, que cette cause ait déterminé seule le noircissement des peintures blanches et de l'argenterie, un jour oti les capots avaient dû être mis en place à cause d'un grain, car ce phénomène se produit très-souvent sur des bâtiments à voiles, et sans discuter la part qu'elle a eue dans la production d'une épidémie de colique végétale, il est certain que, quand l'eau de la cale, recouverte d'une couche d'huile, était à peu près épuisée, cette matière organique, se mélangeant aux cendres et aux débris d'escarbilles, formait un limon d'une extrême fétidité au bout de plusieurs heures de chauffe. Quoi qu'il en soit, l'économie, non moins que la salubrité, exige que la consommation des matières grasses dans les machines soit soigneusement surveillée, et que, dans l'alimentation des godets ou des lubrifieurs, on s'efforce de ne point répandre d'huile qui coulerait de la cale de la machine dans la grande cale, et arriverait ainsi jusqu'à la sentine. Disons enfin que les exemples si fréquents d'incendies dus à la combustion spontanée de chiffons gras ou d'étoupes imprégnées d'huile imposent sur ce point une surveillance des plus assidues, et que les objets qui ont servi au nettoyage des pièces grasses de la machine doivent soigneusement être jetés à la mer ou employés au chauffage même, M. Dumas a cité le fait d'un peintre qui, lançant une boule de coton imprégnée d'huile de lin, la vit prendre feu spontanément; l'incendie d'un théâtre a pu raisonnablement être rapporté à un phénomène semblable. Enfin, en 1846, M. Thénard annonçait à l'Académie des sciences qu'il venait de voir, dans sa maison, des raouchures de lampe réunies

dans une boîte prendre feu d'elles-mêmes. Ces faits, dont nous avons donné plus haut l'explication, commandent au moms la prudence.

lY HouiiLE — Toutes les questions d'hygiène relatives à la navigation à vapeur sont encore à étudier, et notre rôle ne peut se borner au'à indiquer celles d'entre elles qui appellent plus particuhèrement l'attention et les recherches. Celle qui a trait à l'inauence que doivent exercer sur la salubrité d'un navire les masses énormes de houille qu il porte dans ses flancs est certainement une des plus intéressantes et des

plus inexplorées. .

Dès 1852 j'appelai l'attention sur cette question, mais en avouant que ie n'avais lucun moyen de la résoudre (1). Je me demandais si les émanations dégagées de la houille, par une sorte de distillation lente et sous l'influence de la chaleur concentrée dans l'intérieur du navire, ne pouvait pas exercer sur la santé des équipages une influence défavorable, et je me croyais fondé à y voir une cause possible de la colique sèche laquelle ressemble par quelques-uns de ses traits à la maladie des mineurs décrite sous le nom à! anémie Anzin (2). Les considérations que j'ai exposées plus haut, en ralliant mon esprit à la doctrine de l'étiologie saturnine de la colique sèche des pays chauds, m ont fait abandonner ces idées; mais tout semble indiquer au moins que ces émanations de charbon, si elles ne peuvent produire de ma adie déterminée, ne restent pas cependant sans influence sur la santé des

^"^Ercettê présomption est d'autant plus légitime que les houilles françaises emplovées sur nos navires n'y sont introduites aujourd hui que sous forme" de briquettes ou d'agglomérés. Je signalerai plus loin l'influence que ces agglomérés peuvent exercer sur la santé des matelots employés aux travaux d'embarquement du charbon (3 .

Une précaution qui importe plus que celle du choix de la houille est relative à son état d'humidité ou de sécheresse quand on la met en soute et au temps qui a séparé son extraction de son emmagasineinent' La houille embarquée par un temps de pluie est compromettante nour la sûreté du navire, car il est reconnu que c'est dans des conditions semblables que le feu prend de préférence dans les soutes ; elle ne l'est pas moins pour l'hygiène, et par ce double fait que le charbon annorte avec lui une cause d'humidité persistante, et que la pré^sence de l'eau doit favoriser sa décomposition et le dégagement de divers

(1) Fonssagrivos, JHsL méd. de la frégate à vapeur l'Eldorado ; station des côtes

Jré^ Jc houille préparés au moyen de goudron minéral [Ann. d/,yg. publ., 1859, t. XII).

