‹ Traite d'hygiene navaleChapitre 17 sur 224 · CHARGEMENTS · texte numérisé non relu

CHARGEMENTS

d'indiquer les mesures hygiéniques propres à rendre moins insalubres ces navires condamnés par leur destination à renfermer dans leur sem, pendant toute la traversée, une atmosphère méphitique : blanchiment réitéré à l'eau de chaux, additionnée de chlorure d'oxyde de calcium; nettoyage incessant, renouvellement fréquent des litières ; ventilation par les brasières et les manches à vent, etc. Il est une pratique vicieuse dont il faut bien se garder, c'est de clouer, sous les pieds des animaux qui séjournent à bord d'un navire, ces badernes ou tresses de vieux fil de caret qui servent à amortir les ruades et à garantir le pont; leur tissa s'imprègne, en effet, de la matière des déjections sohdes et liquides, il se décompose, exhale une odeur fétide, n'est pas susceptible d'un nettoyage complet, et ces objets ne sauraient, sans grands inconvénients, être conservés à bord pour un second emploi. Il convient, en outre, d'exercer une surveillance rigoureuse sur l'état sanitaire du chargement, et il ne faut pas hésiter à faire à la salubrité du bâtiment tous les sacrifices qui deviendraient nécessaires.

Le transport accidentel des animaux de boucherie destinés à ravitailler l'équipage ou les tables privilégiées du navire ne devant durer que quelques jours, n'a guère d'influence sur l'hygiène, d'autant plus que ces animaux, en dépit de l'installation d'un parc dans les batteries des grands navires, sont presque toujours séquestrés dans des postes à canon de l'avant du pont. On a peine à concevoir véritablement que la pensée anti-hygiénique d'accumuler des animaux au miheu d'un équipage n'ait pas plus tôt répugné au bon sens. «On éviterait assurément une grande source de la corruption de l'air, dit Duhamel du Monceau, si l'on pouvait placer les bestiaux ailleurs que dans l'entre-pont (1).» — Le parc, tel qu'il était installé à bord des frégates et des vaisseaux, serait, en eff"et, une horrible cause d'insalubrité, si l'on n'avait pas généralement pris le parti de ne point s'en servir et de placer ces animaux sur le pont dans des postes à canon. Les hygiénistes qui se sont occupés des conditions au milieu desquelles vivent les paysans (2) ont signalé la nécessité d'éloigner de leur demeure les étables, chenils, porcheries, pigeonniers ; combien plus impérieuse encore est cette nécessité quand il s'agit d'un bâtiment où l'exiguité de l'espace réduit l'homme et les animaux qui l'habitent aux dangers et aux dégoûts d'une atmosphère commune (3). On conçoit combien l'équipage d'un navire

plus loin que le système de ventilation imaginé par M. Bertin, ingénieur des constructions navales, avait spécialement en vue cette catégorie de navires.

(1) Duhamel du Monceau, Santé des gens de mer, p. Vi. Ce n'est pas d'hier que l'attention a été appelée sur cette cause de mépliitismc nautique, puisque dès 1691, comme nous l'apprend Am. Lefèvre dans son Histoire du service de santé de la marine, une dépêche ministérielle appelait la vigilance des capitaines sur ce point et leur recommandait de surveiller les inconvénients inhérents îi cette pratique.

(2) A. Combes et H. Combes, Les paysans français considérés sous le rapjwrt historique, économique, agricole, médical et administratif. Paris, 1853, in-8°, p. 111.

(3) « Faire, comme nos paysans pauvres, son habitation dans une écurie où se trou-

est dans des conditions plus défavorables encore; ainsi nous n'hésitons pas à le dire, mieux vaudrait pour lui qu'il fût privé d'une manière absolue de viande fraîche, que de payer cette alimentation au prix d'un voisinage aussi dégoûtant que délétère (1). Mais, heureusement, on peut l'éluder et faire profiter sans danger les matelots des avantages attachés à la consommation de la viande fraîche.

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