APPROVISIONNEMENTS NAUTIQUES. 37 gaz La précaution de n'embarquer que du charbon en blocs, sans mélano-e de poussier, est salutaire, car l'air, circulant dans les soutes, ne permet pas à la température de s'élever jusqu'au point de produire la combustion, et les gaz. dont la production doit être proportionnée à la chaleur des soutes, se dégagent en moindre abondance. Lorsqu on fait agir la chaleur sur la houille, comme quand on la distille pour obtenir le gaz de l'éclairage, il se dégage des produits très-/ariés : acide carbonique, azote, oxygène, hydrogène bicarboné, gaz des marais, et ces gaz sont imprégnés de \apeurs ammoniacales, sulfureuses, goudronnées, dont un traitement convenable finit par les débarrasser. Or, ce que fait la chaleur des cornues distillatoires dans les usines à gaz, la chaleur concentrée des soutes doit le réaliser en partie, et des produits analogues, mais en moindre quantité, se dégagent du charbon entassé à bord d'un navire. Ce qui le prouve surabondamment, c'est ce fait, parfaitement constaté par les mécaniciens, que le charbon exposé, dans les pays chauds, à l'humidité et au soleil, dégage incessamment des gaz combustibles, et peut arriver à perdre jusqu'à un tiers et plus de sa puissance calorifique. Il y a donc là une cause notoire d'insalubrité, et nous ne parlons ici que des produits apparents de la décomposition de la houille : de celle-ci, comme de la fange limoneuse des marais, des eaux infectes du rouissage et de la surface des tourbières, doivent s'exhaler, sans aucun doute, de ces miasmes organiques complexes, réfractaires à l'analyse chimique, et dont la vie, ce réactif si

merveilleusement sensible, est apte seule à déceler la présence. Cela est

probable, mais cela est encore à démontrer.

Y. Substances diverses. — S'il était bien démontré que l'entassement d'une masse considérable de houille dans les flancs d'un navire préjudicie à sa salubrité, l'hygiène souscrirait aux projets qui, à diverses époques, ont menacé l'omnipotence motrice de la vapeur et lui ont cherché des substitutions. L'accroissement incessant de la consommation du charbon ; la prévision que les gisements de ce combustible, loin d'être inépuisables, arriveront à disparaître dans un temps presque calculable, sont deux raisons qui doivent stimuler l'esprit de recherches. Jusqu'à présent il n'a abouti qu'à l'économie de combustible pour obtenir un effet moteur déterminé ; mais la houille n'a pas de rivaux sérieux. Le chloroforme (1) et l'éther ont bien élevé la préten-

(1) On sait qu'il y a vingt ans environ, M. Lafond, lieutenant de vaisseau, a construit nne macliine h chloroforme adaptée à un navire à vapeur le Galilée. Cet appareil fonctionnait h. la fois par la vapeur d'eau et la vapeur de chloroforme. Ce navire a fait sur la Seine des essais qni ont paru assez satisfaisants; l'imparfaite fermeture des. joints produisait une perte de cliloroforme évaluée h. 1 litre par vingt-quatre heures de chauffe. 11 n'y a pas eu d'accidents de signalés, mais on comprend qu'une atmosphère de cette nature ne puisse être considérée comme absolument inoffensive, il n'a pas été, que je sache, donné suite h cette idée. Quant h l'éther, il a été essayé sur le

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tioa de remplacer la vapeur, mais elle n'a pas élé justifiée par l'expérience, et nous attendons toujours un moteur moins dispendieux que la vapeur d'eau. Il est vraisemblable que l'électricité nous le donnera: mais il est vraisemblable aussi qu'elle nous le fera attendre longtemps. Dans l'état actuel des choses, et en attendant mieux, on cherche dans le perfectionnement des machines, le moyen d'économiser la dépense de combustible pour arriver à la même puissance. L'encombrement produit par le charbon à bord des navires est un inconvénient pour la salubrité, et Thygiène ne peut que suivre avec intérêt les essais qui tendraient à le réduire.

Le bois dont on s'approvisionne pour le chauffage du four à boulangerie, et quelquefois aussi pour la machine, exige également quelques précautions ; il doit, autant que possible, n'être embarqué que tout à fait sec, débarrassé de son écorce, et si l'eau de la mer venait à se faire jour jusqu'à lui, il conviendrait de l'aérer sur le pont et de le laisser exposé au soleil. Le bois pris dans les approvisionnements de nos ports maritimes réunit généralement toutes les conditions de salubrité, mais il n'en est pas de même de celui dont on se munit en cours de campagne, et qu'on emprunte à des végétaux encore sur pied. M. Raoul voulait qu'à bord des bâtiments de commerce, qui s'approvisionnent de bois vert ou pris de bois dans des marigots, il fût conservé sur le pont, dans la chaloupe (1). C'est une prescription très-sage et de laquelle on ne s'écarterait pas impunément (2).

Les approvisionnements alimentaires d'un navire peuvent, quand ils sont altérés, devenir pour son équipage une source d'émanations infectieuses : ainsi, les salaisons renfermées dans des quarts mal fermés, d'où s'est écoulée la saumure; des conserves d'Appert, de Fastier ou autres, dont le couvercle bombé peut donner issue, par une déchirure, aux gaz fétides qui les soulèvent; des légumes secs, soit ordinaires, soit pressés; ou du biscuit, lorsqu'une humidité insolite pénètre

Du Tremhlay, bateau mixte employé aux voyages de Cette à Alger, et muni d'une machine de 70 chevaux. Il ne semble pas que cet essai ait éti5 bien encourageant. J'ai entendu dire que la vapeur d'éther s'étant frayé un passage par les joints du générateur, tous les mécaniciens de service durent évacuer en toute hâte la machine. Un danger plus réel encore est celui de l'incendie.

(1) E. Raoul, Gnide hygiénique et médical pour les bâtiments du commerce qui fré quenient ta côte ouest de l'Afrique (liull. off. de la marine, 1851, n» 92. p. 8).

(2) Les approvisionnements de charbon, mais surtout le bois de chauffasc pour la machine, introduisent souvent h bord des parasites dangereux, tels que des scolopendres et des scorpions dont la morsure est venimeuse, et il y a des précautions à prendre contre ce danger dans les pays chauds.

dans les soutes qui les renferment, sont autant de causes éventuelles d'insalubrité qu'il importe de faire cesser aussitôt qu'on a constaté leur existence.

L'article 24 du décret du 15 août 1851 impose, du reste, aux commandants l'obligation de faire visiter les objets avariés par une commission qui en prononce le rejet à la mer, lorsqu'elle le juge nécessaire pour l'hygiène du bâtiment; le chirurgien major fait partie de cette commission, mais seulement quand il s'agit de vivres ou de rafraîchissements de malades : nous voudrions que cette disposition fût étendue à tous les cas où l'objet avarié, quel qu'il soit, paraît susceptible, par sa détérioration, d'exercer une influence fâcheuse quelconque sur l'état

sanitaire du navire.

La cambuse est, au point de vue qui nous occupe ici, l'endroit le plus suspect du bâtiment et celui qui exige la surveillance- la plus assidue parce qu'il est habité. Au reste, la ventilation delà cambuse, comme <îelle des soutes, est une condition de conservation des aliments qu'elles renferment.

Ce ne sont pas seulement les substances alimentaires dont l*altération doit être soigneusement recherchée, l'eau de la mer elle-même, quand elle se putréfie, peut dégager des miasmes morbifères très-nuisibles. Duhamel du Monceau cite (1) un fait très-curieux et relatif à ce sujet. Un matelot tomba mort endébondonnant une futaille d'eau de mer, au désarmement de la flûte du roi, le Chameau, dans le port de Rochefort ; •six de ses camarades, qui étaient à quelque distance de lui, furent renversés, agités de convulsions violentes, et perdirent connaissance; le chirurgien major du bâtiment, qui était accouru pour les secourir, éprouva les mêmes accidents. Le cadavre rendait du sang par la bouche, le nez et les. oreilles; il se corrompit si promptement, qu'on ne put en faire l'ouverture (2). La mort, dans ce cas, fut probablement déterminée par un gaz délétère, analogue à celui qui s'échappe des fosses d'aisances en vidange, et qui, pour le dire en passant, nous semble par son action se rattacher plutôt à la nature des agents cyaniques qu'à l'hydrogène sulfuré, dont on a certainement exagéré l'action toxique. Quoi qu'il en soit, il ressort, du fait cité plus haut, cette conséquence, que quand des caisses à eau douce seront remplies d'eau de mer pour assurer la stabilité du navire, il faudra les visiter avec précaution, et changer de temps en temps leur contenu.

(1) Hùt. de l'Acad. royale des sciences, 1745.

(2) Ce fait a été communiqué h VAcad. des sciences par Duhamel du Monceau au nom de M. Dupuy père, premier médecin du port de Rochefort (Am. Lefèvre, op. cit.).

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